Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à Paris le 15 juin 2004 et interview à "France Inter" le 16 juin 2004, sur l'action menée dans le domaine des transports pour protéger l'environnement, notamment dans la construction automobile avec la première voiture hybride (essence-électricité) réalisée par l'entreprise Toyota. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à Paris le 15 juin 2004 et interview à "France Inter" le 16 juin 2004, sur l'action menée dans le domaine des transports pour protéger l'environnement, notamment dans la construction automobile avec la première voiture hybride (essence-électricité) réalisée par l'entreprise Toyota.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, PAOLI Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer

Circonstances : Semaine du Développement durable du 16 au 27 juin 2004

ti : Monsieur le Président,
Monsieur le Vice-Président,
Monsieur le directeur général,
Mesdames et messieurs,


Je suis heureux de vous accueillir aujourd'hui pour vous expliquer la raison de notre présence. Mais permettez-moi tout d'abord de vous présenter :

Monsieur YASUDA, Président de Toyota France
Monsieur GARDEL, Vice-Président de Toyota France
Et Monsieur GOTO, Directeur général Toyota Motor Europe

Demain, à l 'initiative de Serge LEPELETIER, ministre de l'Ecologie et du Développement Durable, commence la deuxième semaine du Développement durable.

A cette occasion, j'ai souhaité engager mon ministère dans la lutte contre le réchauffement climatique et la réduction des gaz à effet de serre. En effet les transports représentent un quart des émissions française de gaz à effet de serre.

C'est pourquoi tout au long de cette " semaine " de 12 jours, du 16 au 27 juin, je vous invite à découvrir en sept étapes quelques exemples des actions et des recherches conduites par ce ministère afin de limiter et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Jeudi matin, je vous présenterai le détail de ces 7 étapes ainsi que l'état de nos connaissances sur l'effet de serre avec les experts de Météo France.

J'ajoute que la circulation automobile est également un enjeu immédiat de santé publique. Elle est un des facteurs importants de la pollution meurtrière de l'air que nous respirons ainsi que l'a montré récemment l'Agence française de sécurité sanitaire environnementale. Nous devons donc agir résolument pour réduire le niveau de pollution de l'air dans nos villes. Il n'est pas normal qu'au moindre coup de chaleur nous demandions aux plus fragiles d'entre nous de rester chez eux.

L'amélioration de l'offre de transport public à laquelle nous travaillons est l'une des solutions à ce problème.

Pour autant, l'automobile est un élément essentiel de liberté individuelle, un des outils majeurs de la circulation des biens et des personnes. Et il ne saurait être question de la remettre en cause dans son principe.

Ce que nous devons donc rechercher aujourd'hui ce sont à la fois les moyens de proposer des alternatives à l'automobile et les moyens de rendre l'automobile compatible avec les enjeux de santé publique et d'environnement.

C'est pourquoi je souhaite faire du tout électrique en ville un objectif prioritaire pour les acteurs du transport.

Il faut, que d'ici une vingtaine d'années, en ville, le moteur à explosion actuel soit remplacé par des motorisations propres : électriques ou hybrides.

Il est temps que l'industrie automobile s'émancipe de la monoculture du pétrole.

De la même manière qu'il est possible d'épargner des vies et des drames humains par un usage raisonnable et apaisé de son véhicule, il doit être possible demain de supprimer ou au moins de limiter les nuisances provoquées par l'automobile.

Pour cela, l'interdiction ne doit pas être le seul levier de l'action publique. C'est pourquoi je veux saluer aujourd'hui le progrès technologique réalisé par Toyota sur un modèle produit en série.

La Prius, permet de réduire la consommation de carburant et constitue une étape très importante vers la possibilité de rouler tout électrique en ville.

Pendant cette semaine du développement durable, afin de mettre en valeur cette innovation, à l'exemple de mon collègue Serge Lepeltier qui utilise ce véhicule à Bourges et de mon ami Marcel Deneux sénateur de la Somme, j'aurai plaisir à me déplacer dans ce véhicule.


