Interview de M. François Baroin, secrétaire général délégué de l'UMP, à Europe 1 le 28 juin 2004, sur le transfert de souveraineté à l'Irak et sur la polémique suscitée par la probable candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Baroin, secrétaire général délégué de l'UMP, à Europe 1 le 28 juin 2004, sur le transfert de souveraineté à l'Irak et sur la polémique suscitée par la probable candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP.

Personnalité, fonction : BAROIN François, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. UMP, secrétaire général délégué

ti : Jean-Pierre ELKABBACH.- On vient d'apprendre tous les deux que c'est probablement aujourd'hui à Bagdad que le transfert réel ou virtuel de souveraineté de l'Irak aux Irakiens va avoir lieu. Et au même moment, au sommet d'Istanbul, le Président Bush et ses alliés vont faire le forcing pour que la France, via l'OTAN, envoie des soldats en Irak.

François BAROIN.-"La réponse sera non. Le président de la République l'a dit : il n'engagera pas, d'une manière ou d'une autre, des Français ou des forces de l'OTAN sur le plan militaire. Il a donné son accord pour un consensus qui est aujourd'hui en discussion, mais on n'ira pas plus loin."

Jean-Pierre ELKABBACH.- S'il est seul ?

François BAROIN.-"S'il est seul, vous le savez, à l'OTAN, c'est la règle de l'unanimité, et donc il bloquera."

Jean-Pierre ELKABBACH.- On le croyait s'être réconcilié avec les Américains, en tout cas avec G. Bush ?

François BAROIN.-"Leur réconciliation est en marche, sur un processus de sortie - c'est le sens du transfert de souveraineté. Cela ne remet pas en cause les oppositions qu'il y a eu à une époque, dont on peut être fiers, nous les Français, d'avoir constaté au final que, malheureusement, le choix retenu n'était pas le bon. Maintenant, il faut engager ce transfert de souveraineté. Cette annonce d'aujourd'hui, à l'instant, va quand même dans la bonne direction."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Quel week-end ! Nous allons parlons des choses sérieuses...

François BAROIN.-"Vous parlez de l'UMP ?"

Jean-Pierre ELKABBACH.- On a bien compris : Bercy ou l'UMP. Mais si Nicolas Sarkozy refuse - c'est probable - et qu'il veut et Bercy et l'UMP ?

François BAROIN.-"La règle, ce n'est pas une règle pour Nicolas Sarkozy, contre Nicolas Sarkozy. C'est une règle qui nécessite un peu d'explication."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Elle est ni dans la Constitution, ni dans les statuts de l'UMP.

François BAROIN.- "C'est exact..."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Elle a été inventée il y a dix jours, comme par hasard !

François BAROIN.-"Ce n'est pas tout à fait exact. Le président de la République est en charge de l'essentiel, il est le garant des institutions. J'entends l'argument que vous dites, que c'est quand même nouveau, que cela semble être "l'enfant trouvé" ou qu'on dirait une nouvelle malice pour nourrir le "tout sauf Sarkozy". Ce n'est rien de tout cela. En 2002, Jacques Chirac a été élu. Quelques semaines plus tard, un groupe à l'Assemblée nationale, l'ump, avait la majorité absolue. Nous vivons dans une situation qui ne s'est jamais vue sous la Vème République..."

Jean-Pierre ELKABBACH.- On peut le dire...

François BAROIN.-"Ce qui signifie que si un membre du Gouvernement, autre que le Premier ministre, qu'il soit le numéro deux et qu'il s'appelle Nicolas Sarkozy, qu'il soit numéro 10 ou qu'il soit numéro 4, était le Président du parti qui domine à l'Assemblée nationale les députés et donc de faire la pluie et le beau temps pour la suite des réformes, c'est un glissement institutionnel qui n'est pas acceptable. Voilà pourquoi le président de la République a fixé ces règles, voilà pourquoi elles sont logiques avec l'évolution du quinquennat."

Jean-Pierre ELKABBACH.- J'ai bien entendu mais vous voyez bien aussi que la règle ne règle rien...

François BAROIN.-"Lorsque l'on fixe un cap, si l'on souhaite tirer les bords, on s'éloigne un peu de l'orientation et de l'objectif qui est poursuivi. C'est le Président qui le dit. C'est lui qui nomme. C'est un choix, mais c'est un choix honorable : ce n'est pas indigne d'être président de l'UMP, ce n'est pas indigne d'être ministre."

