Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur les relations entre la France et le Pakistan et le dialogue indo-pakistanais, à Islamabad le 28 février 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur les relations entre la France et le Pakistan et le dialogue indo-pakistanais, à Islamabad le 28 février 2004.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Voyage de Dominique de Villepin au Pakistan les 28 et 29 février 2004, conférence de presse conjointe avec le ministre pakistanais des Affaires étrangères, à Islamabad le 28 février 2004

ti : (Traduit de l'anglais)

Laissez-moi dire tout d'abord combien je suis heureux d'être ici de retour à Islamabad et reconnaissant de votre chaleureux accueil.

Je veux tout d'abord rendre hommage à la détermination du président Moucharraf d'ouvrir une nouvelle phase de l'histoire du Pakistan.

Je suis là aujourd'hui pour exprimer l'engagement de la France à travailler avec les autorités pakistanaises à une relation globale et complète afin de développer un dialogue politique et de renforcer notre pleine coopération.

Je viens d'avoir un échange de vues avec le président Moucharraf et avec mon ami Khurchid Kasuri, qui a confirmé l'excellente relation entre nos deux pays sur les terrains politique, économique aussi bien que sur ceux de la culture, de l'éducation et de la défense. Je vais avoir l'occasion de poursuivre cet échange cet après-midi avec le Premier ministre Jamali.

Je suis profondément convaincu du rôle majeur du Pakistan dans le renforcement de la stabilité de la région.

Premièrement, parce que le Pakistan est entré dans un processus démocratique avec la restauration de l'ordre civil comme résultat des élections de 2002. Mais ce processus réussira alors que le Pakistan continue de s'engager solidement dans la voie de la modernité.

La modernité requiert le respect de la diversité des identités et un profond sens de la tolérance. Et à cet égard, je me réjouis de l'appel du président Moucharraf en faveur d'un islam modéré et éclairé et je soutiens son combat contre le fondamentalisme.


Deuxièmement, parce que le Pakistan a pris d'importantes décisions qui montrent son sens des responsabilités internationales. Le gouvernement pakistanais est profondément engagé dans le combat contre le terrorisme. Il joue pleinement son rôle en démantelant les réseaux terroristes sur son propre territoire. C'est une option courageuse qui mérite un puissant soutien de notre part.

Le président Moucharraf a récemment souligné la nécessité de mettre fin à l'activité de prolifération venant du Pakistan. C'est une étape majeure que nous approuvons pleinement. Nous sommes prêts à ouvrir un dialogue avec nos plus proches partenaires et les autorités pakistanaises pour soutenir l'application de cette importante décision. Des mesures concrètes comme la transparence de certaines activités nucléaires ou le renforcement des règles de contrôle des exportations pourraient être élaborées dans ce cadre.

La reprise du dialogue avec l'Inde ouvre la voie à une paix durable en Asie du Sud. C'est un développement très positif. Le dialogue entre les deux pays est la seule manière de dépasser les incompréhensions et la méfiance y compris sur la question du Cachemire.

Grâce aux efforts accomplis par chaque pays, y compris le Pakistan, votre région est maintenant sur la bonne voie. C'est une bonne nouvelle pour la communauté internationale. Nous vous faisons confiance pour dépasser les difficultés restantes et pour maintenir cette dynamique. Nous avons confiance dans l'avenir du Pakistan. Et la France reste prête à soutenir ses efforts.

Q - Monsieur, vous venez de dire que la région de l'Asie méridionale est sur la bonne voie et vous avez dit que le dialogue entre l'Inde et le Pakistan ouvrirait la voie à la paix. Pourriez-vous juste nous dire quelle garantie pourrait être donnée que l'Inde ne se rétractera pas du dialogue composite qui a été accompli, car il y a des réserves au Pakistan et la communauté internationale doit prendre position.

R - Concernant les réserves, la seule façon de dépasser cette sorte de doutes, que bien sûr nous pouvons comprendre ici au Pakistan et ailleurs dans la communauté internationale, est le mouvement, l'action et je pense que nous pouvons aisément donner crédit à l'engagement de l'Inde à travailler étroitement avec le Pakistan. Nous suivrons ces mouvements, et la dernière rencontre ici à Islamabad, pendant le sommet du SAARC, parle je crois d'elle-même.

