Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, à "Al Jazira" le 13 janvier 2004, sur l’Irak, le Proche-Orient, l’Iran, le Maghreb et sur la laïcité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, à "Al Jazira" le 13 janvier 2004, sur l’Irak, le Proche-Orient, l’Iran, le Maghreb et sur la laïcité.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Tournée de Dominique de Villepin dans les cinq Etats du Golfe persique du 11 au 14 janvier 2004 : les 11 et 12 aux Emirats Arabes Unis, le 12 en Oman, le 12 et 13 au Koweit, les 13 et 14 au Qatar, le 14 au Bahrein

ti : Q - Monsieur le Ministre, commençons tout d'abord, si vous le permettez, par votre tournée dans la région du Golfe, une tournée qui vient dans un contexte marqué par la situation en Irak, comment la France voit-elle l'évolution de la situation en Irak dix mois après la fin de la guerre ?

R - Nous la voyons avec l'espoir, enfin, de la stabilité et nous sommes convaincus qu'il appartient maintenant à l'ensemble des pays de la communauté internationale d'unir leurs forces avec les pays de la région, avec toutes les forces, toutes les composantes de l'Irak pour essayer d'aborder cette nouvelle étape. Après la chute de Saddam Hussein, il y a une nouvelle chance de se retrouver tous ensemble. Un calendrier a été fixé par la communauté internationale avec la résolution 1511 du Conseil de sécurité et l'accord du 15 novembre entre les forces de la coalition et les différentes composantes du Conseil de gouvernement intérimaire irakien. Il est important donc d'essayer de préciser ce calendrier. Un certain nombre d'étapes sont prévues : loi constitutionnelle, accord de sécurité, formation d'une assemblée consultative, pour arriver, le 30 juin, à la pleine souveraineté de l'Irak. Alors, évidemment, ce n'est que le début d'un processus qui devra conduire à la fin 2005 aux élections générales en Irak après l'adoption d'une Constitution. C'est dire qu'il y a beaucoup de travail à faire. Il faut tout faire pour que ce processus soit le plus inclusif possible, qu'il puisse associer toutes les forces politiques irakiennes qui renoncent à la violence et qui veulent apporter leur concours à ce nouvel Irak. Après le 30 juin de cette année, évidemment, il appartiendra à toutes les forces de s'unir et il faudra que les Nations unies jouent un rôle central dans ce processus. L'Irak sera souverain et il sera important avec les forces politiques de l'Irak, avec le gouvernement, d'appuyer ces efforts dans le sens de la préparation de ces élections générales. C'est dire qu'il y a d'importants défis. Mais je crois que chacun est mobilisé, chacun est très conscient des enjeux et j'ai été très frappé de voir, dans l'ensemble des Etats du Golfe que j'ai déjà visités, qu'il y a une attente, une très grande espérance qui est née et il faut faire en sorte d'encourager tous ces espoirs.

Q - Mais concrètement que peut faire la France dans un pays dominé par la présence américaine ?

R - Je crois que chacun a son rôle à jouer et que la communauté internationale est diverse. La France a une vision, on l'a vu à l'occasion du débat autour de l'Irak, de la crise irakienne puis de la guerre. Cette vision est appuyée sur des principes forts du droit international, du respect des peuples, de la tolérance. Nous voulons appuyer les efforts de la communauté internationale dans la mesure de nos moyens, bien sûr, et nous pensons que les Nations unies ont un rôle a jouer, que l'ensemble des puissances a un rôle à jouer. Et c'est pour cela qu'en entretenant le dialogue avec chacun, nous souhaitons appuyer ce processus de reconstruction, ce processus politique. Nous avons une expertise, une expérience particulière, nous avons reçu il y a quelques semaines les représentants du Conseil de gouvernement irakien à Paris qui ont sollicité l'appui de la France que, bien évidemment, nous souhaitons leur apporter.

Q - Mais les responsables américains ne cessent de menacer d'exclure des contrats de reconstruction de l'Irak tous les pays ayant refusé de participer à la coalition militaire en Irak, à savoir la France, l'Allemagne et la Russie. Est-ce que cette menace, selon vous, complique la restructuration de la dette irakienne ?

R - Il y a eu quelques traces à la suite de la crise irakienne, c'est bien normal, comme vous le soulignez, certaines déclarations pouvaient encore être teintées justement par cette crise. Mais je crois qu'il y a aussi une prise de conscience de la part de tous les responsables, que nous ne pourrons réussir à passer le cap de la stabilité, de la reconstruction de la région que tous ensemble, et nous voulons travailler à l'unité de la communauté internationale qui est la condition de la légitimité et de l'efficacité. Alors, nous sommes mobilisés. Vous avez évoqué la question de la dette irakienne, nous avons eu des entretiens à cet égard avec le Conseil de gouvernement irakien, nous avons évoqué cette question aussi lors de la tournée de James Baker en Europe et nous souhaitons, là aussi, apporter notre contribution car il y a une dette significative de l'Irak vis-à-vis de la France.

