Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur les aides en faveur de l'industrie cinématographique, notamment le financement et la veille économique, la production, la distibution et l'exploitation dans ce secteur, Paris le 3 février 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur les aides en faveur de l'industrie cinématographique, notamment le financement et la veille économique, la production, la distibution et l'exploitation dans ce secteur, Paris le 3 février 2004.

Personnalité, fonction : AILLAGON Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Installation de l'Observatoire de la production cinématographique à Paris le 3 février 2004

ti : Madame la Présidente,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,


C'est avec joie que je vous accueille au ministère de la Culture et de la Communication pour installer officiellement l'Observatoire de la production cinématographique. La création de cet observatoire est l'une des 11 mesures que j'avais proposées en faveur du financement de la production cinématographique, dans ma communication en Conseil des ministres du 30 avril dernier.
L'objectif est bien, en créant un lieu de dialogue où professions et institutions du cinéma se réunissent à rythme régulier, de mettre en place une veille économique sur notre outil de production national.

Cette initiative correspond au souci de transparence qui anime l'industrie cinématographique française depuis que son financement est encadré et soutenu par les pouvoirs publics. Cette transparence est l'une des garanties de la sécurité et de la pérennité des investissements dans ce secteur à haut risque. Nous disposons aujourd'hui d'une masse d'informations sur l'économie de la production de films qu'il s'agit d'exploiter. Nous pourrons alors, sur la base de diagnostics fiables, mettre en ¿uvre des mesures adaptées à l'objectif commun des professionnels et des pouvoirs publics: favoriser le financement d'une production diverse et de qualité, susceptible de réunir un public aussi large que possible.

Cet observatoire a ainsi vocation à surmonter deux travers du cinéma français depuis qu'il existe : l'excès de pessimisme et l'excès d'optimisme. Pour certains, le cinéma est en crise depuis toujours et l'ensemble du système de financement doit être entièrement réformé soit parce qu'ils considèrent qu'il y a trop de protection ou au contraire qu'il n'y en a pas assez. D'autres en revanche cèdent à un optimisme excessif et se réjouissent par exemple de statistiques parfois flatteuses qui peuvent occulter de réelles fragilités.

Loin de ces subjectivités, j'entends que l'observatoire devienne un moyen efficace de faire avancer la réflexion sur notre système de financement du cinéma en ce qu'il a de plus spécifique. Le programme de travail arrêté lors de la réunion préparatoire que vous avez tenue il y a quelques mois me paraît répondre à cet objectif. Analyser des statistiques affinées sur le financement de la production, mener à bien un programme d'études sur mesure, comme celle inscrite à l'ordre du jour de la séance d'aujourd'hui, examiner aussi les expériences étrangères. Nous pourrons ainsi suivre l'évolution des financements du film et les tendances de la production.

Je considère que l'action publique doit continuer à accompagner solidement la production cinématographique en France comme elle doit le faire aussi pour les autres secteurs de l'industrie cinématographique que sont la distribution et l'exploitation. L'intervention publique dans ce domaine doit être à la fois proportionnée aux enjeux culturels et industriels, et rapide.

À cet égard, les résultats de l'année 2003 doivent nous inciter à la vigilance. Ils révèlent des menaces latentes comme des signes encourageants pour notre production. La fréquentation a subi un recul de l'ordre de 5,6 %, mais un nombre important de films français ont su attirer plus d'un million de spectateurs (près d'une vingtaine). La part de marché du film français s'est en outre maintenue au niveau honorable de 34,8%, avec un cumul de spectateurs de plus de 60 millions, qui est le troisième de la décennie.

Je vois dans la meilleure distribution des entrées sur un grand nombre de films français le signe que le public entretient avec la production nationale une relation d'affection durable. Je note aussi que le recul enregistré en France est plutôt inférieur à celui relevé dans les pays voisins *. La production française a par ailleurs atteint un record historique en termes de films produits, avec 212 films agrées par le CNC en 2003, dont 183 films d'initiative française.

