Interview de M. Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste, à "RTL" le 7 mai 2004, sur la réforme du système de santé, sur la décision gouvernementale de rapatrier et taxer les capitaux illégalement transférés, sur la situation des intermittents du spectacle et sur la politique de sécurité routière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste, à "RTL" le 7 mai 2004, sur la réforme du système de santé, sur la décision gouvernementale de rapatrier et taxer les capitaux illégalement transférés, sur la situation des intermittents du spectacle et sur la politique de sécurité routière.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît.

FRANCE. PS, porte-parole

ti : Q- J.-M. AphatieBonjour Julien Dray. En évoquant la réforme de la Sécurité sociale hier soir sur France 2, J.-P. Raffarin a expliqué qu'il souhaite responsabiliser le patient. "Il faut lui faire prendre conscience de l'acte médical, avec une contribution très modeste", a dit le Premier ministre, "pas plus d'une pièce". C'est une responsabilisation que vous approuvez, J. Dray ?

R - " On est d'accord pour responsabiliser les patients, mais la question qui est posée n'est pas celle-là. Et c'est comme toujours avec ce gouvernement, c'est-à-dire on commence par culpabiliser les Français pour, après, mettre en place des remèdes de cheval, c'est-à-dire leur faire payer cette réforme. Il y a des problèmes fondamentaux dans notre système de santé, qui n'ont pas été abordés par le Premier ministre hier soir. D'abord une clarification du financement. Parce que la question qui est posée aujourd'hui dans le déficit, c'est d'abord que la Sécurité sociale paye la politique économique du Gouvernement : baisse des charges sociales, baisse de l'activité économique. Donc, il y a d'abord une clarification du financement. C'est-à-dire qu'il y a aujourd'hui nécessité de voir quels sont les problèmes qui pèsent sur la Sécurité sociale française et, pour partie, ces problèmes sont liés à la politique économique suivie par ce Gouvernement et la baisse de l'activité économique ces dernières années. Je rappelle simplement que quand la gauche était au pouvoir, les déficits n'étaient pas les mêmes. Pourquoi ? Parce qu'il y avait du plein emploi, ou en tous les cas qu'on était dans une logique de retour à l'emploi. Deuxièmement, il y a des problèmes de médecine ambulatoire. C'est-à-dire qu'il y a un vagabondage médical qui existe, et qui crée une surconsommation. Et là-dessus, on n'entend rien. C'est-à-dire qu'il n'y a plus de maîtrise des dépenses de santé, comme nous l'avions engagée. "

Q- Mais le dossier médical évoqué par le Premier ministre...

R - " Oui, mais ce n'est pas le problème du dossier médical aujourd'hui. C'est le problème de la maîtrise des dépenses, c'est-à-dire de la responsabilisation des médecins. Et c'est l'inverse qui a été fait par ce Gouvernement lorsqu'il est arrivé, c'est-à-dire qu'il a lâché les honoraires, sans demander des contreparties. Troisièmement, il y a une réforme de l'hôpital. La question de la fin de vie, la question du redéploiement de la carte sanitaire, tout ça, ce sont de vraies réformes pour avoir un système de santé qui reste performant. Ce n'est pas ce qui est fait. Donc on a un euro par-ci, une photo par là, mais on n'a pas de vraie réforme de notre système de santé, donc c'est une gestion, comme on le voit, c'est la gestion à la petite semaine. Des petits trucs de communication, pour éviter d'avoir à affronter les vrais problèmes. Pourquoi ? Parce qu'on ne veut pas remettre en cause les choix économiques qui ont été faits au départ, c'est-à-dire ces fameuses baisses de charges sociales, ou baisses d'impôts. "

Q- Et un jour, on aura bien sûr les propositions du parti socialiste.

R - " J'ai commencé à vous en donner là... en vous donnant des directions... "

Q-... Un constat des manques du Premier ministre ? Ce sont des directions pour vous ?

