Extraits d'un entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "France Soir" du 5 mars 2004, sur le rôle des militaires français en Haïti et en Afghanistan, les efforts budgétaires en faveur de la défense, notamment l'armement et la formation de militaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extraits d'un entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "France Soir" du 5 mars 2004, sur le rôle des militaires français en Haïti et en Afghanistan, les efforts budgétaires en faveur de la défense, notamment l'armement et la formation de militaires.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Q- Dès décembre, un membre de l'escadron parachutiste d'intervention de la gendarmerie nationale (EPIGN) avait effectué une reconnaissance en Haïti. Cela veut-il dire que, dès décembre, le ministère de la Défense avait commencé à craindre que la situation sur place ne dégénère ?

R- Michèle Alliot-Marie :
Nous essayons toujours d'anticiper. Le ministère planifie les opérations potentielles très largement à l'avance, de façon à être prêt à toute éventualité, en particulier dans les zones instables où vivent plusieurs centaines de nos concitoyens. Nous devons en effet le cas échéant pouvoir les protéger, voire les évacuer.
Dans ce cas précis, il y a eu une mission de reconnaissance, et nous avons envoyé ensuite un renfort de gendarmes. Lorsque les événements sont devenus pressants, nous avons rapproché des moyens d'intervention plus importants qui nous permettaient d'être vraiment réactifs. Aujourd'hui, nous avons 800 hommes sur place venant des Antilles, de Guyane et du territoire métropolitain. Nous agissons en liaison avec les militaires américains présents, conformément à la résolution 1529 des Nations unies. Notre remarquable réactivité est à souligner. Elle est liée au prépositionnement de nos forces dans les Antilles et en Guyane, et c'est une des grandes forces du dispositif militaire de notre pays.

Q- Justement, peut-on dire qu'une nouvelle étape commence dans le dialogue avec les Etats-Unis ? Dans cette zone et ailleurs¿

R- Cette opération avec les Américains confirme une nette volonté de reprendre notre coopération. Cette volonté s'est manifestée quand je suis allée à Washington en janvier puis à l'Assemblée de l'OTAN en février. Nous coopérons également très bien avec les Etats-Unis dans une autre zone, celle de l'Afghanistan.

Q- Pourriez-vous être plus précise sur la nature du travail de nos forces spéciales sur place ?

R- Une grande discrétion est nécessaire dans ce domaine. Les forces spéciales agissent toujours dans les conditions les plus difficiles et sont actuellement engagées dans le cadre d'une action antiterroriste, dans le sud de l'Afghanistan. Dans cette zone, elles ont la responsabilité complète d'un vaste secteur géographique confié par le commandement américain. Je leur ai rendu visite en décembre et je peux dire qu'aussi bien le colonel qui commande le camp américain de Kandahar que, d'une façon générale, les hautes autorités américaines militaires ou politiques, ont souligné la qualité remarquable, à leurs yeux, de nos soldats. Les contacts qu'ils arrivent à établir avec la population leur donne une formidable connaissance du terrain.

Q- On vous reconnaît une bonne gestion de l'argent public, les députés l'ont redit dans le rapport sur l'exécution budgétaire. Dans ce même rapport, ils notaient cependant des retards, des surcoûts, sur des programmes d'armement¿

R- Parce que le gouvernement, la nation, font un effort financier extrêmement important pour la Défense, j'estime être responsable de l'utilisation optimale de chaque euro qui nous est confié. La Cour des comptes, dans son rapport concernant la période précédente, notait qu'il y avait un pourcentage non négligeable de l'argent mis à disposition de la défense qui n'était en fait pas utilisé. Aujourd'hui, j'arrive à avoir une consommation de crédits de quasiment 100 %. C'est une évolution importante. Demeurent néanmoins sur les programmes d'armement certains problèmes. D'abord parce que certains d'entre eux ont pris, les cinq années précédentes, tellement de retard qu'il est difficile de le rattraper. Ensuite, peuvent exister des difficultés techniques, de mise au point, sur des matériels de plus en plus sophistiqués. J'ai mis en place un certain nombre d'éléments de suivi de la consommation financière ; les problèmes de contrôle de gestion sont vraiment pour moi une priorité car c'est le moyen d'une bonne, transparente et complète utilisation des crédits.

