Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "BFM" le 19 mai 2004, sur la sécurité routière, sur la possibilité d'envisager un régulateur de vitesse sur l'ensemble des voitures européennes, sur la hausse du prix du pétrole et ses conséquences, sur le financement de la ligne de fret ferroviaire entre Lyon et Turin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "BFM" le 19 mai 2004, sur la sécurité routière, sur la possibilité d'envisager un régulateur de vitesse sur l'ensemble des voitures européennes, sur la hausse du prix du pétrole et ses conséquences, sur le financement de la ligne de fret ferroviaire entre Lyon et Turin.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, LECASBLE Valérie.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer

ti : V. Lecasble - Bonjour, G. de Robien.

R - "Bonjour, V. Lecasble"

Q - Alors, bonne nouvelle hier : 5.700 morts sur les routes, c'est beaucoup encore, mais c'est quand même 20 % de moins que l'année précédente. Alors, c'est encore trop, bien sûr, G. de Robien, et il paraît, eh bien que vous voulez aller plus loin ; il paraît que vous auriez proposé à vos collègues européens de brider les voitures dans toute l'Europe. Cela veut dire qu'elles seraient toutes limitées à 130 km/h, on ne pourrait pas dépasser les 130 km/h.

R - "J'ai surtout écrit à la Commission européenne, madame de Palacio, pour lui proposer qu'on envisage très vite, entre tous les ministres des Transports, que tous les véhicules, obligatoirement, en Europe, construits en Europe, soient munis d'un limiteur régulateur de vitesse."

Q - Alors c'est quoi, ça ?

R - "Alors, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que c'est un petit appareil, vous réglez votre vitesse, par exemple sur 110 si vous êtes sur une route à deux fois deux voies avec un terre-plein central, ou à 130 si vous êtes sur une autoroute, et à ce moment-là, vous ne pouvez pas dépasser les 130, sauf à faire un effort particulier sur la pédale d'accélérateur, sauf à supporter une petite musique ou une petite sonnerie qui montre que vous êtes au-dessus des vitesses autorisées. Donc c'est vraiment quelque chose qui rend raisonnable ou qui évite que l'on soit distrait et qu'on dépasse les vitesses."

Q - Alors, par contre, la rumeur disant que vous souhaiteriez que les voitures ne puissent pas dépasser les 130 km/h, elle est fausse celle-là ?

R - "Oui, elle est fausse. J'ai simplement dit que si, un jour, les voitures étaient bridées, cela ne pouvait être qu'une mesure européenne. Parce qu'on ne peut pas imaginer, par exemple, les deux grandes marques françaises brider leurs voitures sur le sol français, et puis laisser venir de toute l'Europe des voitures de toutes marques non bridées. Il y aurait une très grande injustice. Donc si on devait aller un jour sur ce plan-là, le bridage général, eh bien cela ne pourrait être qu'une mesure européenne."

Q - Vous en avez parlé à vos collègues européens de ça, aussi, ou pas ?

R - "J'ai déjà envisagé, avec mes collègues européens, de mettre ça en discussion pour savoir ce qu'ils en pensaient. Mais, pour l'instant, ce n'est pas encore du tout à l'étude."

Q - Ce n'est pas à l'étude parce qu'il y a toutes les autres voitures ; les Japonais vont se frotter les mains si jamais on va vers ça.

R - "Evidemment que même les Japonais devraient, dans ce cas-là, si c'est obligatoire, mettre les limiteurs régulateurs de vitesse sur tous les véhicules. Et si, un jour, on devait aller vers un bridage général, tous les véhicules sur le sol européen, sur le continent européen, devraient avoir évidemment les mêmes mesures. On n'en est pas là."

Q - C'est quoi le calendrier ? Juste un limitateur, ce serait quand si cela venait en exécution ?

