Déclaration de M. Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement Républicain et Citoyen, sur les missions de l'école publique, et les principes d'une "refondation" de la formation des enseignants, Paris le 28 janvier 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement Républicain et Citoyen, sur les missions de l'école publique, et les principes d'une "refondation" de la formation des enseignants, Paris le 28 janvier 2004.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre.

FRANCE. Mouvement républicain et citoyen, président

Circonstances : Débat national sur l'école à Paris le 28 janvier 2004

ti : Si on part de l'idée que l'Ecole et la République sont intimement liées, que l'Ecole est une institution fondatrice de la République et que sa mission est indissociablement la transmission des savoirs et l'éducation à la liberté, autre façon de dire la formation du citoyen, on ne peut qu'être surpris de la manière dont le débat sur l'Ecole, en lui-même bienvenu, a été engagé sur la base de vingt-deux questions non hiérarchisées. Le débat est bienvenu car l'Ecole est l'affaire de tous et c'est pourquoi j'ai tenu à y participer.

Mais ce débat ne peut être mené de manière conséquente que si dès le départ les missions de l'Ecole sont clairement fixées. Je doute qu'elles puissent l'être à travers un débat, aussi large soit-il. C'est pourquoi j'aurais aimé que ces missions fussent rappelées d'emblée, car c'est à partir d'elles que pourront être résolues les questions relatives à la réussite éducative, à la vie scolaire ou à l'organisation du système éducatif. J'illustrerai ce propos de méthode à partir de la question essentielle qu'est la formation des maîtres mais je me tiens prêt à répondre à vos questions éventuelles sur tout autre sujet qui pourrait concerner l'histoire et surtout l'avenir de notre Ecole.

I - Sur les missions de l'Ecole

1. Ces missions ont été fixées par une tradition républicaine aussi vieille que la République elle-même et même plus vieille qu'elle, puisqu'on la trouve déjà excellemment formulée par Montesquieu : " C'est dans le gouvernement républicain que l'on a besoin de toute la puissance de l'éducation ". Montesquieu oppose à la crainte, principe des régimes despotiques, et à l'honneur, principe des monarchies, la vertu républicaine, dont il précise qu'elle est " un renoncement à soi-même et par conséquent une chose très pénible ". " On peut définir cette vertu, poursuit-il, comme l'amour des lois et de la patrie... demandant une préférence continuelle de l'intérêt public au sien propre... Tout dépend donc d'établir dans la République cet amour : et c'est à l'inspirer que l'éducation doit être attentive ".

L'Ecole publique doit servir à former les citoyens de l'avenir : non pas seulement les femmes et les hommes capables de relever le défi des mutations technologiques de notre temps, mais aussi des citoyens capables de se faire une idée de leur intérêt commun, bref de faire vivre la République.

a) Sur le premier point, j'observe qu'on a omis de poser une question sur les besoins de la nation, par exemple la formation de cadres scientifiques et techniques nombreux, alors qu'on observe que la proportion d'élèves qui s'oriente vers les disciplines scientifiques va diminuant. L'intérêt général doit être au coeur du débat sur l'Ecole, à peine d'une méprise fondamentale.

b) Sur le second point, la formation des citoyens, il faut toujours rappeler que la Révolution française a transposé dans l'ordre public la rupture philosophique opérée par Descartes avec son fameux : " cogito, ergo sum ". L'Ecole est donc la réponse donnée par la République à ce prodigieux renversement de principes qui a fait de " l'homme devenu adulte ", selon le mot d'Emmanuel Kant, le maître de ses destinées.

Tout se tient : Derrière la souveraineté populaire et le règne de la loi, " expression de la volonté générale ", il y a le citoyen éclairé par la Raison. C'est ce mythe, au sens sorélien du terme, qui est le terreau de la " République enseignante ", seul régime que se soit donné l'Ecole et plus précisément la liberté de pensée comme but et comme moyen.

