Interview de M. Renaud Dutreil, secrétaire d'Etat aux PME, au commerce, à l'artisanat, aux professions libérales et à la consommation, sur le site internet de l'ANPE le 5 janvier 2003, sur la réforme de l'apprentissage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Dutreil, secrétaire d'Etat aux PME, au commerce, à l'artisanat, aux professions libérales et à la consommation, sur le site internet de l'ANPE le 5 janvier 2003, sur la réforme de l'apprentissage.

Personnalité, fonction : DUTREIL Renaud.

FRANCE. SE aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat et aux professions libérales

Circonstances : Présentation d'un livre blanc sur l'apprentissage

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L'apprentissage forme chaque année plus de 360 000 jeunes. Pourquoi vouloir le réformer ?

L'apprentissage, dans sa forme actuelle, est effectivement un mode de formation performant, qui permet aux jeunes d'acquérir un vrai diplôme et une première expérience professionnelle valorisable. Pourtant, il ne répond pas complètement aux enjeux tant qualitatifs que quantitatifs qui vont se présenter à nous dans les prochaines années. Les départs en retraite de la génération du baby boom vont créer un appel de compétences important dans de nombreux secteurs de l'économie. Les chefs d'entreprises souhaitant céder leur affaire auront besoin de jeunes maîtrisant un métier et prêts à se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. De nombreux indices plaident donc en faveur de formations initiales en alternance plus nombreuses et de bonne qualité.

Quelles sont les grandes pistes de cette réforme ?

Il faut tout d'abord réussir la révolution culturelle qui redonnera à l'apprentissage une image conforme à sa réalité. L'enquête que j'ai commandée à la SOFRES montre l'image erronée et dépassée qu'ont les jeunes et leurs familles de l'apprentissage. Cette revalorisation de l'image de l'apprentissage passe aussi par une amélioration de la condition de l'apprenti. Il faut ensuite se pencher sur l'éducation des jeunes aux métiers et à la réalité de l'entreprise, de façon à multiplier les orientations positives vers les filières professionnelles. Pour que l'apprentissage puisse accueillir de nouveaux publics, il doit s'adapter à leur diversité. C'est pourquoi le troisième axe de la réforme vise à personnaliser les parcours de formation par l'apprentissage. Demain, les contenus des formations et leur durée pourront être adaptés pour des jeunes ayant déjà acquis des connaissances ou une expérience professionnelle. Enfin, pour relancer l'apprentissage, il faut que plus d'entreprises choisissent de former des jeunes de cette façon. Je m'attache donc à simplifier et à rendre plus attractive l'accueil d'apprentis pour les entreprises.

400 000 jeunes sont au chômage en France. L'apprentissage est-il l'une des principales voies pour résorber ce chômage endémique ?

C'est certainement une voie importante. Que les jeunes en recherche d'emploi soient en rupture avec le système éducatif ou qu'ils aient poursuivi des études ne débouchant sur aucun métier réel, l'apprentissage peut leur apporter une réponse : celle de l'obtention d'un métier et d'un diplôme professionnalisant, par un mode de formation axé sur l'acquisition d'un savoir-faire et d'un savoir-être en environnement professionnel.

Pourquoi, selon vous, l'apprentissage attire-t-il peu les jeunes ?

Deux facteurs se combinent. Pour les jeunes et leurs parents, l'apprentissage rime avec une formation courte (CAP) et des métiers durs et sans perspective. Alors que c'est tout le contraire : la norme dans les filières professionnelles est de plus en plus le Bac pro et je souhaite renforcer cette tendance ; l'apprentissage conduit aux diplômes du supérieur (BTS, Licence, ingénieur...) ; l'apprentissage touche aussi beaucoup de secteurs (plus de 50 % des apprentis sont aujourd'hui dans des métiers de services, notamment le commerce). Par ailleurs, il y a une vraie difficulté dans le processus d'orientation des jeunes dans l'enseignement général. L'absence d'approche "métiers" au profit des diplômes et des filières conduit les parents et les jeunes à choisir la voie la plus générale et la plus haute pour repousser le plus loin possible la définition d'un projet professionnel.

Le terme " apprentissage " pourrait-il lui-même disparaître ?

Le terme apprentissage n'est pas vraiment en cause. Celui qui rebute les jeunes est le terme d'"apprenti". Pour introduire une vraie rupture en termes d'image, le choix de terminologies alternatives me semble nécessaire. Il faut notamment faire apparaître plus clairement le fait que le jeune est un apprenant, ainsi que le mode d'acquisition des connaissances. C'est pour cela que j'envisage de retenir les termes "élève en alternance" et "étudiant en alternance".

Ne s'agit-il pas d'un déficit d'image des métiers de l'artisanat en général, trop souvent considérés comme des seconds choix ?

L'apprentissage dans l'artisanat, comme dans l'industrie, pose effectivement la question de la valorisation de l'image de ces métiers. Les professions artisanales ont conscience de cette nécessité et ont engagé un travail important, notamment dans le cadre du Fonds National de Promotion et de Communication de l'Artisanat. Toutefois, l'artisanat ne représente qu'une partie de l'apprentissage et il faut casser cette association systématique entre un mode de formation des jeunes et un secteur économique.

De quelle manière allez-vous inciter les entreprises à recourir à l'apprentissage ?

Les entreprises n'ont pas besoin d'être convaincues de l'intérêt de l'apprentissage. Toutefois elles ont pâti, ces dernières années, de la complexité du dispositif et d'un certain nombre de dysfonctionnements, notamment liés au recrutement par défaut de ces filières. Mon objectif est donc d'une part de simplifier l'accès des entreprises à l'apprentissage, et d'autre part d'améliorer l'accompagnement des jeunes en liaison entre l'entreprise et le CFA, pour régler en amont les problèmes qui peuvent détourner les employeurs de l'apprentissage.

Quel rôle l'ANPE est-elle amenée à jouer dans cette réforme ?

L'apprentissage est un marché avec une offre et une demande. Pour les publics scolarisés, les dispositifs d'orientation et d'information pilotés par les conseils régionaux doivent pouvoir mettre en présence offre et demande. Si l'on souhaite pouvoir former en apprentissage des jeunes demandeurs d'emploi, l'ANPE doit jouer son rôle naturel de collecteur des offres et des demandes et de leur mise en adéquation. Par ailleurs, je crois que l'ANPE pourrait être un auxiliaire précieux pour les Régions dans la définition de leur politique de formation, notamment en apprentissage, en enrichissant leurs informations sur le marché de l'emploi sur leur territoire.

Quel message aimeriez-vous faire passer aux jeunes qui hésitent à s'engager dans cette voie ?

Tout d'abord que c'est une voie de la réussite. L'apprentissage est le "pack 2 en 1" de la formation, car il associe l'acquisition d'un diplôme et celle d'une expérience professionnelle. Et c'est cette combinaison que recherchent les entreprises. Dans un monde où le temps est une ressource rare, elles veulent recruter de plus en plus des salariés qualifiés et immédiatement opérationnels. Se former en apprentissage, c'est donc prendre une longueur d'avance sur le marché de l'emploi !

(source http://www.anpe.fr, le 14 janvier 2004)

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