Déclaration de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, sur l'opposition de la FSU à la politique gouvernementale notamment la réduction du nombre de professeurs, la réforme des retraites, la baisse des crédits à la recherche, le renforcement de la politique sécuritaire et sur la nécessaire mobilisation syndicale, Paris le 2 février 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, sur l'opposition de la FSU à la politique gouvernementale notamment la réduction du nombre de professeurs, la réforme des retraites, la baisse des crédits à la recherche, le renforcement de la politique sécuritaire et sur la nécessaire mobilisation syndicale, Paris le 2 février 2004.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard.

FRANCE. FSU, secrétaire général

Circonstances : Congrès de la FSU, à Paris le 2 février 2004

ti : Dire à l'ouverture d'un congrès qu'il se tient dans des circonstances particulières relève du lieu commun. Et pourtant je ne peux ignorer que notre congrès s'ouvre dans une période qui a connu un mouvement social d'une rare ampleur dans lequel la FSU a joué un rôle de premier plan, un mouvement dont les résultats sont loin de l'intensité avec laquelle les personnels se sont engagés mais dont les conséquences et les effets à terme sont loin aussi d'être épuisés. Et plutôt que de redire ce que contient un rapport d'activité largement approuvé, je souhaite simplement, en me limitant à la France, essayer de caractériser le contexte, nos responsabilités dans ce contexte et l'enjeu des batailles à mener.

De fait si le gouvernement a été mis en difficulté par le mouvement du printemps, s'il a dû concéder quelques reculs partiels sur la décentralisation, s'il a été mis sur la défensive en matière de politique scolaire, s'il est contraint à mettre les formes, il n'en poursuit pas moins avec une détermination affichée un programme dangereux pour l'avenir de notre société. Alors que le premier tour des élections présidentielles avait montré combien étaient périlleux pour les valeurs de notre république les choix d'insécurité sociale, de remise en cause des acquis, des solidarités, des services publics, ce sont bien ces choix régressifs qui sont promus avec une force nouvelle. S'enfonçant dans une politique qui fait de la baisse de l'impôt sur le revenu, de la réduction des dépenses publiques, de la précarisation de la société et du travail l'alpha et l'oméga d'une prétendue politique de l'emploi, promouvant le contrat au détriment de la loi, réduisant les services publics et les systèmes solidaires à un simple filet de sécurité minimum et renvoyant l'essentiel de la protection de chacun à ses capacités de contribution individuelle, il fait courir à notre société le risque de plus d'inégalités, de plus d'insécurité, de plus de précarité, il risque de favoriser la montée tant de la xénophobie que de l'intégrisme. Il offre à nos jeunes un avenir bouché fait de précarité, de petits boulots, d'exclusion précoce du système éducatif.

Même si les jeunes docteurs ne sont pas toute la jeunesse, comment ne pas s'indigner de voir que, par delà les stages, les " post doc ", les monitorats auxquels quasiment tous sont contraints, on leur propose une nouvelle précarité en transformant des emplois de titulaires en CDD ; quant aux étudiants qui préparent les concours d'enseignants, c'est une chute brutale du nombre de postes qui fera que des milliers n'auront d'autres choix que la précarité. Lorsque l'avenir est ainsi bouché comment développer l'accès aux qualifications de haut niveau dont nous avons besoin ? Et à l'autre bout de l'échelle des qualifications alors que les sorties sans qualification sont - on le sait - une source d'exclusion de plus en plus radicale, loin de lutter contre l'échec scolaire, on n'a d'autre ambition que de s'en accommoder et de caser ces exclus dans ce que l'on dénomme une " activité " et qui n'est justement pas un emploi. La précarisation des conditions d'emploi qui vont du jeune sans qualification au jeune chercheur, et au futur contrat de mission n'est-ce pas un projet de société, où vivre au jour le jour devient l'horizon indépassable ? Curieux paradoxe avec la vulgate libérale qui nous vante la société où le projet devient valeur suprême, où chacun n'est invité qu'à se projeter individuellement dans le futur.