L'éducation à la liberté est la finalité première de l'Ecole républicaine. C'est ce qui fait la rudesse et l'éminente noblesse de la tâche confiée à nos enseignants. C'est par leur enseignement et, j'ajoute, leur exemple que l'individu doit apprendre à devenir citoyen pour que le Peuple, " ensemble de citoyens en corps ", puisse exercer sa souveraineté. Que la tâche soit rendue très difficile par l'évolution des moeurs et par l'érosion du concept de citoyenneté, " ensemble indissociable de droits et de devoirs ", ne m'échappe nullement.

Raison de plus pour rappeler cette finalité essentielle, car si l'impulsion ne vient pas de ceux qui ont la charge de l'Ecole, pourra-t-on s'en remettre indéfiniment au dévouement des maîtres qui, au milieu des plus grandes difficultés, parviennent encore à faire vivre les valeurs républicaines ?

J'aurais donc aimé un questionnement moins général sur les finalités de l'Ecole (" Comment conforter les valeurs de l'Ecole ? " " Faut-il redéfinir les missions de l'Ecole ? "). Il me semble que le rappel de la mission première de l'Ecole républicaine - éduquer à la liberté et former des citoyens - doit éclairer le débat tout entier, qui, à défaut, serait laissé comme bateau ivre, flottant au gré des vents.

2. La laïcité découle naturellement de cette mission fondamentale : elle fonde l'espace commun, dans lequel tous les citoyens, par l'exercice de leur raison naturelle, peuvent parvenir à la conscience de l'intérêt général. La laïcité, par la définition de cet espace commun à tous est une garantie de la paix civile. C'est ce qu'explicitait clairement Jean Zay dans une circulaire du 1er juillet 1936 relative au port d'insignes : " Vous voudrez bien considérer comme insigne politique (mais on pourrait dire aussi bien d'appartenance religieuse ou communautaire) tout objet dont le port constitue une manifestation susceptible de provoquer une manifestation en sens contraire ".

Comme l'a écrit Régis Debray : " Toute identité communautaire se pose en s'opposant, et il n'est pas d'ostentation d'une différence qui n'en suscite une autre en contre-pied "

L'Ecole doit donc rester un espace neutre, soustrait aux pressions du dehors et l'Etat républicain est dans son rôle quand il y veille.

3. De la mission fondamentale de l'Ecole découle évidemment la nécessité d'une éducation civique, propre à contenir l'exaspération des revendications particulières, l'exaltation des individualismes et la montée des communautarismes, et à prévenir ainsi la décomposition du lien civique. Pour avoir rétabli cette discipline dans les programmes des écoles et des collèges, en 1985, après sa suppression au lendemain de mai 1968, je suis le premier à réclamer une évaluation rigoureuse et critique de la manière dont elle est aujourd'hui enseignée.

Conçue comme trop proche du droit positif dans sa définition initiale par un scrupule sans doute excessif, elle ne permet pas de comprendre ce qu'est la République, ce que sont ses valeurs et quelle est la logique d'ensemble qui la sous-tend. Introduite tardivement au lycée, en 1999, elle ne fait pas, à ma connaissance, l'objet d'un enseignement ni d'une recherche universitaires. Il semble enfin qu'à l'Ecole même, depuis 2002, sa spécificité ait disparu et que son enseignement soit confondu avec celui d'autres disciplines comme l'histoire ou le français. Je souhaite, pour ma part, que sur la base de cet état des lieux, l'éducation civique soit réintroduite dans l'ensemble du cursus scolaire afin que la République, et ce qu'elle implique, soit à nouveau enseignée à nos enfants.

