Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à "France Inter" le 9 mars 2004, sur son inégibilité en région PACA pour les élections régionales 2004 et sur ses positions sur l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à "France Inter" le 9 mars 2004, sur son inégibilité en région PACA pour les élections régionales 2004 et sur ses positions sur l'immigration.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie, WEILL Patrick.

FRANCE. Front national, président

ti :
P. Weill-. Inéligible en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, mais optimiste pour son parti, c'est J.-M. Le Pen, le président du Front national, invité de " Question directe " ce matin. Bonjour.

- "Bonjour."

Q- Vous avez déclaré le week-end dernier : " Le Front national pourrait gagner jusqu'à quatre régions ", on va y revenir, mais hier soir, en tout cas, à Orange, N. Sarkozy vous a sévèrement critiqué. Il a dit : " Le Pen, c'est la France de la ligne Maginot, il ressasse la France d'il y a 50 ans". Votre réponse.

R - "A ceci près que j'étais à peine né au moment de la ligne Maginot, mais enfin ce sont des réflexions qu'il pourrait faire utilement au président de la République qui est son chef de parti, qui a à peu près le même âge que moi. En l'occurrence, d'ailleurs, ce genre d'argument me paraît d'une faiblesse extrême et masque les échecs évidents de M. Sarkozy dans la plupart des sujets qu'il s'était attribués, et dans lesquels il affirmait qu'il allait pouvoir apporter des solutions constructives : c'est le cas de la Corse par exemple, c'est le cas de l'organisation de l'Islam en France, c'est le cas aussi de l'insécurité car... et les résultats de M. Sarkozy sont autoproclamés, il n'est pas porté, on le sait, à la modestie, mais il semble que là, en mettant le pied sur le territoire de Tartarin, il a pris une bouffée de " fadas ", là !"

Q- Alors, J.-M. Le Pen, on va revenir sur votre inéligibilité en région PACA, ce que vous appelez le complot, l'infamie. Franchement, vous, arrivé second lors de la présidentielle de 2002, vous vous imaginiez président de la région PACA à vous occuper des tracés du TGV, des trains régionaux, des routes départementales, des constructions de lycées ? On a du mal à croire en votre indignation. Vous, ce qui vous intéresse, ce sont les grands débats nationaux, la présidentielle, d'ailleurs vous avez dit que vous serez candidat en 2007. Cette inéligibilité, ça vous arrange bien.

R - "Il n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes gens. Il n'y a pas de petites élections, toutes les élections sont importantes, surtout celle-ci qui se déroule à deux ans de l'élection présidentielle dernière et à trois ans des élections futures, il n'y aura plus d'élections après cette échéance. C'est la raison pour laquelle les Français doivent voter parce qu'il faut le dire, quoi, s'abstenir c'est voter Raffarin, c'est voter pour le Gouvernement, c'est laisser faire."

Q- Je parle de vous, là, je parle de vous.

R - " Oui, moi, en ce qui me concerne, écoutez, j'étais candidat, je fais campagne depuis un an en PACA, et j'étais candidat tête de liste, qui s'engageait très fortement. Le Gouvernement a pensé qu'il courait un risque de défaite, là, une défaite qui serait symbolique et terriblement percutante, si j'ose dire. Muselier avait dit : " moi je m'engage, Le Pen ne sera pas candidat. " Bon, il avait probablement des renseignements que je n'avais pas et il est vrai que le Gouvernement disposant de façon régalienne de l'administration fiscale, de l'administration préfectorale, il n'a eu qu'à donner des ordres, les ordres ont été exécutés. Il y a, je crois 1 600 candidats, en PACA, n'est-ce pas, il y a 13 listes, sur les 1 600 candidats, le préfet n'en a retoqué que deux, les deux de ma liste."

Q- Mais, J.-M. Le Pen, de toute façon vous aviez peu de chance d'avoir la présidence de la région PACA, puisque l'UMP et le PS avaient prévenu qu'ils s'uniraient pour faire barrage contre vous. Finalement, votre orgueil est moins blessé par une décision judiciaire que par un verdict populaire.