Nous devons encourager ce dialogue. Je suis allé à New Delhi il y a une quinzaine de jours et aujourd'hui je me trouve à Islamabad. Je vois la même volonté d'aller de l'avant. Je pense que c'est la clé. Vous savez parfaitement que dans la ligne de l'accord de Simla, le dialogue a toujours été la clé afin que le Pakistan et l'Inde regardent vers l'avant dans la même direction et à la recherche de la paix. Je crois qu'au fond, c'est ce que nous avons besoin d'encourager : ce dialogue, cette volonté commune, les bénéfices que l'Inde et le Pakistan retireront de ce dialogue, et nous pouvons tous voir et toucher du doigt qu'aujourd'hui la paix et le développement sont très proches.

Je discutais avec mon ami Khurchid des perspectives concernant la relation entre le Pakistan et l'Union européenne. Bien sûr, l'Union européenne suit de très près ce qui se passe ici et nous voyons tous les progrès en cours. Et tout ce qui se passe concernant la lutte contre la prolifération, tout ce qui se passe en termes de dialogue entre le Pakistan et l'Inde, l'amélioration de la situation en Afghanistan, et je sais que le Pakistan a soutenu ce processus, tout cela va profiter à tous les pays, et le Pakistan en sera bien sûr crédité.

Ainsi je pense que le dialogue, pas à pas, va de l'avant et, bien sûr, c'est le rôle de la communauté internationale d'encourager ce dialogue mais au centre de ce processus il y a toujours le Pakistan et l'Inde.

Q - Comme vous l'avez justement signalé, la question-clé de la non-prolifération a été intégrée au dialogue, et quand vous le ministre français des Affaires étrangères, abordez le régime des exportations, donc avez-vous fait des propositions, émis des idées, recherchez-vous une forme d'engagement de la part du gouvernement pakistanais ?

R - Bien sûr, nous suivons de très près les dernières découvertes effectuées pendant les dernières semaines et nous souhaitons trouver des solutions concernant la difficulté soulevée dans le champ de la prolifération. Et je pense que nos discussions aujourd'hui avec le président Moucharraf et avec Khurchid Kasuri ont été très fructueuses. Nous sommes prêts à ouvrir un dialogue avec le Pakistan et nos principaux partenaires dans trois domaines différents :

Le premier est le renforcement des contrôles à l'exportation.

Le second est une plus grande transparence concernant l'activité du Pakistan en matière de nucléaire, et une coopération étroite avec l'AIEA, l'Agence internationale de l'Energie atomique.

Le troisième est la participation du Pakistan aux efforts internationaux dans le domaine de la non-prolifération, en particulier dans le cadre de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies en préparation, et dans la participation au sommet des chefs d'Etat sur la prolifération qui est une proposition française.

Nous aimerions beaucoup qu'un tel sommet ait lieu dans les prochains mois. Un mouvement positif du Pakistan dans cette direction renforcera bien sûr le Pakistan à l'intérieur de la communauté internationale et, comme je l'ai dit, nous avons eu un dialogue très constructif et positif aujourd'hui.

Q - Vous venez de " mandater " le gouvernement du Pakistan pour la restauration du dialogue avec l'Inde, pour la promotion de la paix dans la région. Mais comment voyez-vous l'accroissement des ventes de matériel militaire de la France à l'Inde ?

Quelle influence cela a-t-il sur l'équilibre régional en Asie du Sud et comment souhaitez-vous et pensez-vous rectifier cet équilibre inquiétant des forces conventionnelles en Asie du Sud ?

R - Comme vous le savez, nous avons un partenariat stratégique et une coopération étroite avec l'Inde, mais dans un esprit de responsabilité concernant la situation dans la région. En même temps, nous voulons accroître notre coopération dans tous les domaines avec le Pakistan. Je ne vois pas d'incompatibilité entre les deux. Et je dirais peut-être moins aujourd'hui que jamais parce que nous voyons tous que notre objectif va dans la même direction.

J'ai dit très clairement au président Moucharraf et à mon ami Khurchid que, pour nous, la lutte contre le terrorisme, la lutte contre la prolifération, la volonté de faire de toute la région une zone sûre et amicale et de travailler dans la même optique avec l'Afghanistan et l'Inde, crée une situation dans laquelle nous pouvons bien sûr accroître encore cette coopération. Nous sommes prêts à travailler avec nos amis et les autorités pakistanaises, un des meilleurs amis de la France.

Q - Excellence, vous avez apprécié l'opinion du président du Pakistan sur l'islam, qui est celle d'un islam éclairé et modéré. Qu'en est-il des Français, parce qu'au Pakistan, il y a le sentiment général que les Français ont interdit le foulard. Ne pensez-vous pas que c'est une violation des Droits de l'Homme ?