L'école : le mouvement de l'an dernier a eu comme origine des choix budgétaires de régression. A partir du constat des difficultés que nous dénoncions nous-même, le gouvernement a fait le choix d'un recul en arrière sans précédent. Je ne reviens pas sur les chiffres ; ils sont connus mais je veux faire une remarque : souvent on nous dit : " les syndicats ne réfléchissent qu'en termes de moyens ; c'est la logique de Monsieur Plus ". Ce reproche de la part de nos ministres, c'est l'hôpital qui se moque de la charité ! C'est le gouvernement qui s'est dès le début placé sur le terrain des moyens en ignorant la question des objectifs ; c'est lui qui a impulsé une politique du toujours moins... C'est lui qui compromet l'avenir avec des choix budgétaires a priori. Comment prétendre lutter contre la violence en réduisant de plus de 40000 personnes l'encadrement éducatif ? Comment ignorer que l'éducation c'est de l'humain qui travaille sur de l'humain et que l'on ne peut pas faire sans avoir sur le terrain des hommes et des femmes, professionnels qualifiés dans de multiples métiers ? Prenons les chiffres qui viennent d'être annoncés pour le concours de recrutement : dans le 1er degré, ils sont inférieurs de 4000 aux départs prévus et empêchent toute sortie de la logique infernale des listes complémentaires : dans le second degré où un bon tiers des départs ne seront pas remplacés, les conséquences par disciplines dessinent une certaine conception de l'école : -40% en EPS, -40% pour les CPE, les langues vivantes, les disciplines professionnelles sacrifiées : et après on viendra nous parler de diversification, de promotion des LP... En fait ces choix compromettent l'avenir, ils compromettent toute perspective d'amélioration, pire ils tracent des régressions qui risquent d'être difficilement réparables. Or ces choix budgétaires apparaissent de plus en plus comme correspondant à un projet . Ce n'est pas un hasard si de plus en plus ouvertement les propos de nos ministres dessinent un projet éducatif rétrograde marqué par l'abandon toute ambition, l'acceptation de l'échec et l'exclusion précoce des élèves en difficulté. Ce n'est pas le retour à un âge d'or qui n'a jamais existé, c'est le renoncement à l'avenir. C'est un contre sens : on le sait, les besoins en qualification dans les 10 ans à venir vont aller croissant, notre société a besoin de plus de formations, de plus de qualifications pour permettre le développement économique et social, mais aussi la construction d'une culture et de valeurs communes indispensables pour vivre ensemble et vivre mieux. Mais quand Luc Ferry suggère que les 80% d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat seraient " désuets " ce n'est pas pour proposer 90% ! C'est bien pour renoncer à l'objectif après avoir renoncé à se donner les moyens de l'atteindre. Et lorsqu'il oppose à l'allongement de la scolarité obligatoire la Formation Tout au Long de la Vie, il ignore délibérément que celle-ci n'a de sens que si elle repose sur une formation initiale solide. C'est la même logique qui préside à la prétendue modernisation de l'enseignement supérieur. Bien sûr l'on ne peut se satisfaire de l'existant, bien sûr l'enseignement supérieur a besoin de réformes, bien sûr la mobilité européenne des étudiants est indispensable. Mais la question centrale est pour quoi faire ? Pour nous la réponse est claire : il s'agit d'affronter plusieurs défis, celui de la réussite des étudiants, celui d'un accès massif aux qualifications supérieures, celui de la lutte contre les inégalités, celui du développement du territoire, celui d'une recherche performante. Or construire des mécanismes fondés sur la mise en concurrence des établissements, remettre en cause la cadrage national des diplômes, contraindre les étudiants à des courses d'obstacles à l'aveugle, laisser les universités, les chercheurs et les étudiants dans un dénuement scandaleux, c'est aller à l'inverse de ces défis. Et les leçons données doctement par tous ceux qui savent ce qui est bien pour les autres ne font qu'ignorer cette réalité, ignorer les besoins et les enjeux de l'avenir. Tout comme les ignorent ceux qui viennent expliquer aux chercheurs qu'il n'y a pas de problème, que l'on s'intéresse à la recherche, qu'on a mal vu, mal compris : en réalité la recherche publique est exsangue, elle prend un retard qui sera de plus en plus difficile à rattraper et - comme je l'ai dit - le sort fait aux jeunes en ce domaine est scandaleusement intolérable. Que plusieurs dizaines de milliers de chercheurs se soient mobilisés constitue un mouvement exemplaire. La FSU soutient sans réserve cette mobilisation dont ses syndicats sont largement partie prenante ; elle entend y apporter son poids et je souhaite que notre congrès dans le thème 1 soit l'occasion d'une expression forte là-dessus.

D'une certaine manière la situation de la recherche publique est symbolique de la politique des services publics. Deux déterminants structurent cette politique : d'une part la recherche a priori d'économies avec l'idée que les services publics sont d'abord un coût qu'il faut réduire ; d'autre part l'idée que le marché est mieux à même que les Services Publics de répondre à un certain nombre de besoins et que ceux-ci ont simplement pour mission d'assurer un minimum de garanties communes à tous. Les conséquences en sont connues : c'est la réduction du périmètre des Services Publics, c'est la diminution de l'emploi public, c'est l'introduction de la concurrence et de règles de gestion inspirées du privé. Et à partir de là, c'est le démantèlement des solidarités, ce sont les inégalités, c'est une transformation profonde des missions qui va à l'encontre des besoins réels et qui ignore l'avenir, c'est la précarité.