Je vous remercie.


(source http://www.equipement.gouv.fr, le 16 juin 2004

Q- S. Paoli-. Alors que s'ouvre la semaine du Développement durable qui pose notamment la question de la protection de l'environnement, l'industrie automobile est-elle prête à s'émanciper de la monoculture du pétrole, ainsi que le souhaite le ministre des Transports ? Le constructeur japonais Toyota, commercialise en France un véhicule hybride, essence-électricité. A sa surprise, les 500 exemplaires qu'il pensait vendre en une année ont été acquis en deux mois par des automobilistes qui ont bénéficié d'un crédit d'impôt.
Le pétrole. "S'émanciper du pétrole", demandez-vous - il est temps...

R- "Ah oui, il est temps parce qu'avec le réchauffement de la planète, qui n'est pas une vue de l'esprit, et une vue pour deux siècles, c'est dans 10 ans, c'est 20 ans, c'est dans 30 ans. Et si on ne fait rien, on aura un réchauffement de la planète qui va provoquer un changement climatique qui va en surprendre plus d'un. Et la canicule que l'on a connue l'année dernière ne sera pas la canicule exceptionnelle, cela risque de venir chaque année."

Q- On voit que vous respectez la hiérarchie des importances. Vous mettez d'abord l'environnement, en disant, ça se réchauffe, mais il y a aussi les enjeux géopolitiques. On n'aura peut-être bientôt plus le choix, si le robinet du pétrole est coupé et s'il y a un nouveau choc pétrolier. Comment se fait-il que les constructeurs automobiles ne se posent pas plus aujourd'hui la question de ce type d'enjeux?

R- "Je suis persuadé qu'avec la prise de conscience qui émerge, d'ici 10 ou 20 ans, il n'y aura plus de voiture à combustion thermique dans les villes, et que l'électrique ou l'hybride - vous avez cité Toyota, que j'utilise d'ailleurs, pendant toute cette semaine du développement durable ..."

Q- Est-ce que cela fonctionne bien ou pas ?

R- "... et j'irai au Conseil des ministre tout à l'heure avec, pour bien montrer que il y a des constructeurs qui font des efforts, et qu'il faut que tous les constructeurs fassent des efforts. Cela fonctionne bien."

Q- Est-ce une vraie alternative?

R- "C'était peut-être une alternative transitoire, puisque cela consomme 4,2 litres au 100, c'est-à-dire un peu près deux fois moins. Cela émet deux fois moins de gaz à effet de serre, donc cela pollue moins la planète. Et donc, cette voiture est une solution hybride comme elle l'indique, c'est-à-dire qu'en ville, s'il n'y avait que ces voitures-là, nous n'aurions probablement pas d'effet de serre avant 30, 40 ou 50 ans, alors qu'on risque d'en avoir dans 10 ou 20 ans. Cela montre l'exemple. Et je pense qu'ensuite, on aura que des voitures électriques. Il faut donc échapper un peu à cette monoculture du pétrole et il faut encourager les constructeurs à imaginer, à chercher d'autres sources d'énergies propres."

Q- Que veut dire "encourager"? Faut-il une volonté politique ? Faut-il décider que dans 10 ans, il n'y aura plus de voiture à essence dans les villes ?

R- "Il faut à la fois décider et il faut, à la fois, encourager, stimuler par la concurrence. Vous comprenez que le ministre des Transports qui voyage actuellement avec une marque étrangère, même fabriquée en France - les Toyota sont fabriquées en France -, c'est une petite provocation qui doit quand même interpeller les constructeurs européens et français en particulier. Je sais qu'ils cherchent, ils ont des voitures électriques mais qui ne sont pas fabriquées en série, donc on en a quelques unes par commune, par ville etc. Mais cela n'est pas une diffusion très grande, en très grande quantité, cela reste encore confidentiel. Il faut que cela devienne la règle. Dans 10 ou 20 ans, il est indispensable, qu'au moins en ville, il n'y ait que des voitures électriques et que des voitures hybrides."

