Interview de M. Alain Bocquet, président du groupe parlementaire des députés communistes et républicains de l'Assemblée nationale, à LCI le 13 juillet 2004, sur les problèmes de sécurité et de racisme, notamment dans les transports, après une (fausse) agression antisémite dans le RER, et sur la politique globale du gouvernement, notammenr dans les domaines sociaux et de l'emploi. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Bocquet, président du groupe parlementaire des députés communistes et républicains de l'Assemblée nationale, à LCI le 13 juillet 2004, sur les problèmes de sécurité et de racisme, notamment dans les transports, après une (fausse) agression antisémite dans le RER, et sur la politique globale du gouvernement, notammenr dans les domaines sociaux et de l'emploi.

Personnalité, fonction : BOCQUET Alain, HAUSSER Anita.

FRANCE. PCF, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale

ti : Q- A. Hausser-. Toute la France s'est émue d'une agression dans le RER D, le week-end dernier. Hier soir, il semblait qu'il s'agissait, en fait, d'une affabulation ou d'un coup monté. Ne s'est-on pas trop précipité, ému trop vite ?

R- "Je pense que, tout d'abord, il faudrait que l'enquête aille à son terme dans cette affaire. Quoi qu'il en soit, nous sommes, dans notre pays, confrontés à une multiplication d'agressions, d'attaques racistes, xénophobes, antisémites qui méritent, effectivement, que l'on lutte avec force, détermination contre elles, que l'on prenne des mesures et que tous les auteurs de ces actes soient sanctionnés. Cela pose parallèlement le problème du fond social, qui conduit à cette destructuration. Cela pose aussi, pour ne parler que des transports en commun, la question de l'humanisation des transports en commun. Ce ne sont pas seulement des caméras - j'ai entendu parler de caméra -, c'est la présence humaine qui peut permettre que les gens vivent normalement. Les gens vivent dans la peur. On voit des reportages..."

Q- Les contrôleurs aussi vivent dans la peur dans les transports en commun...

R - "De toute manière, c'est un problème de société, nous sommes face à un vrai problème de fond, de société, de destructuration de la société, avec ce chômage endémique, avec cette crise sociale, cette crise morale, cette destructuration de la société qui mérite que l'on prenne des mesures un peu plus fermes et un peu plus déterminées."

Q- Avez-vous entendu le discours de J. Chirac au Chambon-sur-Lignon, la semaine dernière ?

R - "Mais on ne peut partager que le discours. Sauf que, les hommes politiques, les décideurs sont jugés aux actes. Or les actes, c'est une politique qui est contraire. Quand on fait cette politique où l'argent domine, où on casse les entreprises, on délocalise, on jette à la rue, sans cesse, des salariés qui se retrouvent sans travail, des jeunes qui n'ont pas d'avenir, évidemment... Les choses vont de pair, parce que les valeurs démocratiques, les valeurs républicaines ne peuvent pas être consolidées si, en parallèle, il y a des ghettos dans certains quartiers, si en parallèle, on jette des gens hors des usines ou des bureaux. C'est une situation qui ne peut pas durer. Or la politique actuelle du Gouvernement, qui est la copie conforme du programme du Medef, est une politique qui n'est guidée que par la rentabilité financière et qui ne prend pas en compte le développement harmonieux, le développement industriel, le développement économique du pays."

Q- Vous ne pouvez pas dire que les actes racistes sont la conséquence de la politique économique, pas seulement !

R - "Tout est dans tout. Comme disait un ami : "tout est dans tout, le reste dans Télémaque". Je pense que l'on ne peut pas dissocier les choses. Le racisme trouve son terreau dans une crise sociale, dans la déshérence sociale. Et c'est vrai qu'il y a un gros effort à faire, où tout est pris en compte, à la fois un effort économique, un effort social, un effort citoyen avec une instruction civique, restructurer une vraie France républicaine. C'est un grand enjeu, mais les choses vont de pair, à mon avis."

Q- Dans ce cas, dites-vous bravo à J.-L. Borloo ?

R - "J.-L. Borloo, en fait, a proposé un programme, dit "de cohésion sociale", qui est un programme en aval de la situation que l'on connaît. Or, ce qu'il faut traiter, c'est la question en amont. Quand on prend des décisions économiques, politiques, financières au niveau gouvernemental, au niveau des grandes sociétés financières et industrielles qui conduisent à oppresser le peuple, à s'en prendre au monde du travail, à casser la Sécurité sociale, à casser les retraites..."