L'Education civique devrait être enseignée par des maîtres ayant acquis, soit au titre de la formation initiale, soit par le biais de la formation permanente, une bonne connaissance de ce que sont les principes du droit républicain. Un tel enseignement pourrait être assuré dans les IUFM par des professeurs de philosophie, d'histoire et de droit public. Il n'est pas facile de faire comprendre l'idée républicaine dans toute sa cohérence et sa puissance, et l'introduction comme l'enseignement méthodique de cette matière doivent faire l'objet d'un soin particulier.

II - La formation des enseignants

A) Considérations générales.

La formation des maîtres est la clé de tout. Des maîtres bien formés, compétents dans leur discipline, habiles dans leur métier constituent le facteur principal d'un bon enseignement. La formation des maîtres est évidemment une question décisive pour l'Ecole républicaine. Les finalités de celle-ci devraient retentir directement sur les caractéristiques de la formation des maîtres. Or, nulle part mieux qu'en ce domaine n'apparaît davantage l'affaiblissement de l'idée républicaine.

L'objectif de la transmission par le professeur et l'acquisition par l'élève de connaissances se noie dans un fatras de considérations méthodologiques. Si les questions de vocabulaires révèlent toujours des questions de fond, l'abus, dans les circulaires, de mots tels qu'adaptation, diversité des publics, diversification et individualisation des parcours, remédiation, transdisciplinarité, trahit l'oubli de l'exigence républicaine fondamentale : celle-ci est d'abord d'enseigner. Rien ne vaut le cours professé devant les élèves. Il faut, me semble-t-il, limiter la place donnée aux sciences de l'éducation pour éviter la multiplication d'enseignants apprenant à enseigner sans enseigner eux-mêmes. La dérive pédagogiste commence quand les candidats professeurs n'ont plus en vue que de reproduire le discours pédagogique de leurs maîtres à penser en pédagogie. La maîtrise des savoirs disciplinaires, conformément aux programmes, et l'enseignement en classe doivent donc, me semble-t-il, redevenir les deux priorités des IUFM.

Avant la réforme de 1989 créant les IUFM, les plans de formation des Ecoles normales prévoyaient une formation d'au moins cent heures dans toutes les disciplines scolaires du programme. Aujourd'hui on atteint, à ce qu'on me dit, au plus cinquante heures, dans les disciplines autres que le français ou les maths et quelquefois moins de dix heures, par exemple pour l'éducation civique.

La sacralisation de l'enfance, à travers une formule comme " l'élève mis au centre de l'Ecole ", la conception faussée de la démocratie qui consiste à donner des droits à des élèves insusceptibles de les exercer et inconscients des devoirs qui en sont la contrepartie, aboutit à une dévalorisation du maître que la formation donnée en IUFM finit par entériner. Or, il faudrait réinstituer le maître, terme qui tend à disparaître des circulaires ministérielles, faute sans doute qu'on distingue le rôle du " magister " latin, intercesseur entre le Savoir et l'élève, du " dominus ", exerçant son autorité sur sa maison et sur ses esclaves. Inculquer des connaissances, ce n'est pas faire violence à l'enfant, mais lui remettre les clés de sa liberté. C'est donc une conception de l'Ecole réhabilitant le savoir, l'effort, la règle, la distinction du bon et du mauvais travail et donc la notation qu'il faut enseigner dans les IUFM.

Il faut oser dire que le rapport entre l'enseignant et l'enseigné n'est pas un rapport d'égalité. Nier l'autorité du savoir c'est toujours faire le jeu des pouvoirs de fait. Le combat pour l'égalité sociale passe par le relèvement et non pas par l'abaissement des niveaux d'exigence. C'est cette conception de l'Ecole républicaine que devraient porter les IUFM. Qu'en est-il exactement ?

B) Nécessité d'une véritable évaluation soustraite aux spécialistes des " sciences de l'éducation ".