R - "Non, mais je voulais affronter le verdict populaire. Enfin, voyons, on m'accuse d'avoir¿ de m'être victimisé, mais si on voulait que cesse cette victimisation, c'est très facile, il n'y avait qu'à me laisser relever le défit électoral et on allait là me donner la correction que je méritais. Mais malheureusement pour moi on ne l'a pas voulu, et on a préféré la fuite comme d'ailleurs M. Muselier s'est refusé, comme J. Chirac à l'élection présidentielle, à m'affronter dans un débat télévisé, ou radiophonique. C'est trop facile d'user de tous les moyens de l'Etat qui sont considérables, tous les autres, comment dirais-je, toutes les assemblées de cette région sont entre les mains de l'UMP et par conséquent jouer de cela contre des candidats qui n'ont pas les mêmes moyens, je parle radio, télévision, etc, bref, institutionnels..."

Q- On vous entend beaucoup à la radio ou à la télévision, en ce moment, ça va, vous n'êtes pas bâillonné.

R - "Non, on ne m'entend pas beaucoup, il ne faut pas dire ça, écoutez, les chiffres parlent, là. Ecoutez, en 2001, juste avant l'élection présidentielle, le CSA avait relevé que j'avais obtenu 0,14% du temps d'antenne pendant toute l'année - 0,14% ! - alors que je représentais 15% des électeurs."

Q- Restons en 2004. Votre argument vedette pour expliquer que la France va mal, c'est l'immigration responsable de tous nos malheurs. Alors, à ce propos..."

R - "Non, je n'ai pas dit ça !"

Q- Si si, vous le répétez à longueur de journée...

R - "Mais ce n'est pas vrai, j'ai dit que les..."

Q- Alors, à ce propos, à propos de l'immigration, l'Institut national d'études démographiques dit tout le contraire dans un rapport rendu public en janvier, les démographes disent, " il y a déjà 25 ans que la France n'est plus un pays d'immigration massive, l'idée d'une France en déclin démographique prise d'assaut par la vague montante de l'immigration est une idée fausse. "

R - "Mais ne dites pas " les démographes ", cher Monsieur, ne dites pas " les démographes ", dites M. ERAN (phon.), le directeur de l'INED, nommé pour dire cela."

Q- Expert, expert ! Démographe.

R - "Mais tous les autres experts disent le contraire. L'Insee dit le contraire, les organismes européens disent le contraire et les gens n'ont qu'à ouvrir les yeux dans la rue, s'ils ne s'aperçoivent pas que le taux de l'immigration a monté, c'est vraiment qu'ils sont aveugles. Mais les chiffres officiels ne trompent pas le public, le public sait, et il va voter en fonction de ce qu'il sait et de ce qu'il sent, malgré la volonté d'essayer de lui masquer la vérité dans à peu près tous les domaines. Tous les chiffres officiels sont truqués, j'en cite un par exemple, n'est-ce pas, celui de M. Sarkozy sur les victoires qu'il aurait remportées contre l'insécurité, il dit, " j'ai fait baisser de 200 000 le nombre des crimes et délits ", or l'Union des magistrats dit : " il y a 1. 250 000 crimes et délits de plus que ne le dit le ministère ", alors, écoutez, soyons sérieux !"

Q- Restons sur l'immigration avec vos chiffres. Donc, vous maintenez ce que vous avez dit au journal Le Monde il y a un an : " Un jour, 25 millions de musulmans en France - c'est le chiffre qu'il y aura en France -, ils commanderont la France, et les Français raseront les murs ? " "

R - "Ça me paraît évident, mais ça me vaut d'ailleurs..."


R - "Ça me vaut d'ailleurs une poursuite de M. Perben qui veut utiliser contre moi l'arme de l'inéligibilité. On ne demande pas l'inéligibilité contre les ministres voleurs, pillards de l'argent public, mais contre quelqu'un qui a exprimé une opinion sur ce que pourrait être la France dans 25 ans..."

Q- Vous êtes poursuivi pour incitation à la haine raciale.

R - "Mais c'est trop facile, ça, c'est trop facile, c'est l'arme absolue. Maintenant il y a deux ou trois organisations anti racistes qui sont " les chiens de garde de la gauche et de l'extrême gauche ", et ce sont eux qui font la loi en France, et M. Perben se couche."

Q- M. Le Pen, autre thème majeur de votre campagne électorale, c'est le discrédit des politiques, notamment après la condamnation d'A . Juppé, vous êtes un spécialiste des formules choc, et vous avez dit récemment que l'UMP, c'est l'Union pour la majorité pénitentiaire."

R - "C'est cela."

Q- Alors, vous êtes, vous le dites : tête haute et mains propres.

R - "Oui, absolument."

