Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la sécurité maritime et le rôle du CROSS Atlantique, Etel (Morbihan) le 19 juillet 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la sécurité maritime et le rôle du CROSS Atlantique, Etel (Morbihan) le 19 juillet 2004.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite au CROSS Atlantique (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) d'Etel (Morbihan) le 19 juillet 2004

ti : Monsieur le ministre,
Messieurs les élus,
Monsieur le sénateur-président,
Chers amis,


Je suis très heureux de dire, ici, à chacun d'entre vous, et à tous réunis, la gratitude du Gouvernement pour l'action que vous menez, avec une grande diversité, rassemblés sous l'autorité du préfet maritime.

Ce sera le premier point de mon message, pour dire que la réforme de l'Etat c'est d'abord la cohérence des Services d'intervention. Trop souvent l'Etat est dispersé et trop souvent, malgré les efforts des uns et des autres, on trouve l'action publique quelque peu émiettée, manquant d'efficacité, se dispersant souvent dans l'accessoire pour oublier l'essentiel. Ici, notamment, quand il s'agit de la sécurité des Français, sur la mer. Il est clair que l'autorité, unique, celle du préfet maritime, cette réforme d'organisation a permis, à chacun des intervenants, chacun ayant son organisation, son statut, sa spécificité, militaire pour les uns, bénévole pour les autres, et avec une organisation très différenciée, d'avoir la capacité d'agir ensemble.

Je voudrais donc vous dire combien ceci est très important pour, notamment, la mission principale de l'Etat qui a été la première grande étape de l'action gouvernementale que j'ai eue à mener, celle de la sécurité. La sécurité sur notre territoire, la sécurité publique pour tous les Français, la sécurité routière, mais aussi la sécurité en mer.

Il est très important d'affirmer la dimension maritime de la France. Il est très important d'affirmer la dimension maritime de l'Europe. Au moment où l'Europe s'élargit vers l'Est, il est très important d'affirmer l'identité Atlantique et de la France et de l'Europe. La sécurité fait partie de notre engagement national, parce que notre pays, avec sa façade maritime, ses façades maritimes, est particulièrement exposé aux dimensions souvent catastrophiques que sont ces dimensions des drames en mer. 182 victimes l'année passée, c'est un taux difficile à supporter pour un pays moderne. En mer, nous devons veiller à toutes les formes de sécurité. Et je voudrais vous remercier pour l'engagement qui est le vôtre, aussi bien la gendarmerie nationale que les Douanes, que la marine nationale, que les pompiers, que la Sécurité civile, rassemblés avec les affaires maritime, notamment ici, dans ce CROSS, qui d'après ce que j'ai compris tourne le dos à la mer pour mieux la regarder de face, et avec cette capacité technologique particulièrement importante qui donne maintenant à nos outils les outils d'une véritable puissance d'intervention. J'ai bien noté qu'il fallait améliorer la puissance du radar d'Ouessant pour que le dispositif soit complet. Cela fait partie, Monsieur le secrétaire général de la Mer, de nos projets. Il est clair que nous voulons être capables, aujourd'hui, d'avoir une intervention aussi précise, c'est-à-dire, aussi informée que possible pour faire respecter les règles de sécurité.

Je voudrais saluer aussi dans ce combat pour la sécurité, le rôle de la SNSM, qui mobilise, à la fois, dans ses différentes stations, des sauveteurs saisonniers, bénévoles, mais aussi des cadres. Et la SNSM a cette particularité d'avoir sa culture, son histoire, sa capacité d'intervention, avec ce métissage entre le bénévolat et le professionnalisme, sa capacité à s'intégrer à l'ensemble du dispositif d'intervention. Je voudrais donc saluer cette action qui est particulièrement remarquable et qui représente plus de 5 000 interventions au cours d'une seule année, concernant donc plus de 10 000 personnes. On voit là, toute l'importance de ce dispositif.