Q- On ne fait ici le procès de personne, mais quand on entend le groupe PSA-Peugeot-Citroën dire que, bon pourquoi pas, sauf que, cela coûte aujourd'hui beaucoup trop cher par rapport aux avantages que cela présente. Est-ce un argument qui tient la route ou est-ce simplement parce que l'on n'a pas encore le marché ?

R- "C'est un argument qui ne tient pas la route, tout simplement parce que la voiture dont je me sers aujourd'hui, coûte le prix moyen d'une voiture moyenne gamme. Donc, même s'il fallait à la limite subventionner un petit peu ce genre de véhicules au moins pour assurer la transition, la sortie en série et avec cette sortie en série, eh bien par l'effet de la série, on aurait des baisses de prix. Il me semble donc très important que chacun soit encouragé à acheter pour que le plus grand nombre fasse baisser les prix."

Q- Ce crédit d'impôt, qui est assez important - plus de 1 500 euros pour ceux qui achètent cette voiture hybride, et donc qu'on ne peut plus trouver, les 500 exemplaires sont partis en deux mois. Ce qui est un tel succès !...

R- "C'est un tel succès au Japon, que le Japon n'arrive pas à fournir pour le Japon. Et qu'aujourd'hui, les 500 véhicules qui étaient affectés à la France sont déjà vendus pour l'année 2004 - c'est-à-dire qu'on est déjà au mois de juin et vous voyez que le deuxième semestre ne pourra pas être fourni. Cela veut dire qu'il y a une vraie demande de la part des gens, qu'il y a une vraie prise de conscience des citoyens."

Q- Nouvelle ou pas ?

R- "Progressive, nouvelle. Le politique est là aussi pour essayer d'accélérer un petit peu cette prise de conscience. Je vous rappelle que la France a déjà pris des mesures importantes. Je voudrais vous en citer deux, si vous le permettez : le fait de faire de la sécurité routière fait que les voitures et les conducteurs ont baissé leur vitesse d'environ 10 km/h. C'est beaucoup moins d'émission de CO2 dans l'atmosphère. Baisser la vitesse d'environ 10 % de moins. Deuxième mesure très importante qui a été prise le 18 décembre 2003, qui est passée presque inaperçue et je le regrette : c'est que le CIAT - le Comité interministériel de l'aménagement du territoire, l'instance présidée par le Premier ministre - a décidé tout un ensemble d'infrastructures en France qui seront à 70 % des mesures non routières et non autoroutières : des canaux, des lignes ferroviaires. Si on a pas vendu des autoroutes - il y a eu un débat à ce moment là, fallait-il ou pas vendre des autoroutes ? -, c'est justement pour que la route puisse financer le rail, le transport fluvial par exemple. Donc, c'est très important de montrer que l'orientation, l'infléchissement de la politique française va vraiment vers une politique plus respectueuse de l'environnement."

Q- Et en direction des citoyens qui sont décidément des consommateurs, quels types d'informations et de communication ? Parce que l'on dit beaucoup que les comportements ont commencé à changer - et peut-être que cela expliquerait le succès des véhicules hybrides - depuis la mortelle canicule de l'été dernier. Que l'on a pris conscience peut-être, justement, différemment des enjeux et des risques.