Jean-Pierre ELKABBACH.- En énonçant cette nouvelle règle, ne pensiez-vous pas que Nicolas Sarkozy préférait, par tempérament, l'action et la lumière ? Mais aujourd'hui, est-ce qu'il a un autre choix que de prendre l'UMP ? Et à ce moment-là, n'est-ce pas vous qui tomberez dans le piège que vous vouliez lui tendre ?

François BAROIN.-"J'ai passé 48 heures formidables, j'en suis sorti tout à fait épuisé, comme si c'était la pierre angulaire de toute la politique française. Et ceux qui nous écoutent doivent se dire mais au fond, le gouvernement va nous proposer une réforme de l'assurance maladie, le président de la République est à Istanbul et négocie la place de la France dans l'Europe... Mais j'accepte volontiers de répondre à N. Sarkozy, à vous même. Je le fais parce qu'il faut le purger."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Mais il faut régler une situation inédite sous la Vème République...

François BAROIN.-"Le "tout sauf Sarkozy", je l'ai dit, est une absurdité politique. Le "tout pour Sarkozy" est une autre absurdité politique. Tout cela n'as pas de sens et est très déséquilibrant. Je crois profondément que nous avons besoin de se retourner en arrière. Au fond, est-ce que le président de la République en veut à quelqu'un ? Est-ce qu'il y aurait des litiges qui n'auraient pas été purgées ? Profondément, non."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Vous le voyez, vous êtes un visiteur familier. Que dit-il de tout cela ?

François BAROIN.-"Sa priorité, c'est la France, c'est la défense de l'idée qu'il se fait du pays dans le monde. Sa priorité, c'est que le gouvernement réussisse. Est-ce qu'on pense que c'est parce que Sarkozy a été balladurien entre 93 et 95, que tout n'a pas été soldé ? Tout cela est un piège. Le "TSS" est un piège. C'est un piège pour la droite, pour le Gouvernement, pour Nicolas aussi. C'est donc un piège pour tous. De même que le "tout pour Sarkozy" est également un piège, parce que c'est un glissement institutionnel."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Aujourd'hui, est-ce que vous pensez qu'un ticket Raffarin-Sarkozy, peut-être vous, peut-être Douste-Blazy, est possible ?

François BAROIN.-"Je ne suis candidat à aucune autre responsabilité que celle que j'ai acceptée pendant les six mois. Je n'irai pas au-delà du congrès de novembre dans une forme de responsabilité à l'intérieur de l'UMP. En revanche, tout est envisageable. Je crois qu'il y a un choix, il est simple : soit on est dans l'action gouvernementale, soit on est dans l'action du parti, mais parce qu'il y a ce déséquilibre politique, on ne peut pas être à la fois les deux, sauf le Premier ministre qui lui est le chef de la majorité. Et ce n'est pas hors norme, c'est la logique..."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Le calendrier peut-il être accéléré ?

v-"Le calendrier est simple. Le président de la République et Nicolas Sarkozy se sont vus la semaine dernière, ils doivent se revoir. Est-ce que c'est avant ou après le 14 juillet, cela ne dépend pas de moi."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Le futur président de l'UMP, quel qu'il soit, sera-t-il naturellement le candidat UMP à l'Elysée ?

François BAROIN.-"Ce problème n'a pas été réglé non plus. Peut-être que c'est un élément de discussion, mais aujourd'hui, la priorité c'est de réussir la deuxième partie du quinquennat. Voilà pourquoi nous avons besoin, à l'UMP, que le président de la République parle fortement le 14 juillet, qu'il redonne le sens de ce qu'il veut pour son quinquennat, qu'il donne la direction. On a besoin d'une boussole, d'un cap, on a besoin de savoir ce qu'on va faire dans les années à venir..."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Vous avez besoin d'une boussole à la moitié du quinquennat ?! C'est-à-dire qu'elle n'a pas fonctionné pendant le début du quinquennat ?

François BAROIN.-"Elle a fonctionné très nettement pendant un an et demi. On a engagé un certain nombre de réformes, on a subi des revers - c'est pour cela que l'on s'est réuni ce week-end - et on a besoin de savoir dans les deux ans et demi ce que le président de la République souhaite faire."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Est-ce que toutes ces querelles ne tentent pas Jacques Chirac d'y retourner, de rester à l'Elysée ?

