Rapport politique de M. Gilles Lemaire, secrétaire national des Verts, sur la campagne et le scrutin des élections européennes, la situation internationale et le débat politique avec les partis de gauche, Paris le 19 juin 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Rapport politique de M. Gilles Lemaire, secrétaire national des Verts, sur la campagne et le scrutin des élections européennes, la situation internationale et le débat politique avec les partis de gauche, Paris le 19 juin 2004.

Personnalité, fonction : LEMAIRE Gilles.

FRANCE. Les Verts, secrétaire national

Circonstances : Réunion du Conseil national interrégional (CNIR) des Verts à Paris les 19 et 20 juin 2004

ti : La situation dans le monde

Pendant les élections européennes, le monde a continué de tourner. Et il tourne toujours aussi mal !

En Irak, les Etats-Unis continuent de s'embourber. Après avoir constaté le premier mensonge américain : l'inexistence des armes de destruction massive, le deuxième argument avancé par l'administration américaine est tombé : la commission d'enquête du Sénat américain composé de 5 sénateurs démocrates et 5 sénateurs républicains affirme qu'il n'y avait pas de lien entre Ben Laden et Saddam Hussein. Ce foyer de tension persiste donc, il contribue à la tension internationale, il élargit les possibilités d'action d'un terrorisme international aussi criminel qu'est imbécile et dangereux pour la paix du monde le comportement des soldats américains dans les prisons irakiennes. Pour autant nous n'oublions pas le rôle positif d'information de la presse américaine et nous espérons un sursaut des démocrates américains.

Au Proche-Orient, la situation est toujours dramatique ; Israël embarqué dans sa logique d'affrontement et de démantèlement des structures de l'autorité palestinienne tire sur une manifestation pacifique, détruit des dizaines de maisons, poursuit la construction du mur de séparation, qui rend la vie impossible à des milliers de palestiniens. Alors oui une fois de plus il faut le redire, seul le dialogue, avec l'implication de forces internationales d'interposition permettra le retour de la paix : récemment nous avons salué l'initiative de Genève au Sénat, nous soutenons la campagne lancée par le MAN mouvement d'action non-violente pour une force internationale d'intervention civile.

Sur un tout autre plan, l'activité humaine continue à polluer, le réchauffement climatique perdure, les ressources énergétiques s'épuisent et les constructeurs automobiles annoncent des voitures moins chères pour élargir leurs clientèles, moins chères mais toujours aussi polluantes ! L'analyse de la glace du pôle sud confirme les risques d'accélération que l'activité humaine provoque dans le cycle actuel de réchauffement.

Notre monde est mal parti : l'urgence d'autres modes de développement, de consommation, de relations Nord-Sud, de relations internationales est toujours plus évidente.

Alors l'Europe !

Nous assistons depuis des décennies à une course poursuite entre la construction d'instances démocratiques et l'internationalisation des économies et plus largement des sociétés. Nous sommes des européens convaincus, parce que nous voulons que le débat politique permette de choisir et non de subir l'économie. Nous voulons l'Europe, nous avons besoin d'Europe.

Et pourtant ! Le scrutin du 13 juin traduit une construction européenne illisible, éloignée des citoyens. Les européens ne croient pas pouvoir influer par leur vote sur les politiques suivies et du coup ils ont eu tendance à utiliser leur bulletin de vote d'abord pour sanctionner les gouvernements nationaux en place. C'est la version européenne du vote utile !

La façon dont les 25 chefs d'état et de gouvernement de l'Union réunis à Bruxelles viennent de conclure sur le projet de traité établissant une constitution européenne est inquiétante. Ils ont enlevé les principales avancées dans le domaine du vote à la majorité qualifiée : de ce fait le social , le fiscal, le droit pénal, la politique étrangère et la défense n'en relèvent pas, les seuils de majorité qualifiée sont remontés ! La charte des droits fondamentaux voit sa portée juridique limitée à la demande de Tony Blair.

Plus inquiétant peut-être, c'est la démonstration faite que l'Europe à 25 avec ces gouvernements là et ces règles de fonctionnement, ça ne marche pas, c'est l'Europe du moins disant ! Les risques de blocage du fonctionnement de l'Europe à 25 se précisent, les risques que l'Europe se réduise à un vaste marché libre échangiste se renforcent.