R - "Première réponse : les véhicules français ont presque sur toutes les gammes, moyenne, petite ou grosse, des limiteurs régulateurs de vitesse. Il faudrait que ce soit tous les véhicules européens ; c'est quand même une question de, peut-être, un an ou deux ans. Il faut une directive européenne, ce n'est pas facile à passer. Et donc cela pourrait intervenir en 2004 ou en 2005. Mais cela ne dépend pas de moi, cela dépend maintenant de 25 pays."

Q - Parce que ce serait obligatoire, c'est ça la grosse différence, pour toutes les voitures.

R - "Ce serait obligatoire sur tous les véhicules, et non plus en option en payant une somme supplémentaire."

Q - Alors, moins de morts sur les routes, c'est moins d'argent peut-être dépensé ; il y a cette fameuse polémique autour des tarifs de l'assurance automobile. Vous avez vu que votre collègue Devedjian veut faire baisser le prix du téléphone mobile et des SMS. Est-ce que vous, vous souhaitez que les assureurs suivent et qu'ils baissent leurs tarifs ? Parce que vous savez que ce n'est pas du tout le cas, pour l'instant.

R - "Je souhaite surtout que les conducteurs n'utilisent pas le téléphone mobile en conduisant. Et d'un. Deuxièmement, je souhaite que les assureurs prennent en compte la baisse importante des accidents. Quand on dit moins 20 % des accidents corporels, cela fait quand même des coûts en moins pour les assureurs, il faut qu'ils le traduisent en baisse des prix. Alors, ils nous disent que les produits financiers ne montent pas pour pouvoir compenser, etc. Tout ça, c'est très technique, mais je voudrais que les conducteurs soient récompensés pour leurs efforts. Une façon de les récompenser, c'est de baisser les primes d'assurance, ils le méritent."

Q - Comment est-ce que vous pouvez les inciter, les assureurs ?

R - "Je ne peux pas les obliger, je peux les encourager. Il peut y avoir un petit peu de pression, de lobbying de la part des conducteurs, des propriétaires d'automobiles, de tous les assurés. Parce que, franchement, si cela dure un peu trop longtemps sans baisse des primes d'assurance significative, les conducteurs auront le sentiment d'avoir une très grande injustice."

Q - Alors, décidément, c'est la hausse des tarifs un peu partout. AIR FRANCE vient d'annoncer 3 euros par passager de plus à cause de la hausse du kérosène, du prix du pétrole, voilà. Alors, on a l'impression que quand le prix du baril descend, il ne se passe rien, mais dès qu'il monte, cela augmente ; c'est normal ça ou pas ?

R - "Ecoutez, le prix du pétrole aujourd'hui, il est à des sommets qui n'ont été, je crois, jamais atteints."

Q - Cela frôle les 40 dollars, mais en franc constant - enfin, cela n'existe plus, les francs, mais... - c'est quand même la moitié des années 90.

R - "Oui, on a deux chances, c'est que le¿"

Q - Et en plus l'euro est fort, donc cela ne coûte pas trop cher.

R - "L'euro est fort, mais le pétrole est payé en dollar, et puis alors Air France n'augmente que de 3 euros, je vous rappelle que d'autres compagnies augmentent beaucoup plus que de 3 euros. Pourquoi ? Parce qu'Air France a des contrats avec des fournisseurs de pétrole à prix, disons, un peu régulés ou modulés, qui fait que, pour Air France, le surcoût est un peu moins important que d'autres, et donc ils sont très raisonnables, en tout cas, dans leur évolution de tarif."

Q - Donc, en fait, vous trouvez ça normal ; vous êtes content, d'ailleurs, de la fusion¿

R - "Non, je ne suis pas du tout content qu'ils augmentent leurs tarifs, ce n'est pas de leur faute, c'est de la faute du prix du pétrole, mais je remarque simplement qu'Air France augmente moins que d'autres parce qu'ils ont passé des marchés sérieusement charpentés, et ces marchés leur permettent d'avoir le pétrole avec des fluctuations à la hausse un petit moins fortes que les autres."