Nous avons dit que nous étions prêts, pour une part importante, à prendre en compte les demandes de l'Irak et à alléger le poids de cette dette. Il faut le faire dans le cadre des règlements internationaux, vous savez que la France est présidente du Club de Paris. Cette possibilité de trouver un accord sur la dette suppose aussi qu'il y ait au préalable un accord du FMI et qu'il y ait un gouvernement souverain de l'Irak. Donc nous voulons travailler pas à pas en ce sens, et bien sûr la France est prête, vis-à-vis du peuple irakien, à faire ce qui est nécessaire pour permettre à l'Irak tout entier de se reconstruire et de regarder vers l'avant.

Q - Monsieur le Ministre, vous vous êtes prononcé pour une conférence internationale sur l'Irak afin de légitimer la transition. Quel rôle joueront les Nations unies selon vous dans une telle conférence ?

R - Je crois que ce rôle doit aller croissant. Nous avons plaidé pour que le Secrétaire général des Nations unies puisse envoyer rapidement un envoyé spécial en Irak pour marquer son appui et celui des Nations unies au processus politique. C'est essentiel, pour que le processus ait la légitimité indispensable. Le Secrétaire général des Nations unies a engagé, par ailleurs, toute une série de consultations très importantes. Le 19 janvier, il recevra à la fois les représentants de la coalition et des représentants du Conseil du gouvernement irakien.

Par ailleurs, il a créé un groupe de contact qui associe les pays de la région et un certain nombre de grands pays de la communauté internationale. Ce processus a pour but de légitimer le rôle des Nations unies, et nous pensons qu'au lendemain du retour de la souveraineté de l'Irak, c'est à dire à la fin du mois de juin bien sûr, le rôle des Nations unies sera encore plus important. Ce rôle sera vraiment central dans le processus, et c'est pour cela que nous avons proposé que, dans ce cadre, une conférence internationale puisse éventuellement marquer cette légitimation, marquer le retour de l'Irak dans la communauté régionale et la communauté internationale. Nous pensons qu'une conférence permettra de marquer cette volonté et d'aller de l'avant sur toute une série de grands sujets : le développement économique, les aspects de sécurité et les échanges humains. Nous pensons par ailleurs qu'il faudra réfléchir à une nouvelle architecture de sécurité pour la région. D'abord, parce qu'il faut véritablement assurer et bien définir les frontières et reconnaître chacune d'elles, c'est un élément évidemment très important. Il faut par ailleurs, faire en sorte que face au terrorisme - et il y a une inquiétude devant la montée du terrorisme - chacun puisse être mobilisé en liaison avec tous les Etats qui en ont la capacité. Vous savez que la France est un des pays les plus mobilisés, qui a les plus fortes capacités dans ce domaine, et notre coopération, au plan du renseignement avec les Etats-Unis, est tout à fait exemplaire. De ce point de vue aussi, il faut que nous réfléchissions ensemble sur les questions de prolifération qui doivent être abordées. Il est très important que cette mobilisation puisse se faire. Je pense qu'une conférence internationale serait susceptible de marquer cette volonté, mais nous pensons aussi que la meilleure prévention face aux crises, face à l'insécurité et à l'instabilité, c'est la volonté de régler ces crises. Le Moyen-Orient n'est bien évidemment pas épargné de ce point de vue et c'est pour cela que nous sommes convaincus qu'il faut avancer dans la recherche d'un règlement de la crise israélo-palestinienne. Nous ne pouvons pas la laisser sans véritablement être traitée. Il faut pouvoir avancer dans le sens de la création d'un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967 et vous savez que la Feuille de route sur laquelle l'ensemble de la communauté internationale s'est entendue, prévoyait la création de cet Etat en 2005. Nous sommes inquiets de voir qu'aujourd'hui il y a un certain nombre de doutes et d'hésitations de la part de certains, qu'on marque moins de volonté ou qu'on parle moins de cette Feuille de route. Nous pensons et nous voulons, en liaison avec certains de nos partenaires européens, et en particulier nous réfléchissons avec nos amis britanniques, allemands et d'autres, aux moyens de relancer, de prendre de nouvelles initiatives. Nous pensons que nous ne pourrons pas, pendant de longs mois, laisser le Proche-Orient, le Processus de paix, sans véritable nouveau souffle. Et, c'est pour cela, que nous pensons qu'il est essentiel d'agir, sans quoi c'est la violence qui reprendra le dessus.