Nous voulons une Europe forte et démocratique, Alors la question de l'attitude à adopter en ce qui concerne la ratification reste à débattre. L'avenir de l'Europe ne demande-t-il pas, que nous fassions campagne sur nos positions en refusant ce projet affadi, d'autant que la ratification n'est pas certaine ? La question mérite d'être posée. Seul un vote de l'assemblée fédérale ou un référendum de l'ensemble des adhérents, selon le calendrier permettra d'impliquer tous les adhérents dans un débat large. Les enjeux de ce débat et l'Europe le méritent.

La situation politique en France à l'issue de ce cycle électoral

Les Verts n'ont pas demandé la démission de Monsieur Raffarin. En effet nous avons tenu à respecter le caractère européen de ce scrutin. Cela n'enlève rien à la défaite de l'UMP.

Ceci dit le Président de la République a pris une lourde responsabilité en ne changeant rien aux équilibres gouvernementaux.

La droite, Chirac et Raffarin en tête, serait irresponsable de croire qu'elle a la légitimité pour mettre en ¿uvre la politique réclamée par Monsieur Seillières. La droite a un choix très clair : entendre le message exprimé par les électeurs et se soumettre, en arrêtant les contre-réformes injustes et destructrices de nos systèmes de protection sociale et des grandes infrastructures françaises (on a vu ce que produisait la privatisation des chemins de fer anglais, la privatisation des réseaux de distribution électrique en Californie pour ne citer que deux exemples récents et spectaculaires) ou céder aux plus libéraux, se lancer dans une fuite en avant négligeant les votes des élections régionales et européennes et alors renforcés par la perte de légitimité des gouvernants les mouvements sociaux se développeront. S'ils convergent, les échéances politiques ne respecteront pas forcément le calendrier électoral théorique. Nous devons donc nous tenir prêts, mais nous y reviendrons.

D'ailleurs, est-ce un signe de la faiblesse du gouvernement, comment doit on analyser la victoire du mouvement des sans papiers à Lille ? 460 personnes ont conclu cette semaine une grève de la faim qui a duré 37 jours sur un accord de régularisation. Nous saluons leur succès.

Les Verts prendront toute leur place dans les débats qui accompagnent ces conflits. Ainsi le Collège exécutif avec Yves Cochet a rencontré la fédération CGT de l'énergie et le débat a été très direct avec eux, vous pouvez l'imaginer.

Mais revenons sur la campagne européenne et le scrutin du 13 juin

Affrontons la réalité de ce scrutin de face : nous sommes déçus !

D'abord déçus que cette campagne n'ait pas eu lieu !

Cela s'explique : une Europe dont on n'explique pas les enjeux, un Parlement dont les grands médias ne communiquent pas les débats, des gouvernements n'informant que fort peu sur le scrutin, des partis qui se polarisent sur les enjeux nationaux, en France un découpage manipulatoire en grandes régions artificielles, tout cela provoque une abstention record.

Nous sommes dons déçus du taux d'abstention !

Un taux record en Europe 52 % dans les 15, 74 % dans les 10 entrants, 57,20 % en France. Et dans la plus grande partie de l'Europe nous constatons une montée des forces de droite, souvent eurosceptiques.

L'Europe a besoin d'un parti vert européen plus fort !

Les résultats du scrutin en Europe ont été inégaux ; les avancées en Allemagne et en Autriche notamment ont compensé les pertes dans d'autres pays et l'absence d'élus dans les pays entrants. Elles permettent l'existence d'un groupe vert d'une taille presqu'égale au groupe du parlement sortant. Mais nous voulons plus.

Le score en France de 7,4 % par rapport à un score de 9,7 % en 1999 est également un score moyen. 6 députés élus c'est par contre un bon résultat.

La construction du Parti Vert européen a avancé par le fait même de faire une campagne commune. Une figure européenne a incarné le Parti Vert européen et c'est un élément d'identification positif : je parle bien sûr de Dany Cohn-Bendit.

Eléments d'analyse plus détaillé sur la campagne et le scrutin en France

Le choix a été fait par l'ensemble du parti vert européen et par le comité de pilotage français de la campagne d'axer celle-ci sur les thèmes européens et non sur le troisième tour du vote sanction contre Raffarin. Nous ne pouvions faire d'autre choix : c'était le seul choix européen.