R - " Exactement. Le constat amène effectivement pour nous à formaliser un certain nombre de propositions. Je vous ai dit : clarification des modes de financement, réforme de l'hôpital, réforme de la carte de santé, rôle accru dans la maîtrise des dépenses de santé. C'est toute une série de directions qui vont vous être proposées... "

Q- Quand ?

R - " Mardi prochain, le bureau national va mettre en place, je dirais un squelette de cette réforme ; et puis dans les semaines à venir, nous proposerons. Mais pourquoi on attend ? Parce que souvent on nous dit : mais vous n'avez pas de solutions. Pour une simple raison, je sais comment ça se passe avec ce Gouvernement. C'est que, si nous nous proposons, on va discuter d'abord de nos propositions, et pas de leurs propositions. Et ce sera une polémique avec le Parti socialiste ! C'est ceux qui gouvernent qui doivent faire des propositions, mais il y aura une contre-proposition du Parti socialiste dans les semaines à venir. "

Q- J.-P. Raffarin veut créer un fonds de cohésion sociale alimenté par une taxe sur les capitaux illégalement transférés, qui seraient rapatriés. Bonne ou mauvaise
idée ?

R - " Ecoutez, franchement ! D'abord, la vérité c'est qu'on prépare une amnistie fiscale. C'est ça que ça voulait dire. "

Q- Mais l'argent est parti. Autant le faire revenir hein !

R - " Oui, eh bien voilà... alors donc, allons-y, truandons. Et puis de toute manière on sera gracié. "

Q- Avec une taxe pour financer la cohésion sociale...

R - " Et ça m'étonne de votre part, J.-M. Aphatie, parce qu'à chaque fois que je viens ici vous êtes celui qui êtes le plus rigoureux sur le plan de la morale... "

Q- Ah, c'est gentil ça, tiens !...

R - " Et donc je constate ce matin que finalement, vous pensez tous ceux qui truandent avec les capitaux, qui ont le droit d'aller jouer avec les paradis fiscaux, on va les amnistier. 10 %. "

Q- 15 %...

R - " Ou 15 %... ce sera beaucoup moins que les impôts qu'ils auraient eu à payer s'ils étaient restés dans le pays... "

Q- Donc c'est pas une bonne idée...

R - " Non, ce n'est pas une bonne idée parce qu'à partir du moment où on met en place des systèmes d'amnisties fiscales, récurrents, c'est-à-dire tous les cinq ou dix ans, ça veut dire que pour les gens, on peut aller à l'étranger, parce qu'on sait qu'à un moment donné ou à un autre, on pourra revenir, et on paiera moins. Cela n'est pas acceptable ! Si les capitaux reviennent, il faut qu'ils payent au montant de ce qu'ils auraient dû payer à la Nation et pas avec un arrangement financier ! Par ailleurs vous savez, les fonds de cohésion sociaux mis en place, moi je commence à avoir l'habitude parce que, je prends par exemple Monsieur Borloo, il nous a mis en place une Agence de rénovation urbaine, on nous annonçait une révolution dans la politique de la Ville. Il n'y a pas un sou derrière ! voilà. "

Q- "Nous ne sommes pas dans une démocratie de chantage", a dit J.-P. Raffarin à propos des intermittents. Il ne souhaite pas que les festivals soient pris en otage.

R - " Mais la meilleure manière que les festivals ne soient pas pris en otage, c'est de répondre aux questions qui sont posées par les intermittents du spectacle ! C'est pas d'essayer d'avoir des réponses dilatoires, comme nous les avons depuis quelques jours ! C'est-à-dire qu'on est en train d'essayer de mettre en place un sous-statut d'intermittent. Il y aurait ceux qui sont dans le spectacle, qui ne sont pas vraiment dans le spectacle ; on n'a pas résolu les problèmes sociaux qui sont posés : le problème des femmes enceintes, le problème de baisses d'activité et on n'est pas revenu sur la question des heures. "

Q- Vous souhaitez qu'on annule carrément la réforme qui a été prise par les partenaires sociaux ?

R - " Nous l'avons dit depuis déjà des semaines et des semaines. Par ailleurs, il y a une contre-réforme sur la table qui a été proposée par les intermittents du spectacle. "

Q- Mais qui coûte très cher.

