Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte parole de LO, dans "Lutte ouvrière" les 9, 16, 23, 30 janvier 2004 sur la catastrophe aérienne de Charm-El-Cheikh, les grands axes de la politique gouvernementale, les manifestations menées en ordre dispersé, les listes communes Lutte Ouvrière - Ligue Communiste révolutionnaire dans toutes les régions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte parole de LO, dans "Lutte ouvrière" les 9, 16, 23, 30 janvier 2004 sur la catastrophe aérienne de Charm-El-Cheikh, les grands axes de la politique gouvernementale, les manifestations menées en ordre dispersé, les listes communes Lutte Ouvrière - Ligue Communiste révolutionnaire dans toutes les régions.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte-parole

ti : Lutte Ouvrière n°1849 du 9 janvier 2004

À la recherche de la rentabilité


La recherche des responsabilités de la catastrophe de Charm-El-Cheikh qui a fait 148 morts s'oriente vers la compagnie de charters affrétée par le tour-opérateur.

Au fil des jours, on apprend que la compagnie avait déjà connu deux incidents qui avaient obligé ses avions à un atterrissage forcé et qu'elle était par ailleurs interdite dans l'espace aérien suisse, pour des manquements graves à la sécurité.

Cette explication est-elle la bonne? L'enquête le dira... ou ne le dira pas.

Mais la question des responsabilités pose surtout celle de la course au profit à laquelle se livrent les compagnies d'aviation, les voyagistes, les tour-opérateurs et toutes les entreprises qui font leurs profits dans le tourisme.

Pour être une destination exotique, Charm-El-Cheikh n'en est pas moins destinée à une clientèle relativement populaire. Ce village de vacances construit entre mer et désert est le sous-produit de ce qu'on intitule la "démocratisation du tourisme". La clientèle des riches, de ceux qui peuvent se payer des palaces à 1000 euros minimum la nuit, ou un de ces paradis pour milliardaires des Bahamas, des Seychelles ou de Sardaigne, rapporte beaucoup par individu, mais c'est une clientèle restreinte.

Les grandes entreprises du tourisme se sont développées en s'enrichissant sur une clientèle plus modeste mais bien plus nombreuse. Les voyagistes se livrent une concurrence acharnée pour attirer les clients vers des destinations lointaines. Pour offrir des prix concurrentiels, ils font des économies sur les coûts. C'est facile sur les lieux de séjour, hôtels à étoiles ou villages de vacances, car ces "paradis exotiques" sont, en général, des pays pauvres où la main-d'oeuvre est bon marché aussi bien pour construire les hôtels qu'ensuite pour en assurer le fonctionnement.

Pour peser à la baisse sur le coût des transports aériens on a inventé les charters: ces avions qui, contrairement aux lignes régulières, ne circulent que lorsqu'ils sont rentables. Les compagnies de charters, elles aussi en concurrence les unes avec les autres, réduisent leurs propres coûts en faisant des économies sur le personnel, en n'étant pas regardantes sur la qualification des pilotes mal payés, en imposant à leurs avions un rythme de rotation élevé (l'avion de Charm-El-Cheikh est reparti une heure seulement après son arrivée). Elles réduisent aussi au maximum les frais d'entretien.

Les autorités affirment que les contrôles sont les mêmes pour les avions de ligne et pour les charters et que ces contrôles doivent respecter une réglementation internationale. Mais des pilotes rappellent que la réglementation est a minima et qu'une compagnie qui respecte vraiment la sécurité doit ajouter d'autres contrôles aux minima obligatoires. Les grandes compagnies elles-mêmes le font de moins en moins, car pour être concurrentielles, elles font, elles aussi, des économies sur la main-d'oeuvre, sur le temps d'immobilisation des appareils. Autant dire que les compagnies de charters ne le font pas car c'est précisément sur ces "détails" qu'elles font leurs profits.

De surcroît, les autorités étatiques censées faire respecter ces règles sont elles-mêmes engagées dans une concurrence à la déréglementation, à la dérégulation. Et les services de l'aviation civile, qui sont chargés de contrôler les compagnies, voire de la sécurité des vols eux-mêmes, sont de plus en plus livrés à des sociétés privées.

