Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, à RTL le 8 janvier 2004, sur la diminution du nombre de professeurs pour la rentrée de 2004 et le bloquage des salaires dans la fonction publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, à RTL le 8 janvier 2004, sur la diminution du nombre de professeurs pour la rentrée de 2004 et le bloquage des salaires dans la fonction publique.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. FSU, secrétaire général

ti : Question (J.-M. Aphatie) : Bonjour G. Aschieri. Vous êtes secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire, c'est-à-dire l'un des principaux syndicats d'enseignants. Le nombre de collégiens et de lycéens diminue dans le nord et dans l'est de la France, il augmente dans le sud et dans l'ouest et on a appris hier que l'Education nationale a décidé de répartir différemment les postes d'enseignants pour la rentrée de 2004 : un peu moins de professeurs dans le nord et dans l'est là où il y a un peu moins d'élèves, et un peu plus dans le sud et dans l'ouest, là où il y en a un peu plus. On se dit : c'est du bon sens et vous êtes d'accord G. Aschieri ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Sauf que c'est un peu moins de professeurs pour tout le monde et pas seulement un peu moins de professeurs. Il va y avoir un millier d'administratifs en moins pour faire fonctionner les services. On a là la déclinaison des conséquences de choix budgétaires qui ont été faits. Ces choix budgétaires, c'est quoi ? C'est d'une part dans le second degré, les lycées et les collèges, 2400 enseignants en moins.

Question : Et 34.000 élèves en moins.

(Réponse) Gérard Aschieri : 34000 élèves en moins. Mais faites le calcul.

Question : Donc ce n'est pas illogique.

(Réponse) Gérard Aschieri : Oui, mais qu'est-ce que ça signifie concrètement sur le terrain ? Et je reviendrai parce qu'il n'y a pas que le second degré. Ca signifie par exemple que dans les lycées, ce qui permettait et permet la diversification, c'est-à-dire des langues qu'on appelle "rares" ou "à faible diffusion" - le latin, le grec -, des formations professionnelles, c'est-à-dire des voies qui permettent que chaque élève trouve une voie de réussite, eh bien ça, ça va disparaître, ça va se réduire, ça va diminuer. Dans le premier degré, on a 1500 enseignants de plus pour 53000 élèves. Vous voyez que les proportions ne seront pas totalement égales. 1500 pour 53000 élèves, c'est très largement insuffisant ! Ca aboutit à ce que dans certaines régions, on a plus d'élèves dans les écoles, et on va supprimer des enseignants.

Question : Mais on peut comprendre que dans une période de rigueur budgétaire - il n'y a plus beaucoup d'argent dans les caisses de l'Etat - on n'embauche pas indéfiniment des professeurs pour entretenir des filières, qui sont sans doute très utiles, mais un peu pointues.

(Réponse) Gérard Aschieri : On a aujourd'hui un débat sur l'école, un grand débat national sur l'école. On nous dit, on nous demande : qu'est-ce qu'il faut faire pour améliorer l'école. Et pendant qu'on débat, on est en train de supprimer un certain nombre d'éléments qui permettaient, et peuvent permettre ces améliorations. C'est l'avenir qui se joue aujourd'hui. Et moi je voudrais qu'en matière d'école, comme en matière de service public d'une manière générale, on ne se pose pas la question seulement sur "combien ça coûte", mais aussi "combien ça rapporte". Le président de la République lors des v¿ux aux forces vives vient nous parler du pari de l'intelligence. Eh bien le pari de l'intelligence, ça a un coût.

Question : Alors qu'est-ce que vous allez faire G. Aschieri ? Accepter de mauvaise grâce ces décisions ou bien il y aura manifestations, grèves prévisibles ? A quoi faut-il s'attendre ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Là, dans les jours qui viennent, nos instances vont délibérer de cette situation. On va un peu prendre le pouls.

Question : Mais vous, vous en pensez quoi ce matin ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Je pense qu'il va falloir avoir une action syndicale.