Q- Mais enfin, quand même, la justice est... Dites-moi, M. Le Pen, la justice et vous, c'est quand même une longue histoire.

R - "Non, mais la justice..."

Q- "L'inéligibilité, vous savez ce que c'est, vous avez été déchu de votre mandat de député européen.

R - "Tout à fait, mais pas pour les mêmes raisons que M. Juppé et quelques autres. Moi, j'ai été d'une façon scandaleuse, privé de mon mandat européen et de mon mandat régional..."

Q- Toujours le martyre.

R - "... Pour un petit incident de campagne où j'étais l'agressé. " Incident verbal ", a dit la Cour d'appel, tandis qu'eux ont été condamnés pour la toute petite partie des scandales que l'on a découverts, car il y en a bien d'autres. Le train de M. Juppé avec ses 35 dirigeants de l'UMP vient de passer, arrive déjà le suivant avec 47 sur les scandales de l'Ile-de-France, dont je rappelle que c'est M. Hémerdinger, un de nos conseillers, qui en 92 l'avait soulevé, entre autres, pour ne parler que de cela. "

Q- M. Le Pen, à propos des formules choc, je veux rappeler aux jeunes électeurs, qu'il y a 17 ans, vous avez dit que " les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la deuxième guerre mondiale. " Vous avez été condamné par la justice pour cela, je voudrais savoir si un homme politique peut avoir des regrets. Est-ce qu'aujourd'hui, en votre âme et conscience, est-ce que vous estimez qu'en ayant dit cela vous avez commis finalement une faute ?

R - "J'ai le regret d'avoir été persécuté. En effet, je crois que nous sommes dans un pays où il n'y a pas de liberté de penser. Il y a un certain nombre de sujets, dont l'immigration, par exemple, entre autres, et la corruption..."

Q- Je ne parle pas de ça, je ne parle pas de ça, là.

R - "... qui sont des sujets tabous. Il y a en France des sujets tabous sur lesquels il n'est pas permis de s'exprimer autrement que dans les limites extrêmes du prêt à penser et du politiquement correct. Moi je suis un homme qui..."

Q- Je vous parle d'une phrase qui fait partie de notre histoire.

R - "Moi je suis un homme libre, et je me battrai librement tant que je le pourrai. Et bien que j'ai, pour cela souvent payé très cher, je le dis, et je continuerai de me battre car, vous avez tout à l'heure, parlé de la PACA..."

Q- Pas de regrets, donc sur cette phrase, vous n'avez pas répondu à ma question M. Le Pen.

R - "Mais cher monsieur, j'ai dit que je regrettais, trois jours après, si j'avais pu faire de la peine à des gens sincères, je le regrettais. A des gens sincères, et non pas à des politiciens qui manipulaient une formule entendue pour s'en servir contre un adversaire."

Q- Ce n'est pas une faute, d'avoir dit ça ?

R - "Mais cela, c'est votre problème."

Q- Je vous pose la question.

R - "Jugez-en autant, discutons-en, mettons ces questions sur le tapis, avec la liberté et sans être sous le coup d'une condamnation pénale. Nous sommes comme dans l'Union soviétique, je ne sais pas d'ailleurs quel Russe a dit, " la France est le dernier pays soviétique d'Europe. " Cela dit, je voudrais quand même avertir vos auditeurs que je suis toujours dans la bataille politique de PACA et tous les deux jours... Je fais un grand meeting, le 10 je serai à Marignane, le 12 à Bordeaux, le 14 à Nantes, le 16 à Paris, le 18 à Nice¿ Mais enfin, écoutez, laissez-moi tout de même dire que moi, je vais..."

Q- Mais il y a des colleurs d'affiches pour annoncer cela, M. Le Pen, vous n'avez pas besoin de France Inter.

R - "Ah ! bon ? Autrement dit, Le Pen n'aurait pas, lui, le droit d'annoncer ses réunions, alors que ses concurrents, eux, ont librement le droit de le faire."

Q- Mais ils ne viennent pas avec un calendrier de leurs meetings.

R - "Et pourquoi ? Et bien moi je viens..."

Q- Je préfère que l'on ait un débat d'idées.

R- "... Et je profite de la petite occasion qui m'est donnée, pour dire en effet, pour inviter les auditeurs à venir m'écouter directement et entendre ce que je dis, et non pas le lire à travers quelques extraits souvent contournés."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 mars 2004)

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