Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, lors du point de presse conjoint avec Cheikh Mohammed Sabah Al Salem, ministre koweitien des affaires étrangères, sur les relations franco-koweitiennes, les questions liées à l'Irak, au terrorisme, à la non-prolifération nucléaire, à la sécurité régionale, au port du voile en France, Koweit le 13 janvier 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, lors du point de presse conjoint avec Cheikh Mohammed Sabah Al Salem, ministre koweitien des affaires étrangères, sur les relations franco-koweitiennes, les questions liées à l'Irak, au terrorisme, à la non-prolifération nucléaire, à la sécurité régionale, au port du voile en France, Koweit le 13 janvier 2004.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Tournée de Dominique de Villepin dans les cinq Etats du Golfe persique du 11 au 14 janvier 2004 : les 11 et 12 aux Emirats Arabes Unis, le 12 en Oman, le 12 et 13 au Koweit, les 13 et 14 au Qatar, le 14 au Bahrein

ti : Merci beaucoup Monsieur le ministre. Permettez-moi tout d'abord de vous dire à quel point je suis heureux d'être ici au Koweït, de découvrir un pays ami dont j'ai pu apprécier la proximité avec la France ainsi que la chaleureuse hospitalité.

J'ai eu l'honneur d'être reçu ce matin par Son Altesse l'Emir auquel j'ai remis un message du président de la République française. J'ai été reçu aussi par le Premier ministre, Cheikh Sabah Al Ahmed Al Jaber, par mon homologue, Cheikh Mohammed Sabah Al Salem, ainsi que par le président de l'Assemblée nationale, M. Jassem Al Khorafi. Cette visite dans la région et au Koweït s'inscrit à un moment particulier où l'ensemble de la communauté internationale a les yeux tournés vers la région, et j'ai pu constater moi-même, en observant l'effervescence qui existait actuellement au Koweït, à quel point il y avait là une impulsion, une dynamique dont nous nous félicitons.

Sur la question irakienne, c'est un nouveau chapitre qui s'ouvre pour l'ensemble de la région ainsi que pour les pays du Golfe en particulier, avec la perspective d'un rétablissement de la confiance entre ce pays et tous les Etats qui l'entourent. C'est un enjeu de stabilité qui nous concerne tous. Le Koweït a beaucoup souffert de la dictature de Saddam Hussein et j'ai souligné auprès de nos interlocuteurs l'attachement que nous portions au règlement définitif des douloureuses questions héritées de l'invasion du Koweït en 1990 et 1991, et notamment de la question des disparus.

Le Koweït a aujourd'hui un rôle très important à jouer vis-à-vis de la réintégration de l'Irak dans son environnement régional. Il est en effet l'un des voisins immédiats de l'Irak. Il préside, en outre, cette année, le Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe. C'est pourquoi le dialogue entre le Koweït et la France est particulièrement important et les analyses de nos amis koweïtiens sur la question irakienne nous sont aussi très précieuses.

Le processus politique est engagé en Irak avec la résolution 1511 et l'accord du 15 novembre. Nous souhaitons que les étapes conduisant au plein retour de la souveraineté de l'Irak le 30 juin puissent être précisées au cours des prochains mois et nous saluons la réunion qui va se tenir le 19 janvier à New York sous l'égide du Secrétaire général des Nations unies avec les représentants de la coalition ainsi que les représentants du Conseil de gouvernement intérimaire irakien.

Les Nations unies ont bien sûr un rôle important à jouer et nous avons préconisé l'envoi d'un représentant, d'un envoyé spécial du Secrétaire général en Irak. Ce rôle sera très important et d'autant plus important après le retour à la souveraineté de l'Irak pour mettre en place, développer ce processus politique qui conduira à des élections générales à la fin 2005.

Nous avons, dans nos entretiens, insisté sur la nécessité d'encourager une reprise du processus de paix. Nous ne pouvons pas laisser le processus dans l'impasse sans prendre le risque de voir se développer à nouveau le terrorisme et la violence. C'est pour cela que la France plaide pour de nouvelles initiatives et nous voulons nous concerter avec nos partenaires européens en liaison bien sûr avec nos amis américains et tous les représentants du Quartet pour que des initiatives soient prises visant à relancer la dynamique du processus. Nous pensons que l'élargissement du comité de supervision, une conférence internationale, voire un déploiement de forces sur le terrain, sont susceptibles de créer une condition permettant de nouvelles avancées.

Nous avons évidemment abordé l'importante question du terrorisme. Aucun Etat ne peut ignorer cette question importante. Il faut éviter bien sûr tout amalgame entre l'islam et le terrorisme. Et je tiens à saluer ici la volonté, la détermination, que j'ai rencontrées chez tous mes interlocuteurs pour mettre en oeuvre des politiques efficaces afin d'enrayer les circuits de financement du terrorisme, politiques renforcées de moyens sécuritaires. Sous la présidence du Koweït, le Conseil de Coopération des Etats arabes du Golfe prépare une charte régionale de la lutte contre le terrorisme.

