Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à RFI le 19 mars 2004, sur le bilan de sa campagne électorale en Ile-de-France pour les élections régionales, la question de l'abstention, les réponses du gouvernement aux revendications des chercheurs pour la recherche publique, et sur les relations entre le gouvernement et l'UDF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à RFI le 19 mars 2004, sur le bilan de sa campagne électorale en Ile-de-France pour les élections régionales, la question de l'abstention, les réponses du gouvernement aux revendications des chercheurs pour la recherche publique, et sur les relations entre le gouvernement et l'UDF.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : Question (N. Velly) : Bonjour J.-F. Copé.

Jean-François Copé (Réponse) : Bonjour.


Question : Dans quelques jours, dans deux jours, les élections régionales ; le verdict du premier tour dans la région Ile-de-France, première région française par sa population, 11 millions d'habitants. Quelques résultats de sondages quand même, même si on sait qu'ils se trompent tout le temps, sept Français sur dix souhaitent sanctionner le Gouvernement, [Sofres] ; 65% se désintéressent des régionales, [Louis Harris]. La tendance est donc entre sanction et abstention. Le socialiste J.-P. Huchon est quand même en tête selon le CSA, au premier comme au deuxième tour, et vous vous êtes devant l'UDF A. Santini, à 2% de plus. Il vous reste donc quelques heures pour persuader les citoyens non seulement de voter, mais en plus de voter pour un membre du Gouvernement.

Jean-François Copé (Réponse) : Oui sans doute, mais ces quelques heures qui nous séparent du premier tour sont des heures aussi qui permettent de faire le bilan d'une campagne qui, pour ce qui me concerne, a été extrêmement active. J'ai commencé il y a six mois cette campagne, j'ai privilégié l'action de terrain, l'écoute, le dialogue, les rencontres, pour essayer de bâtir un projet qui soit très ambitieux pour l'Ile-de-France. Parce que le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne sais pas qui il faut sanctionner, mais si on doit parler de sanctions, on peut s'interroger sur le bilan du président socialiste sortant. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'une de mes difficultés durant cette campagne a été d'expliquer aux gens ce que c'était que la région Ile-de-France qui, aujourd'hui, a la compétence sur les transports, les lycées, la sécurité, l'environnement, la recherche, enfin des compétences énormes. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que personne aujourd'hui, en Ile-de-France, ne sait vraiment ce qu'a fait le socialiste sortant, ni même qui il est. Alors sanctions pour sanctions, je pense que ça vaut la peine de s'interroger sur la manière de le sanctionner, lui.

Question : A propos d'abstention, est-ce que vous pensez que les menaces terroristes qui pèsent sur la France et sur l'Europe pourraient pousser les électeurs à une participation comme on l'a vu en Espagne ?

Jean-François Copé (Réponse) : Ecoutez, je ne sais pas à vrai dire, et je me méfie toujours de ces interprétations a priori, sur un sujet aussi difficile. Ce que je pense en tout état de cause, c'est qu'il faut éviter tous les amalgames. Le Gouvernement est au travail, très mobilisé, très concentré sur l'action contre le terrorisme. J'ai moi-même, en tant que porte-parole du gouvernement, participé à plusieurs réunions interministérielles aux côtés du Premier ministre, et du ministre de l'Intérieur, N. Sarkozy. Et les mots clés qui ont été utilisés à l'endroit de l'ensemble de nos compatriotes, c'est bien sûr la fermeté totale dont nous faisons preuve en la circonstance, la volonté de transparence et de vérité. Le Premier ministre comme le ministre de l'Intérieur l'ont dit, c'est un esprit de responsabilité qui nous anime vis-à-vis de nos compatriotes, et donc de transparence, et enfin un appel à la vigilance, à la fois collective et individuelle, dans nos vies quotidiennes, parce que les circonstances exigent que chacun fasse preuve, naturellement, de sérénité et de responsabilité.

Question : Pour éviter l'abstention, est-ce qu'il faudrait rendre le vote obligatoire ?

