Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à RTL le 19 février 2004, sur la situation du chômage, l'indemnisation des chômeurs et la nouvelle convention Unedic, le dialogue social et la formation professionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à RTL le 19 février 2004, sur la situation du chômage, l'indemnisation des chômeurs et la nouvelle convention Unedic, le dialogue social et la formation professionnelle.

Personnalité, fonction : FILLON François, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité

ti : Q- J.-M. Aphatie-. Bonjour F. Fillon. La France compte deux millions et demi de chômeurs, et pourtant, chaque année, 300.000 offres d'emplois demeurent insatisfaites. Vous serez à Montpellier tout à l'heure pour présenter "un plan national de lutte contre les difficultés de recrutement". Ca veut dire que vous serez plus directif avec les chômeurs, F. Fillon ?

R- " Ca veut dire d'abord qu'on s'est fixé un objectif : réduire de 100.000 le nombre des offres d'emplois non satisfaites, avant la fin de l'année. C'est un objectif extrêmement volontariste, mais il n'est pas acceptable que dans notre pays, avec un taux de chômage qui est plus élevé que la moyenne européenne, on ait un taux d'emplois non satisfaits, qui est aussi plus élevé que la moyenne européenne. Alors on va tout mettre en oeuvre pour réduire cet écart. D'abord en fixant des objectifs très volontaristes à l'ANPE et à l'AFPA qui l'ont naturellement accepté. En négociant avec les branches professionnelles dans lesquelles il y a des déficits d'emplois pour que notamment elles améliorent l'attractivité des emplois. "

Q- C'est le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration, la métallurgie.

R- " C'est le bâtiment, c'est l'hôtellerie et la restauration, c'est la métallurgie. "

Q- Des emplois peu qualifiés.

R- " C'est tous les emplois de service à la personne, ce sont des emplois souvent peu qualifiés. Et puis la grande innovation de ce plan, c'est que pour la première fois, on va décliner le plan, région par région, en adaptant dans chaque région, avec le concours d'ailleurs des collectivités locales, le plan à la réalité de la situation des emplois déficitaires dans chaque région, avec des indicateurs, avec un système d'évaluation, mois par mois, et une poursuite des résultats. "

Q- Et on incitera, et puis on obligera peut-être un chômeur à prendre un emploi.

R- " Alors on ne change pas la réglementation en matière d'indemnisation du chômage. Il y a déjà d'ailleurs des règles aujourd'hui en France, qui font qu'un demandeur d'emploi qui n'accepterait pas un certain nombre d'offres d'emploi, peut se voir sanctionner. Simplement, aujourd'hui, ces règles sont peu appliquées et il faut bien dire que le service rendu aux demandeurs d'emploi n'est pas non plus au niveau où on pourrait l'espérer. Donc, dans un deuxième temps, avec la loi de mobilisation sur l'emploi, on va améliorer le service rendu aux demandeurs d'emploi. Je voudrais que, comme en Angleterre ou en Allemagne, le service soit vraiment "individualisé, personnalisé", que chaque chômeur soit accompagné dès le premier jour de sa recherche d'emploi. La contrepartie naturellement de cet effort supplémentaire, ce sera un peu plus de rigueur dans l'application des règlements. "

Q- Chômeurs toujours. Certains attaquent l'Unedic en justice. Une nouvelle convention Unedic est entrée en vigueur le 1er janvier dernier. Elle réduit la période d'indemnisation de 30 à 23 mois et du coup, 180.000 chômeurs ont perdu leurs droits à l'indemnisation au 1er janvier, alors qu'ils pouvaient espérer l'avoir un peu plus tard. Un millier d'entre eux ont saisi la justice. Un premier jugement sera rendu demain à Marseille. Il est très attendu. Est-ce que pour un gouvernement qui prônait le dialogue social, ce n'est pas le signe d'un échec de voir des chômeurs aller en justice ?

R- " M. Aphatie, est-ce que vous vous souvenez des auteurs de cette décision? "

Q- R
- " Ce sont les partenaires sociaux qui ont décidé de réduire l'indemnisation du chômage. Donc c'est un peu difficile de dire ... "

Q- Il n'empêche que ...

R- " ... qu'il n'y a pas de dialogue social sur ce social sur ce sujet. Ce sont les partenaires sociaux qui gèrent l'Unedic. Ils ont estimé que, compte tenu des difficultés de l'Unedic, il était nécessaire de réduire de plusieurs mois l'indemnisation du chômage, sachant qu'il y a d'ailleurs dans notre pays d'autres systèmes de solidarité qui permettent aux chômeurs qui ne retrouveraient pas de travail d'être indemnisés. Donc, vraiment, s'il y a un sujet sur lequel le dialogue a eu lieu, c'est bien celui-là ! "

Q- C'est un drôle de symbole tout de même : des chômeurs qui saisissent la justice !