Nos relations bilatérales, comme vous le savez, sont excellentes et nous souhaitons intensifier nos coopérations. Dans le domaine de la défense, se dérouleront en février de nouveaux exercices militaires conjoints. Ils confirmeront l'engagement de la France en faveur de la sécurité du Koweït. Dans le domaine économique, nous avons de nombreux projets qui se dessinent dans le domaine énergétique avec l'ouverture annoncée de l'amont pétrolier koweïtien. Il offre de nouvelles perspectives d'engagement des sociétés françaises aux côtés de leurs partenaires koweïtiens. Je m'en réjouis et tiens à saluer et remercier ici les autorités koweïtiennes. Je me réjouis du règlement du contentieux Campenon Bernard. Cela va donner une impulsion très positive à nos échanges. Et dans le domaine culturel, je me contenterai de signaler la conclusion récente d'un accord pour la diffusion de Radio France Internationale, Radio Monte-Carlo Moyen-Orient, qui constitue là encore une avancée.

Q - Deux questions, l'une sur les dettes de l'Irak envers la France qui s'élèveraient à de nombreux milliards de dollars et l'autre sur le port du voile en France ?

R - Sur la première question je ne suis pas tout à fait sûr des chiffres que vous avez annoncés qui me paraissent singulièrement plus élevés que la réalité. Nous avons été amenés à discuter à plusieurs reprises au cours des dernières semaines, et en particulier avec un représentant du Conseil de gouvernement irakien, de la dette qui existe comme vous le savez de la part de l'Irak vis-à-vis de la France, comme vis-à-vis de beaucoup d'autres pays. Il se trouve que la France est aussi présidente du Club de Paris. Nous avons marqué notre souci de faire en sorte que cette question de la dette soit traitée le plus rapidement possible et dans l'esprit le plus ouvert possible. Nous souhaitons qu'une solution soit trouvée au cours des prochains mois dans cette année 2004. Nous avons dit que, bien évidemment, nous étudierions des solutions, dans un esprit d'ouverture, avec le souhait de répondre aux demandes qui nous sont faites par le Conseil de gouvernement irakien, pour cet allégement de dettes, en prenant en compte bien sûr la situation financière de l'Irak. En ce qui concerne les dépôts que vous avez évoqués, nous n'avons pas d'indication sur des dépôts existants et correspondant à des recettes pétrolières.

Sur la question du voile, je vous remercie de l'avoir posée parce qu'elle me permet d'expliquer ce qui véritablement, je crois, relève de l'incompréhension ou du malentendu, et votre question même le montre bien. Il n'y a bien sûr dans l'esprit des autorités françaises aucun lien entre le voile et le terrorisme. Et s'il y a un pays qui l'a dit haut et fort c'est bien la France. Il n'y a pas plus de lien entre le voile et le terrorisme qu'il n'y en a entre le terrorisme et l'islam. Le projet de loi qui est à l'étude en France vise les signes religieux ostensibles. Je dis bien les signes religieux ostensibles, c'est-à-dire tous les signes religieux, et ce n'est pas donc l'islam qui est visé. De la même façon, il n'y a pas d'interdiction générale du port du voile en France. N'importe quelle femme désireuse de porter le voile peut bien sûr le faire partout. Il y a un domaine où s'applique cette règle, valable pour l'ensemble des signes religieux ostensibles, c'est l'école, et l'école publique, et ceci, parce que c'est conforme à la tradition française de laïcité, de neutralité qui est la marque de notre souci de respect et de tolérance vis-à-vis de l'ensemble des religions. Vous voyez bien qu'il s'agit donc d'un malentendu si je me réfère à la question que vous avez posée.

Q - L'Irak de l'après-Saddam ?

R - La France, nous l'avons toujours dit, assumera l'ensemble de ses responsabilités. Vous connaissez les liens de la France avec l'ensemble du Moyen-Orient, l'ensemble de la région du Golfe et traditionnellement donc avec toute cette région. Nous souhaitons bien sûr maintenir et développer l'ensemble de ces liens pour apporter notre contribution au processus politique, à la stabilité de l'Irak et de la même façon participer à sa reconstruction ; c'est pour cela que nous avons dit clairement que, dès que la souveraineté de l'Irak sera effective à partir du mois de juin de cette année, eh bien nous apporterons l'ensemble de notre contribution. Dans le domaine de la sécurité, nous avons annoncé que nous étions prêts à répondre à des demandes dans le domaine de la formation de la police ou des forces de sécurité, ainsi que dans l'ensemble des autres domaines. La disponibilité de la France est totale et nous souhaitons très vivement pouvoir accompagner les Irakiens dans la reprise en main de leur destin.