C'est bien là le sens des transferts de compétences et de personnels, les TOS en particulier, dans nos secteurs de responsabilités : il ne s'agit ni de mieux prendre en compte les besoins du terrain ni d'assurer plus de démocratie, ni de mieux associer les usagers : il s'agit d'abord d'un transfert de charges - avec toutes les conséquences prévisibles en matière d'inégalités - et ensuite d'une volonté à travers les transferts de modifier profondément voire faire disparaître les missions. C'est cette analyse - et non un refus a priori de toute décentralisation - qui nous a guidés dans nos luttes et continue à nous faire dire non. C'est aussi au regard de cette analyse que nous devons apprécier les reculs que nous avons imposés. Les mêmes déterminants et les mêmes choix s'appliquent à la politique des personnels. Précarité -qui s'étend dans la Fonction Publique et pourtant reste un phénomène trop ignoré, blocage des salaires et perte de pouvoir d'achat, modes de gestion inspirés du privé, alourdissement de la charge de travail, les phénomènes sont connus de vous et je ne veux pas revenir sur leurs détails. Je préfère m'étendre un peu sur leur sens. En fait ce qui est présenté comme " modernisation " n'est qu'une démarche qui ignore l'avenir et la modernité des services publics. Aujourd'hui répondre vraiment aux besoins nécessite des personnels, des professionnels formés, aux qualifications reconnues, capables de travailler en équipe, de prendre des initiatives et en même temps garants de l'indépendance, de la laïcité, de l'égalité, de la qualité, de la pérennité qui doivent être les caractéristiques des Services Publics. Comment assurer la pérennité de l'intervention, comment travailler en équipe, si l'on est assuré de perdre son travail dans 3 mois ou 1 an ? Comment s'investir, avoir le sens du service public quand on a bac + 2 et que l'on est payé au SMIC ? Quelle supercherie de parler de mérite quand une promotion en catégorie C peut rapporter 3 ou 4 points d'indices mangés immédiatement par l'inflation ! L'idée de rémunération au mérite est justement caractéristique : certes il peut paraître normal de récompenser l'investissement individuel mais l'enjeu n'est pas là : aujourd'hui chaque fois qu'on nous parle de mérite, c'est d'abord de non transparence qu'il s'agit, d'arbitraire individuel. Et c'est non seulement injuste mais inefficace parce qu'un des premiers besoins aujourd'hui dans les services publics c'est le travail collectif. Bien évidemment, comme je l'ai dit, cette politique est en cohérence avec la politique sociale et économique du gouvernement. Inscrite dans un dogme dont les effets réels ne sont jamais interrogés, celui de la baisse des charges et des impôts directs comme condition de la croissance et de l'emploi, profondément marquée par une idéologie qui fait des droits et des protections accordées aux salariés autant d'obstacles au développement, cette politique, qui s'attire régulièrement les compliments du MEDEF, va de l'avant avec des conséquences de plus en plus désastreuses. Revenons un instant sur le dossier des retraites : non seulement les conséquences immédiates se font dès aujourd'hui sentir avec des pertes sans retour de droits acquis (et ce n'est pas un hasard si les femmes sont les premières touchées : curieuse modernisation qui promet aux femmes en priorité une paupérisation accrue au moment de leur retraite, qui subordonne désormais les droits à l'arrêt ou la réduction de l'activité au moment de la maternité !) mais c'est un abus de confiance de laisser croire que ces soi-disant sacrifices vont sauver le régime par répartition. Fondée essentiellement sur l'allongement de la durée de cotisations comme variable d'ajustement, le financement de cette pseudo réforme repose sur l'hypothèse d'un retour automatique au plein emploi. De fait, il s'agirait d'ici 2020 de faire passer l'âge réel de cessation d'activité de 57,5 ans actuellement en moyenne à plus de 62 ans. C'est bien entendu irréalisable. Il n'est qu'à voir la situation de l'emploi et la réalité de la politique aussi bien des entreprises privées que du secteur public à l'égard des salariés âgés. En fait, les salariés seront devant l'alternative douloureuse : soit partir avant cette échéance avec une retraite réduite en moyenne de 20 % ; soit passer par le système d'indemnisation du