R - " Qui coûte très cher ? qui est discutable en tous les cas, on en n'a pas discuté. La mise en place d'un fonds de garanties par des contributions nouvelles, tout ça n'a pas été sérieusement discuté. "

Q- Vous êtes plutôt du côté des intermittents...

R - " Oui. On n'est pas "plutôt" du côté, on est du côté de ceux qui considèrent que cette réforme est injuste, et qu'elle pénalise, en matière de travail culturel, ceux qui sont les plus fragiles et les plus faibles. Parce que je remarque que dans cette réforme, à aucun moment on ne s'est attaqué aux grandes sociétés audiovisuelles, qui bénéficient de ce statut des intermittents ! "

Q- Est-ce que vous ne donnez pas un peu de corps à la critique de J.-P. Raffarin : "Le parti socialiste est davantage aujourd'hui une coordination des ambitieux et des mécontents plutôt qu'un parti de gouvernement".

R - " Pour ce qui est des ambitieux, franchement, il vaudrait mieux qu'il balaie devant sa porte. J'ai l'impression ... "

Q- Il y en a un peu chez vous aussi ...

R - " J'ai l'impression qu'il y en a quelques-uns aussi chez lui ! si vous voyez où se dirige mon regard... "

Q- Coordination des mécontents ?

R - " Alors sur la coordination des mécontents, mais tout à fait... tout à fait, oui, j'assume. Pour une simple raison : c'est qu'on a toutes les raisons d'être mécontent contre la politique de ce gouvernement ! Il y a des millions de Français qui l'ont dit, et, au passage, je note qu'heureusement que les Français ont voté. Cela a été utile, parce que ça a permis tout d'un coup au Premier ministre de se rendre compte que ses réformes n'étaient pas humaines. Heureusement qu'il y a eu le 28 mars ! parce que, où en serions-nous aujourd'hui. Ce qui me laisse à penser que, pour les Européennes, il faut confirmer l'essai ! "

Q- Petit dépassement, petite amende ; gros dépassement, grosse amende. J.-P. Raffarin veut assouplir un peu la politique de sécurité routière.

R - " Je dirais que, même là, il n'y a pas de continuité en la matière. Puisque l'idée, c'était justement que c'était la peur du gendarme qui était le début de la sagesse, si j'ai bien compris la politique en matière de sécurité routière. Et à partir du moment où on va assouplir le dispositif, quelque part, ça veut dire que là aussi on commence à reculer. "

Q- Mais on a raison ou pas d'assouplir le dispositif ?

R - " Ecoutez, je ne suis pas convaincu que le dispositif tel qu'il était ne donnait pas lieu parfois à des erreurs. Parce que c'est vrai qu'à deux kilomètres, se retrouver avec 105 euros ou avec une suppression de permis, ou une baisse de quatre points... c'était parfois injuste. Donc, toute politique doit être adaptée. Bon, mais ce n'est pas l'essentiel. "

Q- "Nous sommes poignardés dans le dos" d'ailleurs a dit à ce propos, sur l'antenne d'RTL, G. Jurgensen". Vous voyez, les responsables politiques, et ceux qui vivent la sécurité routière au quotidien n'ont pas la même appréciation des choses.

R - " Oui c'est vrai, je pense qu'il fallait plutôt donner des consignes aux policiers. Plutôt que de revenir sur le système d'avant, il fallait plutôt donner des consignes aux policiers d'avoir une gestion humaine, d'ailleurs ça les aurait mieux responsabilisés. "

Q- Bon, au total, vous n'avez pas aimé J.-P. Raffarin, hein.

R- " Non, mais j'entendais tout à l'heure A. Duhamel nous dire que sur la forme, il y avait un effort. Incontestablement, le Premier ministre a essayé d'être dynamique, volontaire, un peu velléitaire. Mais je me disais en même temps, vous savez cette formule : "l'erreur est humaine, persévérer est diabolique".

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 mai 2004)


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