Le transport sur mer a montré, au travers des catastrophes maritimes de l'Erika ou du Prestige, comment des compagnies aussi riches que Total jonglent avec les règles, se défaussent de leurs responsabilités sur des sous-traitants, voire sur un bouc émissaire individuel.

Les privatisations et la course au profit ont conduit en Grande-Bretagne à des catastrophes même dans le transport ferroviaire, réputé parmi les plus sûrs. En devenant une industrie, le tourisme n'échappe pas à la règle.

L'industrie du tourisme est aussi loin de l'industrie chimique que le village de vacances de Charm-El-Cheikh est loin d'AZF à Toulouse. Et pourtant, les deux catastrophes ont quelque chose de commun.

Ceux qui sont partis en fin d'année pour des cieux qu'ils croyaient plus cléments ont peut-être échappé au stress quotidien et, pour certains d'entre eux, aux risques de leur métier. Ils n'ont pas échappé à la logique du système économique.

(source http://www.lutte-ouvriere.org, le 9 janvier 2004)


Lutte Ouvrière n°1850 du 16 janvier 2004

Les voeux de Chirac pour le patronat,
autant de menaces pour les travailleurs !


A l'occasion des différentes cérémonies officielles de voeux pour l'année nouvelle, Chirac a rappelé quels devraient être, selon lui, les grands axes de la politique gouvernementale pour l'avenir. Mais comme toujours, derrière les discours, il faut voir ce qui se cache.

Des milliers de chercheurs scientifiques ne se sont pas trompés au discours de Chirac qui promettait le 6 janvier "une impulsion nouvelle à l'effort de recherche" et ont signé une pétition dans laquelle ils s'affirmaient prêts à démissionner de leur poste "si les pouvoirs publics ne mesurent pas la gravité de la situation". Il est vrai que l'année 2003 a été marquée par une réduction considérable des crédits affectés à la recherche et que c'est bien le moins, quand on est un scientifique, de tenir compte de l'expérience!

Les travailleurs ont encore plus de raisons d'être méfiants, quand Chirac parle d'une "loi de mobilisation sur l'emploi". Celui-ci s'est empressé d'ajouter que "ce sont d'abord les entreprises qui font l'emploi". On connaît la chanson. Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis près de trente ans, ceux qui étaient ouvertement de droite comme ceux qui se prétendaient de gauche, nous l'ont seriné sur un air ou sur un autre: il fallait, juraient-ils, diminuer les impôts sur les bénéfices des sociétés, diminuer les charges sociales (c'est-à-dire mettre en péril la Sécurité sociale et les retraites), pour permettre aux entreprises de créer des emplois. Le patronat a encaissé ces cadeaux, a augmenté ses bénéfices, mais n'a pas créé d'emplois pour autant. Cela n'a pas empêché les gouvernants de continuer, parce que leur but véritable ce n'était pas de lutter contre le chômage, mais uniquement de permettre au patronat de faire toujours plus de profits.

Et des cadeaux aux entreprises, il y en avait dans les déclarations du chef de l'État, à commencer par la suppression de la taxe professionnelle, pourtant essentielle pour les réalisations des collectivités locales. Chirac a également demandé au gouvernement de "simplifier" le code du travail, ce qui veut dire en clair élaguer nombre de textes qui limitent les pleins pouvoirs patronaux.

Du côté du monde du travail, la nouvelle année aura en revanche été marquée par les mesures portant sur la réduction des indemnités de chômage, et qui vont précipiter des milliers de sans-travail dans une gêne encore plus grande, voire dans la misère.

Mais pour faire des cadeaux au patronat, il faut bien trouver de l'argent quelque part !

Dans les discours de Chirac et la politique du gouvernement, il y a cependant un autre aspect: la volonté de flatter la fraction la plus réactionnaire de l'électorat. "Notre électorat souhaite des mesures fortes pour privilégier le travail sur l'assistanat et il veut que ses attentes soient satisfaites", a déclaré sans ambages le président UMP du Conseil régional de Bretagne. Comme si les éternels assistés -sans limitation de durée, et pour des sommes faramineuses- n'étaient pas les membres de cette classe patronale pour lesquels gouvernement, Conseils régionaux et Conseils généraux multiplient les cadeaux sur le dos de la population laborieuse.