Jean-François Copé (Réponse) : Oh je ne sais pas. C'est un débat qui est très difficile de trancher parce que les deux thèses sont fortes en la matière. Moi, ce que je veux simplement dire c'est qu'il est, je crois, enfin moi j'appartiens en tout cas à une nouvelle génération en politique, qui considère que si les gens ne vont pas voter, ça mérite tout de même à la fois des appels à la lutte contre l'abstention, parce qu'il y a nos aînés qui sont morts pour qu'on ait le droit de vote en France, c'est un grand principe démocratique, et puis pour aller tout à fait au bout de ma pensée, je pense aussi que nous autres, hommes politiques, devons réfléchir aux raisons qui peuvent expliquer une baisse de la participation aux différents scrutins. J'en risque une parmi d'autres : je crois que nous avons, les uns et les autres, un devoir d'efficacité, une obligation de résultats. C'est ça que beaucoup de nos compatriotes attendent aujourd'hui. A nous de le démontrer sur la durée, la durée c'est donc plusieurs années, nous venons seulement d'arriver. Cela fait dix-huit mois que nous sommes en fonction, je ne suis pas sûr qu'on puisse, en dix-huit mois, refaire ce qui n'a pas été fait en vingt ans. Néanmoins, à nous de poursuivre dans le travail de réformes qui a été engagé, et ça je peux vous assurer que, sur ce point, la détermination est forte.

Question : Les chercheurs sont aujourd'hui encore dans la rue. Il y a une pression nouvelle contre le gouvernement. Qu'est-ce que vous leur proposez sur l'Ile-de-France où ils sont, quand même, majoritairement concentrés ?

Jean-François Copé (Réponse) : Moi je suis très très mobilisé et très engagé sur la question de la recherche, depuis très longtemps, parce que je pense que nous devons, nous, avoir une grande ambition en la matière. Cela fait maintenant vingt ans que les responsables politiques ne parlent plus au monde de la recherche, et c'est sans doute cela qui explique la colère d'aujourd'hui, au-delà des étincelles du moment. Eh bien, pour la première fois, il y a un gouvernement qui parle aux chercheurs, qui leur annonce premièrement un objectif quantitatif, et c'est important...

Question : Les chercheurs ne doivent pas beaucoup l'écouter.

Jean-François Copé (Réponse) : Non, ne dites pas cela, bon bien sûr il y aura toujours un M. Trautmann ou un je ne sais quel porte-parole pour aller médiatiser un malaise et surfer sur un malaise qui est beaucoup plus profond. C'est quand même la première fois qu'un gouvernement trace une perspective, d'abord quantitative - 3% du PIB d'ici 2010, et deuxièmement une enveloppe de 3 milliards d'euros dans les trois années qui viennent - et deuxièmement, la contrepartie, c'est l'ouverture d'un grand débat pour savoir comment on peut moderniser la recherche, comment faire en sorte que chacun soit respecté. Les tenants de la recherche publique, qui est essentielle, comme de la recherche industrielle, qui en France est en retard, les tenants de la recherche fondamentale, qui est absolument indispensable, et ceux de la recherche appliquée. Moi je me suis engagé en politique pour faire abattre les murs, et en Ile-de-France il y a des murs qui opposent les gens les uns aux autres. Dans le domaine de la recherche, je souhaite qu'en Ile-de-France où il y a 40% des chercheurs, on puisse très vite ouvrir des Etats Généraux de la recherche. J'ai moi envie d'être en première ligne pour accompagner les grands projets de l'Ile-de-France. Je pense au plateau de Massy, Orsay, Saclay que j'ai visité, où j'ai rencontré les chercheurs. Il y a des choses fantastiques à faire, en tant que président de région. Si je suis élu, je serai en première ligne.

Question : Marine Le Pen, pour le Front national, est créditée dans les sondages d'environ 12 ou 13%. Elle se maintiendra donc au deuxième tour, ce qui va jouer contre la droite évidemment, et en faveur du PS. Pourtant vous avez essayé de convaincre une partie de son électorat, en jouant les thèmes sécuritaires.

Jean-François Copé (Réponse) : Pas en jouant les thèmes sécuritaires, en parlant des préoccupations des gens. Après tout ils ont des indignations très légitimes. Moi je suis élu à Meaux, une ville qui, malheureusement, est très marquée par les problèmes d'insécurité. Je peux donc vous confirmer que sur ces sujets, ce n'est pas être sécuritaire que de dire que la sécurité est la première des libertés dans un pays comme le nôtre. Alors pour le reste, moi je suis un habitué de ce qu'on appelle les triangulaires. A Meaux, j'ai malheureusement connu souvent le problème de la présence du Front national au deuxième tour. Ce qu'il faut dire aux électeurs, c'est que quand le Front national fait un score trop important, ça fait passer la gauche, c'est-à-dire l'inverse de ce que nous souhaitons, et donc de ce que les gens qui votent pour le FN souhaitent. Donc attention à cela, il faut se mobiliser. J'entends bien les manifestations d'indignation ou d'impatience, je les partage largement en tant qu'élu local, je sais que les choses sont difficiles. En même temps, il faut dire les choses. N. Sarkozy qui préside mon comité de soutien, avec lequel je veux faire un tandem total notamment en matière de sécurité en région Ile-de-France, a fait beaucoup déjà. Il faut continuer ce combat, il ne faut pas l'enrayer.

