Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur les rave et les free parties, notamment les pratiques de musiciens amateurs, la sécurité des concerts et les échanges entre les municipalités et les organisateurs de concerts, Paris le 14 janvier 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur les rave et les free parties, notamment les pratiques de musiciens amateurs, la sécurité des concerts et les échanges entre les municipalités et les organisateurs de concerts, Paris le 14 janvier 2004.

Personnalité, fonction : AILLAGON Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Clôture de la journée d'information et de formation sur les rave et les free parties à Paris le 14 janvier 2004

ti : Mesdames et Messieurs,


Je me réjouis de la tenue de cette nouvelle réunion d'information sur les manifestations électroniques, après celle qui a été organisée à Caen dans le cadre du festival Nördik Impakt, le 21 novembre dernier.
Il y a deux choses qui motivent ma détermination à soutenir ce que le droit appelle les " rassemblements festifs à caractère musical ", et ce que vous appelez plus simplement les " rave " et les " free ".
D'une part les musiques électroniques sont un courant musical tout à fait considérable. Vous avez pu en juger ce matin lors de la séance d'écoute. Elles sont le lieu des mixages et donc des métissages, des expérimentations et donc des créations. Ces pratiques sont donc porteuses de valeur et d'espérance pour le renouvellement des esthétiques musicales, quelles que soient les critiques formulées par les uns et par les autres. On m'a récemment reproché de me rendre à la TECHNOPARADE au motif que ces musiques sont " répétitives " : mais la répétition n'est-elle pas une des composantes de la musique, de toute musique : des pilous mélanésiens aux danses traditionnelles de nos régions, mais aussi de la plupart des musiques savantes, de JS Bach jusqu'à Philip Glass ?
L'autre critique principale est celle de l'amateurisme : ces musiques, parce que tout le monde peut facilement mixer ou " sampler ", tiendraient moins de l'art que du papier peint, moins de la musique que de la production sonore et du bruit. Là encore, toute musique, qu'elle soit acoustique ou amplifiée, peut encourir la même critique, et c'est à l'oreille exercée de distinguer l'amateur du professionnel.
J'irai d'ailleurs plus loin : si telle ou telle musique est le fait d'un amateur, faut-il la décourager ? Non bien sûr, car l'amateur est celui qui aime la musique, et l'aimant, il pourra progresser et tendre vers l'excellence s'il a de bonnes dispositions, et avoir envie de faire partager sa passion.
Mon ministère, le ministère de la culture, a souvent été le ministère des artistes, des professionnels. Il doit continuer à l'être. Mais il doit aussi s'ouvrir davantage aux pratiques des musiciens amateurs, aux associations qui les regroupent et qui défendent l'innovation, la découverte, la curiosité.
Enfin, ce ministère est aussi celui de la communication. Or les " rassemblements festifs ", le droit le reconnaît, sont des occasions de fête, de rencontre, de partage, et une occasion privilégiée de mélanger les publics, de vivre la diversité de la société, de sociabiliser la jeunesse.
J'aurai l'occasion de l'annoncer prochainement, je souhaite que l'année 2004 soit l'année des arts numériques. Nous assistons en effet, dans le sillage des pionniers de l'électronique, dont vous avez eu un aperçu ce matin, à une véritable explosion des arts numériques, dans tous les domaines : musique mais aussi photo, arts graphiques, vidéo¿
Les musiques électroniques sont une composante de ce mouvement, c'est pourquoi il faut non seulement ne pas entraver leurs expressions mais les encourager.
Cela étant posé, je souhaite rappeler, c'est aussi l'objet de ces journées, que dans tout événement social, il y a des règles à respecter, des règles qui s'imposent aux professionnels comme aux amateurs, aux " rave " comme aux " free " : déclarations, voire demandes d'autorisation lorsqu'il s'agit d'un terrain public, respect des règles de sécurité publique, et respect des sites et des riverains et aussi, j'y tiens, respect des droits des auteurs et des artistes lorsque des musiques protégées sont diffusées.
