Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur la sécurité routière, Paris le 6 mai 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur la sécurité routière, Paris le 6 mai 2004.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. UMP, membre du comité politique

Circonstances : 11èmes rencontres parlementaires sur la route et la sécurité routière à l'Assemblée nationale le 6 mai 2004

ti : Mes Chers Collègues,
Cher Hervé,
Mesdames, Messieurs,


Permettez-moi tout d'abord, et à mon tour, de vous souhaiter la bienvenue, ce matin, à l'Assemblée nationale et de vous dire le plaisir que j'ai à vous retrouver, à l'occasion de l'ouverture de la onzième édition des rencontres de la route et de la sécurité routière.

Le principe de cette rencontre annuelle est désormais bien établi. Je souhaite qu'elle puisse, à l'instar des précédentes, faire progresser la réflexion dans le domaine de la sécurité routière.

Merci, cher Hervé, de ton engagement pour cette grande cause qui nous rassemble aujourd'hui.

Je crois sincèrement que nous sommes à un tournant en matière de sécurité routière.

Près de deux ans se sont écoulés depuis que le Président de la République, au lendemain de sa réélection, a décidé de faire de la sécurité routière une des trois grandes priorités de son quinquennat.

En deux ans, l'action accomplie sous son impulsion et sous la conduite du Gouvernement a été considérable : dispositions législatives nouvelles, mobilisation sans précédent des forces de l'ordre, mise en place de nouvelles procédures comme le permis probatoire... Les résultats sont à la hauteur de ces efforts.

Depuis juillet 2002, le nombre de morts et de blessés sur les routes n'a cessé de diminuer et, comme le soulignait encore récemment le Chef de l'État, il y a eu deux fois moins de tués sur les routes en mars 2004 qu'en mars 2002. Plus significative encore est la tendance observée puisque l'on est passé d'une moyenne annuelle qui était de l'ordre de 7 500 à 7 600 morts en juin-juillet 2002 à une moyenne qui aujourd'hui oscille entre 4 800 et 4 500 morts. Et tout laisse penser que, si la tendance observée depuis le mois de novembre 2003 se confirme, le bilan de l'année 2004 pourrait se situer assez sensiblement au-dessous de la barre des 5 000 morts.

En deux ans, ce serait donc plus de 3 000 vies qui auront pu être sauvées et des dizaines de milliers de blessés épargnés.

De cela, nous ne pouvons que nous féliciter. Que valent en regard de ces chiffres les protestations de quelques chauffards brimés dans leur désir de vitesse, empêchés de persévérer dans leurs comportements irresponsables ? Pas grand chose. Et d'ailleurs, rares sont ceux qui osent publiquement s'exprimer en ce sens.

Ces résultats sont imputables à un changement d'attitude très notable des automobilistes sur nos routes : la vitesse moyenne observée a été réduite, nos concitoyens sont plus sensibles à la question de l'alcool au volant et bouclent plus systématiquement que par le passé leur ceinture, à l'avant comme à l'arrière des véhicules.

Mais, il ne faut pas se leurrer, ce changement d'attitude n'a rien de spontané et un récent sondage publié à la fin du mois d'avril le démontrait bien. La peur du gendarme, la multiplication des contrôles, aujourd'hui en grande partie automatisés, ont incité l'automobiliste à la prudence.

Pour autant, l'ont-ils convaincu de modifier systématiquement son attitude ? Je n'en suis pas certain et ce même sondage laissait entrevoir, qu'aujourd'hui comme hier, l'automobiliste est persuadé qu'il conduit bien et prudemment et qu'il peut donc interpréter comme il l'entend la réglementation.

C'est pour cela que nous devons nous garder de crier victoire car il nous faut maintenant agir dans deux directions.

D'abord, rendre cette baisse durable, faire en sorte que les comportements de nos concitoyens soient durablement et profondément modifiés, faire en sorte qu'ils intègrent spontanément le respect des règles du code de la route et que ce ne soient pas seulement la peur du gendarme, la peur de perdre des points ou la peur de payer des amendes désormais substantielles qui le convainquent d'agir de la sorte.

Il faut, dans le même temps, continuer notre effort pour que cette tendance à la baisse se poursuive et regarder dans quels domaines il est possible de faire encore des progrès.

Les infrastructures sont assurément un des éléments à prendre en compte mais il faut rester prudent. Et à cet égard, il faudra veiller à ce que la seconde étape de la décentralisation, avec le transfert aux départements de près de 20.000 km de routes nationales, n'ait aucun impact négatif sur la sécurité routière. Il ne faudrait pas que sur un itinéraire donné, chaque conseil général concerné aménage la route nationale selon des règles qui lui seraient propres ou que les choix et les priorités qu'il devra arrêter le conduisent à délaisser tel ou tel autre axe dont il avait précédemment la charge.

Il faut donc être, dans ce domaine, vigilant mais également rester prudent.

Il ne faut pas donner trop vite le sentiment que la route serait désormais une des causes principales de l'insécurité alors que l'insécurité ne résulte que de l'imprudence ou de l'inconscience de l'automobiliste et, qu'une fois aménagée, la route pourrait autoriser tous les excès.

Pour ma part, je reste convaincu que d'autres domaines doivent être explorés sans tabou, au risque de faire réagir tel ou tel groupe d'intérêt, qu'il s'agisse de la conception des véhicules ou du taux d'alcoolémie autorisé, mais ce ne sont pas les seuls domaines.

Mais il convient, dans ces domaines, de rester prudent et d'avancer progressivement car aucune étude sur l'acceptation par nos concitoyens des mesures arrêtées depuis deux ans n'a été véritablement entreprise et il ne faudrait pas que de nouvelles interdictions, par le rejet qu'elles pourraient entraîner, ne viennent remettre en cause le bénéfice des mesures prises jusqu'alors.

Je suis également convaincu qu'il faut accorder à la communication une place plus grande aujourd'hui.

Il faut expliquer ce que cette politique menée avec détermination a permis de réaliser depuis deux ans.

Il faut expliquer ce que la collectivité dans son ensemble a pu retirer du recul de l'insécurité routière. Il faut pouvoir décrire l'impact de ces résultats sur nos comptes sociaux, sur nos agrégats économiques.

Il faut tordre le cou à cette rumeur persistante qui voudrait que ces contrôles accrus ne résultent que de l'impécuniosité d'un État à la recherche de ressources nouvelles !

Il faut expliquer les mécanismes du fonds de répartition du produit des amendes de police et l'utilisation qui en est faite par les collectivités locales.

Il faut expliquer les avantages dont chaque usager de la route a pu bénéficier. Et, comme je l'écrivais récemment pour la plaquette de ce colloque, il faut, pour que la démarche soit crédible, que chaque automobiliste puisse mesurer, ne serait-ce qu'au niveau de sa prime d'assurance, ce que peut lui procurer une meilleure sécurité routière. Je ne verrai, pour ma part, que des avantages si, au-delà des baisses générales qui sont annoncées pour l'année prochaine et qui doivent être à la hauteur des résultats enregistrés, les assureurs procédaient à une personnalisation plus poussée des primes d'assurances.

Tels sont les quelques éléments de réflexion que je souhaitais vous livrer en introduction de cette journée que je vous souhaite studieuse et riche d'enseignements, en attendant de pouvoir disposer de vos conclusions que je lirai avec attention.


Je vous remercie.


(source http://www.assemblee-nationale.fr, le 10 mai 2004)

Rechercher