Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la lutte contre la violence dans les quartiers, Tourcoing le 28 mai 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la lutte contre la violence dans les quartiers, Tourcoing le 28 mai 2004.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : Déplacement de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, dans le Nord le 28 mai 2004

ti : Monsieur le Préfet,
Messieurs les Députés,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,


Permettez-moi tout d'abord de vous remercier d'avoir bien voulu participer à cette réunion de travail. Ce déplacement à Tourcoing est ma deuxième visite du programme pilote "24 quartiers".

Je compte les visiter tous pour relever, avec vous, un défi : trouver des solutions aux problèmes qui vous touchent et qui touchent de nombreux quartiers. Ce défi, c'est le nôtre aujourd'hui, mais c'est aussi celui de toute la France et de toute la République : réaffirmer l'autorité de l'Etat au service de chaque citoyen, sur tout le territoire.

Cela implique bien sûr d'être à l'écoute, de comprendre ce qui se passe ici, sur le terrain. Pourquoi la violence ? Pourquoi les dégradations de bien ? Et surtout comment faire pour casser l'engrenage et ouvrir ensemble un autre avenir ?


1. Il y a d'abord un devoir pour la République, une mission que j'entends remplir.

- Avec d'abord le choix d'une méthode visant à sélectionner 24 quartiers sur tout le territoire. Ce ne sont pas les quartiers les plus difficiles, mais les plus représentatifs, avec deux caractéristiques:
· Chacun est concerné par l'augmentation des violences urbaines.
· Mais chacun est animé d'une volonté de sortir des situations difficiles : il y a ici à Bourgogne une formidable volonté de réagir, dont témoigne une politique de la Ville dynamique et ambitieuse. Et les résultats sont là, car ce que je vois aujourd'hui, c'est :
- Un quartier vivant où vous avez vous-même choisi d'habiter, Monsieur le Maire [ M. Jean-Pierre Balduyck] : avec des commerces, un centre restructuré, des bâtiments refaits ;
- Un quartier aéré, dont l'un des symboles forts est la réalisation d'une nouvelle artère qui a permis de désenclaver la circulation ;
- Mais aussi un quartier bien doté en équipements publics :

§ un centre hospitalier, une bibliothèque, une médiathèque, un complexe sportif, trois groupes scolaires, une crèche municipale,

§ sans oublier les transports urbains, bus et métro, avec deux stations qui vous relient rapidement à Lille et à Roubaix.
- C'est pour cela que j'ai voulu venir à votre rencontre:
· pour écouter les habitants et connaître leurs attentes;
· pour rendre hommage à l'ensemble des acteurs qui se mobilisent au quotidien;
· pour tirer les leçons de leur expérience.
- Avec ensuite une démarche spécifique pour chaque quartier, prenant en compte les problèmes et les attentes particulières. A vous entendre, à écouter vos inquiétudes et vos suggestions je suis convaincu que nous avons bien fait.
- Avec enfin une volonté d'engagement : obtenir des résultats, faire revivre l'espoir et l'esprit de projet collectif : en prenant appui sur ce courage et cette détermination, en travaillant avec les collectivités locales et l'ensemble des acteurs concernés.


2. Je l'ai ressenti tout au long de cette visite : le quartier de la Bourgogne est au c¿ur des problèmes, des inquiétudes, voire des fractures qui traversent notre pays.

