Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Le Journal du Dimanche" du 16 mai 2004, sur la future direction de l'UMP, son avenir en politique, la préparation du budget 2005 et la réforme de l'assurance maladie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Le Journal du Dimanche" du 16 mai 2004, sur la future direction de l'UMP, son avenir en politique, la préparation du budget 2005 et la réforme de l'assurance maladie.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, COLLOMP Florentin, LE GUAY Virginie.

FRANCE. Premier ministre

ti : Q - Malgré un nouveau recul dans les sondages, la détermination de Jean-Pierre Raffarin reste entière. En s'exprimant devant les députés UMP lors du départ de Jacques Barrot comme commissaire européen, Jacques Chirac les a-t-il rappelés à l'ordre ?

R - Ce n'est pas ce que j'ai entendu. Le climat était très convivial. Le Président a développé ce qui lui semble être les deux clés de l'avenir : la croissance pour la cohésion économique et sociale, l'union pour la politique.

Q - Soutiendrez-vous, si elle se confirme, la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP ?

R - Nous verrons le moment venu comment doit être dirigée l'UMP, et de quelle façon elle choisira son candidat. Aujourd'hui la priorité est à l'action ; pour ce faire, Nicolas tient et doit tenir toute sa place au gouvernement. L'UMP ne doit exclure personne. Ce n'est pas d'actualité : attendons d'abord les décisions d'Alain Juppé.

Q - Vous aviez envisagé d'être vous-même candidat ? Qu'en est-il ?

R - Dans notre pratique institutionnelle, le Premier ministre est naturellement le chef de la majorité. La question de savoir si le Premier ministre doit être le président du parti majoritaire reste posée. Voyez Zapatero en Espagne, Blair en Grande-Bretagne... Nous en discuterons à l'automne. Le débat sera ouvert.

Q - Avec le quinquennat, le chef de la majorité n'est-il pas plutôt le président de la République ?

R - Le chef de l'Etat a sur la majorité, c'est une évidence, un magistère moral. Il est le Président de tous les Français.
Etre chef de la majorité, c'est un rôle politique quotidien. Je réunis tous les mardis matin à Matignon les présidents des groupes parlementaires et les dirigeants de l'UMP. J'assiste aux réunions des députés UMP à l'Assemblée nationale.
Le quinquennat exige une étroite relation de confiance entre le Président et son Premier ministre : le rythme de travail étant accéléré, toute ambiguïté ou toute tension serait source de paralysie.

Q - Diriez-vous aujourd'hui que votre relation avec le Président est intacte ?
R - Je pense qu'elle est renforcée. On se connaît mieux, on a partagé des moments forts. On a beaucoup travaillé. Le temps permet d'éprouver la confiance.

Q - Le résultat des élections européennes déterminera-t-il votre maintien à Matignon ?
R - Je suis à la tête d'une majorité élue pour cinq ans. Mon agenda est articulé autour d'actions, de missions et de réformes de progrès : Sécurité sociale pour tous, lutte contre la dépendance...

Q - Mais cela dépend du chef de l'Etat.

Avez-vous, malgré tout, pensé à démissionner au lendemain des régionales ?

R - Les épreuves provoquent des réflexions. Mais je ne vous en dirai pas plus !

Q - En septembre auront lieu les sénatoriales. Envisagez-vous un retour au palais du Luxembourg ?

R - Je suis là pour servir. Je resterai à Matignon tant que le président de la République le souhaitera et que l'action l'exigera. Je n'ai pas d'échéance personnelle.

Q - En annonçant que vous vouliez améliorer le Pacs, n'avez-vous pas relancé le débat sur le mariage des homosexuels ?

R - Le Pacs apporte une réponse aux gens de même sexe qui s'aiment. Je souhaite en effet son amélioration. Mais cela ne doit pas être un mariage. Quant à l'adoption, le sujet doit être débattu de manière sérieuse. Je regrette que la gauche en ait fait un sujet électoraliste.

Q - Vous préparez actuellement le budget de l'Etat pour 2005. Quelle direction donnez-vous aux ministres dans votre lettre de cadrage ?