François BAROIN.-"Je sais bien que le quinquennat a tout accéléré et qu'à la limite, on vit deux ans en six mois, enfin que tout va très vite et qu'on est déjà dans l'après-présidentielle de 2007. Je crois que sa priorité, pour bien le connaître, dans un contexte mondial compliqué, dans une organisation européenne diffuse, dans une incertitude nationale, c'est quand même de réussir son quinquennat. Et les conditions de la réussite, quelles sont-elles ? Qu'il ait un Premier ministre loyal, qu'il ait une équipe motivée, qu'il ait un parti à sa disposition..."

Jean-Pierre ELKABBACH.- C'est le cas jusqu'ici ?

François BAROIN.-"Pour l'instant, c'est conditions sont remplies. Il ne faudrait pas ce soit déséquilibré."

Jean-Pierre ELKABBACH.- En tant qu'un des chefs de cette jeune UMP, que pensez-vous des notes expertes de Bercy qui assassinent la réforme Douste-Blazy avant même le débat parlementaire ?

François BAROIN.-"J'ai l'impression que pour que tout change, il faut que rien ne change. J'ai été membre du Gouvernement avec Alain Juppé et je n'oublie pas une note de Bercy qui nous annonçait la situation économique¿"

Jean-Pierre ELKABBACH.- Et qui a débouché sur la dissolution¿

François BAROIN.- "Et la décision politique qui en a résulté, vous l'avez dit, c'est la dissolution. C'était un triomphe pour la droite (sic), nous avons été lessivés. C'est la raison pour laquelle désormais, toutes les notes de Bercy, je les regarde avec prudence."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Mais sur le fond, malgré la réforme, il paraît que le déficit atteindrait entre 7 et 15 milliard d'euros ? Il y a l'objectif mais ces notes d'experts prévoient 7 ou 15 milliards d'euros, c'est-à-dire l'échec.

François BAROIN.-"Vous partez du principe que les experts ne se trompent jamais. J'ai malheureusement l'expérience que les experts se trompent souvent. Je crois qu'il y a une part de volontarisme et une nouvelle méthode, la nouvelle gouvernance - c'est le sens de l'action de Philippe Douste-Blazy. Il y a une part de pari, mais il y a une part de réalité, de bonne volonté. Et puis, il y a la logique comptable, mathématique, un peu bête et méchante, qui ne s'appuie sur aucun élément dynamique, d'un changement de système dans son fonctionnement."

Jean-Pierre ELKABBACH.- D. Bussereau disait qu'un échec de la réforme serait un échec collectif et de tous les Français et qu'à ce moment-là, il faudrait en venir à la méthode dure...

François BAROIN.-"Il n'a pas tort. Je pense que c'est la dernière chance pour un grand plan de l'assurance maladie."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Etes-vous favorable à une pause de la baisse des impôts ?

François BAROIN.-"Je suis favorable à la poursuite de la baisse des prélèvements obligatoires. Ensuite, quel est le plus sexy pour arrêter ? Est-ce que c'est l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés ? Tout cela, ce sont des arbitrages, c'est au Premier ministre de trancher. En tout cas, ce que nous souhaitons à l'UMP, c'est la poursuite de la baisse des impôts."

Jean-Pierre ELKABBACH.- Vous avez fait allusion tout à l'heure à la situation européenne, internationale. Est-ce que vous pensez qu'il y aura un référendum sur l'Europe, tel que vous connaissez Jacques Chirac ?

François BAROIN.-"Jacques Chirac est partisan du référendum dans son for intérieur, c'est sa trajectoire, il s'est toujours exprimé en ce sens. Maintenant, dans la position qui est la sienne, il ne s'est pas encore positionné, prononcé. Pourquoi ? D'abord parce qu'il attend le texte définitif, et ensuite, il y a un paysage politique : nouvelle UMP, on est clair. Quand je vois le PS et M. Fabius qui, pour faire sa petite carrière personnelle, pour essayer de rivaliser avec M. Hollande, faire de la tactique sur un sujet aussi essentiel, je me dis qu'eux ont clairement perdu le nord."

(Source http://www.u-m-p.org, le 29 juin 2004)

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