Q - Puisqu'on parle d'Air France, G. de Robien, vous savez qu'Easyjet attaque Air France pour connivence et pour la fusion Air France / KLM. Ils ont raison, il y a de la connivence ?

R - "Cette affaire est devant les tribunaux donc on verra bien le résultat, mais je pense qu'Easyjet a besoin de faire parler un peu d'elle. Cette compagnie, elle se sert, elle utilise, disons, les recours judiciaires pour se rappeler au bon souvenir des clients potentiels, mais je crois qu'il n'y a vraiment pas lieu de faire un recours contre Air France."

Q - Sauf que jamais un concurrent ne peut exister face à Air France dans ce pays. C'est ce qu'ils disent, en tout cas.

R - "Eh bien écoutez, vous citez Easyjet, il y a bien d'autres concurrents dans le monde entier. Ce n'est pas parce qu'Air France, avec KLM, est maintenant la plus grande compagnie du monde - réjouissons-nous de ce formidable succès français et franco-européen pour ne pas bouder notre plaisir. Eh bien qu'Easyjet fasse les recours qu'il veut ; en tout cas, nous sommes dans un pays de droit, et laissons faire le droit."

Q - Une dernière question sur les tarifs, G. de Robien : beaucoup de Français partent en week-end, c'est le week-end de l'Ascension ; les Autoroutes du Sud de la France, notamment, n'ont pas été privatisées, c'est grâce à vous, vous vous étiez opposé à cette privatisation. Elles viennent de publier de très bons résultats, et pourtant, les tarifs ont augmenté en juillet. On pensait que cela allait baisser les tarifs sur les autoroutes, aussi.

R - "Oui, très peu, mais je crois que c'est utile aussi pour que les autoroutes continuent à avoir un excellent service au public, qu'elles soient de qualité, qu'elles puissent faire leurs travaux, qu'elles puissent s'agrandir, qu'elles puissent faire d'autres autoroutes, de façon à ce que les gens puissent circuler, j'allais dire, toujours avec davantage de sécurité et de confort."

Q - Alors, il paraît que c'est parce qu'il y a de plus en plus de camions, notamment qui vont vers l'Espagne. Alors le fret SNCF, encore des conflits sociaux pour une adaptation, mais cela n'a pas été trop suivi la dernière fois. C'est encourageant ?

R - "Ah oui, c'est encourageant parce qu'à peu près 20 % de grévistes à la SNCF sur un sujet qui, franchement, ne méritait pas une grève - c'est le fret, on fait des efforts considérables pour aider, justement, à ce que le fret passe du camion, de la route, au ferroviaire. Puisque vous parlez, par exemple, du Sud-Ouest, sachez qu'on a passé un contrat pour creuser les Pyrénées, cela s'appelle le Perpignan-Figueiras qui va être fait dans les prochaines années, c'est un tunnel pour permettre au fret ferroviaire de passer en Espagne - enfin, d'Espagne en France et de France en Espagne. La même chose de l'autre côté, dans les Alpes. On a signé - j'ai signé avec mon collègue ministre des Transports italiens, M. Lunardi - l'accord de financement pour le Lyon-Turin. Cela montre que la politique du Gouvernement, aujourd'hui¿"

Q - C'est très cher, d'ailleurs, le Lyon-Turin.

R - "13 milliards d'euros."

Q - Et en plus, on en paie la moitié alors que c'est les Italiens qui le veulent surtout.

R - "Et on n'en paie que la moitié parce que si on payait au kilomètre fait sur le sol français, on aurait dû en payer 65 ou 67 %. Et après sept réunions de négociations, on a réussi à avoir un accord 50/50."

Q - Le rapporteur du budget transport à l'Assemblée nationale, qui est un de vos amis parce qu'il est UMP, considère que la France n'aurait pas dû payer plus de 30 %.