chômage pendant de longues années avant de pouvoir prendre sa retraite. (...)La logique d'ensemble est l'accroissement de la contributivité des régimes au détriment des outils de solidarités. Femmes, précaires, salariés ayant des carrières partielles vont être les premières victimes des économies imposées. Et l'on peut avoir les mêmes craintes pour la réforme de l'assurance maladie qui se profile. Le haut conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie vient de rendre son diagnostic. Nous avons exprimé une opinion nuancée sur ce rapport marqué par les rapports de force au sein d'un haut conseil dont nous avons été écartés et qui, avec de multiples ambiguïtés, à la fois reconnaît que l'accroissement des dépenses est indispensable, affiche la volonté de transformer le système de santé pour le rendre plus efficace et en renforcer la qualité mais avance aussi des hypothèses de travail qui contredisent ces bonnes intentions et suscitent des inquiétudes fortes : notamment la " responsabilisation " des patients (qui fait craindre des déremboursements supplémentaires), une modulation du ticket modérateur en fonction des comportements, et la question du " périmètre des biens et des services pris en charge " . Mais surtout ce rapport n'est pas la politique du gouvernement. Or, celui-ci, qui a affiché son intention de procéder par ordonnances, a déjà " choisi ", dans le programme de stabilité 2005-2007 remis à la Commission européenne, de s'engager à réaliser l'équilibre des comptes de la sécurité sociale dès 2007, ce qui implique de réduire de moitié la croissance des dépenses de santé, en l'alignant sur celle du PIB. Le MEDEF a quant à lui, clairement annoncé qu'il ne souhaitait pas de prélèvements supplémentaires. L'entrée affichée est d'abord comptable : il s'agit de réduire les coûts ; et l'on s'appuie sur des scénarios catastrophe complaisamment répandus dans les médias, qui mettent toujours en avant les déficits, présentés comme des gouffres de plus en plus menaçants, sans jamais véritablement s'interroger sur les raisons des baisses de recettes, le rôle du chômage et de choix politiques qui, au nom de l'emploi, privilégient systématiquement les baisses de charges. Pas plus que l'on ne s'interroge sur les conséquences sociales et sanitaires à terme des restrictions qui de jour en jour sont imposées au système. En fait, si l'on y regarde de près, ce n'est pas tant la réduction des dépenses de santé qui est visée que la réduction de leur prise en charge collective : dans une société moderne l'aspiration à la santé et à son amélioration est une préoccupation constante et elle a bien évidemment un coût qui progresse régulièrement ; et ceux qui prétendent promouvoir une logique comptable n'ont pas tant le souci de limiter cette progression que d'en faire supporter une part accrue aux individus. Tout ceci constitue une menace sérieuse d'une assurance maladie à plusieurs vitesses où les capacités contributives de chacun seront déterminantes dans la protection dont il pourra bénéficier. C'est une injustice profonde mais également un contre sens aussi bien d'un point de social qu'en termes de politique sanitaire. Il faut bien mesurer combien de telles ruptures des solidarités peuvent contribuer à accroître des fractures dangereuses dans une société, combien elles peuvent avoir des conséquences pour la santé de tous. Ne garantir pour certains que les secours d'urgence c'est s'enlever les moyens d'une politique de santé collective qui permette de prévenir, d'anticiper les épidémies, de les combattre efficacement. Encore une fois c'est l'avenir de tous qui est menacé. Et au nom de l'emploi on prétend avancer encore plus dans la remise en cause des droits des salariés et des chômeurs et précaires. Tandis que dans nos secteurs les vacataires remplacent les contractuels qui ont remplacé les auxiliaires, on propose dans le privé d'installer de nouvelles formes de précarité à travers le fameux contrat de mission. On cherche à mettre en cause les missions du service public de l'emploi ; certains purs libéraux ont même concocté une proposition de loi transformant profondément les missions des inspecteurs du travail pour les placer à la main du patronat. Alors que jamais n'est interrogée la politique des entreprises en matière d'emploi, alors que l'on assiste impuissant aux conséquences