- D'abord le problème des violences urbaines: les pénibles incidents du début de l'année nous ont rappelé combien la situation est fragile:
· Alors que le nombre des violences urbaines enregistré dans le quartier avait chuté de 48% en 2003, cette tendance s'est inversée puisqu'au 30 avril de cette année ces violences ont augmenté de 65% par rapport aux quatre premiers mois de l'année dernière.
· Cette violence porte atteinte au pacte social: elle engendre la peur au quotidien et un malaise inacceptable. Comment ne pas comprendre le découragement et le sentiment d'impuissance devant les voitures brûlées, les dégradations d'immeubles et l'insécurité quotidienne?
· Ma responsabilité, celle de l'Etat, c'est de poursuivre et d'amplifier les efforts engagés en matière de lutte contre la délinquance. C'est pourquoi j'ai demandé aux préfets de veiller à une plus grande présence policière la nuit, particulièrement dans les quartiers difficiles.
- Ensuite, je ne l'oublie pas, ce quartier fait face à des difficultés économiques comme l'ensemble du versant Nord-Est de la métropole lilloise : dépôts de bilan, désindustrialisation et plans de licenciements s'y multiplient, en particulier dans le textile, et je n'ignore pas le sentiment de perte de confiance que cela engendre.
· Mais je refuse la fatalité: comment accepter que vous y soyez plus que d'autres confrontés ?
· Comment tolérer qu'un quart des demandeurs d'emploi du quartier aient moins de 26 ans?
- Enfin le quartier Bourgogne est, comme d'autres, confronté au grave problème de la drogue:
· C'est d'abord un problème sanitaire majeur: celui de la toxicomanie.
- Beaucoup a été fait et je salue les efforts réalisés par les autorités publiques et notamment la Direction Départementale des Affaires Sociales qui ont permis de multiplier par 3 le nombre de personnes prises en charge par un dispositif de soin entre 1990 et 1999.
- Je sais aussi que l'action menée depuis plus de 15 ans par l'association REAGIR représentée ici par M. Delbergue, notamment en matière de centres d'hébergement et de réadaptation des toxicomanes.
· La drogue, c'est également un problème de violence majeur:
- à travers la délinquance : 55% des détenus à la maison d'arrêt de Loos les Lille sont incarcérés pour des faits liés à la drogue. Ils doivent être mieux pris en charge.
- violence aussi à travers les réseaux organisés qui alimentent cette délinquance et font vivre l'économie souterraine.
· Face à cela il y a des pistes qui sont ouvertes:
- Les services de police et des douanes sont mobilisés, notamment au sein du GIR ; ils obtiennent de bons résultats.
- J'ai demandé aux préfets de se mobiliser davantage.
- Je prendrai très prochainement contact avec les autorités Belges et Néerlandaises afin de renforcer le contrôle transfrontalier.

3. Ensemble nous devons sortir de cet engrenage:

- Notre objectif est clair : la République peut et doit se réinvestir dans les quartiers.
· Pour cela il faut briser la spirale de l'échec qui alimente la frustration et le mal-être.
· Pour cela il faut également asseoir des principes.
- Premier principe: le respect, qui doit guider notre engagement.
· Sans respect de l'autre il n'y a pas de relation apaisée possible;
· Sans respect de la règle commune il n'y a pas de vie collective possible;
· Sans respect de l'autorité de l'Etat il n'y a pas de confiance possible.
- Deuxième principe: le dialogue, qui doit se substituer à la violence.
- Troisième principe: la solidarité, qui seule permet de surmonter les obstacles. Or j'ai pu le constater ici dans ce quartier:
· Malgré les tensions, le lien social demeure fort, s'exprimant à tous les instants de la vie quotidienne : Mesdames Hequet et Philippo viennent de nous en parler et de nous en apporter la preuve ;
· Malgré les difficultés, les habitants sont attachés à leur quartier, ils veulent rester vivre à Bourgogne: c'est bien le témoignage de la fraternité qui existe ici.


4. Comment pourrons-nous changer les choses?

- (1). Premièrement en tirant tout le fruit des expériences et tous les enseignements de ce qui marche, car beaucoup a été fait. Il y a à travers tout ce que j'ai vu et tout ce que vous m'avez dit, une vérité simple : le travail en commun porte ses fruits.
· D'abord il renforce l'efficacité des différentes actions menées en les mettant en cohérence, qu'il s'agisse de réduire la délinquance dans les transports publics ou d'éviter les violences aux abords des établissements scolaires. C'est tout le sens des Contrats locaux de sécurité.
· Ensuite, le travail en commun permet de mettre en réseau des moyens d'action au service d'une politique d'intérêt général, comme dans les grands projets de ville, qui ont permis ici toutes ces améliorations de la vie quotidienne qui comptent énormément pour chaque habitant du quartier.
· Enfin, le travail en commun permet d'instaurer un cercle vertueux et d'engendrer de nouveaux engagements :
- C'est ainsi que le Conseil Général est venu pour la première fois cosigner, en ce début d'année, le deuxième Contrat local de sécurité, dont je salue les 53 membres : élus, représentants des administrations, des milieux sociaux, professionnels et administratifs.
- C'est ainsi que s'était mis en place, dès juin 2003, le Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance, qui offre au Maire un outil à la fois de connaissance et d'action.

- (2). Pour changer les choses nous devons, deuxièmement, adapter nos méthodes pour ouvrir le champ à l'innovation :
- en forgeant des outils plus imaginatifs, plus adaptés aux problèmes que nous rencontrons.
- en expérimentant de nouvelles démarches, par exemple la création d'un groupe opérationnel local pour la recherche et l'initiative, associant plusieurs compétences : un fonctionnaire de terrain de la sécurité publique, des renseignements généraux, de la police aux frontières, des douanes et de la police judiciaire.
- avec une règle : toute innovation doit faire l'objet d'une évaluation sérieuse et d'un suivi afin de pouvoir profiter, le cas échéant, à d'autres quartiers.