* - 6,3 % en Grande Bretagne, - 8 % en Allemagne, - 8 % en Espagne
Le débat reste ouvert autour du risque - dénoncé par certains - de " surproduction ". Mais je pense qu'il n'est pas sain d'être malthusien en matière de production car cela revient à brider le dynamisme de la création. Il faut cependant veiller à ce que chaque film ait ses chances de rencontrer un public. Or, nous sommes sans doute aujourd'hui aux limites de ce que les structures de diffusion peuvent absorber. Il n'est pas souhaitable non plus que les financements se dispersent sur un nombre croissant d'¿uvres. Nous devons donc veiller à une équitable répartition des financements entre une grande diversité de films, tout en assurant à chacun les conditions financières de sa réalisation.

S'agissant des financements, vous allez constater, grâce aux premières statistiques de la production qui nous sont livrées par le CNC, que l'investissement a progressé sensiblement en 2003 (1), ce dont on doit se réjouir. Il a cependant progressé d'une manière qui n'est pas sans poser quelques problèmes.

- Nous assistons, en effet, à une augmentation très spectaculaire des financements étrangers, qui progressent de près de 60 % par rapport à l'an dernier, représentant désormais 15 % du financement des films d'initiative française.

- Second fait remarquable, l'augmentation du nombre le films concerne exclusivement les deux catégories extrêmes : les films à gros, voire à très gros budget (2), et les films à petit budget (3).
(1) + 16,9 % pour les films d'initiative française
(2) la France a produit 11 films à plus de 15 M¿ contre 9 l'an dernier
(3) 16 de plus en 2003 dans la catégorie des films dont le devis est inférieur à 2 M¿
Ce qui m'amène à formuler deux remarques sur les mesures engagées par le gouvernement en 2003.

- La mise en ¿uvre du crédit d'impôt cinématographique, ainsi que le budget de 10 M¿ dégagé en faveur du développement des aides régionales à la production de longs métrages, visent à pallier les risques liés à la hausse de des investissements étrangers, notamment le risque de délocalisation des dépenses de production. Phénomène qui peut s'avérer dangereux à terme pour notre tissu industriel de production.

- Deuxième préoccupation : préserver la diversité de la production. C'est tout l'intérêt des mécanismes d'équilibre, notamment de la " clause de diversité " des investissements des chaînes payantes de cinéma. Le crédit d'impôt a été conçu dans l'objectif de maintenir la diversité de la production en termes de catégories de budgets. D'autres mesures enfin, qui vont entrer en vigueur cette année, comme le doublement du budget de l'aide au développement (1) et l'augmentation de la part du soutien réservée au producteur délégué d'une ¿uvre (2), vont dans le même sens. L'ensemble de ces mesures devront bien sûr être évaluées, et si besoin, accentuées ou corrigées. Il en va de même pour tous nos instruments de soutien. Ils doivent être adaptés, non dans leur principe, car nous avons un système qui a fait ses preuves, mais dans leurs modalités d'application.

(1) fixé en 2004 à 3 M¿
(1) fixée à un minimum de 50 % jusqu'à 200 000¿ de soutien généré
Je me félicite enfin que le secteur de la vidéo contribue désormais mieux à l'équilibre du compte de soutien depuis qu'a été modifié le périmètre de la taxe sur les vidéogrammes. Ce secteur en forte croissance doit faire l'objet de toute notre attention. Il faut notamment réfléchir à des règles de transparence comparables à celles en vigueur sur d'autres marchés du cinéma. C'est pourquoi j'ai demandé au CNC de conduire, avec l'aide d'un cabinet spécialisé, une étude précise sur ce sujet. Le marché émergent de la vidéo à la demande sur les réseaux à haut débit doit, lui aussi, retenir notre intérêt, s'agissant notamment des modalités de sa contribution au système de soutien, à l'instar de tous les autres modes d'exploitation commerciale des films.

Mesdames et messieurs, c'est autant le commentaire de l'actualité économique de la production qu'un effort de prospective que cet observatoire devra mener, afin de répondre pleinement à ses objectifs. Je serai pour ma part très attentif aux résultats de vos travaux qui viendront nourrir la constante réflexion sur la santé de notre production nationale. Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 4 février 2004)

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