Q - Puisque vous parlez de la crise au Proche-Orient, le nouvel ordre régional et notamment les efforts pour faciliter la résolution du conflit israélo-palestinien se sont surtout traduits par un retrait américain des négociations ce qui a laissé les mains libres au Premier ministre israélien Ariel Sharon. Où est la France dans tout cela, où est l'Europe, le rôle de l'Europe dans tout ça ?

R - Nous sommes mobilisés, vous le savez depuis longtemps. Nous sommes l'un des premiers partenaires économiques dans cette région et nous sommes par ailleurs le premier pourvoyeur d'aide au peuple palestinien, il faut le rappeler. Alors, bien sûr, nous voulons une implication politique plus importante. Il faut rappeler aussi que la Feuille de route a été très largement élaborée sous l'impulsion des Européens et nous avons voulu à chaque étape l'appuyer. Mais il faut aller plus loin. Nous sommes convaincus qu'il faut véritablement aujourd'hui ne pas faire en sorte qu'il y ait deux poids deux mesures, la justice ne se divise pas, les principes ne se partagent pas, et il est essentiel que justice soit faite au Proche-Orient. C'est pour cela que nous pensons qu'il ne pourra y avoir de paix possible que si à la fois les Palestiniens se voient reconnu leur Etat, ce qui implique bien évidemment, que l'ensemble des mouvements renoncent à la violence et, parallèlement, Israël ne retrouvera pleinement sa sécurité que si, là encore, une nouvelle étape est franchie. Et, pour cela nous demandons aux Israéliens d'avancer résolument dans le sens de la paix, c'est-à-dire d'arrêter la colonisation, de se retirer des territoires, de renoncer à la construction du mur. Nous pensons qu'il ne peut y avoir de politique de sécurité efficace s'il n'y a pas parallèlement une véritable stratégie et un véritable engagement en faveur de la paix. La meilleure façon de travailler à la paix, c'est de véritablement travailler à la création d'un Etat palestinien capable de vivre en paix et en sécurité à côté de l'Etat d'Israël.

Q - Mais actuellement ce que l'on voit c'est une paralysie totale sur ce plan là.

R - C'est bien ce qui nous inquiète. Quand nous voyons la communauté internationale mobilisée contre le terrorisme, contre la violence, nous disons que pour aboutir, il ne suffit pas de vouloir avancer dans le sens d'une politique de sécurité, il faut aussi avancer dans le sens de la paix.

Dans la réponse à l'exigence de justice, s'il n'y a pas de satisfactions données, la violence et le terrorisme augmentent. Donc soyons conscients de cette réalité, soyons actifs, nous ne pouvons pas rester plusieurs mois sans agir.

Q - Monsieur le Ministre, la situation en Irak a guidé une reformulation des alliances dans la région, on voit des rapprochements comme entre l'Egypte et l'Iran, entre la Syrie et la Turquie, comment expliquez-vous tout cela ? Est-ce que vous pensez que l'Iran constitue toujours un danger ou une menace pour les pays du Golfe ?

R - Depuis de nombreuses années, une inquiétude s'est exprimée et c'est bien ce qui nous a guidés, nous Européens, avec le Royaume-Uni et l'Allemagne, quand nous avons décidé, les trois ministres, de nous rendre à Téhéran pour évoquer ce problème de la prolifération. Nous avons pu obtenir des engagements de la partie iranienne qui ont pu se concrétiser dans le cadre de l'Agence internationale de l'Energie atomique. Une résolution a pu être adoptée de façon consensuelle. Je crois qu'il faut aller plus loin, qu'il faut conforter cette évolution pour pouvoir faire comprendre à l'ensemble des parties et aux autorités iraniennes la nécessité de s'ouvrir et d'accepter ce principe de réforme. C'est la meilleure façon de travailler à la stabilité et au développement de toute la région. Vous mentionnez cette effervescence diplomatique, elle correspond effectivement à un sentiment dans cette période : il faut dialoguer, multiplier les échanges. Et c'est bien, je crois, ce que nous devons encourager : les liens, les dialogues entre les uns et les autres, travailler à ce qui doit être un devenir collectif, c'est notre responsabilité à chacun. Il ne s'agit pas d'isoler, mais d'inciter, d'inviter chacun au dialogue. Ce n'est pas le temps de l'ostracisme, ce n'est pas le temps de la menace, mais celui du dialogue et de l'incitation à avancer. Chacun doit trouver son intérêt dans cette évolution et cette marche de la région vers le progrès.

