Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Libération" du 16 avril 2004, sur la remise en cause de l'accord convention de l'Unédic de décembre 2002 sur l'indemnisation du chômage de longue durée et le syndicalisme de réforme de la CFDT. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Libération" du 16 avril 2004, sur la remise en cause de l'accord convention de l'Unédic de décembre 2002 sur l'indemnisation du chômage de longue durée et le syndicalisme de réforme de la CFDT.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : La décision du tribunal remet en cause l'accord de décembre 2002 que vous avez signé. Que va faire la CFDT ?
Nous sommes dans un Etat de droit, et les décisions de justice doivent s'appliquer. Il y a un appel et d'autres jugements sont attendus. Avec la CFTC et la CFE-CGC, qui ont, comme nous, signé la convention Unedic du 1er janvier 2001, nous avons demandé la réunion du bureau de l'Unedic pour examiner deux choses : la situation nouvelle créée pour les chômeurs concernés et les conséquences financières pour le régime d'assurance chômage. Nous avons de sérieuses craintes pour sa pérennité. Il ne faut pas se cacher qu'il y a un risque réel que l'Unedic ait des difficultés de paiement si l'accord de décembre 2002 est remis en cause. Si c'était le cas, ce serait une catastrophe.

L'Unedic pourrait-elle être incapable d'indemniser les chômeurs ?
Si la décision du tribunal de Marseille était confortée par d'autres jugements et confirmée en appel, le déficit du régime d'assurance chômage se creuserait de plus de 2 milliards d'euros supplémentaires. Or il sera supérieur à 7 milliards d'euros à la fin de l'année. La seule chose que nous pourrions faire, c'est d'essayer de négocier une nouvelle convention avec le patronat. Inutile de préciser que cela se déroulerait dans un rapport de force défavorable aux organisations syndicales, et donc aux chômeurs.

S'il faut renégocier la convention, quelles solutions envisagez-vous ?
Il n'y a pas de miracle : soit trouver de nouvelles recettes - donc augmenter les cotisations salariales et patronales -, soit réduire le niveau d'indemnisation des chômeurs. Le Medef souhaite rétablir la dégressivité. A la CFDT, nous nous y opposons. Nous privilégierions donc le niveau de cotisation, ce que refuse le Medef. Autant dire qu'un accord risque d'être aléatoire. De ce point de vue, on peut se demander, en cas de confirmation du jugement, si l'un des grands vainqueurs ne serait pas le Medef. Il pourrait ainsi relancer le débat sur la dégressivité, à laquelle la convention de janvier 2001 avait mis fin.

Vous pourriez aussi mettre l'Etat devant ses responsabilités ?
Si l'Unedic ne peut plus payer et que l'on ne parvient pas à un accord avec le Medef, c'est évidemment l'Etat qui décidera à la place des partenaires sociaux. Mais chaque fois que l'Etat s'occupe d'indemniser le chômage, les droits sont revus à la baisse. En Grande-Bretagne, la durée d'indemnisation est de six mois, de douze mois en Allemagne. En France, elle peut aller jusqu'à quarante-deux mois. Et il faut savoir que l'Unedic verse aux chômeurs dix fois plus que l'Etat.

Rétrospectivement, ne regrettez-vous pas d'avoir conclu l'accord de décembre 2002 qui recalculait à la baisse les droits des chômeurs de longue durée ?
Le regret que nous pouvons avoir, c'est de ne pas avoir replacé la question du chômage de longue durée dans le cadre plus général de la solidarité et des responsabilités de chacun, Etat et partenaires sociaux. En 1984, le montant de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) était égal à celui de l'allocation minimale Unedic. Depuis, il a baissé de 30 %. Le gouvernement Raffarin a même voulu remettre en cause l'ASS. L'Etat s'est désengagé depuis vingt ans, en faisant porter l'effort de solidarité - comme d'ailleurs la politique culturelle avec les intermittents - sur les seuls salariés du privé. La première chose que nous lui demandons, c'est d'assumer à nouveau ses responsabilités en commençant par relever le niveau de l'ASS.

Vous pouvez comprendre que des chômeurs à qui l'on avait promis 57 % de leur ancien salaire pendant trente mois et qui se retrouvent au bout de vingt-trois mois avec une ASS de 420 euros se sentent floués...
Il n'est pas question de reprocher quoi que ce soit aux gens qui ont engagé ces recours quand ils ont vu la durée de leur indemnisation réduite. Mais on peut s'interroger sur la démarche des organisations syndicales qui crient victoire. Elles servent les intérêts de qui ? des chômeurs ? ou du patronat ? On se pose d'autant plus la question qu'une de ces organisations n'a pas signé un seul accord sur l'indemnisation du chômage depuis trente ans.

Vous visez la CGT. Le fossé avec elle n'est-il pas en train de se creuser irrémédiablement ?
Avec la CGT, il est grand temps que nous ayons une explication sérieuse. Si elle souhaite vraiment lutter contre l'ultralibéralisme, ce n'est pas en faisant peser une menace sur l'assurance chômage qu'on va le faire. Si le jugement du tribunal de Marseille est confirmé, ce n'est pas le patronat qui sera pénalisé, mais l'ensemble des chômeurs, qui risquent d'en subir les effets gravissimes.

En attendant, la CFDT subit un revers, et le syndicalisme de contestation se trouve conforté...
Tous les syndicats doivent s'interroger sur les systèmes de gestion paritaire. Quand on s'engage, on doit assumer les décisions. Ce n'est pas la première fois qu'un recours judiciaire remet en cause un accord : cela s'est déjà produit pour les retraites complémentaires à propos des avantages familiaux. Pour la réforme de l'assurance maladie, il va falloir que l'on fasse très attention. Et la CFDT ne s'engagera que si l'on met clairement à plat les responsabilités de chacun : Etat et partenaires sociaux.

(Source http://www.cfdt.fr, le 16 avril 2004)

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