La loi de 1989 prévoyait une évaluation. Un comité d'évaluation a fait un rapport en 2000. A ma connaissance aucune conséquence n'a pu être tirée d'une juxtaposition de rapports sans idée directrice et sans évaluations chiffrées d'ensemble. S'il est vrai que les IUFM accueillent aujourd'hui près de 83000 étudiants et stagiaires contre 55781 en 1991, date de leur généralisation, est-il exact, comme on me le dit, que le taux de réussite des candidats issus des IUFM aurait fortement diminué, passant de 70 % en 1991 à environ 50 % aujourd'hui ? Est-il exact que le nombre de candidats au Capes ait chuté de 50 % en 2002, la chute étant particulièrement marquée dans les domaines scientifiques ? Comment donc rendre plus attractif le statut de professeur du secondaire ?

Au plan qualitatif, il semble que les IUFM pâtissent de certains défauts :

Le recrutement des étudiants en première année obéit d'un IUFM à l'autre à des critères et à des modalités variables (tests, dossiers, entretiens). Il en résulte des inégalités préoccupantes. Je ne veux pas entrer dans la querelle de savoir si les IUFM doivent développer des " savoirs " ou des " compétences ". Si on entend par compétences la capacité à enseigner des savoirs, ils doivent être développés l'un et l'autre. Il me semble seulement qu'il faut valoriser les stages devant les élèves et le rôle des conseillers pédagogiques en exercice. Il n'est pas normal que la durée réelle de formation des professeurs des écoles ait été amputée par rapport à celle qu'ils recevaient dans les écoles normales.

Surtout, une approche " pédagogiste " du métier d'enseignant ne peut que reléguer à l'arrière plan et la pleine maîtrise des contenus enseignés et la vision ample du rôle de l'Ecole et des enseignants dans la République. C'est là une lacune grave qui retentit directement sur la considération due aux enseignants et sur l'idée qu'ils se font eux-même de leur fonction. Il est temps de redonner tout son sens à la noble mission de l'enseignant.

J'ai eu la curiosité de consulter le programme du concours actuel de professeur des écoles, tel qu'il a été fixé par un arrêté du 19 avril 2002. Je passe sur les épreuves d'admissibilité : français et mathématiques. J'ai été effaré, je dois dire, des sujets de français donnés à la session 2003. Ils concernent uniquement des sujets de pédagogie, l'enseignement de l'oral ou l'introduction à l'écrit. Les grands textes littéraires français ont disparu. Je suis de surcroît frappé par le fait que, pour l'admission, l'éducation civique et le rôle de l'Ecole dans la République ne soient même pas mentionnés. Quant à l'histoire, elle ne figure qu'à titre d'option, pour un coefficient faible, et sur un programme outrageusement restreint pour ce qui concerne la connaissance du XXe siècle et du monde actuel : rien sur la guerre de 1914-18, matrice des totalitarismes, rien sur le communisme, rien sur le nazisme, rien sur la conquête de l'hégémonie mondiale par les Etats-Unis, rien sur la décolonisation, rien sur la Chine.

Le programme s'énonce ainsi :

" L'extermination des Juifs par les nazis : crime contre l'humanité ;
La Ve République ;
La société en France dans la seconde moitié du XXe siècle : progrès technique, fin des campagnes, bouleversement des genres de vie. "

Il n'y a rien sur la France, rien qui nous permettrait de comprendre notre propre histoire : la saignée de 1914-18, la fragilité du traité de Versailles, le pacifisme de l'entre-deux guerres, Vichy, la Résistance, le programme du CNR, le relèvement de la France, la décolonisation, la francophonie, etc.

Que reste-t-il de la République quand ses maîtres ne sont plus à même d'enseigner son Histoire, si douloureuse soit-elle ? Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.

Bien entendu, je n'entends pas porter de jugements inéquitables sur les IUFM car je ne doute pas que malgré l'absence d'un cadrage nécessaire de la part des pouvoirs publics, il s'y fasse néanmoins beaucoup de travail utile et méritoire. Je souhaite seulement une évaluation plus rigoureuse et réellement indépendante de notre système de formation des enseignants, car l'enjeu de la formation des maîtres est évidemment décisif pour l'avenir du pays.

