Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RMC le 12 mai 2004, sur le dossier des intermittents du spectacle, le mariage des homosexuels, la suppression d'un jour férié et le déficit de la sécurité sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RMC le 12 mai 2004, sur le dossier des intermittents du spectacle, le mariage des homosexuels, la suppression d'un jour férié et le déficit de la sécurité sociale.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale

ti : Q- J.-J. Bourdin-. Depuis combien de temps êtes-vous le président du groupe UMP ?

R - "Une semaine."

Q-Première question : est-ce que vous allez céder sur le dossier des intermittents ?

R - "Le président de la République avait précisé qu'il fallait trouver une solution pour les cas qui le méritait, il fallait sortir de ce conflit. Et je suis particulièrement heureux de voir que la volonté des uns et des autres, et encore récemment, celle des partenaires de l'Unedic, conduit vers une solution que l'on peut appeler une solution vers le haut."

Q-L'Unedic est d'accord pour considérer que le congé de maternité est assimilable à un temps de travail. La CFDT exige que cette mesure s'applique aussi à toutes les femmes enceintes qui sont en CDD ou en contrat d'intérim. D'accord ou pas ?

R - "Ne mélangeons pas tout. Là, nous sommes sur un problème qui est le problèmes difficiles des intermittents du spectacle, de leur régime d'indemnisation au chômage. Traitons les problèmes, les uns après les autres."

Q-Faut-il renégocier tout le dossier des intermittents, maintenant ?

R - "C'est l'affaire des partenaires sociaux..."

Q-Le Medef dit "non"...

R - "Ils ont décidé de discuter et j'espère que cette discussion permettra d'évoluer dans un sens très favorable pour que tout le monde sorte de ce douloureux dossier dans les meilleures conditions."

Q-Mais est-ce que le Gouvernement va faire pression sur le Medef pour que l'on reprenne tout l'affaire à zéro, que l'on renégocie ?

R - "Le président de la République, puis le Gouvernement sont intervenus très précisément pour tout faire pour qu'une solution soit trouvée."

Q-Donc, que l'on retravaille, que l'on renégocie ?

R - "Que l'on retravaille, c'est ce qui se passe."

Q-Que l'on renégocie ?

R - "Il faut être prudent dans les mots..."

Q-Vous êtes prudent avec le Medef là !

R - "Ce qu'il faut, encore, une fois, c'est que l'on progresse pour trouver des solutions. Vous avez vous même dit tout à l'heure qu'il y avait des solutions pour les intermittents qui étaient en congés de maternité, également ceux qui étaient en congés de maladie. Il faut aller plus loin et chercher des solutions."

Q-Sur le mariage des homosexuels. [Question d'une auditrice] : Je connais votre position personnelle, puisque j'ai travaillé avec vous. Par contre, je voulais connaître la position de l'UMP quant au mariage des homosexuels, et surtout, quant à l'adoption qui en découle.

R - "L'UMP n'a pas récemment débattu de cette question. Je note d'ailleurs que le PS l'a fait dans la précipitation et que ce matin, on entend des voix dissonantes chez les socialistes. Mais pour en revenir à l'essentiel, je ne pourrais donner qu'une position personnelle, partagée par un certain nombre de mes amis. Sur ces questions de société, il faut rester très ouvert. A titre personnel, s'agissant du mariage entre deux personnes de même sexe, je pose la question : à quoi bon remettre en cause l'institution du mariage, un de ces repères, malgré tout, qui a accompagné le développement de notre société, son équilibre, alors que précisément, il existe le Pacs qui a été institué pour apporter une réponse à deux personnes du même sexe qui veulent partager leur vie, mettre leurs biens en commun. Et donc, il y a déjà un dispositif légal. Par contre, sur la question de l'adoption, c'est une autre question qui pose des problèmes beaucoup plus graves encore, qui sont des problèmes qui me semblent devoir être résumés par la priorité qui doit constamment être donnée à l'enfant : l'intérêt de l'enfant, les conditions d'un épanouissement, d'un équilibre le meilleur possible. Et là, pour ma part, et à titre personnel, j'émets les plus grandes réserves."

Q-Vous avez entendu M. Rufo tout à l'heure qui, dit que les enfants ont du talent, qu'ils s'adaptent...

R - "Je respecte tous les points de vue, y compris celui de M. Rufo. Encore une fois, il s'exprimait à titre personnel, c'est sa position. Pour ce qui me concerne, j'ai eu l'occasion d'en parler avec beaucoup de psychologues, de spécialistes et de psychiatres et de pédiatres. Il est évident que les conditions les plus normales, les plus naturelles, d'épanouissement de l'enfant, c'est celle d'un couple où il y a un homme et une femme et où il peut y avoir une identification dans le jeu, dans la vie quotidienne, avec les parents. Maintenant, j'admets parfaitement qu'il y a malheureusement - et l'actualité judiciaire le confirme - des parents indignes et qui peuvent conduire à se poser un certain nombre de questions. Pour autant, restons tout à fait logiques et rationnels. J'ajoute ..."

Q-Donc, l'UMP est contre ?

R - "L'UMP n'a pas pris position. A l'UMP, nous ne prenons pas des positions dans la précipitation à la faveur de l'initiative de l'un d'entre nous, qui, comme D. Strauss-Kahn, décide de rentrer dans la campagne présidentielle par un coup politique. Parce que c'est de cela dont il s'agit."

Q-C'est un coup politique des socialistes, selon vous ?

R - "C'est un coup politique de D. Strauss-Kahn qui veut se positionner trois ans avant la prochaine campagne présidentielle."