R- " Il faut quand même bien voir qu'avec le système réformé par l'Unedic, et avec la réforme que le Gouvernement a faite sur ses propres dispositifs, la France est de loin le pays qui a le système d'indemnisation du chômage le plus généreux en Europe ! Grosso modo, en France, avec l'Unedic plus l'ASS, c'est près de quatre ans d'indemnisation qui sont possibles. En Grande-Bretagne, c'est six mois, et en Allemagne c'est un an. "

Q- Une pétition circule, signée par 15.000 personnes, parmi lesquelles quelques célébrités : Bertrand Tavernier, Patrice Chéreau. Cette pétition se présente comme "un appel contre la guerre à l'intelligence" que mènerait le Gouvernement. "Il existe - disent les signataires - un nouvel anti-intellectualisme d'Etat". Ils font référence aux années Thatcher en Angleterre dans les années 70. Que leur répondez-vous, F. Fillon ? Vous n'aimez pas l'intelligence ?

R- " Que c'est absurde. Que la France est en Europe le pays qui dépense le plus d'argent pour son système éducatif et pour sa recherche. Alors, naturellement, on est aussi soumis à des difficultés budgétaires. Mais je crois que ça justifie des débats mais pas un appel d'un tel déséquilibre tellement déséquilibré. "

Q- C'est une attaque qui fait mal quand même quand on entend ça ?

R- " Je la trouve dérisoire parce qu'elle est excessive ! Nous misons au contraire sur l'intelligence. Nous misons sur le développement de la Recherche. Nous misons sur le développement de l'innovation. Nous allons dans quelques mois, avec la loi de mobilisation sur l'emploi, mettre un dispositif de deuxième chance pour les jeunes qui sortent sans qualification du système éducatif. Donc nous misons vraiment sur la formation. C'est donc totalement injuste ! Totalement injuste! "

Q- Les chercheurs sont très mobilisés. Ils n'ont pas l'air de comprendre ce que vous voulez faire. Pour le moins il y a un problème de communication ! Pour le moins.

R- " Les chercheurs ont à faire face à des difficultés budgétaires comme tous les autres services de l'Etat, comme tous les autres ministères. Ils ont les yeux rivés sur le nombre de postes qui leur sont offerts chaque année. C'est naturellement une manière de mesurer l'effort de recherche, mais ce n'est pas la seule. "

Q- La politique. Ca n'a pas l'air d'aller très fort à l'UMP. Le "tout, sauf Sarkozy" mobilise beaucoup d'énergie. " Moi, Chiraquien impénitent, écrit Denis Tillinac ce matin dans Valeurs Actuelles, j'affirme qu'il n'y a rien de plus mesquin, de plus absurde, et de plus suicidaire que le "tout, sauf Sarkozy". ". Vous signez, F. Fillon ?

R- " Non seulement je signe, mais je l'ai dit avant lui ! "

Q- Ah, formidable ! Il y a toujours quelqu'un qui a dit les choses avant l'autre.

R- " Je crois que nous n'avons pas besoin d'une guerre de clans. Nous n'avons pas besoin d'une guerre de chefs. Nous avons besoin, pour consolider l'UMP, d'un vrai débat sur sa ligne politique. Et comme l'UMP est composée d'hommes et de femmes qui viennent d'horizons très divers, et qui défendent des lignes politiques différentes, il faut maintenant que s'instaure un débat de fond, un débat d'idées, qui seul permettra à l'UMP de survivre ! "

Q- Peut-être N. Sarkozy en fait-il trop ?

R- " Non je ne veux pas entrer dans cette querelle. "

Q- R
- " Je ne veux pas entrer dans cette querelle. Parce que je crois que ... Aujourd'hui, je pense d'ailleurs que les choses se sont apaisées. Je pense que l'appel que j'ai lancé il y a quelques jours a été entendu. Nous sommes à la veille de grandes échéances électorales. Nous sommes à la veille du premier congrès du parti qui va permettre de désigner ses dirigeants. Donc il est vraiment temps de revenir à un débat de fond. "

Q- D'un mot. Vous, vous ne suscitez pas ce genre de réaction. Quand on pense à F. Fillon, bon...

R- " Et je m'en réjouis ! Je m'en réjouis, et c'est une fierté. "

Q- Ce n'est pas un peu triste parfois ?

R- " Non non, pas du tout. Je pense que la sagesse et une certaine discrétion médiatique finissent toujours par payer. "

Q- F. Fillon, qui est heureux de ne pas ressembler à N. Sarkozy, qu'il n'a pas cité d'ailleurs¿

R- " Je n'ai pas dit ça. Je n'ai pas dit ça. "

¿était l'invité d'RTL ce matin, bonne journée.

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 février 2004)

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