Force pourtant est de constater que notre campagne en France n'a pas eu de fort impact et ne nous a pas permis une lisibilité forte dans une campagne bien amorphe. Le Parti socialiste autour du mot d'ordre de l'Europe sociale et du vote sanction anti-Raffarin était plus visible.

A ce sujet, se pose la question de l'impact du mariage de Bègles ! D'abord une question de méthode : j'ai constaté avec satisfaction ces derniers mois une quasi-disparition des polémiques entre Verts par voie de presse. Alors s'il est admissible de débattre du calendrier de cet événement très médiatisé, les chaînes de télévision ou les journaux ne sont certainement pas le lieu adéquat, j'ai donc vivement regretté les déclarations du dimanche 13 et du lundi 14. C'est ici au CNIR qu'il faut en débattre.

Sur le fond, les effets électoraux ont certainement été contrastés ; mais l'honneur d'un parti comme le nôtre, c'est de faire passer ses convictions en premier : aussi le Collège exécutif, et le secrétaire national en premier lieu ont immédiatement été aux côtés de Noël et nous le soutenons tous contre cette suspension imbécile.

Oui les homosexuels ont le droit de se marier,

Oui Noël ton geste marquera les mémoires bien plus longtemps que les résultats de ce scrutin européen !

Par contre, nous devons nous interroger sur nos modes de campagne.

Le débat a agité des cercles militants sur la bonne date pour rentrer en campagne. La campagne publique a duré deux semaines, si jamais elle a commencé ! Vouloir faire de grands meetings avant cette date ne sert à rien ! C'est une campagne de proximité, de contacts avec les associations qui est possible !

Nos meetings ont réuni très peu de monde quel que soit leur date : si l'on fait le total des 7 meetings régionaux avec nos vedettes médiatiques, c'est moins de 3000 personnes en tout au maximum que nous avons réuni, dont plus de la moitié adhérents verts !

Consolons nous, les autres n'ont pas fait mieux ; l'atonie de la campagne en est la raison conjoncturelle, mais il y a une leçon plus générale à en retenir : le temps des grandes messes, des grands meetings avec d'innombrables et assommantes interventions répétitives est passé. Inventons de nouvelles formes, occupons les ponts sur la Saône !

Ce constat serait injuste si je ne rendais pas hommage à l'ensemble des équipes de bénévoles et permanents, qui en régions et au siège national avec enthousiasme et sérieux ont animé cette campagne.

Qu'ils en soient tous remerciés

Nous avons édité 11 brochures, imprimé une vingtaine d'affiches thématiques nationales, de nombreuses cartes thématiques, une vingtaine de tracts nationaux différents et des séries d'autocollants et réalisé de bons clips de campagne.

Revenons en aux résultats.

En ce qui concerne les Verts, la baisse de notre résultat en 2004 par rapport à celui de 1999 n'est pas catastrophique mais quand même décevante. Nous perdons plus d'un quart de nos voix : 440 000 voix. Nous passons de 9,7 % à 7,4 %. Le rapport de forces avec le Parti socialiste nous met à 25 % de son total de voix. C'est une base de départ, qui au travers des différents scrutins régionaux, cantonaux et européens, se stabilise. Mais ce n'est pas à la hauteur de nos ambitions.

Selon les régions, le résultat est contrasté : saluons les résultats corses, où nos amis de RPS nous ont permis une progression forte et surtout les résultats d'outre-mer où la liste verte est en tête à la Guadeloupe, plus de 47 %, en Guyanne, à St Pierre et Miquelon. Dans les régions métropolitaine nous baissons de 4,80 % en Midi-pyrénées, 43 % en Champagne Ardennes, 40 % en Ile de France, 39 % en Franche-Comté.

Un de nos fins analystes a écrit " c'est l'absence de cohérence et de véritable orientation politique, qui nous a pénalisé en France. " Je ne peux que reprendre à mon compte cette analyse.

Notre fin analyste dit également que " ce n'est pas l'absence d'autonomie qui nous a pénalisé ". Là par contre je m'inscris en faux : déjà aux élections régionales, la campagne avait prouvé que l'on était bien plus audible en autonome qu'en liste fusionnée avec le PS et de plus avec de bons résultats.

