Message de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la mixité entre les hommes et les femmes, de l'école au monde du travail, au Sénat le 15 juin 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Message de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la mixité entre les hommes et les femmes, de l'école au monde du travail, au Sénat le 15 juin 2004.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. UMP

Circonstances : Colloque organisé par la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes : "La mixité menacée", au Sénat le 15 juin 2004

ti : Madame la Présidente de la Délégation aux droits des femmes,
Mes chers collègues,
Mesdames, Messieurs,


Mon emploi du temps ne m'ayant pas permis d'être parmi vous ce matin, ce que je regrette vivement, j'ai souhaité vous livrer quelques réflexions qui me tiennent particulièrement à c¿ur, au sujet du thème de vos débats : " La mixité menacée ? ".

Je voudrais, en préambule à ces réflexions, féliciter la Délégation aux droits des femmes du Sénat et sa Présidente, Mme Gisèle Gautier, d'avoir choisi de consacrer son rapport d'activité de l'année 2003 à ce sujet.

En effet, un examen superficiel des choses pourrait laisser penser que la mixité Hommes/Femmes est une donnée si unanimement acceptée et si définitivement acquise dans notre société, que s'interroger sur une menace qui pèserait sur elle, relève de l'anachronisme et de la fiction purement intellectuelle !

Et pourtant, les travaux de la Délégation ont montré combien la contestation de la mixité, que l'on pensait définitivement rangée dans les tiroirs de l'Histoire, ressurgit depuis quelques années, et avec parfois une grande virulence.

Certes, notre pays reste très largement favorable à la mixité de tout l'espace public, de l'école jusqu'au monde du travail. Toutefois, on voit naître et se développer, ici et là, des courants de pensée et surtout des comportements qui, sous le prétexte de violences à l'école contre les filles, ou d'une maturité plus précoce de ces dernières ou encore de pratiques religieuses ou plutôt disons-le politico-religieuses, visent à remettre en cause le principe même de la mixité Hommes/Femmes.

Face à cette donnée nouvelle, qui se manifeste surtout à l'école, à l'hôpital et dans la pratique des sports, je tiens à réaffirmer solennellement ce qu'est la mixité pour la société française.

La vérité historique oblige à reconnaître que la mixité s'est imposée bien davantage par la nécessité économique que par une volonté de principe : la mixité dans le monde du travail, doit en effet beaucoup aux deux guerres mondiales et celle de l'école, aux contraintes financières des petites communes qui ne pouvaient se permettre d'avoir deux écoles. Néanmoins, la mixité est aujourd'hui une donnée fondamentale et même fondatrice de nos sociétés modernes.

La mixité c'est, à mes yeux, la condition indispensable, même si elle n'est pas suffisante, de l'égalité entre les Femmes et les Hommes : de l'égalité de statut, mais surtout de l'égalité dans la perception que les uns ont des autres.

La mixité, c'est l'apprentissage de la complémentarité, c'est la première ouverture sur l'autre et sur la différence.

C'est l'apprentissage de la tolérance et du respect mutuel, du moins c'est l'objectif que nous devons lui assigner.

En un mot, la mixité est aujourd'hui l'un des socles de notre démocratie moderne, laïque et républicaine.

S'il existe des violences à l'école, de la part de garçons contre des filles, ce n'est pas en les séparant qu'on éradiquera de tels comportements ; c'est en éduquant les garçons dans le respect des filles, en changeant leur regard sur elles.

Ce n'est pas aux filles à se cacher ou à rester enfermées, sous prétexte de protection, c'est aux garçons de changer leurs mentalités. Seuls des écoles et des cours mixtes peuvent permettre aux enseignants animés par une conception exigeante et active de la mixité, de progresser dans cette voie.

De même, il n'est pas acceptable que, sous prétexte de croyance religieuse ou de pudeur, s'installent dans nos services publics, comme dans nos entreprises, des règles de fonctionnement différenciées, en fonction du sexe des usagers ou des membres du personnel.

Il n'est pas acceptable de refuser de se faire soigner ou, a fortiori, de soigner une personne du sexe opposé, d'encadrer ou d'être encadré par une personne du sexe opposé, de refuser de serrer la main ou de passer un examen scolaire avec une personne de l'autre sexe.

Outre le fait que c'est toujours la femme qui pâtit de cette différenciation sexuée qui est une discrimination, en étant rejetée ou en se rejetant elle-même dans la claustration ou l'infériorité, c'est la nature même de la citoyenneté telle que nous la concevons depuis deux siècles, qui est menacée par ces comportements.

Si nous ne les contenons pas, ils risquent de s'étendre à d'autres domaines que l'hôpital ou le sport, puis à d'autres questions que la mixité.

C'est pourquoi je soutiens très fermement les propositions émises par la Délégation et notamment celle de veiller à ce que la disposition législative relative à la laïcité à l'hôpital prohibe toute discrimination entre les sexes.

Le Sénat sera particulièrement vigilant sur cette question. Je tiens à dire à tous ceux qui sur le terrain sont en première ligne pour affronter et régler ces difficultés, -en étant parfois bien seuls-, que nous allons faire le maximum pour leur faciliter un peu la tâche, une tâche essentielle pour notre démocratie toute entière.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de fructueux débats.

(Source http://www.senat.fr, le 24 juin 2004)

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