R - Merci de poser cette question, parce que je pense que la réponse est simple. Nous n'avons pas interdit l'usage en France du foulard, du voile, pas du tout. Ce n'est pas là la question. Nous avons en France une tradition, et vous pouvez comprendre cela, la tradition de ce que nous appelons neutralité ou laïcité, qui est due à des raisons historiques. Et cette loi sur la laïcité a maintenu l'état de tolérance et du dialogue.

Dans notre pays, comme vous le savez, qui est un pays engagé dans les Droits de l'Homme et la démocratie, qui souhaite maintenir cet esprit de tolérance, nous avons décidé d'avoir une nouvelle loi. Elle interdit le port du voile dans les écoles publiques, ce qui est une décision très localisée, afin d'y maintenir ce terrain de tolérance. Il n'y a pas de décision générale dans ce texte de loi. Cela serait absurde. Ce n'est pas le cas. Et, encore une fois, cela vise à plus de respect pour les différentes religions. Cela ne vise pas une religion particulière.

Cette décision concerne ce que nous appelons les signes distinctifs, les signes ostensibles, qui peuvent être portés dans les écoles publiques. C'est donc une décision générale qui ne concerne pas seulement l'islam ou une religion en particulier. C'est une décision générale et pour l'application de cette loi, bien sûr, nous allons prendre en compte les différentes sensibilités de ces religions et cultures afin de prendre les mesures les plus adaptées à la situation. Nous voulons que ceci soit compris bien sûr en France, parce que nous avons des raisons nationales et traditionnelles pour agir ainsi et également à l'extérieur. C'est pourquoi c'est une décision très importante et adaptée que nous prenons.

Q - (Au sujet des personnes retenues sur la base de Guantanamo)

R - Eh bien, concernant Guantanamo, nous sommes aussi très préoccupés. Nous avons sept ressortissants qui sont retenus à Guantanamo et nous sommes très désireux de trouver une solution à ce problème et nous avons un dialogue continu avec nos amis américains sur cette question. Nous avons pu rendre visite à ces ressortissants trois fois sur place et nous avons bon espoir de pouvoir trouver la bonne solution bientôt.

Q - Votre pays a une grande tradition et des principes mais nous vous avons entendu parler l'autre jour à New Delhi en soutenant l'intégration de l'Inde au Conseil de sécurité des Nations unies. Et c'est le fait le plus fâcheux de l'histoire que l'Inde ait violé et souillé les résolutions passées unanimement par le Conseil de sécurité depuis 1948. Et vous avez encore soutenu la candidature de l'Inde. Je souhaiterais savoir ce qui vous oblige à prendre cette décision. Est-ce une obligation car vous venez de mentionner l'Inde comme votre partenaire stratégique et votre ami proche ? Est-ce une décision de principe ou est-ce en raison de votre amitié à laquelle vous vous êtes référé ?

(...)

R - Concernant la question sur le Conseil de sécurité et la perspective de réforme du Conseil de sécurité - parce que cela doit être perçu dans la perspective des réformes - c'est une décision de la communauté internationale, et, comme vous le savez, le Secrétaire général a décidé de demander à quelques sages de proposer un certain nombre de solutions au problème de la réforme des institutions des Nations unies.

Et il y a deux pistes ; la première est : comment avoir le Conseil de sécurité le plus représentatif possible, avec l'accroissement du nombre de membres permanents et non permanents ? La seconde est comment avoir des groupes plus efficaces afin de répondre aux problèmes auxquels nous faisons face concernant les Droits de l'Homme, la prolifération, le terrorisme, les sujets sur l'environnement, et ainsi de suite ?

Bien sûr, si vous vous apprêtez à rechercher une plus grande représentativité pour le monde, vous devez prendre en compte les pays les plus importants qui ne sont pas encore représentés. Et nous parlons du Brésil, nous pouvons parler de quelques autres pays en Afrique et bien sûr en Asie, et certainement d'un pays comme le Japon, d'un pays comme l'Inde, outre des pays dont nous avons le plus besoin comme possibles membres permanents.

