Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à LCI le 3 mars 2004, sur le bilan de la politique sociale du gouvernement, l'indemnisation du chômage, les créatiosn d'emploi au mois de janvier et les élections régionales 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à LCI le 3 mars 2004, sur le bilan de la politique sociale du gouvernement, l'indemnisation du chômage, les créatiosn d'emploi au mois de janvier et les élections régionales 2004.

Personnalité, fonction : FILLON François, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité

ti : Q- A. Hausser-. Le Gouvernement, et vous en particulier, avez été malmenés hier à l'Assemblée par le premier secrétaire du Parti socialiste, ce qui est normal, mais aussi par le président du groupe UDF. On a parlé d'abandon social, d'insécurité sociale ; F. Hollande dit que vous êtes dur avec les plus fragiles et bienveillant à l'égard des plus privilégiés. On a parlé de précarité durable... Tout cela, c'est la situation sociale qui n'est pas bonne ?

R- "La vérité, c'est que F. Hollande et le Parti socialiste ont essayé hier, à la fois de relancer leur campagne régionale qui patine, mais surtout de fuir leurs responsabilités. Car la vérité, c'est que si nous sommes aujourd'hui dans une situation sociale difficile dans notre pays, si la pauvreté augmente depuis dix ans en France, si le chômage est toujours plus élevé en France que dans les autres pays européens quel que soit le niveau de la croissance, c'est parce que pendant des années et des années, et le Parti socialiste a naturellement une grosse part de responsabilité, même s'il n'a pas l'entière responsabilité de cette situation, c'est parce que pendant des années et des années, on a préféré le statu quo, la défense des intérêts acquis plutôt que la réforme. Et aujourd'hui, ce que nous faisons, nous, c'est justement des réformes structurelles, des réformes de fond qui sont difficiles, qui ne sont pas toujours populaires, qui mettront du temps avant de produire des effets, mais qui vont nous permettre de lutter contre les vrais maux de la société française. Le fait qu'il y ait par exemple près de 20 % des jeunes qui soient laissés à l'abandon, que l'Education nationale ignore, qui n'ont aucune formation, pour lesquels on n'a jamais mis en place de vrais systèmes pour les rattraper."

Q- On avait créé des emplois-jeunes pour les mettre au travail...

R- "Les emplois-jeunes n'étaient pas du tout destinés pour eux. Les emplois-jeunes ont été pour l'essentiel des emplois destinés à des jeunes qui avaient un certain niveau de formation, même parfois un niveau très élevé de formation. Il y a un rapport paru il y a quelques jours du CERC et de J. Delors sur la pauvreté chez les enfants. Ce rapport touchait les années 99-2000, c'est-à-dire les années où la croissance a été la plus élevée dans notre pays. Alors plutôt que de s'envoyer des anathèmes à la figure, plutôt que de caricaturer les positions des uns et des autres, il serait temps dans notre pays que les hommes politiques reconnaissent leurs erreurs, reconnaissent leurs responsabilités passées et se tendent la main pour essayer de trouver le moyen de faire en sorte que la France ne soit pas au dernier rang des pays européens."

Q- C'est du "wishful thinking", comme on dit en anglais... Vous reconnaissez quand même que vous faites des réformes impopulaires et difficiles...

R- "Elles sont difficiles, mais nous avons le devoir de les faire. Moi, j'ai une obsession, c'est de faire en sorte que notre pays ne décroche pas par rapport aux autres pays européens. Nous sommes déjà, sur beaucoup de sujets, en queue de peloton européen. Comment est-ce que moi, je pourrais accepter que la France, qui pour moi est l'un des plus grands et l'un des plus beaux pays du monde, soit en queue de peloton européen sur le chômage, sur la progression de la pauvreté. Or si nous sommes dans cette situation, c'est parce que nous n'avons pas fait les réformes qu'il fallait."

Q- C'est-à-dire qu'il faut moins indemniser le chômage ?

R- "Il faut surtout avoir le courage... D'abord, il faut rétablir les comptes dans notre pays, parce qu'on ne peut pas mener une politique durable avec les déficits que nous avons. Deuxièmement, il faut, sur les questions sociales, passer d'une logique d'assistance à une logique active, à une logique d'insertion. Quand nous disons que nous préférons quelqu'un qui touche le revenu minimum mais qui travaille - c'est le revenu minimum d'activité -, les socialistes ont l'audace de nous dire qu'ils préfèrent, eux, quelqu'un qui ne travaille pas et qui touche le revenu minimum."

Q- Ce n'est pas ce qu'ils disent... Mais quand vous voyez des chômeurs qui voient leurs indemnités supprimées à la suite d'un accord de l'UNEDIC. Cela fait quand même mal, quand on passe soudainement de l'indemnisation au RMI...