d'une "gouvernance d'entreprise" dont l'unique objectif est le rendement du capital, on prétend faire des chômeurs les responsables de leur chômage et on réduit encore plus les solidarités : c'est le sens notamment de cette nouvelle réforme de l'indemnisation chômage entrée en vigueur au début de l'année et qui fait que des centaines de milliers de chômeurs se retrouvent sans droit ; c'est aussi le sens de l'instauration du RMA, où "l'activité" contrainte prend la place de l'emploi, où le patronat peut trouver une main d'oeuvre qui ne lui coûte pratiquement rien, où le travail est rémunéré par une indemnité et non par un salaire. Bel avenir pour nos jeunes lorsque l'on pense au propos du Président de la République qui prétend garantir à tous une formation, un emploi ou une activité " Point n'est besoin d'être devin pour comprendre ce qui attend les plus défavorisés ! Et parmi ces défavorisés le destin est tout tracé pour ceux qui ont la peau plus brune que les autres, pour ceux qui ne sont pas les chères têtes blondes. Lorsqu'on demande aux chômeurs et aux Rmistes de se responsabiliser, pourrait-on demander la même chose aux dirigeants de Parmalat (on ne citera pas d'autres noms) ? Lorsqu'on donne d'en haut aux jeunes de telles leçons de morale comment s'étonner de la difficulté de faire vivre des valeurs ? Je voudrais à cette étape parler du projet de loi sur l'interdiction des signes religieux à cette étape de mon propos : je n'assimile évidemment pas ce projet à un projet de régression mais il illustre bien une démarche gouvernementale qui refusant de traiter le fond des problèmes privilégie l'intervention spectaculaire sur les phénomènes. Je le redis sans ambiguïté : La FSU est attachée à la laïcité, en particulier au sein du service public d'éducation. C'est une condition indispensable de la formation des jeunes et de la construction de leur esprit critique et de leur liberté. Pour cette raison nous sommes clairement opposés aux manifestations à caractère religieux, au prosélytisme et au port de signes religieux dans l'école. Nous voulons que soit mené le combat contre les intégrismes, contre les tentations communautaristes et les tentatives de déstabilisation de notre service public. Nous militons aussi pour la mixité et les droits et l'émancipation des femmes, en particulier les jeunes filles privées de liberté et victimes de pressions voire de violences de la part de leur famille ou de leur environnement et nous n'avons aucune illusion sur ce que représente le voile pour les femmes. Mais parce que les problèmes auxquels nous sommes confrontés ont cette ampleur, nous avons depuis longtemps contesté le fait que le débat tourne autour de la question d'une loi qui se limiterait à la seule interdiction de signes religieux à l'école. Il importe de donner à la laïcité républicaine toute la dimension qu'elle doit avoir dans notre société, la faire vivre aujourd'hui , donner du sens au " vivre ensemble " dans notre école, construire une culture commune... L'essentiel doit résider dans une politique éducative confortant la laïcité. Non, la FSU ne donne pas dans l'angélisme ; elle n'ignore pas les visées politiques de certains courants fondamentalistes, mais elle est profondément convaincue que la laicité ne pourra etre réaffirmée sans une politique sociale de lutte contre les exclusions, les discriminations notamment à l'embauche, contre les inégalités et les ghettos. Une politique qui doit reposer sur des services publics dynamiques et présents partout. Les défaillances de l'Etat dans ces domaines sont un terreau qui favorise le développement de tous les intégrismes. Or qu'avons nous ? Rien d'autre qu'une loi qui se contente d'interdire les signes "manifestant ostensiblement une appartenance religieuse", ne donnant aucun sens ni aucune consistance à la démarche laïque, écartant de son champ les établissements privés sous contrat, laissant entier le problème de l'Alsace Moselle. Comment s'étonner de voir parader les intégrismes et ressurgir d'inadmissibles propos xénophobes, qui se nourrisent habilement d'une situation internationale -notamment au Proche Orient- où les droits de l'homme sont régulièrement bafoués ? Avec une telle politique la portée et le sens du combat pour la laîcité républicaine sont brouillés et le gouvernement a pris la lourde responsabilité de l'ignorer.