Question : On se dispute beaucoup N. Sarkozy, comme parrain en Ile-de-France, puisque A. Santini dit que lui, il a le soutien de Sarkozy, soutien personnel, vous avez le soutien politique.

Jean-François Copé (Réponse) : Ecoutez, tout ça c'est de la petite politique, vous savez c'est des vieilles techniques..

Question : C'est quoi, c'est parce que c'est le ministre de l'Intérieur, parce qu'il a des ambitions présidentielles ?

Jean-François Copé (Réponse) : Mais pas du tout, non mais attendez, il n'y a même pas de sujet là-dessus entre A. Santini ou moi. A. Santini qui, par ailleurs, j'aime bien, avec lequel on se retrouvera au deuxième tour, a utilisé une de ces bonnes vieilles techniques qu'on utilisait beaucoup quand il a démarré en politique, à la fin des années 70 début 80. C'est des espèces de petites supercheries qui n'ont pas beaucoup de sens. La réalité est simple, moi je n'ai pas mis mon étiquette dans la poche, je suis le candidat de l'UMP. Je soutiens le Gouvernement auquel j'appartiens et mon président de comité de soutien, c'est N. Sarkozy. Il n'y a pas d'ambiguïté possible là-dessus. Ce qui m'a surpris, c'est qu'A. Santini qui est le candidat de l'UDF, ne l'a pas mis sur son affiche, tout d'un coup, et puis surtout n'a pas dit que celui à qui il doit d'être candidat, c'est F. Bayrou. Et c'est vrai que moi, je vous le dis amicalement, entre F. Bayrou qui soutient Santini et Sarkozy qui me soutient, moi je n'échange pas.

Question : Alors J.-L. Debré a fait une sortie contre le Gouvernement. Il a encore réitéré ces dernières semaines. Entre Sarkozy qui plaide pour la présidence, Debré qui manifestement lorgne Matignon, c'est peut-être un petit peu difficile pour l'UMP, comme ça, de faire campagne.

Jean-François Copé (Réponse) : Pas d'accord avec vous, parce que finalement...

Question : Ce n'est pas une image d'unité.

Jean-François Copé (Réponse) : Oh si vous savez, je regardais, ils sont tous présents avec nous dans les meetings, ils sont tous très engagés à nos côtés pour nous aider à gagner.

Question : C'est un UMP très divisé quand même !

Jean-François Copé (Réponse) : Enfin écoutez, moi je ne sais pas ce que c'est que la division vue sous cet angle. D'abord parce que sur le plan des idées, il y a une très forte cohésion, deuxièmement parce qu'il n'est pas illégitime qu'on s'exprime les uns ou les autres, qu'on ait son avis. Sinon ça veut dire qu'alors, dans ce cas on n'a jamais¿(parlent ensemble)

Question : Avant un scrutin qui est soi-disant un test national ?

Jean-François Copé (Réponse) : D'abord, prenons les choses dans l'ordre. N. Sarkozy a été à mes côtés depuis le début de cette campagne. J'ai fait huit meetings départementaux, il a été présent à six meetings sur huit. Je l'ai vu toutes les semaines, il est très engagé à mes côtés, j'ai le soutien constant de J.-P. Raffarin, j'ai été en campagne avec J.-L. Debré en Seine-Saint-Denis samedi dernier..

Question : Oui, mais les sorties de J.-L. Debré sont difficiles, non ?

Jean-François Copé (Réponse) : Non mais attendez, je pense que ça fait partie aussi de la vie politique, que chacun puisse s'exprimer s'il le souhaite. Attendez, je préfère ça plutôt que des situations dans lesquelles on est en panne d'idées comme c'est le cas à gauche, où le moins qu'on puisse dire, c'est que depuis 18 mois, la gauche a essentiellement gagné la bataille, si j'ose dire, de la critique destructrice, de l'opposition frontale, avec tout ce que ce mot a d'archaïque, plutôt que de propositions.

Question : Donc confiant pour dimanche ?

Jean-François Copé (Réponse) : Oui, confiant pour dimanche et surtout soucieux d'appeler chacun à ses responsabilités, appeler à aller voter et puis, naturellement, à bien comprendre qu'en Ile-de-France, le vrai sujet, c'est d'avoir un vrai président de région. Quelqu'un qui n'avance pas comme un notable anonyme à l'ancienneté, mais vraiment déterminé à faire bouger les choses et je crois que la nouvelle génération, à laquelle j'appartiens, est vraiment dans cette démarche.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 mars 2004)

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