Déclaration de Mme Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et à l'égalité professionnelle, sur l'anniversaire du droit de vote des femmes, Paris le 21 avril 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et à l'égalité professionnelle, sur l'anniversaire du droit de vote des femmes, Paris le 21 avril 2004.

Personnalité, fonction : AMELINE Nicole.

FRANCE. Ministre de la parité et de l'égalité professionnelle

Circonstances : Commémoration du soixantenaire du droit de vote des femmes à Paris le 21 avril 2004

ti : 60 ans. Une histoire récente au regard des siècles qui ont façonné le monde.

Une période déterminante dans l'histoire de l'humanité et dans l'évolution d'une République inachevée, fondée jusqu'en 1944 sur un suffrage dit universel mais réservé aux hommes.

Citoyennes, nous l'étions cependant. Dans l'âme et dans l'action, d'Olympe de Gouges, des salons de Madame Rolland à la modernité insolente de Georges Sand, de l'intelligence d'Irène Joliot-Curie à l'engagement de Louise Weiss. Et que dire de ces héroïnes ordinaires qui, sans en avoir jamais la reconnaissance, ont remplacé les hommes engagés dans la grande guerre et démontré partout, qu'elles en étaient capables ?

" Un jour, la porte s'ouvre et laisse entrer l'avenir ".
Citons Nerval pour cette formidable éclaircie de 1944 qui a changé le monde.

Certes, nous n'étions pas les premières. Avant nous les pionnières du Wyoming, dès 1869, et en Europe, la Scandinavie avait aussi, dès 1906, en Finlande, apporté ce premier éclairage de la modernité.

Citoyennes, nous le fûmes donc en titre. De ce premier pas, s'est forgée la véritable aventure des femmes du 20ème siècle.

Droits sociaux, autorité parentale, indépendance économique, maîtrise de la descendance¿ la modernité est en marche et plus encore, la démocratie.

Grâce aux associations qui ont su transgresser tous les stéréotypes, les schémas de pensée, les résistances et les blocages et faire avancer le monde. C'est à elles que s'adresse cette manifestation d'aujourd'hui car elles sont et restent cette avant-garde vigilante et active sur laquelle je m'appuie quotidiennement et sur laquelle se fonde l'avenir.

Pour autant, voter, pour être un acte fondamental, n'exprimait pas la citoyenneté, l'égalité républicaine, dès lors que les femmes ne participaient pas à la prise de décision. Ce constat, au risque de créer une exception française, dans son acception négative, a conduit à la deuxième grande étape, la loi sur la parité.

La démocratie ne peut s'exercer pleinement si les femmes, la moitié de l'humanité, en restent exclues.

Dès 1998, j'avais personnellement déposé les propositions de loi à cet effet.

Cette loi votée, porte ses effets. Incomplète certes, mais perfectible et surtout apte à faire évoluer les consciences et les cultures. La loi est dans son rôle lorsqu'elle favorise la modernisation de la société et qu'elle fait progresser la démocratie. Dès à présent s'est constituée une génération de femmes élues qui sont désormais engagées dans la vie publique dont elles vont faire, à coup sûr, évoluer l'image, autant que le fond et les méthodes.

Le Parlement demeure le lieu le plus exposé à la critique, étant aussi le c¿ur de la démocratie.

La loi existe. Les partis politiques n'ont pas pris à cet égard toutes leurs responsabilités. Il est essentiel que des initiatives fortes et exemplaires soient prises pour corriger les effets d'un système qui a trop tendance à se reproduire sur lui-même.

La France peut-elle accepter de ne pas occuper sur ce terrain une première ligne en Europe, alors qu'elle peut se prévaloir de progrès significatifs dans bien d'autres domaines, notamment dans celui de l'égalité professionnelle où j'aurai l'occasion, d'ici quelques jours, de présenter cette marque distinctive de l'égalité sous la forme d'un label qui sera une première européenne ?

L'avancée politique doit être fortement soutenue et le réflexe parité doit systématiquement accompagner la décision politique. Je pense aux désignations des députés et suppléants, à la composition des exécutifs régionaux, même si, de ce point de vue, les résultats malheureusement ne sont pas probants, à la composition des collèges électoraux.

Il y a une troisième étape, celle de la citoyenneté à parts égales, à part entière. Ce contenu nécessaire à l'expression d'une véritable citoyenneté, à l'égalité républicaine.

Tenir la promesse de l'égalité, c'est réussir l'égalité au quotidien, faire en sorte que chacun et surtout chacune se reconnaissent dans les valeurs de la république et n'aillent pas chercher ailleurs l'identité qu'elles doivent y trouver.
Tenir la promesse de l'égalité, c'est réussir l'égalité des droits et des chances, et s'enrichir de la différence vécue non pas comme un facteur d'exclusion mais bien comme un facteur d'enrichissement.

" Chaque génération est un peuple nouveau " disait Tocqueville. La France moderne est forte de tous ses talents et de sa diversité dans l'unité de la Nation. C'est le défi de notre temps : l'égalité républicaine qui se construit sur une dynamique nouvelle hommes/femmes, et au delà sur la diversité des compétences et des talents.

L'égalité est une chance pour notre République, elle fonde le nouvel élan démocratique dont la France a besoin et trouve sa résonance dans le mouvement des consciences qui de Kaboul à Rabat, légitime l'équation nouvelle :

modernité = parité.

Ce défi est bien le nôtre. L'affirmation de ce ministère, comme ministère de plein exercice, est un signal très fort voulu par le Président de la République et le Premier Ministre à l'égard de la société toute entière.

C'est assez dire le poids et le sens de la mission qui est la mienne et que nous partageons pour que l'égalité s'affirme, non plus seulement comme un droit consacré, mais comme une réalité quotidienne, pour des millions de femmes.

C'est dire non à la violence, c'est ne rien accepter qui porte atteinte à la dignité, à l'intégrité, à la liberté des femmes. C'est condamner les violences conjugales, c'est condamner l'imam de Vénissieux pour ses incitations directes à la violence contre les femmes, c'est condamner toute discrimination en raison du sexe ou de l'orientation sexuelle.

C'est favoriser dès le plus jeune âge une culture fondée sur le respect de l'autre et l'affirmation de soi, ouverte au partage et à l'équilibre dans l'exercice des responsabilités.

C'est s'ouvrir à la différence, et décloisonner une société encore trop rigidifiée.

Ce décloisonnement s'impose et l'égalité s'affirme au point de rencontre des trois exigences gouvernementales que sont l'espoir de justice, la cohésion sociale, la dynamique de l'emploi et de la croissance.

La France doit s'affirmer en Europe comme une source de modernité et pour cela, comme le prônait Victor Hugo, ne soyons pas étrangers à notre propre siècle.

(Source http://www.social.gouv.fr, le 29 avril 2004)

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