Mais le monde du travail aussi veut que "ses attentes soient satisfaites". Il veut que soit privilégié son travail, et non le parasitisme de la bourgeoisie et de ses laquais. Et il devra bien le montrer un jour prochain, non seulement dans les urnes, mais aussi dans les entreprises et dans la rue car, à trop tirer sur la corde, elle finit par casser.

(source http://www.lutte-ouvriere.org, le 15 janvier 2004)


Lutte Ouvrière n°1851 du 23 janvier 2004

Tous ensemble, tous ensemble, oui !


Lundi 19 janvier, les sages-femmes de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris étaient en grève pour protester contre la modification de leurs horaires de travail. Le lendemain, des mouvements ont eu lieu à l'EDF contre la privatisation de cette entreprise. Mercredi la plupart des syndicats ont appelé les cheminots à la grève. Jeudi les salariés de l'Aéroport de Paris ont à leur tour été appelés à l'action pour s'opposer à la privatisation de celui-ci. Le même jour les agents hospitaliers et les médecins urgentistes ont fait grève pour obtenir plus de moyens pour les hôpitaux publics. Cela donne vraiment l'impression que pour les directions syndicales la règle est: pourquoi lutter tous ensemble quand on peut le faire en ordre dispersé !

Pourtant, même si les revendications ne sont pas identiques, les problèmes qui se posent à l'ensemble des salariés ont tous la même origine: l'offensive lancée par le Medef et le gouvernement contre le monde du travail. Cela se traduit dans certains cas par les projets d'abandon des services publics aux intérêts privés (comme à l'EDF) au détriment de ceux qui y travaillent et des usagers. D'autres fois par des suppressions d'emplois ou de postes de travail (comme à la SNCF, où le PDG Gallois a annoncé que 3500 départs ne seront pas remplacés par des embauches en 2004). Ou encore par la grande misère des hôpitaux qui manquent de moyens et de personnel pour assurer les soins. Et pour tout le monde du travail par la stagnation des salaires qui prennent de plus en plus de retard sur la hausse des prix. Mais tout cela est le résultat d'une politique qui vise à augmenter les profits des entreprises et des gros actionnaires et à diminuer leurs impôts au détriment des salariés et des contribuables les plus modestes.

Dans ces conditions, ce n'est pas par des luttes menées en ordre dispersé que nous ferons reculer le patronat et le gouvernement. Le patronat agit comme un seul homme. Et il ne se contente pas de revendiquer des miettes. Bien au contraire, à chaque fois que le gouvernement lui donne satisfaction, il réclame encore davantage.

Il est vrai qu'il a sur la classe ouvrière l'avantage d'avoir affaire à un gouvernement qui (comme ses prédécesseurs de droite ou de gauche) a pour seul rôle de permettre aux possédants de réaliser le plus de profits possible.

Mais le monde du travail a aussi des atouts que ne possède pas le patronat. Il a pour lui le nombre, et la force que lui donne son rôle indispensable dans la production, car la vie pourrait continuer sans les patrons, mais pas sans les travailleurs.

Encore faudrait-il se servir de ces atouts. Mais ce que cherchent les directions syndicales, ce n'est pas à utiliser la force et le poids de la classe ouvrière pour faire reculer le patronat et le gouvernement, c'est seulement d'être admis à négocier avec eux. Or, de négociations engagées sans s'être donné les moyens de faire sentir tout le poids du monde du travail, il ne peut rien sortir.

Beaucoup de travailleurs sont démoralisés, ne croient pas à la possibilité de faire reculer patrons et gouvernement. C'est vrai. Mais ce n'est certainement pas en entrant en lutte en ordre dispersé qu'ils retrouveront le moral.

Des journées d'action réussies pourraient redonner confiance aux travailleurs dans leurs propres forces. Mais à condition qu'elles cherchent à faire converger les mécontentements, qu'elles se donnent pour but de préparer une riposte d'ensemble du monde du travail, au lieu d'émietter les forces et les luttes de celui-ci.

Cela ne signifie évidemment pas qu'il ne faille pas participer aux différents mouvements auxquels appellent les directions syndicales. Au contraire, tous les travailleurs soucieux des intérêts de leur classe doivent s'efforcer d'en assurer le succès, car l'échec de ces mouvements serait un nouveau facteur de démoralisation. Mais en sachant que si nous voulons changer le cours des choses, il nous faudra le faire sans compter sur des dirigeants syndicaux dont la seule ambition est de discuter avec leurs "partenaires sociaux" (et le mot est tout un programme), et non faire reculer le gouvernement et le patronat.