Q - L'Iran peut-il être considéré comme un facteur qui menace la sécurité dans la région ?

R - L'Iran est un pays avec lequel nous voulons aujourd'hui engager un dialogue, un dialogue très franc. Nous nous sommes rendus à Téhéran il y a quelques semaines, je vais recevoir jeudi matin le Docteur Rohani, donc c'est un dialogue très fort qui est engagé, et nous voulons développer ces relations de confiance. Dans le cadre de ces relations de confiance, oui bien sûr, nous voulons avoir des relations franches, mais je crois que nous pouvons avancer avec les autorités iraniennes, c'est l'intérêt de l'Iran, c'est l'intérêt du peuple iranien, c'est l'intérêt de toute la région. C'est un dialogue que nous poursuivons aussi dans le cadre de l'Union européenne, et nous souhaitons pouvoir avancer au-delà dans le cadre d'un véritable dialogue et d'un partenariat de coopération sur les plan politique et économique. Cela implique que la confiance puisse déboucher sur un certain nombre de gestes indispensables dans le domaine de la lutte contre la prolifération. Nous voulons les encourager aussi dans d'autres domaines, je pense aux Droits de l'Homme ou l'avancée vers la démocratie.

Q - Monsieur le Ministre, en mai 2004, il y aura dix pays qui feront leur entrée dans l'Union européenne, à ce propos, il est bien sûr légitime de dire que les pays du Maghreb ont certaines craintes par rapport à cet élargissement. Ils craignent que l'attention de la France au sein de l'Union européenne aille vers l'Europe et vers l'Europe de l'Est, bien sûr, et concrètement que peut faire la France pour dissiper ces craintes ?

R - Je pourrais facilement dire que jamais nos amis du Maghreb n'ont été aussi présents dans l'esprit de la France et des dirigeants français, comme en témoigne la visite du président de la République, en Tunisie très récemment, au Maroc et en Algérie. Nous avons terminé il y a quelques mois l'année de l'Algérie en France, et cela a été un immense succès. Donc, je crois que les liens sont extrêmement forts entre les deux rives de la Méditerranée, nous souhaitons pouvoir les renforcer dans tous les domaines, politique, économique, échanges humains... Il y a, je crois, la conscience très forte en France et chez tous les Français d'un devenir commun. C'est un destin commun qui nous lie, c'est une communauté véritable, donc je comprends très bien l'inquiétude qui peut exister, mais nous avons pu marquer notre intérêt et notre attention des deux côtés de la Méditerranée, lors de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement des pays 5+5 qui s'est tenue à Tunis et lors du partenariat Euro-méditerranéen qui s'est tenu il y a quelques semaines à Naples. Nous avons marqué des engagements de tous les Etats européens vis-à-vis de ces pays du Sud. Vous savez, c'est une question très simple et chacun bien évidemment y trouve son compte. Prenez les questions d'immigration, de sécurité, de développements. Nous sommes liés parce que nos peuples sont liés. Donc c'est une conscience très largement partagée et vous pouvez compter sur la France pour maintenir cette exigence et ces liens très étroits entre les deux rives de la Méditerranée.

Q - Puisque que l'on est dans le Maghreb, la position de la France vis-à-vis du conflit du Sahara occidental est affiché clairement en faveur du Maroc alors que ce dossier du conflit est toujours entre les mains de l'ONU. Le Président Chirac, lors de sa dernière visite au Maroc avait bien parlé de province marocaine du sud.

R - Vous savez, c'est un sujet que nous abordons bien évidemment avec l'ensemble des pays concernés et qui sont intéressés. Nous avons évoqué cette question lors de la visite du président de la République au Maroc très récemment, nous l'évoquons avec nos amis algériens extrêmement franchement. La conviction de la France, c'est que l'on ne peut pas dicter une solution contre une partie quelle qu'elle soit. Il est donc essentiel que par le dialogue, par la recherche d'un consensus, nous puissions avancer. Je crois que nous avons avancé à la suite du dernier rapport de James Baker dans le cadre des Nations unies et des résolutions qui ont pu être votées. Je crois que chacun est conscient de la nécessité de faire un pas, une partie du chemin vers l'autre ; et c'est bien notre espoir, que nous puissions avancer au service de l'intérêt commun de cette région. Nous sommes évidemment, vous l'avez rappelé, très liés, avec le Maroc, et donc évidemment, c'est notre souci de prendre en compte les préoccupations du peuple marocain, des autorités marocaines, mais nous avons le souci, aussi, bien sûr de stabilité dans l'ensemble de cette région. C'est dans cet esprit commun que nous pensons qu'il faut aborder cette question du Sahara occidental pour pouvoir véritablement la régler. Nous voyons bien, qu'aujourd'hui, qui dit régler une crise qui acquiert une importance, une grande importance, c'est pouvoir se consacrer entièrement au développement et mobiliser ses forces ensemble. Aujourd'hui, les défis qui sont ceux de la sécurité, de la stabilité, du développement, justifient que nous puissions travailler ensemble. L'Union du Maghreb Arabe a besoin de créer cette unité, cette mobilisation pour relever ces défis-là. Nous pensons qu'il est important de pouvoir passer ce cap pour justement travailler ensemble dans cette même direction.

