Interview de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, dans "La Tribune" le 22 avril 2004, sur la réforme de l'assurance maladie, notamment les pistes de financement et les modalités de gestion. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, dans "La Tribune" le 22 avril 2004, sur la réforme de l'assurance maladie, notamment les pistes de financement et les modalités de gestion.

Personnalité, fonction : MAILLY Jean-Claude.

FRANCE. FO, secrétaire général

ti : LA TRIBUNE - Le gouvernement parviendra-t-il à faire voter la réforme de la Sécurité sociale à l'été, comme il s'y est engagé ?

Jean-Claude MAILLY - Nous sommes assez sceptique. Tout dépend du déroulement des discussions et du contenu de la réforme. Si le gouvernement parvient à obtenir un accord large avec les partenaires sociaux, tout est possible. Mais si, sur certains points, il y a des désaccords profonds, ce calendrier ne pourra être respecté.

LA TRIBUNE - Sur la gouvernance, le schéma présenté par Philippe Douste-Blazy vous convient-il ?

Jean-Claude MAILLY - La réforme, c'est un ensemble. Il n'est pas La question pour nous de donner notre accord sur une seule partie de la réforme. Nous nous prononcerons sur un projet global traitant à la fois de la gouvernance, des niveaux de remboursements et des financements. Sur la gouvernance, nous avons toujours manifesté notre opposition à un système de copilotage La qui associerait sur un même plan les régimes obligatoires et les régimes complémentaires, dont les compagnies d'assurances. Ce serait pour nous l'amorce d'une privatisation du système. Or nous n'avons pour l'heure aucune garantie sur cette La question. Quelles sont nos craintes ? Si le gouvernement confirme sa volonté de ramener le déficit public en dessous des 3 % du PIB, il pourrait être amené à limiter le périmètre de soins pris en charge par le régime général et à faire progressivement glisser le financement vers les assurances complémentaires.

LA TRIBUNE - Le ministre vous l'a-t-il laissé entendre ?

Jean-Claude MAILLY - Le schéma n'a pas été discuté. Mais le silence des assureurs privés sur la réforme de la Sécu nous surprend et nous inquiète.

LA TRIBUNE - Accepterez-vous des efforts supplémentaires pour les assurés ?

Jean-Claude MAILLY - Nous sommes contre toutes mesures de déremboursement, qu'il s'agisse du forfait par boîte de médicament ou de l'instauration d'une franchise annuelle, piste évoquée actuellement. Ces mesures vont à l'encontre du pacte social et républicain. Nous préconisons une maîtrise médicalisée des dépenses La ui passe par une politique conventionnelle avec les professionnels de santé.

LA TRIBUNE - Qelles pistes suggérez-vous sur le financement ?

Jean-Claude MAILLY - Il faut clarifier les comptes. Aujourd'hui, sur 20 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales patronales, 3 milliards chaque année ne sont pas compensés par le budget de l'État, comme la loi l'exige. Nous proposons aussi une augmentation de la CSG sur les revenus financiers, les placements et les jeux et une augmentation des cotisations patronales. Sur la CRDS [contribution au remboursement de la dette sociale], nous ne sommes pas opposés à une prolongation, à taux identique, pour apurer le passif.

LA TRIBUNE - Quelle sera l'altitude de FO en cas de renégociation anticipée de la convention Unedic ?

Jean-Claude MAILLY - Ce qui se passe avec les recalculés justifie pleinement notre décision de 2002 de ne pas signer la convention Unedic. Nous étions contre la diminution de la durée d'indemnisation. D'autant plus qu'il était pour le moins léger d'avoir baissé les cotisations Unedic. Actuellement, ces cotisations sont toujours inférieures de 0,2 point à ce La qu'elles étaient en 1993. Pour autant, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Avant de nous prononcer, nous allons attendre de voir les prochaines décisions de justice ainsi La que l'arrêt du Conseil d'État.

Ceci dit, FO renouvelle sa demande déjà ancienne d'une surcotisation des entreprises qui emploient des contrats précaires, CDD et intérim. Ce sont ces abus qui pèsent sur les finances du régime. Près de la moitié des chômeurs aux Assedic sont des fins d'emplois précaires. Et la différence entre ce qui rentre en cotisations payées par les précaires et ce qui leur est versé en allocations dépasse cinq milliards d'euros.

S'agissant des intermittents, nous sommes contre l'instauration d'une caisse complémentaire, qui risque à terme de remettre en cause la solidarité interprofessionnelle et de réduire a minima les régimes sociaux. Mais, en revanche, nous sommes là aussi favorables à une surcotisation pour les entreprises qui abusent de l'intermittence.

LA TRIBUNE - Mais les marges financières de l'Unedic sont faibles...

Jean-Claude MAILLY - Qu'il s'agisse de l'Unedic ou de l'assurance-maladie, nous sommes à un moment de vérité. Le gouvernement et le patronat veulent-ils vraiment se donner des marges de manoeuvre pour apporter des réponses sociales, ou bien, en invoquant les contraintes économiques, préfèrent-ils imposer des restrictions ?

LA TRIBUNE - Que pensez-vous des projets du nouveau ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo ?

Jean-Claude MAILLY - Nous l'avons rencontré et nous lui avons dit de mettre au congélateur les projets de François Fillon, son prédécesseur, qui souhaitait renforcer le contrôle des chômeurs et alléger le Code du travail. J'ai le sentiment que nous avons été entendus. En revanche, le nouveau ministre souhaite mettre le paquet sur l'insertion. Nous soutenons cette orientation. Encore faudra-t-il en discuter les modalités.


(source http://www.force-ouvriere.org, le 27 avril 2004)

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