Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à France 2 le 2 décembre 2003, sur le droit de grève, l'opposition de FO à une loi sur le service minimum en cas de grève dans les transports, les difficultés budgétaires, la question des salaires dans la fonction publique et sur sa succession à FO. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à France 2 le 2 décembre 2003, sur le droit de grève, l'opposition de FO à une loi sur le service minimum en cas de grève dans les transports, les difficultés budgétaires, la question des salaires dans la fonction publique et sur sa succession à FO.

Personnalité, fonction : BLONDEL Marc, SICARD Roland.

FRANCE. FO, secrétaire général

ti : Question : R. Sicard-. Hier, ici même, J. Barrot, président du groupe UMP à l'Assemblée, annonçait la relance du débat sur le service minimum en cas de grève dans les services publics. Il a annoncé une loi dans un délai de six mois. Les Français sont pour, vous, vous êtes contre. N'y a-t-il pas quand même un moyen de se mettre d'accord pour qu'en cas de grève, les usagers puissent rentrer chez eux ?

(Réponse) Marc Blondel : Petite observation sur la méthode : la relance du débat et on décide d'une loi. Cela me fait quelque peu sursauter. Il me semble que c'est en contradiction avec ce que déclare M. de Robien en ce moment, qui reçoit les organisations syndicales. Il a reçu notamment l'organisation FO des cheminots et leur a dit "nous voudrions éviter une loi, nous ne voulons pas une loi, nous voudrions en discuter avec vous..." ,etc. C'est très curieux, il y a un petit hiatus. M. Raffarin va rentrer et il va remettre un peu d'ordre dans tout cela !

Question : Non, J. Barrot a dit d'abord un débat et puis, s'il le faut ou non, une loi dans les six mois...

(Réponse) Marc Blondel : Ah, cela veut dire "tu causes, tu causes, mais on décidera !". C'est exactement comme pour les retraites, c'est ça ?!

Question : Ce n'est pas ce qu'il voulait dire...

(Réponse) Marc Blondel : Il est assez coutumier du fait. Je voudrais être clair : c'est impossible. Cela m'amuse d'une certaine façon, parce que je commence à avoir une relative expérience : il y a quelques années, il y avait un garde des Sceaux. Un jour, je vais le voir, parce qu'il y avait grève chez les gardiens de prison, or les gardiens de prison n'ont pas le droit de grève et ils étaient en grève. Le garde des Sceaux me disait qu'ils n'avaient pas le droit de grève, je disais "mais ils sont en grève, trouvons une solution, discutons !". La réalité des choses, c'est que lorsque les gens sont mécontents, ils se mettent en grève, parce que c'est un droit démocratique..."

Question : Mais là, il ne s'agit pas de supprimer le droit de grève...

(Réponse) Marc Blondel : Ah bon, vous croyez ?!

Question : Non, il s'agit de faire un service minimum en cas de grève.

(Réponse) Marc Blondel : Est-ce que vous êtes bien sûr que nous sommes sur terre pour travailler ?

Question : Je crois...

(Réponse) Marc Blondel : Ah bon ? Eh bien, pas moi. Je crois que nous sommes dans l'obligation de travailler pour subsister et qu'à partir de ce moment-là, le travail ne devrait pas être une contrainte ; une obligation pour subsister peut-être, mais pas une contrainte. Ca, c'est le judéo-christianisme. Alors, c'est très clair : cela veut tout simplement dire que je veux garder le droit de ne pas travailler - et de ne pas être rétribuer, mais de ne pas travailler -, c'est ma dignité que je défends. Et je veux préciser quelque chose : premièrement, au BIT, le droit d'organisation syndicale sous-entend le droit de grève. Deuxièmement, à partir du moment où nous allons, notamment dans les transports, essayer de le réduire en quelque sorte, de faire un service minimum - ce qui veut qu'entre 7h00 du matin et 9h00, il n'y aura pas de droit de grève etc.-, vous allez faire passer le flux des gens entre deux heures, à la place du flux de la journée, vous allez essayer de les faire entre 7h00 et 9h00. C'est déjà le service minimum le matin ! Il suffit de prendre le métro, de voir comment les gens se précipitent ! C'est déjà le service minimum, il a atteint un niveau tel... Ne croyez pas qu'il y a des trains libres le matin, ce n'est pas vrai. Il ne faut donc pas se faire d'illusion : si on met encore plus de gens là-dedans, on prendra des risques et on mettra en cause la sécurité. Et je ne voudrais pas, tout simplement, que demain, il y ait, à l'occasion d'un déplacement où des gens se précipitent, des accidents et que l'on mette ça, encore une fois, sur la responsabilité des salariés.

Question : Mais c'est quand même vrai qu'il y a un ras-le-bol des usagers en cas de grève. Ne peut-on pas quand même faire quelque chose ? Cela se fait dans d'autres pays.

(Réponse) Marc Blondel : Le quelque chose, il est simple : quand on dépose une revendication, on en discute ! Parce que les usagers, eux, ne voient que l'aspect extérieur, à un moment donné, quand la grève est partie. Mais je rappelle qu'il y a déjà cinq jours de préavis. Cela a été fait pour cela. Discutons des jours de préavis, mais discutons aussi de l'obligation pour l'employeur, qui est l'Etat, de répondre justement à ce préavis et de discuter, et de ne pas simplement laisser comme cela mourir les choses. Je considère que c'est comme cela qu'il y a le ras-le-bol, les gens n'ont pas tellement envie de faire grève, soyons très clairs.

Question : Cela veut dire que si la majorité persiste dans son idée, il y aura des grèves ?