(source http://www.lutte-ouvriere.org, le 23 janvier 2004)


Lutte Ouvrière n°1852 du 30 janvier 2004

Des listes LO-LCR dans les élections régionales


Bien que les élections de mars prochain soient des élections régionales, les grands partis y chercheront une approbation de leur politique nationale.

Si les candidats de la droite gouvernementale progressent ou se maintiennent, Chirac et Raffarin interpréteront ce résultat comme une approbation de leur politique antiouvrière et réactionnaire.

Le Parti Socialiste et ses ex-alliés de la gauche plurielle, s'ils progressent, traduiront leur résultat comme la preuve que les électeurs de gauche oublient les cinq ans de gouvernement Jospin, pardonnent la politique antiouvrière qui a préparé le retour de la droite au pouvoir et voient dans le PS la seule alternative. Le secrétaire du PS, Hollande, a même été jusqu'à donner aux électeurs un "rendez-vous avec l'Histoire" à l'occasion de ces régionales ! Rien que ça !

La droite au gouvernement et l'opposition socialiste sont au moins ouvertement d'accord sur cela. Elles veulent que les électeurs se départagent entre ceux qui se relaient au pouvoir pour mener la même politique antiouvrière et que le mécontentement à l'égard de ceux qui sont au gouvernement se traduise par un vote en faveur de ceux qui ne rêvent que d'y revenir.

Depuis un quart de siècle, le grand patronat et les possédants mènent une offensive permanente contre la classe ouvrière. Toutes les équipes politiques qui se sont succédé au gouvernement se sont fait les exécuteurs de leur volonté. Elles se sont passé le relais pour faciliter les licenciements, pour rendre le travail de plus en plus précaire, pour donner au grand patronat les moyens d'abaisser la part des salariés afin d'augmenter les profits des entreprises et les revenus des actionnaires. Elles se sont passé le relais pour attaquer la Sécurité sociale, pour aggraver les conditions d'accès aux soins pour les classes populaires. Elles ont cherché à faire des économies sur les services publics utiles à toute la population, des hôpitaux à l'Education nationale, afin d'augmenter la part du budget consacrée au seul grand patronat. Elles ont diminué l'imposition du profit et l'impôt sur le revenu des plus riches, tout en aggravant les impôts indirects qui frappent plus les classes populaires. Le fil conducteur de leur politique a été de prendre aux plus pauvres pour donner aux plus riches.

La classe ouvrière ne se sent peut-être pas encore en situation de faire reculer le patronat et le gouvernement de la seule façon possible, par une lutte d'ensemble des travailleurs sur les objectifs essentiels communs à tous. Mais elle peut montrer qu'elle rejette la politique antiouvrière qui est menée, qu'elle le soit par la droite comme aujourd'hui, ou par la gauche comme hier. Qu'est-ce que cela change que le ministre de l'Économie soit un patron de droite, comme Mer, ou un grand bourgeois qui se dit de gauche, comme Fabius, s'il s'agit de mesures qui aggravent le sort des classes populaires ?

C'est pour permettre aux électeurs d'exprimer une opposition nette à la politique propatronale des gouvernements successifs que Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire présentent des listes communes dans toutes les régions.

Ces listes d'extrême gauche seront aussi les seules à défendre des objectifs permettant à la classe ouvrière d'opposer à la politique patronale une politique correspondant à leurs intérêts et contestant la dictature du grand patronat sur l'économie. Les entreprises fonctionnent grâce aux travailleurs et doivent être au service de la société. Il n'est pas admissible que des conseils d'administration non contrôlés puissent prendre des décisions en fonction des seuls intérêts boursiers, en foulant aux pieds les conditions d'existence des travailleurs, mais aussi les intérêts de la majorité de la société. Un contrôle réel des travailleurs et de la population sur les entreprises montrerait que les licenciements collectifs ne sont pas une nécessité, mais un choix des patrons, et qu'il est possible de les interdire. Un vote massif en faveur d'un tel programme contribuerait à redonner le moral à tous et à préparer la lutte indispensable pour l'imposer.

(source http://www.lutte-ouvriere.org, le 30 janvier 2004)

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