Tribune de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, dans "Libération" du 19 février 2004, sur le budget de la recherche et de l'enseignement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, dans "Libération" du 19 février 2004, sur le budget de la recherche et de l'enseignement.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard.

FRANCE. FSU, secrétaire général

ti : Il y a quelques jours le Premier Ministre sortait de sa manche 1.5 milliards d'euros pour baisser les charges des restaurateurs. Dans le même temps l'on disait aux chercheurs et aux enseignants du supérieur qu'il n'y avait pas d'argent pour la Recherche, on annonçait aux candidats aux concours de recrutements du second degré des baisses du nombre de postes qui dépassent parfois 40 % ; et aujourd'hui partout pleuvent les fermetures de classes, les suppressions d'options ou de sections. Ces 1.5 milliards d'euros correspondent à 3 % du budget des enseignements scolaires ; c'est quasiment le double des crédits en retard qu'attendent les laboratoires de recherche.

Mais JF. Copé est venu nous dire que cette baisse des charges permettrait de créer 40 000 emplois dans le secteur concerné. Justification suprême : l'emploi ! Sait-on combien d'emplois d'enseignants ou de chercheurs on pourrait créer avec 1.5 milliards ? Environ 50 000. En par-delà ce chiffre brut, comment ignorer ce que peut apporter au développement de l'emploi une amélioration significative de la formation des jeunes ? Croit-on que la recherche publique ou l'enseignement supérieur ne constitue pas un investissement ? Y compris pour l'emploi ?

Toutes les études le montrent sans ambiguïté : notre pays ne peut pas se contenter des sorties actuelles du système éducatif ; dans les 10 ans qui viennent c'est une augmentation sensible des sorties au niveau du baccalauréat et au-delà qui est indispensable précisément pour faire face aux besoins prévisibles de l'emploi. A contrario chacun sait ce que produit en termes d'exclusion, de fracture sociale le maintien d'un noyau dur de sorties sans qualification. Et n'est ce pas les instances européennes qui préconisent une augmentation sensible des budgets de recherche et développement avec l'idée que la compétitivité de l'Europe en dépend ?

Cela ne se fera pas sans moyens et sans personnels sur le terrain.

Bien évidemment la restauration est un secteur économique important dans notre pays et il est légitime de s'en préoccuper mais dans une période où l'on ne cesse de mettre en avant les déficits, il est des choix qui signent une politique.

Il ne s'agit pas de savoir s'il vaut mieux être restaurateur que prof ou chercheur. Il s'agit de savoir ce qui aujourd'hui guide les décisions prises en matière budgétaire : le dogme à courte vue de la baisse des charges ou des impôts directs qui appauvrit toujours plus les solidarités collectives ou des projets d'avenir ? Si le gouvernement dispose d'un milliard et demi d'euros vaut-il mieux l'investir dans la restauration ou dans la formation des jeunes et la recherche ? La question aurait au minimum mérité le débat. Et j'ai la faiblesse de penser que l'avenir de nos petits commerces repose autant sur la croissance, sur un meilleur partage des richesses produites, sur la capacité du système éducatif à former des jeunes qualifiés que sur des petits-gros cadeaux dont le résultat en termes d'emploi est tout sauf assuré.

Sans compter que l'on peut se demander dans un contexte aussi tendu d'où proviennent les millions si généreusement distribués, quels sacrifices supplémentaires seront demandés aux services publics et à leurs personnels ? Qui peut ignorer que la facture de ces sacrifices sera présentée d'abord aux plus exclus, aux plus défavorisés mais aussi à toute notre société ? Profs, chercheurs, restaurateurs, salariés, commerçants, chômeurs...tous ont intérêt à une politique qui mise sur l'avenir, les services publics et les solidarités.

Notre pays a besoin d'ambition pour les jeunes, pour notre société ; il a besoin de recherche, de services publics, de solidarité : ce n'est pas seulement une question de justice ; c'est aussi et même d'abord une question d'avenir, de développement économique et social.

L'avenir ne peut pas s'accommoder de décisions à courtes vues. Quel sens prend le débat engagé sur l'Ecole , quelle signification peut avoir celui promis sur la recherche lorsque des décisions budgétaires de circonstance affichent un tel mépris pour les personnels et tournent aussi le dos aux exigences les plus élémentaires ? Quel signal donné aux jeunes ? C'est pour nous une raison de plus de ne pas laisser faire.

(source http://www.fsu-fr.org, le 23 février 2004)

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