Q - La Libye et la non-prolifération nucléaire. N'y a-t-il pas un sentiment de malaise entre la France et le Koweït concernant l'Irak ?

R - En ce qui concerne la première question sur les négociations qui ont été engagées pour avancer dans la voie de la non-prolifération, vous savez que nous avons pris l'initiative avec nos partenaires allemands et nos partenaires britanniques pour accompagner les efforts de la partie iranienne dans ce sens. Les Iraniens ont été appelés à confirmer leurs engagements auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Puis la Libye, à la suite du dialogue et des négociations engagées par les Britanniques et les Américains, a fait de même en prenant des engagements très forts vis-à-vis de la communauté internationale. Nous pensons bien sûr qu'il s'agit là de la bonne démarche, de la démarche pacifique, de la démarche de dialogue qui doit l'emporter, dès lors que nous parlons d'une question aussi difficile que celle de la non-prolifération. Nous souhaitons que les négociations engagées par les six pays du dialogue de Pékin avec la Corée du Nord pourront aboutir. Ces questions de non-prolifération sont essentielles pour la stabilité de l'ordre international et nous pensons que tout doit être fait pour les régler dans le cadre du dialogue, dans le cadre pacifique posé par la communauté internationale. Ces questions de sécurité sont essentielles et c'est pour cela que la France veut réfléchir, dans la perspective des prochains mois du retour de la souveraineté de l'Irak, sur ce que pourrait être une nouvelle architecture de sécurité de l'ensemble de la région, l'ensemble du Golfe, par exemple ; c'est pour cela que nous avons proposé l'idée d'une conférence internationale qui pourrait aussi essayer d'avancer sur ces questions si importantes.

En ce qui concerne le point que vous avez évoqué concernant le processus de paix, bien sûr l'ensemble des Etats doit se conformer aux obligations internationales et il est important qu'Israël puisse mettre en oeuvre les engagements qui sont attendus de ce pays concernant le retrait des territoires, concernant l'arrêt de la colonisation, concernant le mur. Nous attendons de ce point de vue que ces engagements puissent être pris et tenus et, de la même façon, nous souhaitons que l'ensemble des mouvements palestiniens puisse renoncer à la violence. C'est là la condition pour avancer vers un cessez-le-feu, pour avancer vers une relance du processus de paix dans son ensemble, et là, encore, nous réfléchissons avec d'autres pays européens en liaison avec nos partenaires américains et les membres du Quartet pour essayer de relancer ce processus qui a besoin du soutien et de l'énergie de tous.

Sur le Koweït et les relations avec le Koweït, tout au long de ces derniers mois, je peux dire qu'entre amis on peut parler de tout sans forcément être d'accord sur tout. Je tiens à dire ici que les relations d'estime et d'amitié, l'ancienneté de ces relations, font que, plus que d'autres, nous sommes à même d'évoquer l'ensemble des questions en toute franchise.

Q - La sécurité dans la région ?

R - Sur la sécurité, cette réflexion concernant la région et la proposition que nous faisons concernant une conférence internationale et une nouvelle architecture de sécurité dans la région ne vise qu'à tirer les leçons du passé et faire en sorte que l'ensemble des pays de la région puisse vivre en paix et librement. Il s'agit de favoriser la meilleure insertion possible de l'Irak dans le concert régional et il importe que l'ensemble des pays voisins de l'Irak puisse s'entendre sur la base de relations d'amitié fortes. Je crois donc que c'est l'intérêt aujourd'hui, dans cette région - comme d'ailleurs dans beaucoup d'autres qui avancent dans ce sens - de faire en sorte que les questions de sécurité soient réglées collectivement, sur une base d'intérêt régional ; de l'ensemble des pays d'une région, qui à un moment donné, mettent leurs relations au-dessus de tout le reste, pour faire en sorte que rien ne puisse les distraire de leur objectif de développement, de dialogue harmonieux. Nous faisons donc cette proposition, vous le voyez bien, dans un esprit pacifique qui ne vise à exclure personne, certainement pas nos amis américains dont nous voyons bien à quel point ils partagent les mêmes préoccupations de sécurité que nous. Nous sommes, évidemment dans un état d'esprit tout à fait commun quand il s'agit de lutter contre le terrorisme, quand il s'agit de lutter contre la prolifération, quand il s'agit de lutter pour la stabilité du monde et je crois que nous voulons au contraire unir nos forces. La réflexion que nous faisons est une réflexion qui demande à être approfondie avec l'ensemble de nos partenaires au cours des prochaines semaines et des prochains mois. Donc la France veut apporter une contribution une fois de plus pour le bénéfice de tous et à aucun moment dirigée contre quiconque.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 janvier 2004)

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