Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à La Chaîne Info LCI, le 22 avril 2004, sur son action au minisère de l'intérieur, l'expulsion d'un imam de Venissieux, la préparation de la circulaire sur le principe de laïcité à l'école et les économies budgétaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à La Chaîne Info LCI, le 22 avril 2004, sur son action au minisère de l'intérieur, l'expulsion d'un imam de Venissieux, la préparation de la circulaire sur le principe de laïcité à l'école et les économies budgétaires.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

ti : Question : Trois semaines après votre arrivée au ministère de l'Intérieur, vous commencez à imprimer votre marque ; vous recevez les préfets ce matin, vous allez en Corse demain. Quelle sera la feuille de route des préfets ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : C'est la feuille de route des Français. D'abord, se mobiliser contre ce que trop souvent on appelle "les violences ordinaires", celles malheureusement auxquelles on a tendance, parfois, à s'habituer. Ce sont des atteintes aux personnes, qui sont en progression - beaucoup trop -, qui sont des violences telles que les violences intra-conjugales, les violences contre les enfants, des atteintes qui sont nouvelles : par exemple, ces cambriolages qui s'effectuent en présence des occupants. Ce sont toutes les actions sur la voie publique, tels que les vols à la tire. Il y a là, je crois, véritablement une mobilisation particulière qui doit être faite autour de ces violences. Et puis, il y a une action qui doit être menée en profondeur pour s'attaquer véritablement à la racine du mal. C'est le crime organisé, c'est l'ensemble des trafics que nous connaissons - trafic de drogue, par exemple -, la délinquance itinérante qui prend trop de place aujourd'hui dans notre pays, c'est l'immigration clandestine. Il y a là, un travail en profondeur, en liaison avec un certain nombre de grands acteurs, et en se donnant les moyens. Les Groupes d'intervention régionaux permettent, par exemple, aujourd'hui, donnent des outils appropriés."

Question : Continuité, modification, prévention plutôt que répression ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : Continuité de l'action, exigence du résultat, et puis amplification, parce qu'il y a à chaque étape - et nous sommes dans une nouvelle étape de la vie gouvernementale -, évidemment, des progrès à faire, des défis à relever."

Question : Par quoi doit être marquée cette nouvelle étape, à votre niveau ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : Par exemple, la coopération avec l'ensemble des autres administrations. Je serai cet après-midi au tribunal de Bobigny avec D. Perben. Nous devons travailler ensemble sur un certain nombre de grands chantiers. La protection, par exemple, des tribunaux. Il y a eu, à Bobigny, un certain nombre d'évasions. Nous ne pouvons pas accepter ce type de situation. Par exemple, traiter la question des multiréitérants ou multirécidivistes. Traiter plus en profondeur la délinquance des mineurs. C'est vrai avec D. Perben, c'est vrai aussi avec J.-L. Borloo, pour toute la prévention dans le domaine social. C'est vrai avec F. Fillon en matière d'Education."

Question : Cela veut-il dire, pour ce qui concerne la protection des tribunaux, comme vous le dites, que l'on va mettre des moyens pour améliorer la sécurité des tribunaux ? On va arriver à la question du budget. Pour ce qui concerne la cohésion sociale, va-t-on réhabiliter cette police de proximité, qui a été un peu négligée ou affectée à d'autres tâches et qui a quand même prouvé son efficacité il y a quelque temps ? Avec F. Fillon, je pense que vous allez nous parler de la circulaire sur le voile ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : Chaque problème a sa solution, encore faut-il pouvoir y travailler ensemble. C'est ce que nous avons fait..."

Question : Et c'est ce que l'on n'a pas fait avant ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : Dans la vie gouvernementale, il y a des temps. Le premier temps, celui auquel s'est brillamment consacré N. Sarkozy, c'est d'essayer d'inverser la tendance, ce qu'il a fait. Les résultats le montrent, il y a une baisse de la délinquance générale en France. Aujourd'hui, il faut continuer cet effort, à aucun moment relâcher la pression. J'ai reçu, hier, dans le cadre d'une réunion d'évaluation, les préfets, les meilleurs départements et les moins bons. Je pratiquerai aussi des évaluations régionales. Donc, maintenir la pression pour faire baisser l'insécurité dans notre pays. Parallèlement, il faut élargir et amplifier cette action. Nous avons, avec D. Perben, décidé une inspection conjointe des services de police, des services de la justice, dans le cas précis de Bobigny, qui nous a fait un certain nombre de propositions pour augmenter nos moyens dans le cadre du dépôt, pour permettre des escortes dans le cas de l'accompagnement d'un certain nombre de délinquants qui viennent aux audiences. Il y a donc des mesures précises qui vont être prises. Et à partir de l'expérience, de l'expérimentation que nous allons faire à Bobigny, nous élargiront à d'autres tribunaux en France. C'est le souci de travailler ensemble. Et, une fois de plus, il y a beaucoup de sujets où je crois nous pouvons progresser considérablement. Le travail en commun, justice et les services de sécurité, c'est une exigence fondamentale. Il faut travailler ensemble à tous les niveaux de la chaîne pénale. On évoque le cas de l'Education, avec F. Fillon... Le problème de la délinquance des mineurs, il faut que nous soyons évidemment en liaison avec les recteurs, les inspecteurs d'académies. Il y a une responsabilité propre de l'école pour qu'à chaque mauvaise action corresponde une sanction. Dès lors qu'on est dans le domaine judiciaire, il est important qu'à chaque délit commis, il y ait véritablement une condamnation, une sanction précise. Elle doit être adaptée. Il faut multiplier les travaux d'intérêt généraux. Ceci doit être fait, évidemment, en liaison avec la justice. C'est donc un travail commun. Vous posez la question de la circulaire sur la laïcité : il y a un principe qui a été posé, un principe courageux, posé par la loi sur la laïcité. Il s'agit maintenant de prévoir les modalités d'application. Je crois que dans ce cadre-là, il faut le faire, bien sûr, avec le souci de faciliter le travail des chefs d'établissement, mais le faire aussi avec du bon sens."