R - "Eh bien, il considère ça, mais s'il veut faire les négociations à ma place, libre à lui. Nous, on est parti de 65 ou 67 %, on a réduit la participation française à 50/50. Ce qu'il faut voir dans tout ça, c'est que la politique de la France aujourd'hui, c'est, très volontairement, de passer le fret de la route sur le ferroviaire et de faire les efforts en conséquence. Vous savez que, ces dernières années, on a beaucoup parlé du fret ferroviaire, eh bien nous, on le fait."

Q - Alors, on va parler un peu politique, G. de Robien, si vous le voulez bien. Alors, les Européennes commencent, la campagne des Européennes démarre, est-ce que vous allez faire campagne ?

R - "Mais bien entendu que je vais faire campagne."

Q - Vous n'êtes pas dégoûté de la dernière campagne des régionales ?

R - "Pas du tout. L'Europe est une si belle cause que j'ai vraiment envie de porter ce message, d'autant plus qu'il n'est pas très écouté, pas très entendu, et donc il faut faire beaucoup, beaucoup de pédagogie. Je ne sais pas quel est le taux de votants que nous aurons aux européennes, mais à chaque fois qu'on parle avec les gens de l'Europe, on les convainc. S'ils sont parfois eurosceptiques, c'est parce qu'ils ne savent pas les enjeux ; en tout cas c'est à travers l'Europe que la France aura le plus de chance, et à la fois de s'épanouir, et à la fois de créer des emplois, et à la fois de trouver une place dans le monde, et en même temps faire passer son message."

Q - Cette fois, elle ne va pas vous accompagner, E. Gossuin, il n'y a pas de raison...

R - "E. Gossuin, pour l'instant, je crois qu'elle est dans " la Ferme "."

Q - Elle a déjà de quoi faire, c'est ça...

R - "Non mais, cela veut dire quoi votre remarque ? Parce que je suis très content par votre remarque. Dites-moi un peu, si vous me donnez l'occasion de parler d'E. Gossuin..."

Q - Non mais, je n'ai plus de temps c'est pour ça. Mais est-ce que ce n'était pas une erreur, finalement, voilà ?

R - "Ecoutez, moi, je trouve vraiment que tous les procès en sorcellerie qui sont faits à Elodie sont vraiment indignes parce qu'ils sont révélateurs d'un état d'esprit qui est fait à la fois d'intolérance et de préjugés. C'est un petit peu, ce que j'entends, c'est le syndrome : " T'es jeune, t'es une fille, tu n'y connais rien, alors tais-toi ! ""

Q - Voilà, donc cela vous choque¿

R - "Cela me choque."

Q - L'UMP et l'UDF, c'est l'armistice ou c'est à nouveau la guerre ? On ne sait plus...

R - "Je crois qu'il faut trouver des moyens vraiment, j'allais dire, institutionnels d'organisation du débat entre l'UDF et l'UMP. Jusqu'ici, ils se boudent, ils se cherchent, ils jouent au chat et à la souris. Il est grand temps qu'ils se mettent autour d'une table et qu'ils organisent leur dialogue entre ces deux grandes formations de la vie politique dont on a besoin toutes les deux."

Q - Ce soir, à Göteborg, c'est OM-Valence. C. Bouchet sera avec nous à midi trente. vous avez une question pour C. Bouchet.

R - "Eh bien moi, je voudrais le féliciter avant de poser une question pour le parcours de l'OM en Coupe d'Europe, lui souhaiter bonne chance pour le match de ce soir, bien sûr. Mais si j'avais une question à lui poser, c'est à propos de Mido, parce qu'il a fait une très grosse faute quand même de conduite automobile, alors je voulais savoir s'il l'avait réprimandé pour son excès de très grande vitesse la semaine passée."

Q - Eh bien, on lui posera la question. Merci beaucoup, G. de Robien.

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 21 mai 2004)

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