C) Principes d'une refondation de la formation des maîtres.

Il faut, me semble-t-il, partir d'une idée majeure : une solide connaissance théorique et une sérieuse formation didactique et pédagogique ne sont pas contradictoires. Elles sont parfaitement complémentaires. L'excès de savoirs ne nuit pas à la qualité de la relation maître-élève, tant le niveau du maître ne se confond pas avec celui de l'élève. De même, la connaissance et la réflexion didactiques et pédagogiques, articulées avec une formation pratique, ne doivent en rien contrarier une bonne maîtrise des disciplines et, plus globalement, une forte culture générale.

1. Une bonne qualification des professeurs nécessite d'abord un haut niveau de connaissance théoriques et une bonne maîtrise des savoirs disciplinaires qui devront être transmis. Là est l'essentiel. Cette formation doit se faire en lien avec le contenu des programmes scolaires. Elle doit comporter des éléments d'histoire et d'épistémologie de ces disciplines.

2. En second lieu, une connaissance approfondie de l'histoire de l'école républicaine est nécessaire aux maîtres, de ses finalités, de son fonctionnement et des enjeux actuels. Les futurs maîtres doivent comprendre le rôle de l'Ecole dans la République. La formation des enseignants doit être nourrie des valeurs républicaines. Chaque enseignant doit être conscient qu'il forme les citoyens de demain. Et cela vaut pour les enseignants du secondaire comme pour ceux de l'Ecole élémentaire. Il n'est pas bon que la laïcité ne soit évoquée que dans son rapport avec l'enseignement, par ailleurs nécessaire, du fait religieux. La laïcité est une valeur positive qui doit être enseignée comme telle : elle est d'abord confiance en l'homme et en ses capacités.

Parallèlement, les futurs maîtres recevront une information solide sur le fonctionnement du système éducatif et sur les politiques éducatives en France et à l'étranger sur la base de données statistiques incontestables.

3. En troisième lieu, les futurs maîtres devront acquérir une maîtrise critique des techniques pédagogiques en relation étroite avec la formation pratique de terrain, permettant à chaque enseignant d'exercer, en toute responsabilité, sa liberté de choix des méthodes d'enseignement.

En complément, viendrait une formation aux outils méthodologiques et documentaires mis à disposition dans les centres de documentation (BCD, CDI, CDDP, bibliothèques, etc.) ainsi que la maîtrise réfléchie des moyens informatiques et multimédia.

Il faut mettre fin à la dispersion actuelle des contenus de formation dans les IUFM, en instaurant un programme national pour toutes les disciplines. Des règles communes à tous les IUFM, pour l'entrée en première année, doivent être instituées afin de rétablir l'égalité républicaine d'accès aux instituts.

Les concours de recrutement.

Le recrutement des enseignants se fait parmi les diplômés de l'enseignement supérieur. La formation d'un professeur d'école, de collège ou de lycée commence à l'université par l'obtention d'une licence ou d'une maîtrise (ou de leurs équivalences). Elle garantit un niveau de compétence disciplinaire. La création de nouvelles licences pluridisciplinaires à l'université peut être une voie intéressante, en particulier pour les étudiants qui veulent préparer le professorat des écoles et de l'enseignement technique et professionnel.

Afin de faciliter l'accès des jeunes aux carrières de l'enseignement, des dispositifs du type de ce qu'ont représenté autrefois les IPES doivent être créés afin de faciliter la préparation aux concours des jeunes d'origine modeste. Ainsi des allocations attribuées au mérite seront attribuées contre l'engagement de servir dix ans dans la fonction publique d'Etat. Cette mesure est essentielle. Elle permettra aussi un accès à la citoyenneté sur la base du mérite, aux jeunes issus de l'immigration qui manquent souvent plus d'argent et d'entregent que de talents.