Je voudrais, ici, saluer l'ensemble des personnels qui sont les acteurs des 24 00 opérations dont on m'a parlées à l'instant, et notamment cette capacité qui, aujourd'hui, est rassemblée dans l'ensemble des missions de l'Etat, que ce soit pour ce qui concerne l'ordre public qui concerne l'ensemble du respect de nos lois, les lois de la République, mais aussi, naturellement, l'ensemble des dispositifs européens qui sont aujourd'hui nécessaires. La France elle-même jouant un rôle moteur dans les réglementations européennes, puisque après les douleurs que nous avons connues - je pense à l'Erika, au Prestige notamment -, il nous fallait faire bouger la réglementation européenne. Et je suis heureux de voir que, désormais, "les voyous de la mer" ont peur, parce que nous avons mis et les moyens, et la réglementation nécessaires, à la fois, par l'organisation européenne, mais aussi par l'organisation judiciaire nationale qui, maintenant, en concentrant les pôles nous donnes une spécialisation des pôles, ce qui permet d'avoir une justice mieux informée et plus rapide. Et puis aussi, naturellement, la capacité aujourd'hui de surveillance, notamment pour ce qui concerne les dégazages et déballastages qui nous permettent d'identifier les navires qui posent problème à la sécurité de notre océan, mais aussi à la sécurité de notre pays.

Je voudrais donc, saluer tous ceux qui sont mobilisés, avec force. Il y a encore peu de temps, en 1999, on faisait un détournement par an, et maintenant on en fait 15. Il y a donc une détermination. Et nous continuerons dans cette voie-là. Notamment, pour ce qui concerne les déballastages, car tout ce qui peut se passer la nuit. Progressivement, nous nous doterons des moyens nécessaires pour qu'il ne soit plus possible de pratiquer de telles manoeuvres contre la sécurité et contre l'environnement. Je pense que c'est un des éléments importants de la sécurité. Nous avons franchi en matière de sécurité routière une étape très importante le jour où les Françaises et les Français ont compris qu'il serait impossible de passer au travers des mailles du filet de la sécurité. Il faut que ce soit la même chose en mer, que tout acte, qui soit un acte de délinquance maritime, puisse être identifié et sanctionné. C'est cela notre objectif. Ces "voyous des mer" ne pourront vraiment changer leur comportement quand ils seront sûr qu'à toute délinquance correspond la sanction. C'est cela notre objectif, et c'est comme cela que nous pensons être en mesure de pouvoir assurer la sécurité dont notre pays a besoin.

Nous tenons naturellement à ce qu'il soit nécessaire pour nous, de mener une assistance à personne en danger, que ce soient les plaisanciers, que ce soit naturellement, l'ensemble des professionnels, que ce soit naturellement l'ensemble des professionnels de la mer qui affrontent les périls que nous connaissons pour gagner leur vie.

Je voudrais dire combien les derniers événements concernant le Bugaled Breizh nous ont touchés, combien nous sommes sensibles à ce type d'accidents dramatiques qui endeuillent des familles. Nous connaissons le courage des marins bretons. Mais aujourd'hui, avec les progrès de la construction navale, avec les progrès de la technologie, tout accident nouveau devient quelque peu insupportable, parce que nous sentons bien que nous avons aujourd'hui de plus en plus de possibilités pour pouvoir mieux assurer la sécurité. Quand il y a accident, nous devons veiller à ce que l'enquête judiciaire permette, pour notamment le cas de je viens de citer, de mettre fin à l'incertitude qui, naturellement, touche particulièrement les familles qui ont besoin de savoir de qui s'est passé. C'est pour cela que nous voulons mettre tous les moyens, comme nous l'avons mis pour le renflouement du navire, faire en sorte qu'on puisse y voir clair, dans une affaire particulièrement triste.

Je voudrais dire, au moment où les Françaises et les Français vont plus souvent à la mer pour les vacances, combien la prudence est nécessaire. Je voudrais lancer un appel à la sécurité pour l'ensemble des vacanciers. Il est clair qu'aujourd'hui, nous devons être tous très attentifs, non seulement à pratiquer soi-même les règles de prudence, mais à demander aux uns et aux autres, d'être particulièrement respectueux des autres vacanciers, des autres qui profitent également de l'océan.

Une affiche à engager avec détermination, l'ensemble des Français, en disant qu'il fallait prendre des vacances avec prudence. Je dirais que Marianne a une fille, elle s'appelle Prudence. Et donc, cette prudence, elle concerne toutes les Françaises et tous les Français, mais aussi tous les visiteurs qui viennent dans notre pays pour pratiquer l'ensemble des activités avec ce souci de la prudence, qui est au fond, une forme du respect de l'autre. C'est un élément très important pour que la mer reste un atout formidable pour notre pays.