Ce dont je parle est donc bien un fait. Et on doit examiner cette question de la représentativité du Conseil de sécurité dans l'intérêt de la communauté internationale. Vous voyez, je pense que nous sommes dans un monde différent de ce qu'il a été par le passé, et tous les pays sont confrontés à la même question : comment pouvons-nous être plus efficaces dans le règlement des crises, dans la lutte contre le terrorisme, dans la lutte contre la prolifération ¿etc ? Avoir plus de pays faisant partie de ce processus à la fois de réflexion et d'action, je crois que c'est utile pour chacun d'entre nous. Ainsi nous ne devons pas regarder le passé avec crainte, nous ne devons pas regarder vers l'avenir avec crainte. Nous devons regarder ensemble afin de trouver de façon juste une solution. Et demander aux plus importants pays du monde de prendre leur entière responsabilité dans ce cadre ne peut qu'être utile pour le processus général et l'intérêt général du monde.

Q - Pourquoi ne reconnaissez-vous pas le Pakistan comme un Etat nucléaire ?

R - La façon dont nous devrions examiner ce point qui est bien sûr très difficile et très important pour la communauté internationale est à la fois d'essayer de coller à nos principes et de regarder la réalité en face et je suis d'accord avec ce qui vient d'être dit. La réalité est que le Pakistan a des capacités nucléaires. C'est un fait. Les principes signifient que nous recherchons le meilleur ordre possible à partir du point de départ et c'est pourquoi nous parlons de dialogue. Nous avons besoin de travailler ensemble avec tous les différents pays responsables qui veulent faire partie de cet élément. C'est pourquoi j'essaie d'être aussi constructif que possible, aussi ouvert que possible, en donnant quelques pistes autour desquelles nous pouvons travailler ensemble. Mais je pense que l'approche la plus constructive est d'agir pour prendre de nouvelles mesures afin de s'assurer que là où nous allons, nous y allons ensemble et dans un esprit très responsable.

Q - La France a proposé un projet de résolution des Nations unies, sur le rôle des Nations unies en Irak auquel se sont opposé la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Comment voyez-vous un rôle positif des Nations unies ?

R - Eh bien, chacun d'entre nous peut voir que la situation est difficile en Irak, mais nous avons fait des progrès récemment. Je pense que la dernière mission des Nations unies envoyée par Kofi Annan était une bonne mission et que M. Brahimi est arrivé à un certain nombre de conclusions tout à fait utiles. Au moins, nous voyons ce que nous ne pouvons pas faire et nous voyons ce que nous pourrions faire.

Soyons positifs et constructifs, voyons ce que nous pouvons faire et je pense que nous devrions rester fidèles à la décision qui a été prise en vue de permettre à l'Irak d'obtenir une pleine souveraineté à la fin juin. Nous devrions avoir le meilleur processus possible afin que cette souveraineté soit respectée à cette date et je pense que le meilleur processus avec le meilleur profit possible serait de choisir entre différentes possibilités grâce à une conférence nationale, et un élargissement des différents corps existant en Irak.

Nous pouvons discuter, nous devrions certainement suivre cet avis que M. Brahimi va nous donner et aussi encourager les différents dialogues avec toutes les composantes irakiennes. C'est, bien sûr, une matière qui concerne le seul peuple irakien et nous sommes très désireux de suivre ce qu'il veut et d'avoir le plus large soutien à l'intérieur de l'Irak.

Mais je pense que nous devrions avoir comme objectif, durant tout ce processus, de trouver la voie la plus légitime pour que cette souveraineté soit donnée à l'Irak. Notre vue est que ce gouvernement devrait être le plus large possible.

Tous les partis, toutes les forces, tous les groupes qui renoncent à la violence devraient faire partie de ce processus conduisant à la formation d'un nouveau gouvernement. Je pense que c'est très important d'avoir une décision claire prise par les Irakiens pour ce nouveau gouvernement avant fin juin. Car cela ouvrira une nouvelle perspective et bien sûr les Nations unies auront un rôle très important à jouer ensuite, avec l'élaboration d'une constitution, l'organisation d'élections générales.

C'est une idée, c'est une proposition. Il revient à la communauté internationale de la discuter, d'avoir une conférence internationale, car nous pensons qu'un des principaux problèmes est bien sûr d'avoir une dynamique nationale irakienne, d'avoir une dynamique politique afin de soutenir le processus, mais aussi d'avoir une dynamique originale et une dynamique internationale pour soutenir et créer un élan en faveur de ce nouveau processus.

Je pense ainsi que nous devrions mettre toutes les chances de notre côté, nous devrions être convaincus que cela ne va pas être facile mais nous avons besoin de travailler dur. C'est d'ailleurs exactement ce que nous faisons et nous avons eu une très bonne et très constructive discussion sur l'Irak aujourd'hui également. Merci beaucoup.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 mars 2004)

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