Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur la construction de la défense européenne, à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur la construction de la défense européenne, à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2004.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. UMP, membre du comité politique

Circonstances : 11èmes journées d'études parlementaires "Paix et défense" à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2004

ti : Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs,


Je voudrais tout d'abord vous souhaiter, à mon tour, la bienvenue ici à l'Assemblée nationale et vous dire le plaisir que j'ai d'ouvrir cette nouvelle journée d'études "Paix et défense" dont le thème s'inscrit très directement dans le prolongement de celui de l'année dernière, à savoir la mise en place d'une Europe de la défense puisque toute une partie de vos travaux y était consacrée.

Je souhaiterais tout particulièrement remercier, en votre nom à tous, François d'Aubert et Jean-Michel Boucheron qui, dans le sillon tracé notamment par Arthur Paecht, sont désormais les chevilles ouvrières de ce colloque annuel dont l'intérêt et l'utilité ne sont plus à démontrer.

Mesdames, Messieurs,

Notre démocratie, le Parlement où elle s'exprime avec le plus de solennité, ont, en effet, besoin de ces lieux d'échanges où l'ensemble des parties prenantes à une question peuvent débattre librement et sans contrainte du sujet qui les occupe et donc faire progresser leur réflexion. Ce travail, qui s'effectue en marge du Parlement, lui est indispensable car il contribue à alimenter les débats qui ont lieu en commission ou en séance publique.

Par ailleurs, et ce n'est pas la moindre de ses qualités, lorsqu'il s'agit d'un sujet très précis, ce type de rencontre permet aussi de sortir du cercle étroit des spécialistes et, par l'écho médiatique qui lui est donné, de faire partager à nos concitoyens les préoccupations qui s'y expriment.

La défense, je ne sais s'il faut s'en réjouir ou le déplorer, est de ces sujets auxquels, comme certaines épreuves de la vie, on ne pense que lorsque l'on est confronté à l'adversité, ce qui est bien souvent un peu tardif.

Si les questions de défense passionnent si peu, que dire alors de la défense européenne ? Bien sûr, si l'on interroge nos concitoyens, si l'on fait réaliser un sondage, on arrivera à prouver qu'il existe, dans notre pays, une assez large adhésion à ce principe, comme il existe un véritable consensus sur les principales questions de défense.

Cette adhésion au principe d'une défense européenne ne suffit pas, pour autant, à assurer sa mise en ¿uvre comme le montre le bilan de ces dernières années.

Certes, l'idée fait son chemin, la défense européenne progresse. Mais à quel rythme, avec quels aléas ?

L'on ne peut qu'être frappé par le décalage qui existe entre la situation internationale qui exigerait de la part des européens une réponse forte et coordonnée et les progrès limités que l'on peut enregistrer.

Pourquoi ces difficultés ? Pourquoi ces lenteurs ?

Cette adhésion qui nous rassemble ne serait-elle pas partagée par nos partenaires ?

Il est vrai qu'en matière de défense, nos principaux voisins ont des traditions parfois très différentes des nôtres et consentent dans ce domaine des efforts extrêmement variables.

Il est vrai aussi qu'en matière de défense, les susceptibilités nationales sont fortes, à la mesure des enjeux que la défense représente en terme d'indépendance nationale, de souveraineté ou même d'effort financier à consentir. Il faut donc poursuivre dans ce domaine notre effort de conviction à l'égard de nos partenaires européens.

Cela suffit-il pour autant à expliquer nos difficultés ? Je ne le crois pas.

Nous-mêmes, à quels efforts sommes-nous prêts à consentir pour parvenir à cette mise en commun ?

Car la construction de cette défense européenne nécessite des efforts,

- des efforts, d'abord, en termes de volonté, je crois que nous l'avons et vous en avez largement débattu l'année dernière,

- des efforts, ensuite, en termes de moyens financiers, je crois que la loi de programmation nous les donne,

- mais également des efforts en terme de susceptibilité à surmonter et d'amour-propre à laisser de côté car, et j'en suis persuadé, la construction européenne suppose que, de notre part, nous acceptions de changer certaines de nos habitudes et de nos pratiques.

Elle suppose de renoncer à une certaine forme d'indépendance comme toute mise en commun de moyens l'exige sans pour autant brader notre souveraineté.

Elle suppose que nous acceptions, voire que nous encouragions certaines restructurations, au niveau national et plus encore au niveau européen, certains regroupements en particulier en matière d'industrie de défense, ce qui aura inévitablement un coût.

Il y a donc d'abord un effort d'introspection à mener.

Il ne suffit pas de dire que, dans tel ou tel domaine, nos capacités sont insuffisantes, voire inexistantes. Il ne suffit pas de dire qu'il faut maintenir un haut potentiel en matière d'industrie d'armement en Europe ou d'affirmer qu'il faut encourager les coopérations dans ce domaine ou favoriser les synergies.

Il faut indiquer comment l'on y parvient. Il faut indiquer ce que cela suppose. Il faut avoir une idée claire de ce que cette évolution implique afin d'être en mesure d'accompagner, de faciliter les mutations inéluctables qu'elle va entraîner.

Ces adaptations, ces regroupements, ces rapprochements indispensables seront parfois douloureux. C'est pourquoi il convient de les préparer, de les préparer sans tarder. Il conviendrait même de les accélérer si on ne veut pas que notre potentiel de recherche, notre potentiel technologique - et quand je dis notre potentiel, il s'agit de celui de la France mais également de celui de l'Europe - ne passent sous le contrôle d'intérêts qui ne sont pas les nôtres. Et dans ce domaine, comme vous le savez, comme l'actualité nous l'a encore montré récemment, les choses vont vite, parfois trop vite.

De telles mutations ne sont jamais faciles, je le sais. Appuyons-nous au moins sur ce qui a déjà été fait dans ce domaine, les exemples ne manquent pas et je ne sache pas que l'on puisse le regretter !

Il faut beaucoup de lucidité, il faut beaucoup de détermination mais je sais également que le gouvernement n'en manque pas et Madame Alliot-Marie aura l'occasion de vous le redire ce soir.

C'est pourquoi, je crois que les débats que vous allez avoir sur ces différents sujets seront particulièrement utiles et j'en lirai le compte rendu avec beaucoup d'intérêt.

(source http://www.assemblee-nationale.fr, le 29 janvier 2004)

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