La préparation des concours devrait se faire à l'Université. Elle doit être encadrée par des universitaires auxquels seraient associés des enseignants des IUFM pour tout ce qui concerne la connaissance des valeurs de l'Ecole et du système éducatif. Les concours pourraient comporter une épreuve sur ces sujets. Ces concours doivent faire l'objet de programmes nationaux et les critères d'évaluation des épreuves comme la composition des jurys gagneraient à être harmonisés. La priorité doit être la maîtrise des savoirs disciplinaires mais il n'y a pas de raison d'interdire, comme cela a été fait, la participation des professeurs d'IUFM aux concours de recrutement des professeurs des écoles.

Le concours du Capes doit d'abord rester un concours validant un haut niveau de qualification théorique, mais comme concours de recrutement au métier d'enseignant, il doit aussi davantage devenir un passage entre les connaissances universitaires nécessaires à l'acte d'enseigner et les programmes et savoirs scolaires souvent plus larges que les contenus universitaires spécialisés. La formation pratique face aux élèves, avec des professeurs chevronnés doit être revalorisée.

La formation professionnelle, en deux ans, doit intégrer tous les éléments constitutifs du métier de professeur. Cette formation à bac+5 gagnerait à être validée par un jury universitaire associant des professionnels. La rédaction d'un mémoire, manifestant le souci à la fois du terrain et de la recherche me paraît utile. Je ne souhaite pas multiplier des suggestions qui devraient venir du débat lui-même, dès lors qu'il serait bien cadré.

Le dernier point que je souhaite évoquer concerne la formation des formateurs d'enseignants. Jules Ferry, jadis, avait créé des Ecoles normales supérieures à cet effet. Le fait qu'elles ne remplissent plus ce rôle aujourd'hui, ne devrait pas empêcher une réflexion ouverte sur ce sujet. Il fut un temps - années 1970 - où les personnels du second degré affectés dans les écoles normales bénéficiaient d'une formation spécifique qui a pu aller jusqu'à une année entière.

Je suggère qu'on réfléchisse à la recréation de formations de ce type axées sur la philosophie, l'histoire, le droit et la connaissance des systèmes éducatifs pour que les valeurs et les missions de l'Ecole soient bien comprises et intégrées par les professeurs d'IUFM. Plutôt que de sacrifier aux sciences de l'éducation, je suggère qu'on s'attache à faire comprendre ce que sont les missions de l'Ecole républicaine au XXIe siècle, face aux besoins de formation du pays et à la montée des communautarismes qui menacent la laïcité et la paix civile.

La formation des enseignants doit rassembler des compétences multiples et diverses. Ainsi l'encadrement des IUFM doit comporter des personnels issus des différents corps de l'éducation : personnels du premier et du second degré, personnels d'inspection, d'orientation, conseillers d'éducation, chefs d'établissement, enseignants du supérieur capables d'animer effectivement des équipes de recherche mais rien n'est plus important que ces personnels reçoivent une formation qui, à travers eux, fasse+ vivre l'idée de la République dans son Ecole.

J'ai conscience de l'immense difficulté de cette tâche qui implique au départ des concepts clairs et une volonté politique sans faille au sommet, et sur le terrain, des forces intellectuelles et morales disponibles. J'ignore si mon propos peut rencontrer quelque écho. Je crois simplement avoir mis le doigt sur ce qui me paraît être le point fondamental pour l'avenir de l'Ecole républicaine.

Conclusion.

Refonder l'Ecole républicaine, c'est aussi réinstituer des maîtres, sûrs de leurs références, capables, grâce à un niveau élevé d'exigence intellectuelle et morale de résister à l'air du temps et de faire vivre la conception d'une Ecole libératrice. Ils pourront alors former des élèves qui seront les citoyens d'une République à nouveau vivante, et non pas des esclaves qui s'ignorent.

(source http://mrc-france.org, le 2 mars 2004)

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