(Source http://www.fsu.fr, le 4 février 2004)
Je l'ai dit, ce gouvernement organise l'insécurité sociale. Or en même temps il affiche une politique sécuritaire qui a une double caractéristique : elle menace un certain nombre de libertés et elle ne traite que la surface des problèmes. Comprenons nous bien : la FSU ne nie pas l'existence de problèmes d'insécurité, de violences ; il est indéniable que le incivilités, les petits délits pourrissent la vie de façon souvent insupportable, il est indéniable que l'on assiste dans certains quartiers, dans certains établissements à des phénomènes de bandes, au développement des communautarismes, à d'insupportables mises en cause des droits des femmes, de leur liberté, de leur intégrité physique parfois -et ce n'est pas pour rien que nous avons apporté notre soutien notamment au mouvement "ni putes ni soumises"-. Les actes raciste et antisémites existent et sont inadmissibles. De même il n'est pas question de dire que face à certains faits et comportements il ne faut pas sanctionner ; la police doit jouer son rôle et exercer ses missions, elle doit avoir les moyens humains et matériel de le faire. Le problème est lorsqu'on se contente de traiter par la répression et que l'on ne traite pas les causes. Si la FSU a parlé de "gesticulation sécuritaire" à propos de la tentative d'introduire un "policier référent" c'est bien parce qu'un telle mesure symbolique intervient sans que l'on se pose la question d'une collaboration efficace entre les services publics, respectant le rôle spécifique de chacun, c'est parce qu'on prétend introduire des policiers au moment même où l'on supprime massivement les éducateurs. C'est parce qu'à l'école la priorité, c'est l'action éducative. Le problème c'est lorsque l'on prétend subordonner l'action des divers intervenants à l'action de répression, lorsque pour cela on dénature leurs missions, lorsque l'on transforme les exclus, les plus démunis, les jeunes en suspects a priori. Et de ce point de vue je comprends l'émotion des personnels des services sociaux qui se sentent dans l'avant projet de loi Sarkozy transformés en supplétifs de la police. Dénonçant l'amalgame récurrent entre difficultés sociales et délinquance, il refusent l'obligation qui leur sera désormais faite de signaler- de dénoncer ?-au maire toute personne en difficulté. Avec la FSU, je partage ces refus. Au delà des problèmes de libertés individuelles, c'est la nature même de leurs missions qui est en cause. Le problème c'est aussi lorsqu'au nom de la lutte contre la délinquance organisée la loi dite Perben 2, en cours d'adoption, se transforme en véritable fourre tout qui remet largement en cause les garanties individuelles en modifiant profondément l'équilibre entre le parquet et les juges, en revenant sur les garanties de la défense, pourtant adoptées à la quasi unanimité il y a quelques années, le tout sans un véritable débat national, alors même que tout citoyen risque désormais d'être sommé de prouver son innocence. Je note également au passage que ces lois, dont le champ d'application est pourtant large, restent complètement silencieuses sur la corruption et sur la délinquance économique. Est-ce un hasard ou une carence qui signe toute une politique ?

Lorsque l'on fait le bilan et l'analyse que je viens de faire de la politique à laquelle nous sommes confrontés , on peut se poser une double question : est-il encore possible de revendiquer et d'agir ? et surtout est-il possible et légitime de proposer ? Je réponds sans hésitation oui aux deux questions ; notre responsabilté n'est pas de nous enfermer dans un bunker. Elle est double : refuser sans concession l'inacceptable et ne pas nous satisfaire de l'existant. Et pour reprendre une vieille formule : la force de nos refus réside dans la force de nos propositions. Laissez moi essayer de vous dire pourquoi c'est nécessaire et pourquoi c'est possible. Pour cela laissez moi revenir sur le mouvement du printemps ; la bataille que nous avons menée n'a pas seulement été caractérisée par l'implication massive des personnels ; elle l'a aussi été par le soutien de l'opinion ; et ce soutien nous l'avons sans doute eu parce que nous sommes apparus pas seulement comme refusant des réformes dangereuses mais aussi porteurs de valeurs, de solidarités, de projets pour l'école et pour la société. De la même manière, les FSE, le Larzac, tous ces multiples débats, initiatives citoyennes, que nous connaissons et dont nous sommes partie prenante, montrent la soif d'analyse, de dénociation mais aussi de construction d'alternatives. C'est ce qu'ont manifesté aussi nos collègues dans le mouvement lorsqu'ils sont allés à la rencontre des parents, des autres salariés pour leur expliquer pourquoi ils se battaient, et quelles étaient les alternatives possibles. Agir contre les régressions et en même temps proposer des transformations qui répondent aux vrais besoins c'est poursuivre dans cette voie.