C'est pour permettre qu'un dialogue constructif puisse s'engager sur ces différentes questions, entre les organisateurs et les pouvoirs publics, tant au niveau national que dans chacune de nos régions, que j'ai demandé aux Directeurs régionaux des affaires culturelles de confier à l'un de leurs collaborateurs le suivi des questions relatives aux musiques électroniques, de la même façon que le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a désigné des médiateurs dans chaque département, ce dont je me réjouis : c'est une décision je crois inédite dans l'histoire du ministère de l'Intérieur, de montrer un tel intérêt et une telle disponibilité pour l'organisation de ces manifestations.
Même si nos responsabilités sont différentes, notre engagement et notre position sont communes. Par votre position de médiateur, vous devez tous favoriser les échanges entre pouvoirs publics, notamment les municipalités, et les organisateurs de manifestations, qu'il s'agisse d'associations loi de 1901 ou de collectifs informels. Vous devez vous efforcer de favoriser leur bon déroulement et de prévenir des conflits, voire des drames, toujours possibles. Vous devez également veiller à la nécessaire maîtrise des règles présidant à l'organisation de ces événements, et inciter ceux qui souhaitent en faire leur métier à se professionnaliser dans le cadre juridique le plus adapté, et en utilisant les dispositifs que met à votre disposition le Ministère de la culture et de la communication.
J'ajoute qu'au-delà de l'organisation des grandes manifestations telles que les teknivals et les grandes " free ", qui nécessitent une logistique adaptée aux contraintes du nombre, nous devons promouvoir aussi les manifestations d'une taille modeste, qui sont d'ailleurs souvent plus faciles à organiser et à maîtriser. Nous devons enfin promouvoir la musique dans les salles et les clubs, qui participent de la même démarche. C'est l'ensemble de cette offre, c'est ce continuum de lieux, qui garantira un accueil de tous les publics et une diffusion pour toutes les catégories d'artistes.
La journée d'information qui vient de s'écouler a été la seconde de cette nature. Elle a réuni plus de neuf régions, et tous les départements franciliens. Ce tour de France se poursuivra par une grande réunion en région Rhône Alpes ou Provence Alpes Côte d'Azur dans les deux mois à venir, pour que l'ensemble des médiateurs nommés par les préfectures et les correspondants des DRAC puisse se familiariser avec cette culture et travailler à la diffusion des meilleures pratiques et d'un code de bonne conduite.
Il devra également être complété par une action en direction des organisations représentatives des élus locaux, des Maires en particulier.
J'ai enfin, vous le savez sans doute, demandé à la DMDTS d'établir avec les DRAC un recensement des terrains appartenant ou dépendant du ministère de la Culture et de la Communication, qui leur sembleraient de nature à pouvoir accueillir des événements consacrés aux musiques électroniques. Nous devons pouvoir trouver, selon le type de manifestations, des lieux ou des terrains qui pourraient être utilisés, que ce soit pour des teknivals ou des événements de moindre ampleur.
Je voudrais pour conclure remercier les médiateurs et le Conseiller juridique du Ministre de l'intérieur pour leur participation à cette journée, tout comme pour leur action au quotidien sur ces questions, remercier également bien sûr les médiateurs du ministère de la culture, à qui je demande de continuer à s'investir pleinement.
Je remercie enfin la DMDTS, TECHNOPOLE et l'IRMA, qui ont assuré l'organisation de cette journée et celle de Caen, et les intervenants et les organisateurs qui se sont joint à cette journée.
Je suis sûr, Mesdames et Messieurs, que nous aurons d'autres occasions de nous rencontrer autour de ces questions qui nous tiennent à c¿ur. Les musiques électroniques sont un élément essentiel de la diversité musicale de notre pays, elles s'exportent dans le monde entier et véhiculent un environnement culturel riche et complet. Je leur souhaite, ainsi qu'à vous tous, un heureuse année 2004, une heureuse année numérique.


(Source http://www.culture.gouv.fr, le 20 janvier 2004)

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