R- "Je crois que la canicule de l'année dernière, en plus du drame considérable que cela a entraîné, bien sûr, il y a eu une prise de conscience. Il y a des moments dans l'histoire où les choses mûrissent, c'est un peu comme pour la sécurité routière. Il y a un moment donné où, pas seulement les pouvoirs publics, mais les associations sont mieux entendues, les citoyens sont plus réceptifs, ils sont prêts à faire un effort. Et ils savent - enfin ils doivent savoir - de plus en plus que là, on prend un risque si on ne fait pas des efforts. Les transports, dans tous les pays développés, en France comme ailleurs, sont responsables du quart des émissions de CO2 et les CO2, on le sait - 2020, 2030, 2050, un degré, un degré et demi, je vais d'ailleurs présenter cela demain à Météo France - vont être responsables de changements très importants, et on pourrait imaginer que le Sud de la France un jour devienne pratiquement comme l'Afrique du Nord, et que progressivement , le Nord de la France devienne comme le Sud de la France aujourd'hui. Que, par exemple, les neiges qui sont dans nos stations de sports d'hiver seront obligées de se reconvertir en stations de golf. Il faut savoir cela. Mais au-delà, il y a quand même tout un changement de climat qu'on ne maîtrisera pas si on ne fait d'énormes efforts. Et la question qui se pose : aurons-nous encore des courants chauds maritimes qui viendront caresser nos côtes de Bretagne et deux effets contraires, plus de courants chauds en Bretagne et le climat qui remonte, on peut imaginer des tempêtes beaucoup plus fortes."

Q- Et beaucoup plus rapidement que l'on imagine ?

R- "Beaucoup plus rapides. Je ne veux pas être de mauvaise augure et annoncer des choses terribles mais c'est surtout pour faire prendre conscience qu'on a tous des efforts à faire."

Q- Cette semaine du développement durable qui commence, dans quel espace s'inscrit-elle? Admettons qu'on fasse, nous, les efforts, mais l'Europe - on est dans la semaine qui suit les résultats des élections européennes - y a-t-il une ambition européenne d'appliquer ces ... ?

R- "Oui, dans le domaine des transports, il y a une ambition européenne, on a choisi un certain nombre de grands modes de transports "transeuropéens", comme on les appelle, parmi lesquels, il y a, par exemple, beaucoup plus de fret ferroviaire et il y a d'ailleurs des lignes de fret ferroviaire que je vais visiter cette semaine dans le cadre toujours de cette semaine de développement durable. Et donc l'Europe des transports a parfaitement conscience qu'elle a un rôle à jouer, exemplaire, pour faire des infrastructures, qui sont surtout des infrastructures plus propres."

Q- Une question quand même de politique politicienne. N'est-il pas trop difficile d'être le seul ministre UDF du Gouvernement et d'essayer de faire la jonction entre un F. Bayrou, qui revendique son autonomie totale au sein du Parlement européen, et un Gouvernement qui lui dit : attention si tu sors du cercle, cela ne se passera
pas bien ?

R- "Cela me donne peut-être des responsabilités un peu supplémentaires. C'est-à-dire qu'étant le seul UDF, j'essaye de démontrer - d'abord, j'essaye de faire mon boulot - et deuxièmement, j'essaye de démontrer qu'un ministre UDF au Gouvernement, cela peut être utile."

Q- Pensez-vous pouvoir maintenir un lien réel entre l'UMP et l'UDF
aujourd'hui ?

R- "Je m'y efforce, vraiment je m'y efforce, parce que je crois qu'il est absolument indispensable qu'entre l'UMP et l'UDF, on se parle et que si on se parle on se comprenne mieux, et que si on se comprend mieux, que l'on puisse institutionnaliser des rapports normaux entre familles politiques qui ont de toute façon à travailler ensemble. Et je trouve que l'on prêche cela pour les entreprises, on dit aux entreprises : pratiquez le dialogue social ; on dit aux partenaires sociaux : sachons négocier. Je pense aussi que, dans la vie politique, on doit aussi savoir parler, on doit savoir contractualiser, on doit savoir négocier, on doit savoir se comprendre. Si on ne se comprend pas, on fait un constat de désaccord et à ce moment là, on n'est plus dans la majorité."


(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 juin 2004)

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