Le président de la République a souhaité que nous fassions de notre façade maritime, un atout pour la France. C'est un atout professionnel, c'est un atout militaire, c'est un atout touristique, c'est un atout patrimonial, c'est un atout essentiel pour la France. La France a besoin de se tourner vers son océan, vers l'ensemble de ses rivages. Trop longtemps, dans le passé, la France a tourné le dos à la mer. C'est pour cela quelquefois qu'elle a tendance à se replier sur elle-même. L'esprit moderne, l'esprit d'ouverture, c'est l'esprit de l'océan, c'est l'esprit de ceux qui affrontent les difficultés avec courage.

La France a besoin, dans sa culture, de valoriser les valeurs de la mer. C'est un élément essentiel de notre identité nationale. C'est pour cela que nous sommes mobilisés, notamment au niveau européen, pour rappeler à tous ceux qui regardent le déplacement vers l'Est, qu'il y a une façade atlantique, et que l'Europe doit penser à ses façades maritimes, que l'Europe, y compris dans ses politiques régionales, doit être attentive à la protection de ses rivages et à la protection de ses littoraux. C'est un cap essentiel pour l'avenir d'un pays comme la France. Nous sommes quelque peu le Finistère de l'Europe, et nous savons que le Finistère, comme le Morbihan, et comme d'autres territoires, peuplent des territoires heureux, à condition qu'ils respectent la mer, qu'ils respectent l'océan, et qu'ils sachent en tirer profit avec prudence. Sans abuser, sans se croire plus fort, sans penser qu'on domine forcément les éléments naturels, savoir que nous mobilisons tous les moyens humains, techniques, scientifiques, pour assurer la sécurité, et que nous le faisons avec la sagesse des gens de mer.

Pour nous, Français, le littoral est une force considérable. C'est pour cela que nous mettons des moyens très importants. Quand je voyais tout à l'heure, des équipements pour la sécurité, je pensais évidemment aux efforts nécessaires pour protéger la sécurité des Français, notamment sur la mer, mais aussi naturellement pour surveiller tout ce qui pourrait porter atteinte à notre environnement.

Je suis marqué, comme vous tous, par les accidents qui ont été des accidents particulièrement polluants pour nos littoraux, pour au fond, l'ensemble de notre patrimoine national. Il est clair que tous ceux qui se comportent avec légèreté, menaçant aujourd'hui nos littoraux de leurs pratiques, ou de leur insouciance, sont pour nous des adversaires irréductibles. Nous serons toujours déterminés à faire en sorte que nous ne puissions plus vivre ces terribles événements, qui s'appellent "Erika" ou qui s'appellent "Prestige". Nous sommes en charge d'une part de la planète, une des plus belles parts de la planète. C'est vraiment, sans doute, cette part du littoral européen, qui a aujourd'hui la capacité de valoriser tous ses atouts, je le disais atouts économiques, atouts sociaux, mais aussi atouts environnementaux.

La France est engagée dans la protection de l'environnement, de manière stratégique. Le président de la République a voulu que le principe de précaution soit intégré à notre loi commune, à notre Constitution. Nous annoncerons prochainement des décisions importantes pour prévenir les accidents climatiques, et notamment pour nous protéger du percement de la couche d'ozone et des émissions de CO2 qui fragilisent après événement l'ensemble de notre environnement. Nous sommes déterminés dans cette lutte pour la protection de la part des planètes, c'est une lutte qui exige, là aussi, vigilance, surveillance et prudence.

Merci donc à chacune et chacun d'entre vous, chacun à sa place dans cette organisation rassemblée, de veiller à la sécurité des Français, de veiller aussi à la sécurité de notre pays. Je connais les actions qui sont menées notamment à l'intérieur des plans nationaux que nous menons contre les terroristes. Je sais aussi les actions qui sont menées contre les trafiquants de drogue, et je sais aussi les actions qui sont menées pour la protection de notre environnement. Merci à chacune et à chacun d'entre vous de servir les Françaises et les Français, et donc de servir la France.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 22 juillet 2004)

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