(Réponse) Marc Blondel : Ah ça, certainement ! Il y a un petit côté chiffon rouge. Du côté de la fonction publique et du service public, il y a une certaine amertume avec les problèmes de pension et de retraite. Si on met trop le chiffon rouge comme cela, il n'est effectivement pas exclu qu'il y ait des réactions un peu brutales.

Question : Merci de faire la transition : on en vient effectivement à la fonction publique. Les fonctionnaires vont devoir se serrer la ceinture : pas d'augmentation en 2003, 0,5 % d'augmentation en 2004. Est-ce que le Gouvernement pouvait faire autrement ?

(Réponse) Marc Blondel : Il y a là une véritable question. J'ai le sentiment, pour ma part, que nous sommes passés près de la cessation de paiement. J'ai des informations qui me laissent supposer que sur le plan budgétaire, on a gelé une partie des budgets, on a retardé une partie des budgets, on a payé certaines de nos contributions internationales un peu tardivement, ce qui n'était pas dans l'habitude. Ce qui veut dire qu'il y a vraiment un problème. Mais ce qui m'angoisse, c'est que c'est le comportement général par rapport à la fonction publique. Je me pose la question : le problème des pensions, on nous a dit que c'était pour sauver la caisse de retraite. Il n'y a pas de caisse de retraites des fonctionnaires, cela veut donc dire que c'était bien un problème budgétaire. Difficultés avec Bruxelles et ce qu'a fait M. Mer ; régionalisation sans mettre l'argent nécessaire pour assurer les missions, c'est-à-dire avec le risque de sous-traitance au privé... Tout cela me laisse supposer qu'à l'heure actuelle, on est en train de remettre en cause d'une manière profonde, y compris la mécanique, pour résoudre un problème qui est budgétaire. Et la vraie question est : pourquoi a-t-il baissé les impôts ? Pourquoi a-t-il baissé les impôts, notamment l'impôt sur le revenu ?

Question : Pour relancer la croissance, parce que l'on s'est aperçu que cela marchait aux Etats-Unis.

(Réponse) Marc Blondel : Oui et il a relancé l'épargne, parce qu'il a baissé l'impôt pour ceux qui gagnaient bien leur vie - l'impôt sur le revenu ! Moralité : on a 17 % d'épargne dans ce pays. Ce qui veut dire que même ceux à qui il a fait des cadeaux ne lui font pas confiance. Il y a quand même quelque chose de curieux dans cette affaire. J'ai entendu les ministres qui ont dit qu'il fallait redonner une partie de dynamisme, en reprenant des marges... Mais les marges, ils vont les chercher en remettant en cause l'existant. Je n'appelle pas ça reprendre des marges, j'appelle ça remettre en cause la situation des salariés. Alors, je crois qu'il y a là un problème. En tout cas, M. Delevoye présente les choses avec un certain culot.

Question : Vous allez bientôt terminer votre carrière à FO en février.

(Réponse) Marc Blondel : Pourquoi voulez-vous me couper sur Delevoye ?!

Question : On avait à peu près tout dit, non ?!

(Réponse) Marc Blondel : Non, je voulais vous dire que M. Delevoye est en train de nous faire une opération extraordinaire, quand il nous dit que maintenant, tous les ans, on discutera des salaires dans la fonction publique, comme dans le code du travail dans le privé.

Question : Mais c'est bien de discuter tous les ans ?

(Réponse) Marc Blondel : Mais je vous rappelle que c'est l'Etat. L'Etat peut se contraindre de discuter à tout moment.

Question : L'Etat peut prendre de bonnes résolutions ?

(Réponse) Marc Blondel : Oui, et le problème est de savoir s'il les appliquera. Le plus beau, je crois que c'est encore la discussion avec les directeurs d'administration : ils vont se concerter pour savoir comment et quelles propositions ils vont faire aux salariés. Cela veut dire que M. Mer ne sert plus à rien. Moi, je sais que M. Mer sert à quelque chose et que c'est lui et le Premier ministre qui diront si on augmente ou on n'augmente pas les fonctionnaires, quel que soit le discours des directeurs d'administration.

Question : Un mot de FO : ce sera bientôt votre succession. On dit que c'est un petit peu la foire d'empoigne.

(Réponse) Marc Blondel : Ce n'est pas la foire d'empoigne, c'est la démocratie. Il y a deux camarades qui sont candidats. J'ose espérer - j'ai encore cet espoir -, avant la fin de l'année, peut-être de voir qu'il n'y ait plus qu'un seul candidat. Je vais converser avec l'un et avec l'autre et, dans l'intérêt de l'organisation, je pense qu'il faudrait mieux qu'il n'y en ait qu'un seul. Cela éviterait effectivement que les camarades se prononcent. J'ai connu cela en 1989, et lorsque j'ai fait cela, il a fallu une dizaine d'années après pour rétablir un peu l'union entre tout le monde. Ce n'est pas aussi simple que cela. Une organisation syndicale est une organisation démocratique, une organisation où il y a des militants, des gens qui s'engagent. Cela veut dire que chacun prend ses positions. Mais la maison n'est pas en danger pour autant.

Question : Et vous vous préparez à la retraite ?

(Réponse) Marc Blondel : C'est quoi, la retraite ?!

Question : Je vous le demande...

(Réponse) Marc Blondel : Je suis un militant. Cela veut dire que je continuerai à militer, vraisemblablement pas comme secrétaire de FO, mais continuerai à me battre pour la liberté syndicale, pour les droits de l'homme, je continuerai peut-être un peu ma mission au BIT. Oh, vous entendrez peut-être encore parler de temps en temps de moi, si vous avez la gentillesse de m'inviter.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 2 décembre 2003)

Rechercher