Tribune de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "Le Journal du dimanche" du 8 février 2004, sur la promotion de la citoyenneté européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "Le Journal du dimanche" du 8 février 2004, sur la promotion de la citoyenneté européenne.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

ti : "Pour une Europe citoyenne"


Dans un pays comme la France, dont l'acte fondateur de la démocratie a été la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789, la notion de citoyenneté a une résonance toute particulière. En France plus qu'ailleurs, être citoyen implique davantage que voter à échéances régulières ou même être candidat à une fonction élective. C'est déléguer à l'Etat la gestion des affaires publiques tout en gardant un pouvoir de contrôle, de contestation et de revendication. Ce rapport dialectique entre le citoyen et l'Etat est illustré par l'article 15 de la Déclaration des Droits de l'Homme qui reconnaît à la "société¿ le droit de demander compte à tout agent public de son administration". Et au-delà de ce contrôle, le citoyen a une obligation impérieuse de dire ce qu'il pense sur les grandes questions du moment.

Le parallélisme de cette citoyenneté à la française avec la citoyenneté européenne n'en est que plus frappant. Certes, la citoyenneté européenne, qui a vu le jour en 1992 avec le Traité de Maastricht, complète - sans la remplacer- la citoyenneté nationale. Mais elle comprend des ingrédients similaires. En particulier, les citoyens européens élisent au suffrage universel leur Parlement, dont le pouvoir législatif est comparable à celui des Parlements nationaux. Il y a là un droit fondamental que chaque Français qui estime avoir son mot à dire sur l'Europe doit exercer, et, le 13 juin prochain, les élections européennes leur en offrent l'occasion. De manière générale, où qu'ils résident sur le territoire de l'Union, les citoyens européens ont le droit de voter ou de se présenter aux élections européennes, et même municipales : la citoyenneté, c'est l'Europe des proximités.

La citoyenneté européenne se traduit donc par des droits bien réels. Mais ils sont peu connus et par conséquent peu exercés. En témoignent, hélas, les taux d'abstention record aux élections européennes ! Bien sûr, l'euro a changé la donne. Pour les deux tiers des Français, il est le lien le plus tangible qui unit les Européens. Bien sûr, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, les Français sont profondément européens. Ils pensent en fonction des enjeux européens. Dans leur grande majorité, ils veulent que l'Europe ait une défense commune et des politiques économiques communes.

Ils souhaitent qu'elle se dote d'une Constitution qui les renforce et les protège. Car les citoyens se rendent bien compte aujourd'hui que la solution aux problèmes de leur vie quotidienne n'est pas seulement nationale ou locale, mais qu'elle passe de plus en plus souvent par des décisions concertées au niveau européen : en matière d'emploi, de sécurité ou encore de protection de l'environnement par exemple.

C'est la conclusion que je tire des rencontres que j'ai organisées sur le terrain depuis un an : les Français sont bien plus européens qu'ils le croient eux-mêmes. Toutefois il y manque l'émotionnel. Or comment faire naître, sans émotion, ce sentiment d'adhésion qui est la condition d'une Union politique et pas seulement économique ?

Ce constat fixe au gouvernement une mission exigeante : mettre l'Europe dans le c¿ur des Français en créant ce "patriotisme constitutionnel européen" qu'appelle de ses voeux le philosophe allemand Habermas. Pour cela, valorisons ce patrimoine de valeurs et cette diversité culturelle qui sont nos deux sources de richesse. Suscitons l'adhésion au projet européen comme un moyen d'inscrire notre destin, au jour le jour, dans une Europe de la liberté et de la solidarité. J'entends commencer par le commencement en m'adressant d'abord aux jeunes :

- par une invitation à découvrir l'Europe. De même que le "Tour de France de deux enfants" a tellement servi la cause patriotique, voici un siècle, la mobilité des jeunes en Europe doit structurer leur avenir. Je viens donc d'ouvrir un site internet qui leur offrira 10 000 stages en Europe.

- par une aide à l'insertion des plus fragiles : alors que la fracture sociale devient de plus en plus insupportable dans une société prospère comme la nôtre, aider les jeunes en difficulté à prendre leur marque par un engagement européen est la voie à suivre. C'est celle dans laquelle je suis engagée avec les missions locales pour l'emploi.

- par une pédagogie d'éveil, notamment à l'école : c'est en suscitant la curiosité que le sentiment d'appartenance à la culture et à l'espace européens se développera. Des instruments pédagogiques, comme des cartes, des films et des jeux sur l'Europe, seront ainsi diffusés cette année dans les établissements scolaires.

- par le recours aux symboles d'unité : dès le printemps, je ferai remettre à chaque jeune de 18 ans, lors de la journée d'appel à la préparation de la défense, son "Livret du citoyen européen" pour qu'il prenne la pleine mesure des chances que lui offre l'Europe.

C'est clair : l'Europe du futur ne peut être que citoyenne ou elle ne sera pas.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 février 2004)

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