Question : Mais les chefs d'établissements vous disent qu'après tout, c'est exactement comme avant, qu'on ne sait pas où on va. Quelle est la différence entre un vêtement à caractère culturel et un vêtement à caractère religieux ? Très franchement, vous la connaissez ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : C'est pour cela, je crois, qu'il faut être précis. Et c'est le rôle, bien évidemment, d'une circulaire..."

Question : La loi l'était.

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : La loi posait un cadre, elle posait un principe qui est clair : les signes discrets sont bien évidemment acceptés, il faut refuser les signes ostensibles. On vit dans un monde où il est important de poser des règles. La règle elle est claire. Il ne s'agit pas de multiplier un certain nombre de contraintes pour le plaisir de poser des contraintes. Il faut agir avec un certain bon sens. C'est ce qui, aujourd'hui, est fait dans le souci de la concertation avec chacun. C'est important. Ceci doit être fait dans le dialogue, mais effectivement, avec le souci de faire en sorte que cette circulaire puisse être effectivement appliquée. C'est le travail des prochains jours."

Question : Vous savez ce qu'est un foulard. Alors, qu'un foulard soit de couleur unie ou imprimé, où est la différence ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : La différence, c'est que le bandana, en l'occurrence, doit être discret. Définissons ce qu'est un bandana discret, et acceptons-le. Il faut être clair. Je crois que, dans ce domaine, il ne faut pas rentrer dans des polémiques, il faut avoir le souci de l'efficacité. La querelle idéologique, c'est une vieille tentation dans notre pays. C'est une tentation historique. Il est important pour cela, à la fois, que ce principe soit clairement appliqué et qu'il soit fait dans le souci du respect de chacun. Il faut travailler dans un équilibre, le respect de chacun, de la liberté de chacun. Et en même temps, la règle collective, la règle générale. C'est qu'il y a un principe de laïcité qui s'applique, de neutralité de l'Etat, et chacun doit évidemment respecter cette règle."

Question : Vous avez fait expulser un imam qui prônait un islamisme radical. Vous avez expliqué pourquoi. Mais il y a une autre question qui me préoccupe, c'est celle de la polygamie. Finalement, on a l'air de tolérer la polygamie en France !

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : La polygamie, vous le savez, est interdite en France. Je crois qu'il ne faut pas mélanger les choses. Nous ne visons pas une catégorie particulière de la population. Nous visons des individus qui, vivant sur notre sol, à un moment donné, ne respectent pas les règles de notre République. Toute atteinte aux droits de l'homme, toute atteinte à la dignité humaine, tout propos qui peut ressembler à un appel à la violence, à la provocation, doit être condamné. C'est ce que nous avons été amenés à faire dans le cas précis de Vénissieux, où un arrêté d'expulsion a été décidé. Et puis, après les délais de garantie et de précaution, il a donc été décidé d'expulser l'imam en question. Je crois qu'il faut en rester à cet examen strict, à cette application stricte de la loi. Il s'agit tout simplement de veiller à ce que l'ordre public, les principes et les valeurs de notre République soient respectés. C'est valable partout et pour tous."

Question : Concernant le terrorisme : il y a quelques jours, il y a eu une grosse alerte. Vous avez fait fermer le RER et un certain nombre de stations de métro. Aujourd'hui, cette alerte est-elle moins grande ? La tension est-elle un peu moins vive ou en est-on toujours au même stade ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : Il y a, chacun peut l'observer, dans notre monde, une exacerbation des tensions avec des conséquences sur la sécurité mondiale. [Il y a] un certain nombre de grands foyers, de l'Afghanistan jusqu'au Moyen-Orient, l'Irak ou le Proche-Orient. Nous ne pouvons pas ignorer cette situation. Je l'ai dit : il n'y a pas de menaces ciblées contre notre pays. Mais il y a, sur notre sol, sur notre territoire, un certain nombre d'individus aguerris. Et notre travail c'est, bien évidemment, de les repérer et d'expulser de notre territoire un certain nombre d'individus aguerris qui peuvent constituer une menace, soit pour nous, soit pour d'autres. Nous sommes donc mobilisés face à cela, avec l'ensemble des moyens qui sont les nôtres. Cela implique de la part de l'Etat et de chaque citoyen un devoir de vigilance. Cela implique aussi que nous nous donnions les moyens. Et c'est exactement ce que nous faisons pour faire face à cette menace."

Question : Et tout le monde fait des économies ?

Dominique Galouzeau de Villepin (Réponse) : Tout le monde fait des économies, oui, parce que nous sommes dans une conjoncture budgétaire économique difficile. Il faut le faire dans le respect des priorités de notre pays. La priorité de la sécurité, elle est connue, elle est claire. Il y a un certain nombre d'exigences ; je pense en particulier aux engagements que nous avons pris pour la Défense. Il y a dans ce domaine une continuité qui doit être établie. Chacun doit évidemment porter sa part, dans le respect des engagements et des priorités qui sont posés par le président de la République et le Premier ministre."

Source http://www,interieur,gouv,fr, le 22 avril 2004)

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