Appel à "voter pour l'Europe sociale" de MM. Elio di Rupo, président du parti socialiste belge, Antonio Guterres, président de l'internationale socialiste, Poul Nyrup Rasmussen, président du parti socialiste européen, François Hollande, premier secrétaire du PS et José Luis Rodriguez Zapatero, président du gouvernement espagnol, à Paris le 9 juin 2004 | vie-publique.fr | Discours publics

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Appel à "voter pour l'Europe sociale" de MM. Elio di Rupo, président du parti socialiste belge, Antonio Guterres, président de l'internationale socialiste, Poul Nyrup Rasmussen, président du parti socialiste européen, François Hollande, premier secrétaire du PS et José Luis Rodriguez Zapatero, président du gouvernement espagnol, à Paris le 9 juin 2004

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, ZAPATERO Jose Luis Rodriguez.

FRANCE. PS, premier secrétaire; ESPAGNE. Président du gouvernement

ti : Le 13 juin, tous les citoyens de l'Union européenne éliront leurs représentants au Parlement européen pour les cinq prochaines années. Les résultats de ce scrutin détermineront l'orientation politique de la nouvelle Union. L'enjeu de l'élection est dès lors considérable. Nous, responsables socialistes européens, voulons franchir une nouvelle étape de la construction européenne.

Il est une évidence que l'Europe ne répond pas suffisamment aux aspirations légitimes des citoyens au progrès social et à la réduction des inégalités. Si nous avons largement gagné le pari de la construction d'une Europe économique et monétaire, il nous reste à relever celui de l'Europe de l'égalité, des progrès individuels et collectifs, de l'émancipation, de la reconnaissance de la place de chacune et de chacun dans une société solidaire et celui du développement durable. En un mot, nous devons maintenant réaliser l'Europe sociale.

L'Europe sociale est d'abord celle de la croissance et de l'emploi. Le grand marché économique a montré qu'il était à lui seul incapable d'enrayer l'exclusion, le chômage et la précarité. Nous devons donc substituer au pacte de stabilité un pacte de croissance et d'emploi, qui permette de soutenir les investissements publics et les dépenses d'avenir. Il conviendra également de mettre en place un gouvernement économique et social européen, capable de conduire une politique orientée vers l'objectif du plein emploi. Ce gouvernement pourra oeuvrer à l'harmonisation de la fiscalité, notamment celle pesant sur les entreprises, afin de lutter contre le dumping fiscal entre Etats, et mettre en oeuvre une véritable politique industrielle au plan européen, fondée sur la recherche et l'innovation, pour placer l'Europe en tête dans des pôles d'excellence.

Nous devons ensuite doter l'Europe d'un traité social. Il n'est nullement question de transférer au niveau européen nos systèmes de protection sociale ou d'accepter un nivellement par le bas de nos droits sociaux. L'application de critères de convergence sociale visera au contraire à harmoniser par le haut les réglementations nationales en matière de salaires minima, de formation, d'égalité hommes-femmes, de protection contre les licenciements et les délocalisations, de lutte contre le chômage et la précarité, de droits à la participation et à la consultation des travailleurs et de leurs représentants. Il faut en particulier renforcer les moyens de contrôle des salariés sur la transparence de la gestion des entreprises, notamment en cas de restructuration industrielle, augmenter les prérogatives du comité d'entreprise européen, bâtir une réglementation audacieuse sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, en Europe et dans les pays où elles interviennent. L'Union doit certes devenir l'économie la plus compétitive du XXIe siècle, mais également constituer un espace de redistribution et de solidarité, un grand modèle de cohésion sociale. Pourquoi ce que nous avons réalisé en matière budgétaire et monétaire ne serait-il pas possible dans le domaine social ?

L'Europe que nous voulons est enfin celle de services publics forts et performants, que le marché seul est incapable de garantir. Les services d'intérêt général devront donc être défendus dans le traité constitutionnel et à travers une législation-cadre contraignante. Il est nécessaire d'inscrire dans les textes communautaires le principe d'égalité d'accès aux services publics entre les citoyens et les territoires, le maintien des péréquations sociales et territoriales, la possibilité pour chaque autorité publique de définir les activités qui relèvent du service public et non du droit de la concurrence, notamment quant à la propriété des entreprises qui en ont la charge. Le service public est une condition de la cohésion sociale et de l'égalité entre les citoyens, dans toute l'Europe. Nous voulons gagner ce combat dans la nouvelle Union.

Sur toutes ces questions, la droite et les libéraux ont pour uniques réponses la marché et la concurrence. Une telle conception est incompatible avec l'idée d'une Europe au service du développement humain et de la solidarité entre ses citoyens. L'opposition frontale de la droite européenne à la mise en place d'un impôt européen et à l'augmentation du budget de l'Union, malgré son élargissement, met au grand jour son cynisme et trahit sa volonté manifeste que rien ne change.

La future politique de l'Union dépend de la composition de l'assemblée européenne issue des urnes le 13 juin. Les résultats de cette élection détermineront la présidence de la future Commission européenne. Seule une majorité socialiste et sociale-démocrate aura la volonté et la capacité de conduire une politique différente de celle menée par la droite européenne depuis cinq ans. Dimanche, votons ensemble pour l'Europe sociale !



(Source http://www.europesocialiste.org, le 10 juin 2004)

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