Q- [Sur le même sujet, la question de Gilles, 35 ans, chef d'entreprise en Gironde.] Pourquoi interdire le mariage homosexuel, alors que le nombre de divorces en France progresse, et aussi celui où cela ne se passe pas très bien ? Permettre le mariage homosexuel, c'est aussi aller au bout de la lutte contre les discriminations...

R - "Qu'il faille sans cesse lutter contre les discriminations, bien sûr, tout le monde est absolument d'accord là-dessus. Mais encore une fois, n'y a-t-il pas des débats plus urgents actuellement en France, alors que nous sommes confrontés au problème du chômage, au problème de nos régimes sociaux. Il me semble qu'il y a des débats plus importants, d'autant plus, encore une fois, qu'il y a eu - je n'étais pas favorable à l'époque, mais maintenant, c'est la loi de la République - le dispositif du Pacs qui est là pour répondre à cette demande."

[2ème Partie interview]

Q-D'autres sujets - parce qu'il n'y a pas que le mariage des homosexuels. Tenez, la fameuse journée de solidarité. On avait beaucoup parlé du lundi de Pentecôte, en fait, le lundi de Pentecôte est un peu oublié. Hier, le texte créant cette journée de solidarité en faveur des personnes âgées et des personnes handicapées a été voté et adapté en première lecture à l'Assemblée. Pour le secteur privé, journée de travail non payée, soumise à des négociations collectives par branche ou par entreprise ?

R - "Oui, parce que comme les salariés sont mensualisés, c'est une journée de travail supplémentaire ; appelons un chat un chat."

Q-Et pas forcément le lundi de Pentecôte, s'il n'y a pas accord dans l'entreprise ?

R - "Voilà. Le principe qui prévaut, c'est autour d'une idée qui était partagée par tout le monde, puisque sur tous les bancs de l'Assemblée, en particulier, sur les bancs du PS, mais également à droite, de très nombreuses voix s'étaient exprimées afin de pouvoir répondre à la prise en charge de la dépendance des personnes âgées et des personnes handicapées, au principe de faire le don d'une journée de travail pour répondre à ce besoin. Au départ, il a été évoqué une journée fériée et rien qu'une journée fériée, mais la discussion, l'échange, le travail parlementaire ont conduit à assouplir considérablement le dispositif, qui fait que dans le secteur privé, ce sera une journée librement choisie entre les partenaires sociaux - qui peut être d'ailleurs, dans les entreprises à 35 heures une journée de RTT. Dans les administrations ou les collectivités, les décisions [sont] également convenues entre les responsables et les salariés. Et c'est seulement s'il n'y pas d'accord, qu'à ce moment-là, ce sera le lundi de Pentecôte qui sera choisi."

Le Premier ministre a fait marche-arrière après les régionales.

R - "Non. C'était un débat qui avait commencé déjà en commission à l'Assemblée nationale, dans le travail des députés. Il s'est poursuivi et c'est vrai qu'il a été amplifié après les élections et accéléré."

Q-Le grand débat sur l'assurance maladie : est-ce qu'il va y avoir une nouvelle hausse de prix du tabac au 1er juillet ?

R - "Je ne crois pas. J'ai entendu, au contraire, le Gouvernement, à l'exception d'une ou deux déclarations tout à fait isolées, dire que pour le tabac, des hausses considérables étaient intervenues, et c'est vrai, et que sur ce point, les choses resteraient telles qu'elles sont."

Q-Va-t-on augmenter la CSG pour les retraités imposables ?

R - "Vous me permettrez de répondre en deux temps à cette question. La première réponse est de dire que s'il n'y a pas une réforme importante de l'assurance-maladie, c'est l'assurance-maladie qui est compromise, c'est-à-dire que nos remboursements. Et cela, c'est le vrai problème."

Q-Mais tout le monde est d'accord sur le constat.

R - "C'est seulement après que cette réforme ait pu être convenue avec les partenaires sociaux, votée au Parlement, que la question des recettes, c'est-à-dire, des prélèvements ; et parmi les prélèvements, il y a plusieurs hypothèses, vous le savez, et notamment une qui est celle de la hausse de la CSG. Nous nous refusons à répondre à cette question avant que la réforme maîtrisant le dérapage des dépenses ne soit d'abord précisée et ensuite adoptée."

Q-Mais est-ce que c'est une bonne piste à suivre ?

R - "C'est une des pistes, il ne faut pas aller trop vite. Tout à heure, je déplorais la rapidité des déclarations et des prises de positions sur le mariage homosexuel. Là, il s'agit d'une question extrêmement importante. Il faut réfléchir, trouver la meilleure solution dans le dialogue dans l'échange. Et là, l'équité s'impose, parce qu'il faut que la société participe également, chacun d'entre nous, à cet effort."

Q-Ceci dit, vous n'allez peut-être pas parler des recettes concernant l'assurance-maladie avant les européennes, parce que c'est risqué politiquement.

R- "Si vous le conseillez aux partis politiques, vous pensez que c'est important, mais ce n'est pas de la langue de bois de dire qu'il est extrêmement important, parce que le manque de courage, serait de ne pas réformer et d'augmenter les cotisations. Cela, c'est facile, c'est simple. Il y a évidemment une protestation, mais il faudra recommencer tous les ans. Cela, ce n'est ce que le Gouvernement de J.-P. Raffarin a décidé de faire. Il souhaite au contraire apporter une réforme durable et efficace, maîtrisant la dérive des comptes de l'assurance maladie, parce que cette dérive menace nos remboursements."

[...]

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 mai 2004)

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