Tribune conjointe de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, du ministre de l'écologie et du développement durable, et de leurs homologues britanniques, dans "Le Monde" du 25 juin 2004, sur la lutte contre le réchauffement climatique | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune conjointe de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, du ministre de l'écologie et du développement durable, et de leurs homologues britanniques, dans "Le Monde" du 25 juin 2004, sur la lutte contre le réchauffement climatique

Personnalité, fonction : BARNIER Michel, LEPELTIER Serge, STRAW Jack, BECKETT Margaret.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères; FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable; GRANDE BRETAGNE. Ministre des affaires étrangères; GRANDE BRETAGNE. Ministre d'Etat de l'environnement, de l'alimentation et des affaires rurales

ti : "Réchauffement climatique : trop tard ?"


Il faut avoir le courage de le dire à nos concitoyens : l'accélération du réchauffement climatique est devenue une donnée structurelle de l'évolution de notre planète.

C'est incontestablement le défi majeur auquel l'humanité doit faire face, sur le long terme, pour assurer son avenir.

Les faits, corroborés par de nombreuses études scientifiques, sont patents. Les phénomènes climatiques extrêmes aussi.

La canicule de l'été 2003, les inondations à répétition, la progression de la désertification, la fonte de la banquise et des glaciers illustrent les premiers effets du bouleversement climatique. Et, pourtant, la volonté collective des Etats demeure bien trop faible par rapport à la gravité du défi.

Alors que les opinions publiques sont de plus en plus sensibles aux enjeux de santé et d'environnement, en particulier vis-à-vis des générations futures, le processus de négociation multilatérale engagé dans les années 1990 se trouve aujourd'hui à un tournant critique.

Sans céder aux clichés des films-catastrophes, il faut répéter que l'urgence est là. L'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre liées à l'activité humaine a d'ores et déjà engendré des changements climatiques significatifs. Alors que le réchauffement naturel de la terre évoluait à un rythme très lent depuis des dizaines de milliers d'années, la croissance exponentielle de la consommation énergétique mondiale a bouleversé l'ordre des choses.

Le réchauffement climatique s'est emballé, évoluant 100 fois plus vite que son rythme naturel. Les scientifiques tablent sur un réchauffement de 1,4 à 5,8 degrés à l'horizon 2100, même si des mesures de grande envergure visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre étaient prises dans les prochaines années.

N'oublions pas qu'il a suffi au cours de la période glaciaire d'une variation de seulement 5 degrés pour que l'ensemble de l'Europe du Nord, la Grande-Bretagne comprise, soit recouverte de glaciers de plusieurs kilomètres d'épaisseur...

Nous pouvons anticiper les conséquences du changement climatique actuel sur l'écosystème et les conditions de vie des générations futures. Leur coût - sanitaire, économique, écologique - est incalculable, et manifestement bien supérieur au coût économique des mesures visant à maîtriser le phénomène.

La France et le Royaume-Uni sont déterminés à faire face à ce bouleversement climatique majeur, en lien étroit avec leurs partenaires de l'Union européenne. L'enjeu immédiat est d'assurer que l'Europe remplisse les engagements pris à Kyoto. Il n'est pas, à ce stade, de réduire le stock des gaz à effet de serre, mais de maîtriser son accroissement dans les années à venir. Dans une seconde étape, il faudra amorcer une réduction des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Ce n'est qu'à ce prix que notre civilisation pourra continuer sa route, grâce à un développement contrôlé, au service de l'Homme.

La maîtrise du changement climatique détermine l'avenir de l'humanité. La responsabilité collective des Etats comme la responsabilité personnelle des dirigeants politiques sont engagées, et la poursuite de la concertation internationale s'impose comme une nécessité absolue. La France et le Royaume-Uni, quant à eux, sont déterminés à y contribuer. Ils souhaitent l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto, signé en 1997, et respecteront leurs engagements chiffrés, malgré les réticences de certains Etats.

Nous voulons croire dans la volonté de mobilisation des Etats et des opinions publiques devant un risque collectif majeur. Le protocole de Kyoto est une première étape, nécessaire, mais non suffisante. La tâche est immense. L'enjeu, pour les gouvernants et la société civile, est de se mobiliser, par-delà les cycles de la vie politique, par-delà les échéances de court terme et les préoccupations du moment. "L'avenir, il ne suffit pas de le prévoir, disait Saint-Exupéry, mais de le rendre possible".

Pour que cette prise de conscience s'opère, dissipons d'abord certains malentendus. D'aucuns affirment que la croissance ne pourrait aller de pair avec la protection de l'environnement. Prise comme un principe absolu, cette idée est fausse. Ce qui compte, c'est de rendre la croissance éco-compatible en continuant à faire évoluer nos modes de production et de consommation. C'est le développement durable.

De 1990 à 2002, le Royaume-Uni a réduit ses émissions de 15% et a connu dans le même temps une croissance de 30 %. L'Allemagne, qui s'est fermement engagée sur la voie des énergies renouvelables, a investi dans des technologies de pointe avec un retour sur investissement important. Quant à la France, elle se situe toujours parmi les pays développés dont les émissions de gaz à effet de serre par habitant sont de loin les plus faibles, du fait notamment de sa politique énergétique. Enfin, des entreprises de plus en plus nombreuses, partout dans le monde, intègrent concrètement une dimension environnementale dans leur stratégie de développement.

Phénomène global, le changement climatique n'en aura pas moins des conséquences différenciées selon les régions du monde. Pour des raisons géographiques, pour des raisons liées au niveau de développement, les pays du Sud - et en particulier l'Afrique et les petits Etats insulaires - seront les premiers touchés par les conséquences du changement climatique. Ce défi nécessite donc une réponse internationale solidaire, et en premier lieu de la part des Etats industrialisés, qui portent, rappelons-le, une responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre.

C'est à nous qu'il incombe de maîtriser en premier notre consommation énergétique ; de faciliter les transferts technologiques, en matière d'énergie renouvelable notamment ; de soutenir, sur les plans financier et technique, les initiatives des pays en développement. Ces initiatives sont nombreuses et sources d'espoir. La Chine a notamment présenté, début juin, un programme national d'action visant à porter à 10 % la part des énergies renouvelables dans sa production d'électricité à l'horizon 2010. Le Brésil, la Corée du Sud, se sont d'ores et déjà engagés dans des programmes d'efficacité énergétique indispensables à leur croissance économique durable.

La lutte contre le changement climatique constitue un champ d'action privilégié pour l'Europe, en tête de ce combat grâce à son unité et à sa solidarité dans ce domaine. Les pays industrialisés doivent donner l'exemple. L'UE s'apprête à mettre en place, en janvier 2005, un système d'échange de quotas et de permis d'émissions qui favorisent le développement des industries propres et l'innovation technologique. En France, l'Assemblée nationale vient de voter la Charte qui accorde au droit de l'environnement une valeur constitutionnelle. Le Royaume-Uni, qui assumera la présidence du G8 en 2005, a inscrit comme ses deux principales priorités le changement climatique et l'Afrique.

Nos deux gouvernements sont fermement engagés, avec leurs partenaires de l'UE, à relever ce défi crucial. Solidaires, ils sont pleinement conscients de l'urgence de l'action et résolus à mobiliser autour d'eux la communauté internationale. Ensemble, relevons ce défi. Convainquons nos partenaires et amis. Il est aujourd'hui grand temps d'agir. Faisons vite !

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 juin 2004)

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