- (3). Troisièmement, l'Etat doit s'engager davantage car il s'agit d'un enjeu essentiel, celui de la cohésion nationale, qui nécessite une approche globale :
- Une approche avec plusieurs dimensions : de sécurité, économique, sociale. C'est pourquoi la politique de la prévention de la délinquance doit devenir véritablement interministérielle, en s'intégrant dans l'ensemble des politiques de l'Etat : politique de la ville, du logement, de l'emploi, de la santé et de l'éducation.
o Une approche dont le préfet, à côté du maire, doit être la clé de voûte ; pour cela il doit :
· définir un plan, un calendrier, des indicateurs statistiques mensuels par quartier, des outils spécifiques
· faire tenir chaque semaine une réunion de chantier et y participer personnellement chaque mois ;
· être évalué sur ce dossier : j'entends tenir dès cet été des réunions d'évaluation et de travail avec les préfets concernés.
o Il y a urgence à trouver des solutions cohérentes et à obtenir des résultats, je souhaite constituer rapidement au Ministère de l'Intérieur une cellule d'initiative rassemblant l'ensemble des savoirs et des compétences afin qu'elle travaille exclusivement sur les 24 quartiers.

5. Dès maintenant nous voyons bien qu'il existe un certain nombre de pistes concrètes qui doivent être explorées :

- (1). D'abord le soutien apporté aux parents, afin d'aider ceux qui ont perdu leurs moyens, à assumer leur responsabilité.

- (2). La lutte contre l'absentéisme à l'école, qui peut mener à la délinquance.
· Des initiatives existent d'ores et déjà, à l'instar de l'Observatoire local de l'absentéisme reliant la commune à l'Education nationale qu'a présenté Madame Guillet, principale du collège Pierre-Mendès France, qui est une illustration d'un partenariat réussi.
· Mais nous devons aller plus loin :
- J'ai demandé aux recteurs et aux préfets de travailler en étroite relation avec les Inspecteurs d'Académie sur ce sujet.
- J'ai demandé à mes services de finaliser le protocole d'accord avec l'Education Nationale sur la lutte contre toutes les formes de violence scolaire, et en premier lieu le racket.
- (3). L'aide aux victimes constitue un champ essentiel pour notre action:
· L'installation prochaine d'un travailleur social au commissariat de Tourcoing permettra la mise en ¿uvre immédiate d'une meilleure écoute et prise en charge.
· La Justice a contribué par ses efforts à faciliter l'accès au droit et à une aide immédiate pour les victimes. L'engagement du Ministère de la Justice aux côtés de la Ville et des autres services de l'Etat est essentielle à la politique que nous entendons mener. La réunion de travail que nous avons eue ce matin avec les magistrats de la Cour d'appel et du Tribunal de Grande Instance de Lille a été encourageante à cet égard.

- (4). Le développement de la vidéosurveillance permettrait d'agir plus efficacement sur la prévention des atteintes aux biens et aux personnes et je sais, Monsieur le Maire, que vous avez un projet dans ce sens.

- (5). Le domaine de l'intégration doit également s'enrichir de nouvelles initiatives:
· La présence de 290 adultes relais dans le Nord dont 9 à Tourcoing, au sein de l'association "Ecole avec les Parents" et du centre social de la Bourgogne, permettra la mise en oeuvre d'une médiation interculturelle et d'une meilleure implication des parents.
· Par ailleurs j'entends renforcer l'atout que constituent dans le département les cadets de la police, dont je rencontrerai la première promotion cet après-midi à l'école de police de Roubaix-Hem :
- Ils sont au service d'un engagement et d'un idéal,
- Ils sont les Cadets de la République, à l'image de la diversité de la France, avec les Jeunes Sapeurs-pompiers, avec demain peut-être d'autres corps au service des Français.
- Ils conjuguent l'exigence de civisme et le besoin d'intégration, la volonté de s'engager sur le terrain et le sens de l'intérêt général.
- (6). Enfin, dans le domaine du sport nous devons inventer de nouveaux outils: le sport est porteur de valeurs. C'est pourquoi sa pratique doit être accessible à tous, aux garçons comme aux filles.
· J'ai demandé au préfet et au Directeur Départemental de la Sécurité Publique de faciliter la mise en ¿uvre rapide d'un Centre de Loisirs pour les Jeunes sur le quartier.
· Je sais que ce travail avance, en liaison avec la Direction Départementale de la Jeunesse et les Sports : des policiers de Tourcoing, titulaires du BAFA [Brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur] , veulent participer à cette mission et des crédits d'Etat vont pouvoir être mobilisés.
· Je prendrai rapidement contact avec Jean-François Lamour afin qu'un appui soit accordé aux initiatives qui m'ont été présentées ce matin.