C'est aussi exercer notre reponsabilité de syndicalistes face à une réalité inacceptable, aux difficultés auxquels sont confrontés les personnels, aux exigences de l'avenir pour les jeunes et notre société. Nous avons besoin par exemple à l'école de relever le défi de la réussite pour tous, de redonner confiance dans ce pari ; si nous ne le faisons pas ce sont les jeunes qui en paieront le prix mais aussi les personnels que nous avons la responsabilité de défendre. Notre responsabilité c'est de répondre aux besoins de notre société aujourd'hui : la modernité ce n'est pas le libéralisme du rentier cramponné aux revenus de son patrimoine ; ce sont des droits nouveaux pour les salariés, c'est une refondation de la sécurité sociale au sens complet du terme, c'est le pari de l'intelligence, l'investissement dans la recherche et la formation. Et nous avons la responsabilité de mener cette bataille offensive. En le faisant nous avons la possibilité de rencontrer des aspirations profondes de notre société , celles qui sont apparues avec éclat dans la rue entre les deux tours des présidentielles, celles dans lesquelles se retrouvent spontanément les jeunes. Ce combat n'est pas un baroud d'honneur ; c'est un combat porteur qui peut renouveler les rapports de notre syndicalisme avec la société et les jeunes. Ce ne sont pas les libéraux, néo ou anciens qui sont modernes ; c'est nous, nos revendications, nos propositions, nos ambitions, nos valeurs ! Nous avons aussi à combiner la bataille contre des projets que nous refusons et l'action sur la mise en ¿uvre parce que la politique du pire n'a jamais servi aux salariés ; par exemple tout en continuant à refuser la réforme des retraites nous ne pouvons pas nous désintéresser des détails de sa mise en ¿uvre et si par notre intervention sur les décrets d'application des milliers de mères de famille retrouvent des droits qu'elles avaient perdus nous n'aurons pas à regretter de la faire ; de la même manière tout en contestant le transfert des TOS nous ne pouvons pas nous désintéresser des conditions de ce transfert : ce ne sera pas la même chose pour l'avenir du système éducatif et des personnels concernés s'ils sont fondus dans l'ensemble des personnels des collectivités, susceptibles d'intervenir dans tous les services départemantaux ou régionaux ou s'il conservent à travers un cadre d'emploi un statut qui leur garantit d'execer dans les établissements scolaires, avec des conditions de travail et d'emploi correspondantes.
Mais est-ce possible ? Constatons d'abord que si le gouvernement affecte d'aller résolument de l'avant il est loin d'être assuré de sa démarche. Prenons l'école. Si débat il ya c'est sans aucun doute parce qu'il ya eu le conflit que nous avons conduit qui a mis sous pression la politique gouvernementale en matière d'école. Ce débat est-il une façon d'esquiver ? une manière de faire revenir par la fenêtre des projets qui n'ont pu passer par la grande porte ? C'est vraisemblement le dessein de ses promoteurs mais si dans la tête de certains tout est écrit il n'est pas sûr qu'il en soit ainsi dans la réalité. Lorsque l'on engage un débat ses résultats ne sont jamais acquis d'avance et le constat que l'on peut faire est que ce sont bien souvent les revandications que nous portons qui se sont exprimées. Le rapport de forces dans l'opinion n'est peut-être pas celui que le gouvernement espére. Et pour nous notre responsabilité est de considérer que le débat n'est pas clos. Au contraire nous avons l'espace pour porter nos revendications et nos propositions, notre ambition pour l'école. Lorsque nous parlons de nécessité de tous les élèves, lorsque nous proposons une meilleure formation des maîtres, du travail en équipe, de culture commune nous pouvons être entendus. Prenons l'exemple de la fonction publique : la décision unilatérale sur les salaires est un coup d'une rare vrutalité et la volonté affichée du ministre de renouveler le dialogue social peut n'être qu'un leurre. En même temps ce n'est pas de son plein gré qu'il a dû ouvrir des négociations sur le dialogue social, ce n'est pas de son plein gré qu'il infléchit ses propos sur le mérite, ce n'est pas sans raison que les discussions sur le projet de loi sur la Fonction publique écartent les propositons provocatrices du rapport Pochard. Oui le dossier salarial reste entier mais la bataille n'est pas jouée. On peut faire le même constat sur d'autres sujets : pour le retraites le dossier n'est pas clos, ne serait-ce parce que le gouvernement ne peut prétendre être au bout de ce qu'il veut faire. Prenons brièvement la question de l'Europe. Celle-ci s'est construite sur des a priori libéraux, faisant du libre échange le principe moteur de la construction européenne ; ce principe est encore mis en avant dans le projet de texte constituant dont on ne sait aujourd'hui quel est l'avenir ; mais peu à peu la question des services publics a été introduite dans les textes et les réflexions ; de même peu à peu les droits ont fait leur apparition. Certes il s'agit encore d'une conception réductrice des droits et des services publics qui ne fait pas contrepoids suffisant au libéralisme mais il faut bien voir que ce n'est pas par la bonne volonté des "libéraux" que ces droits sont apparus, que c'est le résultat de mobilisations, syndicales et associatives...Cela montre qu'alors que de plus en plus de problèmes ont une dimension européenne, l'irruption du mouvement social, le poids des batailles, la démocraite et l'intervention des peuples créent peu à peu les conditions d'inflexions sensibles. C'est aussi un élément de la réalité que nous devons intégrer dans notre réflexion et notre démarche ! Le mouvement syndical a beaucoup à tirer de l'expérience de ces derniers mois. On peut avoir le sentiment d'un syndicalisme impuissant, divisé, se reagardant en chiens de faïence, s'interrogeant sur son avenir et ses perpesctives. Force est de constater que de ce point de vue il ne s'est pas passé grand chose ces derniers mois. Force est de constater que le gouvernement a refusé de mettre en place cette règle élémentaire : c'est le vote des salariés qui détermine ceux qui les représentent. Force est de constater que le pays légal du syndicalisme n'est pas le pays réel, y compris dans la presse. Force est de constater que la tentation de figer des camps est toujours là.