Q- A Brest, le Président et vous annonciez la notification rapide du contrat concernant les 17 frégates multi-missions de la marine. Où en est ce dossier ?

R- Il fait actuellement l'objet d'une étude avec une méthode nouvelle de financement. La mise en place de financements innovants constitue pour moi un des éléments de la modernisation de l'Etat. Cette démarche répond aussi au souci du ministère des Finances de sortir des cadres traditionnels avec une recherche d'efficacité accrue pour l'ensemble de l'Etat. Un financement innovant, c'est la volonté de trouver des procédures plus originales, plus rapides ou plus économes que les procédures classiques : une location plutôt qu'un achat, un achat global du matériel et de son entretien. Pour les frégates, nous avons interrogé des banques qui nous ont donné des réponses nombreuses et intéressantes. Néanmoins certaines difficultés de procédure me sont signalées car c'est la première fois qu'un tel projet est conduit dans notre pays. Il est donc probable que l'opération prendra encore quelques semaines.

Q- C'est ce que vous proposez pour la formation des pilotes d'hélicoptères militaires, à Dax¿

R- Là, c'est une démarche d'externalisation. A Dax, plutôt qu'acheter des hélicoptères de combat pour conduire la formation de base, identique à celle des pilotes civils, je propose d'acheter un service qui est la disponibilité d'hélicoptères civils. Bien entendu, il ne s'agit pas d'une doctrine. A chaque fois, il faut chercher la meilleure solution pour obtenir l'efficacité opérationnelle souhaitée et la meilleure utilisation des crédits publics. Dans cette démarche, il y a aussi l'idée de faire faire à chacun ce pourquoi il est le mieux qualifié. Quand je suis arrivée ici, il y a un certain nombre de pratiques qui m'ont étonnée : par exemple de voir que le ministère de la Défense utilisait sous contrat des jardiniers ou de voir des centaines de personnels de la Gendarmerie qui s'occupaient de gestion immobilière¿

Q- Le ministère est un des premiers, sinon le premier recruteur de France parmi les jeunes ?

R- La Défense recrute, forme et insère professionnellement. Je le constate au travers des écoles professionnelles, par exemple celle que j'ai visitée à Rochefort pour les sous-officiers de l'armée de l'air et à Libourne pour la gendarmerie. Il existe un vrai système de formation professionnelle, initiale et permanente, qui permet à des jeunes de trouver soit une carrière avec une vraie promotion sociale, soit pour ceux qui prennent des contrats de cinq, dix ou quinze ans, une possibilité ensuite d'insertion professionnelle, dans le public ou dans le privé. Dans ce dernier domaine, le taux de réussite est de plus de 96 %. C'est une des qualités des armées et de leur système de formation que l'on ne connaît pas assez.

Q- Quels changements concrets va apporter le nouveau statut général des militaires ?
R- J'ai essayé de moderniser tout ce qui pouvait l'être, pour tenir compte de la professionnalisation et de l'évolution de la société. En revanche, il n'est pas question de toucher aux fondements du métier militaire comme par exemple la disponibilité et la neutralité politique.

Q- Le 8 mars, on fête la femme, la Défense a d'ailleurs bien évolué ces dernières années. Mais, dans les sous-marins, la marine refuse de féminiser. Quel avis avez-vous sur ces refus ?

R- La féminisation se fait tout à fait naturellement. Il y a presque 15 % de femmes aujourd'hui dans les armées, et elles y prennent toute leur place. Dans certains domaines d'ailleurs, elles sont extrêmement nombreuses. Je pense au service de santé des armées, où elles sont plus de 40 %. En ce qui concerne les sous-marins, qu'il s'agisse du commandement ou des équipages, il n'y a pas d'opposition en soi mais des problèmes d'adaptation des structures de vie toujours plus compliquée à réaliser à bord d'un sous-marin que sur les grands bâtiments de surface.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 8 mars 2004)

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