R - Les lettres de cadrage seront prochainement finalisées. Nous sommes dans le même état d'esprit que l'année derNière.
A l'occasion du séminaire du gouvernement de mercredi avec Nicolas Sarkozy et Dominique Bussereau, je vais rappeler nos objectifs. Il faut réduire le déficit de la France sous 3 % du PIB en 2005, dans le respect de nos engagements européens. Je rappellerai les exigences de la réforme de l'Etat dans chaque ministère. Nous parlerons aussi avec Philippe Douste-Blazy de la réforme de l'assurance - maladie et de notre projet de santé pour tous.

Q - Confirmez-vous la stabilité des dépenses de l'Etat pour 2005 ?

R - La norme d'évolution des dépenses sera une norme de discipline. En 2005, tous les ministères seront concernés par les économies à fournir. Les marges de manoeuvre ne sont évidemment pas illimitées. Nous avons déjà des engagements, par exemple sur les allègements de charges. De la même façon, les lois de programmation pour la Justice, l'Intérieur ou la Défense prévoient des engagements forts. Harmoniser les exigences et les priorités, c'est notre travail des trois prochains mois.

Q - Avez-vous tranché entre Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, et Nicolas Sarkozy, qui lui demande de payer les opérations extérieures de l'armée?

R - Ce ne peut être un sujet de polémique. La procédure sui vie cette année est exactement la même que l'an dernier. La réserve de crédits demandée au ministère de la Défense est du même ordre qu'en 2003, environ 1 milliard d'euros. Par définition, nous devons attendre la fin de l'année pour savoir combien ont coûté les interventions extérieures de nos armées. Ainsi, à l'occasion du collectif budgétaire, avec le Président, chef des armées, nous ferons les imputations nécessaires.

Q - Sur la réforme de l'assurance-maladie, les syndicats s'impatientent. Quand ferez-vous connaître votre projet ?

R - Je respecte d'abord le calendrier de l'Assemblée nationale, qui va rendre le rapport de sa mission prochainement. Notre projet sera adressé au Conseil d'Etat autour du 20 mai. Ainsi, le débat sera ouvert. Nous prendrons le temps nécessaire pour que le dialogue au Parlement soit approfondi. Je crois que, sur de nombreux sujets, nous pouvons rapprocher les positions des uns et des autres car la santé des Français est un sujet qui mérite l'union nationale. Tout le monde peut être d'accord pour créer un dossier médical partagé, pour améliorer les relations entre la médecine de ville et l'hôpital, entre les généralistes et les spécialistes. Il peut y avoir une convergence sur le pilotage de notre système de santé avec les partenaires sociaux. Notre vision n'est ni idéologique ni comptable. Il s'agit de faire de l'allongement de la vie un bien-être. Mais les efforts demandés semblent surtout porter sur les assurés...

Tout le monde participera à ce projet national de santé. C'est une oeuvre collective. Il y aura une responsabilité partagée entre les patients, les contribuables, les professionnels de santé, les entreprises... Nous respecterons l'esprit de justice.

Q - Les entreprises participeront-elles au financement, par exemple à travers la contribution sociale sur les bénéfices (CSB) ?

R - De cette façon ou d'une autre, je souhaite que tout le monde participe.

Q - Quelles économies attendez-vous de la réforme ?

R - Je veux casser l'idée qu'il faut économiser sur la santé. L'objectif est d'améliorer la qualité des soins et de diminuer les gaspillages. Si un patient suit un protocole de soins, il doit être bien remboursé. Il faut aussi un bon usage de la technologie et l'égalité d'accès à la technologie, par exemple aux IRM ou aux échographies. Nous devons aussi progresser en matière de prévention. Je souhaite que tous les Français puissent bénéficier d'une consultation générale de prévention, remboursée par la Sécurité sociale, trois fois au cours de leur vie : à la fin de l'adolescence, autour de 40 ans, et au moment de la retraite. La qualité n'est pas l'ennemie de la responsabilité.

Q - Vous avez évoqué le paiement d'" une pièce " par acte médical. Ce sera 1 ou 2 euros ?

R - Je ne peux pas conclure ce débat aujourd'hui. Dans mon esprit, il s'agit d'une contribution modique par feuille de soins. Les enfants et les familles modestes en seraient dispensés. Chacun doit avoir conscience de la dépense mais nous veillerons à l'esprit de justice.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 4 juin 2004)

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