Mais c'est oublier combien le mouvement a pu créer des liens, des expériences nouvelles, du vécu qui sont riches de potentialités. Je pense à l'unité qui a pu se réaliser dans l'éducation et qui perdure depuis plus d'un an. Je pense à l'unité retrouvée dans la fonction publique depuis quelques semaines. Je pense à l'unité dans l'action sur les retaites où CGT, UNSA, FSU, et sous une autre forme FO, et l'Union syndicale groupe des 10, se sont retrouvés pour construire sur la durée un mouvement et où à trois nous poursuivons le travail commun. Je pense à la démonstration faire dans l'action qu'il n'y a pas deux camps figés et irréductibles dans le syndicalisme français. Je pense aussi à ce dépassement des frontières professionnelles sur le terrain qui avait déjà existé en 95 mais chez nous a pris une dimension nouvelle en 2003 ; je pense à ce bouillonnement d'idées, de recherche de convergences qui traverse les militants. Je pense à la richesse de ces forums sociaux que j'ai évoqués plus haut. Tout cela a existé et existe encore ; cela constitue un terreau riche en potentiels dont je ne sais ce qu'ils produiront mais qu'il est de notre responsabilité de faire fructifier. Et si à coup sûr les contrecoups du mouvement du printemps, la déception et l'amertume, les prélèvements sévères, tout cela a pesé et continue à peser sur les capacités de mobilisation, cela ne signifie en rien un mouvement social mort, un encéphalogramme revendicatif plat, des revendications disparues, des exigences évanouies. Les actions n'ont pas cessé. 5000 personnes manifestant à Limoges il ya quelques jours, une mobilisation massive des personnels de la recherche, une grève à la SNCF..., c'est peut être plus qu'une hirondelle du printemps revendicatif. Et deux perspectives se présentent à nous dont il faut mesurer la portée. Il y a quelques jours avec nos partenaires de l'intersyndicale de l'éducation nous avons décidé de fixer une date pour une journée nationale d'action, le 12 mars : elle peut rassembler dans une première réaction d'ensemble contre une politique et des choix d'une extrème gravité pour l'enseignement et la recherche. Il nous appartiendra de débattre sur le contenu à lui donner pour permettre ce rassemblement. Le 9 mars nous nous retrouverons : chaque composante devra se prononcer sur la nature de l'action et la question de la grève est ouverte. Début avril deux journées d'action sont prévues au plan européen, à l'appel de la CES ; les organisations de chaque pays doivent leur donner un contenu ; d'ores et déjà, la CGT, la CFDT, l'UNSA ont pris la décision de s'y investir en mettant en avant la questiondes droits, de l'emploi et des services publics. Bien évidemment je propose que notre congrès en débatte et réponde positivement sur la participation de la FSU à ces journées et au rassemblement qu'elles peuvent permettre. Le syndicalisme a des responsabilités importantes aujourd'hui ; il inspire encore confiance et suscite beaucoup d'attentes. Il a un rôle éminent dans la construction de la société de demain, plus juste et véritablement moderne. Dans ce cadre nos responsabilités sont à la mesure de ce que nous sommes : la première force de très loin dans l'éducation, la première fédération de la fonction publique d'état et aussi une des organisations représentatives des salariés dans notre pays. Nous avons dans nos secteurs de responsabilité à jouer pleinement notre rôle, nous avons à contribuer aux mobilisations de l'ensemble des salariés, nous avons, comme nous le disions au lendemain du 21 avril 2002, à participer à la construction d'alternatives avec l'ensemble des forces sociales. Et vu ce que sont nos métiers nous avons une responsabilité particulière envers les jeunes auxquels nous devons et pouvons transmettre les leçons de nos expériences, leurs limites mais aussi nos valeurs, nos engagements pour aller de l'avant. C'est certainement un des enjeux de notre congrès , à travers chacun des thèmes, de dénoncer avec force une politique insupportable mais aussi de définir des propositions ambitieuses de transformation et de réfléchir sur l'apport que nous pouvons avoir au mouvement social. N'ayons pas peur de réfléchir, de proposer, de rêver, de construire et bien sûr d'agir. !

(Source http://www.fsu.fr, le 4 février 2004)

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