Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Parisien" du 25 avril 2004, sur la situation politique après le résultat des élections régionales, la dette, l'expulsion d'un imam, le problème de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et les relations entre l'UDF et l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Parisien" du 25 avril 2004, sur la situation politique après le résultat des élections régionales, la dette, l'expulsion d'un imam, le problème de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et les relations entre l'UDF et l'UMP.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président

ti : Question.- Comment jugez-vous le gouvernement Raffarin 3, un mois après sa naissance ?
F. BAYROU.- J'étais inquiet, je le suis davantage. Je pensais qu'il fallait tenir compte du message extrêmement sévère adressé aux gouvernants par les Français lors des régionales et donc changer d'équipe. Cela n'a pas été le choix du président de la République.
Mais je n'ai pas voulu en rajouter. C'est la réalité qui va juger. Les tensions et mésententes entre ministres, le trouble profond au sein du parti gouvernemental ne font, en tout cas, que me renforcer dans mon sentiment. Nous vivons une crise profonde, démocratique, politique, morale, et faute d'en avoir pris la mesure, pour l'instant, on continue de s'y enfoncer.

Question.- Laurent Fabius a qualifié Raffarin de " Premier ministre en intérim ". Diriez-vous la même chose ?
F. BAYROU.- Je ne veux pas porter de jugement négatif sur Jean-Pierre Raffarin. Je crois que c'est un homme de bonne foi. Mais il est prisonnier de choix qui ne sont pas les siens. D'avoir voulu ignorer le message du pays alourdit terriblement le climat et paralyse le gouvernement.

Question.- Que vous inspire la démission de son conseiller Dominique Ambiel, mis en cause dans une affaire de moeurs ?
F. BAYROU.- Avant éclaircissement, aucun commentaire...

Question.- Nicolas Sarkozy a-t-il raison de demander un milliard d'économies sur le budget de la Défense ?
F. BAYROU.- Les déficits et la dette sont une honte pour nos générations. Il faut donc de la volonté pour les combattre. Quant au budget de la Défense en tant que tel, si nous avions une armée européenne, nous dépenserions beaucoup moins pour beaucoup mieux. Tant qu'on se situera dans le cadre national, on s'épuisera à avoir un instrument militaire faible en dépensant beaucoup d'argent. Les budgets militaires des pays européens additionnés atteignent 75 % du budget américain, mais en terme de capacité, nous n'obtenons que 10 % de la capacité américaine ! L'UDF plaidera pendant la campagne des européennes pour une armée européenne.

Question.- Est-ce un nouvel épisode de la guerre Chirac-Sarkozy ?
F. BAYROU.- Je n'en sais rien et je m'en fiche. Par rapport à la crise que nous vivons, les conflits de personnes sont de la roupie de sansonnet.
François Fillon a relancé le débat sur la laïcité avec sa circulaire d'application de la loi interdisant les signes religieux à l'école...
A l'Assemblée, j'avais expliqué que je ne voterais pas ce texte, parce que cela ne changerait rien, et qu'il existerait après le vote les mêmes problèmes d'interprétation et les mêmes contentieux. On en a aujourd'hui l'éclatante démonstration.

Question.- L'expulsion de l'imam de Vénissieux, après les propos qu'il a tenus, vous a-t-elle satisfait ?
F. BAYROU.- C'est la responsabilité du gouvernement, lorsqu'il se trouve devant des comportements qui troublent ou menacent l'ordre public, de les faire cesser. Je le soutiendrai donc toujours sur ce point, dans la limite des décisions de justice, et donc des droits de la défense.

Question.- Que proposez-vous pour régler le problème des intermittents ?
F. BAYROU.- Il faut faire porter la rigueur sur les grosses fraudes avant de cibler les plus fragiles. Pour moi, la réforme commence par la justice. Or le statut des intermittents sert aux grosses unités de production ou de diffusion à payer des personnels ou des services qui ne devraient pas dépendre de ce statut. Voilà les détournements qu'il faut stopper en premier.

Question.- Jacques Chirac peut-il éviter d'organiser un référendum sur la Constitution européenne après le choix de Tony Blair ?
F. BAYROU.- Les gouvernants français ne veulent pas de ce référendum. Mais ils seront obligés d'y venir. En tout cas, pour l'UDF, c'est un principe. Quand on prend une décision aussi importante pour l'avenir des Français que la Constitution de l'Europe dans laquelle ils vont vivre, on ne peut pas le faire sans saisir le peuple. A fortiori quand d'autres pays, qui n'ont pas l'habitude d'un tel recours, le décident.

Question.- Après le non de l'UMP à l'entrée de la Turquie en Europe, Chirac, qui, lui, y est favorable, doit-il s'expliquer ?
F. BAYROU.- Il y a un double double jeu. L'UMP, parti gouvernemental, fait semblant de dire non alors que le gouvernement dit oui. C'est une manière de prendre les citoyens pour des gogos. Deuxième double jeu : ce sont les dirigeants français, Jacques Chirac et Lionel Jospin, qui ont pris la responsabilité, sans concertation, de donner à la Turquie le statut de candidat à l'Union avec promesse formelle d'y entrer. Si les mêmes disent aujourd'hui non, alors on a roulé le peuple et les dirigeants turcs. L'UDF, elle, n'a pas eu de double langage : elle a toujours pensé et dit que la Turquie n'était pas européenne et que l'entrée de ce pays changeait la nature de l'Europe.

Question.- Où en sont les rapports entre l'UDF et l'UMP ?
F. BAYROU.- Nous ne sommes pas devant des affaires d'appareil. La seule question pour moi est celle de la crise politique et morale que traverse notre pays. Tant que l'on ne fera pas le diagnostic exact de l'épuisement de nos institutions, des changements profonds qu'ils imposent, de l'absence de légitimité du gouvernement d'un parti qui se veut unique, on ne traitera pas du vrai sujet. Mais j'accepte évidemment tout dialogue à condition qu'il traite de l'essentiel.

(Source http://www.udf.org, le 27 avril 2004)

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