R- "C'est très intéressant de savoir que d'abord, ce sont les partenaires sociaux, y compris des grandes organisations syndicales comme la CFDT, qui à ma connaissance autrefois n'était pas si éloignée du Parti socialiste, qui a décidé de cette modification des règles d'indemnisation. Et il faut savoir qu'après ces règles d'indemnisation, après cette réforme, la France est le pays en Europe, où le système d'indemnisation du chômage est le plus généreux. Chez nous, c'est deux ans d'indemnisation du chômage plus deux ans d'allocation solidarité plus le RMI. En Angleterre, c'est six mois ; en Allemagne, c'est un an."

Q- Il y a une polémique sur la baisse du chômage : à la fin de la semaine dernière, le ministère annonce une baisse, et on dit que c'est une baisse en trompe-l'oeil. En fait, c'est parce qu'il y a un certain nombre de demandeurs d'emplois qui ont été radiés des ASSEDIC. Vous vous défendez, amis l'impression reste floue quand même...

R- "Parce que nous sommes dans un pays où on ne peut pas admettre l'idée que les choses aillent mieux. C'est absolument impossible que les choses aillent mieux ..."

Q- Mais il n'y a pas de créations d'emplois...

R- "Il y a des créations d'emplois. Les statistiques du mois de janvier sont toutes positives. Elles montrent que les reprises d'emplois, c'est-à-dire les personnes qui sortent de l'Agence parce qu'elles ont repris un emploi, augmentent de façon très significative. Les offres d'emplois à l'ANPE augmentent de 40.000, le chômage des jeunes baisse de 1,8 % et les jeunes ne sont pas du tout concernés par les réglementations nouvelles en matière de fin de droits. La réalité, c'est que le chômage baisse dans notre pays. D'ailleurs, j'avais toujours dit, je crois que ça fait près d'un an que je répète inlassablement que le chômage baissera à partir du début de 2004, tout simplement parce que la croissance est de retour."

Q- Est-ce qu'on peut encore dire aujourd'hui que la croissance est de retour ?

R- "Bien sûr que la croissance est de retour. Il n'y a aucune indication contraire. La consommation a augmenté de 2 % au mois de janvier, les investissements ont repris leur augmentation après huit trimestres successifs de baisse dans les entreprises. On a inventé une polémique autour du système d'indemnisation du chômage. Il faut savoir qu'elle est fausse. Quand on n'est plus indemnisé, on est toujours sur les listes des demandeurs d'emplois, à condition, une fois par mois, de passer un coup de téléphone à l'ANPE, pour dire : oui, je cherche bien du travail. C'est tout ce qu'on demande pour l'instant aux chômeurs. Alors je pense que quelqu'un qui ne passe pas une fois par mois un coup de téléphone à l'ANPE, honnêtement c'est quelqu'un qui ne cherche pas du travail."

Q- Un mot de politique. Vous faites partie de ceux qui disent que la priorité, ce n'est pas la succession à la présidence de l'UMP. La perspective d'un accord entre le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur pour prendre la direction du grand parti de la majorité, ça vous chiffonne ?

R- "Moi, je m'en fiche et je m'en contre-fiche. C'est-à-dire que je pense que aujourd'hui, il y a deux priorités absolues. La première, naturellement, c'est de réussir cette bataille pour l'emploi qui est essentielle pour l'avenir de notre pays et qui est en passe d'être réussie. Et la deuxième, c'est de gagner les élections régionales, qui constituent un rendez-vous politique très important pour l'avenir du pays, puisque les régions ont de plus en plus de pouvoir. Alors les histoires de remaniement, la succession à la tête de l'UMP, c'est pour après. Il sera toujours temps d'en parler. Je trouve que ce n'est vraiment pas le moment d'évoquer ce sujet, car nous avons, et surtout les Français, d'autres préoccupations."

Q- Quand vous dites que la priorité, c'est de gagner les régionales, ce sera facile de discuter avec l'UDF au lendemain du 1er tour, après ce qui se passe en ce moment ?

R- "Le discours, que nous avons entendu hier à l'Assemblée, de F. Bayrou, était impressionnant de démagogie. Mais sur le terrain, les élus UDF et les électeurs UDF me semblent beaucoup plus raisonnables et souvent d'ailleurs très éloignés des positions qui ont été prises hier. Il y a d'un côté l'aventure personnelle d'un homme qui me paraît être de plus en plus en situation de dérapage, et puis sur le terrain, il y a des hommes et des femmes avec lesquels naturellement on va discuter parce qu'ils ont le sens des réalités."

Q- Vous prenez souvent le TGV, vous le prenez toujours ?

R- "Je prends le TGV deux fois par semaine, c'est le meilleur moyen de transport qui existe dans notre pays."

Q- Vous n'avez pas peur ?

R- "Non, pas du tout. D'abord parce que nous avons un ministre de l'Intérieur de grande qualité, qui va veiller sur la sécurité de notre pays. La France est un pays qui certes, est exposé par ses positions et son courage, mais c'est un pays aussi qui sait se mobiliser."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 3 mars 2004)

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