6. Je voudrais pour terminer vous dire mes convictions au sujet du projet de loi sur la Prévention.

- Nous le savons, le travail de prévention est indispensable.
· Nous le savons, la répression et la sanction des délits ne constituent qu'une facette de la lutte contre la délinquance.
· Elle ne saurait se passer d'un travail en amont, qui prenne en compte les causes et les mécanismes profonds de la délinquance.
· Pour mener une action politique responsable il faut donc avancer sur ces deux aspects de la délinquance.
- C'est pourquoi le gouvernement accorde tant d'importance à la future loi sur la prévention. Il s'agit d'un projet essentiel:
· Essentiel parce qu'il repose sur une démarche législative originale:
- D'habitude la loi pose un cadre préalable qui est ensuite appliqué aux problèmes réels.
- Dans ce cas la démarche est différente: nous partirons de l'expérience récoltée, notamment à travers le programme des 24 quartiers pour déterminer et fixer les articles de la loi.
· Essentiel aussi parce qu'il relève d'une véritable approche commune entre les ministères.
- Pour répondre véritablement aux problèmes nous devons prendre en compte chacune des facettes.
- C'est pourquoi nous entendons travailler dans un esprit de responsabilité avec Jean-Louis Borloo, avec Dominique Perben et avec François Fillon.
- Dans ce processus de concertation nous associerons bien entendu les acteurs du terrain et les travailleurs sociaux.

· Essentiel enfin parce qu'il implique une évolution du dispositif territorial de prévention afin de mieux coordonner les efforts des différentes collectivités:
- Aujourd'hui la prévention est le domaine partagé de l'Etat, du Conseil général, des municipalités et des associations.
- Ce système a sa logique mais il a aussi montré ses insuffisances.
- C'est pourquoi il nous faut redéfinir un nouveau pilotage de la politique de prévention afin de la rendre plus efficace.
- A partir de là un certain nombre de pistes sont ouvertes:

§ Faut-il aménager le système à la marge?

§ Faut-il le transformer profondément en s'appuyant davantage sur le maire, en étroite association avec les collectivités locales, en particulier le département ? A cet égard, des possibilités sont ouvertes par la décentralisation et le projet de loi sur les responsabilités locales. Monsieur le Président du Conseil Général, je serai soucieux de recueillir votre avis sur ce sujet.
- Au sein de ce projet d'autres sujets suscitent des interrogations auxquelles je voudrais répondre maintenant:
· La question du secret partagé est au c¿ur des inquiétudes des travailleurs sociaux: je veux leur faire part de ma conviction:
- Il ne s'agit en aucune façon d'instaurer une logique de délation: ce serait contraire à l'esprit même de la loi.
- Il s'agit de trouver des solutions à des situations concrètes, difficiles et parfois désespérées.
· C'est pourquoi le partage d'informations constitue un outil essentiel pour régler plus rapidement les problèmes, pour aider plus facilement les personnes en danger.
· Comment concilier cette exigence de responsabilité et de respect de principe républicain? Cette question nous devons y répondre ensemble.
- Au-delà du contenu du projet de loi, je souhaite que les forces de l'ordre et les travailleurs sociaux puissent coopérer dans un esprit de confiance et de sérénité.
· Cela implique que les responsabilités de chacun soient clairement définies.
· Cela implique également que le caractère républicain de l'action des policiers et des gendarmes soit pleinement reconnu.

Mesdames, Messieurs,

C'est grâce à vos efforts pour inventer des réponses, grâce à votre expériences et à votre énergie que nous pourrons construire, à l'échelle nationale, une stratégie d'ensemble.

Il y a urgence à rétablir un vouloir vivre ensemble. La France ne respire que dans le partage, et c'est vrai ici comme sur l'ensemble du territoire.

Vouloir vivre ensemble, c'est accepter les mêmes règles pour construire un destin commun et porter des projets collectifs ; c'est aussi reconstruire un imaginaire dans ce quartier où vibrent mille sensibilités qui ne demandent qu'à s'exprimer, enfants d'une même France pour un même avenir.


(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 3 juin 2004)

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