Et là les faits parlent : dans la plupart des grandes régions la perte est plus grande dans les régions où nous n'étions pas autonomes par rapport au PS au premier tour que dans les régions où nous l'étions. Globalement, sans l'outre-mer et la Corse, nous perdons 19 % de nos voix entre les européennes de 1999 et celles de 2004 dans les régions où nous étions en listes autonomes, nous perdons 30,20 % de nos voix dans les régions où nous étions en listes communes avec le PS dès le premier tour.

Alors oui, la visibilité, la cohérence est nécessaire, il s'agit de savoir si l'écologie politique est une alternative à la sociale démocratie ou une amélioration de la même sociale-démocratie. Oui nous avons perdu à cette élection européenne 26, 45% de nos électeurs en métropole ! Une stratégie commune dans un maximum de régions nous aurait donné un impact médiatique bien plus fort, et la bonne stratégie c'était l'autonomie : perdre 19 %, et parions que nous aurions perdu moins avec plus de listes autonomes en mars, c'est mieux que perdre 30,2 % !

Les faits marquants des résultats des autres forces politiques ont été soulignés :

- une droite dispersée, avec une UMP faible et une UDF requinquée, mais une droite largement battue par les scores cumulés de la gauche et des Verts

- une extrême gauche défaite, payant le prix de l'erreur stratégique de ne pas vouloir gouverner et de vouloir se poser seule en alternative politique à l'ensemble de la gauche. Il n'y a rien à attendre de Lutte Ouvrière et la direction de la LCR une fois le désarroi et la crise financière passée s'emploiera à verrouiller le débat en son sein. Mais cette crise libère la réflexion de nombreux militants au sein de la LCR ou influencés par elle dans les syndicats et les associations, tendons leur la main, débattons avec eux.

- un parti communiste, qui continue sa lente glissade et dont les tensions internes ne pourront dans les mois à venir que s'accentuer,

- un parti socialiste requinqué, qui est en position de force et qui naturellement risque de se laisser entraîner à la tentation de l'hégémonie.

La situation du champ politique est certes largement modifié par le cycle électoral qui vient de se produire et ses effets n'ont pas fini de se faire sentir. Ceci dit les réalités de fond demeurent, l'urgence de la crise écologique, la nécessité de construire un modèle différent de société, l'absence de programme concret pour une réelle alternative politique. Les votes intervenus ne sont pas des votes d'adhésion, l'adhésion reste à construire.

Notre activité dans les prochains mois

Il s'agit de poursuivre l'organisation de débats du type conventions ou trois heures pour l'écologie, qui nous permettent d'approfondir notre réflexion en la confrontant à celles des mouvements associatifs et syndicaux.

Le débat interne sur nos priorités concrètes pour un programme de mandature en mettant en place les structures internes de réflexion.

Relancer le débat avec les partis de gauche, et en premier lieu le Parti socialiste, sur le programme de mandature à mettre en ¿uvre. Ce débat nous le voulons public avec l'intervention active des associations et syndicats. La question reste toujours la même : " il n'y a pas d'alternance sans le Parti socialiste, mais y a t'il une alternative ? Nous voulons ¿uvrer pour. "

Agir dans la société pour faire avancer les débats de société, que ce soit sur des thèmes sociétaux ou sur des thèmes économiques et sociaux ; renforcer les liens avec le mouvement associatif et syndical en participant notamment à des initiatives communes de mobilisation :

- face à la reprise des essais en plein champ, nous vous annonçons une grande initiative nationale anti-OGM, qui aura lieu lors du week-end des 24 et 25 juillet dans la région toulousaine

- face aux actes racistes, antisémites et anti-musulmans qui se multiplient, nous participons à la préparation d'une grande manifestation contre le racisme et l'antisémitisme le 10 octobre (date à confirmer) à l'appel de la LDH, du MRAP, du PC, du PS, de la LCR, des principaux syndicats (CFDT à confirmer) et de nombreuses autres organisations. Nous avons ¿uvre avec la LDH et le MRAP a renoué les liens après la mobilisation ratée du 16 mai.


(Source http://www.les-verts.org, le 5 juillet 2004)

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