Question : Qu'est-ce que c'est l'action syndicale ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Les actions syndicales, ça peut être des grèves, ça peut être des manifestations, ça peut être des actions peut-être plus imaginatives.

Question : On peut dire ce matin aux auditeurs de RTL : peut-être que des grèves peuvent survenir.

(Réponse) Gérard Aschieri : Ca n'est pas à exclure, mais je vous dis que pour l'instant il est trop tôt pour que j'affirme quelque chose. On en délibère, et on essaie d'en délibérer avec nos collègues.

Question : J.-P. Delevoye, ministre de la fonction publique, a écrit aux sept fédérations syndicales, vous êtes l'une d'entre elles, il veut vous recevoir demain pour " une reprise rapide, dit-il, et efficace du dialogue social ". C'est vrai que ce n'est pas terrible le dialogue social.

(Réponse) Gérard Aschieri : La vérité, c'est que c'est nous qui lui avons écrit et qui nous répond.

Question : Ah, il est gentil. Tiens, il vous répond. Et vous allez demain le voir ?

(Réponse) Gérard Aschieri : On va y aller, mais on va y aller en lui demandant de faire ses preuves. On a constaté, et l'affaire du blocage des salaires a été particulièrement significative, que depuis un certain temps, quasiment depuis le début, on nous parle gentiment.

Question : Le début de quoi ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Depuis que le gouvernement est en place, depuis que Monsieur Delevoye est ministre. On nous parle gentiment, aimablement, mais on ne débouche sur rien et la concertation, c'est de pouvoir déboucher.

Question : Déboucher sur des augmentations de salaires ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Déboucher sur des augmentations de salaires, déboucher sur la prise en compte de revendications, déboucher sur des progrès pour les personnels. Il y a des tas de dossiers sur lesquels rien n'a bougé en dépit des discussions. Et on a fait un petit coup de colère, on a dit au ministre qu'on n'irait plus dans les instances de concertation si on n'avait pas les perspectives que ça bouge.

Question : Et donc demain vous vous retrouverez. Est-ce qu'il y a parmi les fédérations syndicales - peut-être pas la vôtre - un désir de petite vengeance après l'épisode des retraites ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Ah, ce n'est pas une question de vengeance. C'est qu'on pense que la loi sur les retraites est une mauvaise loi. Qu'on est en train d'avoir les conséquences, assez dramatiques dans certaines situations. Je pense à un certain nombre de femmes, on en a beaucoup parlé. Mais on pense qu'il faudrait reprendre tout ça. De la même manière, sur les salaires, ce n'est pas acceptable. Mais on ne dit pas au ministre : vous changez de politique, sinon on ne vient plus vous voir. On lui dit : on veut que vous changiez de politique, mais on veut aussi que vous changiez de méthode !

Question : Pour finir, G. Aschieri, les inévitables questions sur la loi sur le port des signes religieux dans les écoles. Il va y avoir une loi, on sait que vous n'en vouliez pas mais enfin. Et puis il y a un débat autour de cette loi. Alors essayons de nous projeter un peu dans ce débat : le ministre de l'Education dit : interdiction des signes " ostensibles ". Certains députés voudraient parler des signes " visibles ", c'est-à-dire durcir un peu le texte. Qu'est-ce que vous souhaitez, vous, G. Aschieri ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Eh bien, ce n'est pas mon problème.

Question : Si, c'est votre problème, vous allez devoir appliquer la loi. Donc c'est votre problème.

(Réponse) Gérard Aschieri : Je souhaite que les jeunes comprennent clairement pourquoi il ne faut pas de signes religieux à l'école. Parce que je pense que les signes religieux sont contradictoires avec une certaine conception de l'école en tant que "lieu d'apprentissage et de constitution de la liberté.

Question : La loi, "ostensibles", "visibles" ?

(Réponse) Gérard Aschieri : Ostensibles, visibles : ça ne changera pas le problème. La laïcité s'est construite en France sur une tension entre deux éléments : la neutralité de l'espace public et la liberté de conscience. Et celui qui trouvera le mot qui permet de résoudre cette tension, je lui tire mon chapeau !

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 8 janvier 2004)

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