Q - Les élections présidentielles en Algérie ne sont pas loin, l'entourage du président Bouteflika fait valoir que celui-ci dispose du soutien de la France et des Etats-Unis.

R - Vous savez, l'amitié de la France pour l'Algérie est très ancienne, chacun a pu voir au cours des années à quel point cette amitié n'a cessé de se renforcer, nous avons tous en mémoire la visite d'Etat en Algérie du président de la République que j'accompagnais. Je peux dire que c'est une visite d'une très très grande émotion et l'on sentait véritablement cette conscience commune que nous avons, de deux destins qui sont si liés l'un à l'autre. Bien évidemment, il n'est à aucun moment question pour la France de se mêler des affaires intérieures de l'Algérie, c'est sa responsabilité. Nous avons trop de respect pour le peuple algérien, pour à aucun moment oublier qu'il s'agit de son avenir, de son destin. L'amitié, c'est aussi le respect et la tolérance vis-à-vis d'un peuple ami.

Q - Monsieur le Ministre, une dernière question si vous le permettez, sur le voile, comme vous le savez, bien sûr, le projet de loi qui se prépare sur l'interdiction des signes religieux dans les écoles en France, notamment le voile islamique suscite de grandes polémiques en France et dans le monde musulman. Ne pensez-vous pas qu'une telle loi pourrait affecter les intérêts de la France dans le monde musulman ?

R - D'abord, je voudrais vous remercier de poser aussi franchement une telle question parce que je crois qu'il est important de lever certains malentendus, certaines incompréhensions sur ce sujet.

Vous savez, la France, c'est le pays des Droits de l'Homme, de la démocratie, de la tolérance et nous sommes fidèles à ces valeurs. Nous avons une tradition de laïcité. Cette tradition a une raison très particulière : c'est pour permettre justement à l'ensemble des religions de pouvoir s'exprimer, mais que cela puisse se faire dans la sérénité et ce principe de laïcité s'accompagne donc d'un principe de neutralité. Bien évidemment, ce projet de loi, à aucun moment, et le président de la République française l'a souvent rappelé, n'est dirigé contre l'islam. La France est un pays ouvert à l'islam et nous avons fait de grands progrès au cours des derniers mois, en particulier, avec la création du Conseil du culte musulman. Donc, dans ce sens, je crois qu'il n'y a pas d'ambiguïté. Parallèlement, il ne s'agit pas d'interdire le voile en France, prenez votre cas par exemple (1), vous êtes une journaliste vedette d'Al Jazira, vous venez en France, vous pouvez aller où vous voulez, espaces publics, espaces privés, il n'y a pas de limite. La seule règle que nous voulons poser concerne l'école publique, parce que justement dans cette école publique, nous pensons que le principe doit être celui du respect et de la tolérance vis-à-vis de l'ensemble des croyances et des religions. Donc, il ne s'agit pas d'interdire le voile spécifiquement, ce n'est pas dirigé contre l'islam, mais d'interdire les signes de religion ostensibles. Donc cela vise l'ensemble des religions qui peuvent exister sur le territoire français. Vous voyez qu'il s'agit véritablement d'une situation particulière ; il s'agit de l'école publique. Cela n'inclut pas l'école privée ou confessionnelle. Nous ne parlons pas des universités, nous ne parlons pas de la rue, nous ne parlons pas de l'espace privé. Il s'agit véritablement, pour des raisons de tradition liées au respect de principe de laïcité, de neutralité qui est un principe ancien en France et qui a été justifié par notre histoire, de prendre en compte ce principe pour véritablement le faire respecter dans l'ensemble de notre pays. Je crois qu'il est important d'expliquer cela. La France pays d'ouverture - pays de tolérance - pays ouvert à l'islam, je crois que tous ceux qui vivent en France peuvent en témoigner, c'est véritablement quelque chose auquel nous voulons rester fidèles tous ensemble.

(1) La journaliste interviewant le ministre portait un voile

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 janvier 2004)

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