Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur la commémoration de la naissance de Berlioz, le projet de construction d'une salle de concert à Paris et l'exploitation de la salle Pleyel, Paris le 11 décembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur la commémoration de la naissance de Berlioz, le projet de construction d'une salle de concert à Paris et l'exploitation de la salle Pleyel, Paris le 11 décembre 2003.

Personnalité, fonction : AILLAGON Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Bicentenaire de la naissance d'Hector Berlioz à Paris le 11 décembre 2003

ti : Aujourd'hui est un grand jour.
C'est un 11 décembre qu'Hector Berlioz, il y a deux cents ans, est né. Notre grand compositeur a été célébré tout au long de cette année 2003, et c'est en quelque sorte au point d'orgue de ce cycle que nous arrivons aujourd'hui. L'orchestre de Paris célébrera d'ailleurs l'événement ce soir par un grand concert donné au Théâtre du Châtelet.
Berlioz est certainement le compositeur qui a le plus contribué à l'épanouissement et au renouvellement de la forme symphonique après Beethoven, inventant sans cesse de nouveaux timbres et de nouvelles écritures, souvent au service de projets monumentaux.
Compositeur mais aussi critique musical, Berlioz a déploré parfois dans ses écrits l'absence à Paris d'une salle de concerts digne d'un grand pays. Il indiquait ainsi lors d'un voyage en Allemagne : " pour parvenir à faire entendre aux Parisiens un si magnifique ensemble, il ne manque que deux choses : un local pour les placer et un peu d'amour de l'art pour les y rassembler. Nous n'avons pas une seule grande salle de concert ! "
Ce constat a perduré jusqu'à la création d'une grande salle de concert, la salle Pleyel, en 1927. Vous savez cependant quelles vicissitudes cette salle a connu, depuis son incendie, neuf mois après son inauguration, jusqu'à sa mise en vente en 1998. Les pouvoirs publics, en l'occurrence l'Etat et la Ville de Paris, n'avaient alors pas saisi la chance d'acheter cette salle.
Dès mon arrivée au Ministère, j'ai aussi constaté que nos orchestres, malgré leur qualité, ne pouvaient exercer leurs activités et déployer leurs talents dans de bonnes conditions.
J'ai également observé, avec regret, que la principale collectivité concernée, la Ville de Paris, considérait que la construction éventuelle d'une nouvelle salle symphonique relevait de la responsabilité exclusive de l'Etat. J'ai eu l'occasion d'exprimer ce regret à Bertrand Delanoë de manière très franche. Il est d'usage en effet, dans toutes les grandes villes de France et même du monde, que de tels projets soient portés par les collectivités locales, l'Etat intervenant généralement pour compléter le financement.
Le maire de Paris et moi avons cependant convenu, pour sortir de la situation de blocage dans laquelle nous nous trouvions, et dans laquelle nous placions nos orchestres, de confier une mission à deux personnalités, à la fois gestionnaires compétents et mélomanes avertis, Bernard Auberger, ici présent, et Philippe Belaval, pour analyser la situation et faire les propositions les plus adaptées.
Ils nous ont rendu leur rapport en juin dernier, après une analyse détaillée des différentes possibilités : construction, aménagement ou reprise d'une salle existante. Leur rapport complet vous est aujourd'hui communiqué.
Leurs conclusions retiennent une proposition de court terme, le retour à la salle Pleyel, et la perspective, à moyen terme, de construire enfin à Paris un grand auditorium. C'est dans la lignée de ces conclusions que j'ai décidé de déployer mon action.
A court terme il importe de trouver une solution rapide et satisfaisante pour les concerts des orchestres français, à commencer par l'orchestre de Paris, mais aussi les orchestres de Radio France, l'orchestre national d'Ile de France, les orchestres Lamoureux, Colonne, Pasdeloup, l'ensemble orchestral de Paris et les orchestres régionaux, et les orchestres étrangers.
J'ai donc résolu d'engager des discussions avec le propriétaire de la Salle Pleyel, Hubert Martigny, qui a pendant quatre ans exploité cette salle, son épouse, Carla Tarditi, en assumant la direction artistique.
Ces discussions ont abouti à la signature, lundi dernier, d'un protocole d'accord entre l'Etat et la société IDSH, présidée par Hubert Martigny. Cet accord permet à l'Etat de prendre à bail la salle Pleyel, pour une durée de 20 ans, à un niveau de loyer raisonnable.
Cette location de longue durée interviendra dans les conditions suivantes :
1. La première nouvelle saison à Pleyel sera la saison 2006-2007.
2. Des travaux très importants seront effectués par le propriétaire en 2004 et en 2005, pour un montant évalué à 18 M¿. Le programme de ces travaux sera défini d'un commun accord par le propriétaire et l'Etat, après consultation des futurs utilisateurs. Ces travaux permettront en premier lieu d'augmenter les qualités acoustiques de la salle. Le confort des spectateurs sera amélioré, tout comme celui des musiciens, qui bénéficieront de loges réaménagées dans l'immeuble Daru. Les espaces publics seront également agrémentés de la création d'un foyer et de la restauration du hall et de la rotonde.
3. L'exploitation de cette salle, entièrement dévolue au locataire, fera l'objet d'un soin très attentif. Je souhaite qu'un projet culturel solide puisse y voir le jour. J'ai à cet effet confié à Laurent Bayle, directeur de la Cité de la Musique, le soin de me proposer le mode de gestion de cette salle, avec l'ambition d'y développer une programmation large, visant une nécessaire politique d'élargissement des publics, ouverte à toutes les esthétiques, et se développant de manière harmonieuse avec les autres institutions parisiennes. Laurent Bayle devra veiller à ce que la salle Pleyel puisse accueillir de façon satisfaisante l'orchestre de Paris, mais aussi les concerts de l'orchestre philharmonique de Radio France, l'orchestre national de France, l'ONDIF, les orchestres en région, associatifs, et naturellement aussi, les grandes formations internationales.
4. Ce contrat de vingt années qui lie l'Etat à IDSH pourra donner lieu à une prolongation automatique à l'issue de cette période de 20 années. Il pourra également, selon des modalités précisément définies, être dénoncé par l'Etat avant son échéance.
Après tant d'incertitudes, nous disposons désormais, pour assurer l'avenir de la vie musicale à Paris, d'une solution équilibrée et dynamique, sans obérer pour autant la possibilité de la réalisation, dans quelques années, d'un nouvel auditorium.
Je voudrais à cet égard redire au Maire de Paris ma disponibilité, celle de l'Etat, pour accompagner, comme il le fait dans d'autres salles, la réalisation d'un tel équipement.
Il conviendra pour cela de bien réfléchir à sa localisation. Le rapport Auberger-Belaval évoque diverses hypothèses. En arrêter une est nécessaire de façon à ce que les évolutions envisagées dans le cadre du futur Plan Local d'Urbanisme, n'empêchent pas sa réalisation.
Je voudrais terminer, comme je l'ai commencé, en évoquant Berlioz, qui déclarait : " Des millionnaires qui abondent à Paris, pas un seul n'aurait l'idée de bien faire pour la grande musique. Nous ne possédons pas une bonne salle de concert publique, il ne viendrait en tête à aucun de ces crésus d'en construire une. "

Puisse ce regret être entendu par les collectivités locales, notamment la ville de Paris, par les mécènes aussi. L'Etat saura, soyez en assuré, les accompagner dans une telle entreprise.
Je vous remercie.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 12 décembre 2003)

Rechercher