Q- Il y a aussi le problème de l'enseignement, le problème du logement...

R -"Oui, mais pour l'instant, on est dans une situation où on règle les choses a posteriori. C'est la fuite en avant, ce sont les rustines. J'ai toujours pensé que l'on ne pouvait pas réparer en détail le mal que le capitalisme et le libéralisme faisaient en gros. Or c'est un peu ce que fait J.-L. Borloo : c'est un pansement. C'est un pansement sur une jambe de bois et on ne règle pas le problème au fond. Ce qu'il faut, ce sont d'autres choix économiques. Il faut dire au Medef, après tout, qu'il ne représente que 160.000 adhérents dans ce pays, c'est une association de défense d'intérêts patronaux qui représente 160.000 adhérents. Va-t-on encore longtemps accepter
que 160.000 adhérents d'une association de défense d'intérêts patronaux décident pour 60 millions de Françaises et Français ?! Là, est le fond du problème. Et tout ce qui se fait actuellement dans la politique du gouvernement Raffarin III, c'est la mise en oeuvre du choix de ces adhérents de Medef."

Q- Quand les petites entreprises délocalisent, ce n'est pas le Medef, c'est un chef d'entreprise, parce qu'il trouve son intérêt à aller implanter son usine ou son entreprise ailleurs...

R "C'est la fuite en avant de l'argent pour l'argent, de la rentabilité financière immédiate, c'est une société court-termiste. Et la question qui est posée, c'est de créer une société pour demain, pour nos enfants, pour nos petits-enfants. C'est bien là le problème. Et donc, il y a vraiment des choix stratégiques qui s'imposent. Or le Gouvernement actuel a une vue courte, celle des intérêts immédiats de quelques financiers qui dominent la France, l'Europe et le monde."

Q- Le Gouvernement est placé devant un choix stratégique, en ce moment, qui est le budget de la Défense. Le ministre des Finances souhaiterait tailler dans ce budget, le ministre de la Défense et le Premier ministre disent que l'argent investi dans la Défense est de l'argent investi dans l'emploi. Partagez-vous ce point de vue ?

R - "Pas du tout, parce qu'au moment où il y a ce débat sur le budget de la Défense, on oublie trop que l'on supprime 1 900 emplois au GIAT, dans l'industrie française d'armement, en particulier dans le Cher."

Q- Mais ce sont des emplois pour plus de technologie ...

R - "Non, puisque l'argent de budget de la Défense, c'est avant tout aller acheter, à l'étalage, des armes dans d'autres pays étrangers, aux Etats-Unis ou ailleurs. Or l'argent de la Défense devrait aussi servir au développement de l'industrie de la Défense en France. Ce n'est pas le cas, on est en train de faire couler l'industrie française de l'armement. Allez voir dans la Loire, allez voir dans le Cher, à Bourges, et vous verrez les conséquences dramatiques sociales, qui reviennent au débat de tout à l'heure. Cela veut dire que l'on est dans une situation où l'on nourrit la crise, on nourrit la crise sociale avec toutes les conséquences que l'on évoquait il y a quelques temps."

Q- On investit de l'argent dans l'aéronautique, dans la recherche aéronautique militaire quand même.

R - "Tout n'est pas tout noir, tout n'est pas tout blanc. Il y a longtemps qu'il n'y a plus le noir et blanc, on est dans la télévision en couleur aujourd'hui. Mais je peux vous dire que la démarche est dans ce sens. Et s'il y a des budgets prioritaires aujourd'hui, ce n'est sans doute pas le budget de la Défense. Il faut de l'argent pour le développement économique, il faut de l'argent pour l'Education nationale, il faut de l'argent pour la Culture, il faut de l'argent pour l'épanouissement des hommes et des femmes, et non pas pour préparer d'éventuelles guerres."

Q- L'an dernier, le Parti Communiste a mené la guérilla contre la réforme des retraites. Cette année, on vous entend assez peu dans le débat sur la réforme de la Sécurité sociale. Les héros sont fatigués ?

R- "On nous entend beaucoup puisque nous sommes toujours à l'Assemblée, encore avant-hier, dimanche, pour défendre bec et ongle la conception de la Sécurité sociale, telle qu'elle a été fondée au lendemain de la Guerre, à la Libération, que l'on veut casser au profit des assurances privées, sauf qu'il n'y a pas de relais médiatiques. On est un peu en vase clos. Et au moment où les Françaises et les Français sont en congés, et en vacances, le Gouvernement a choisi cette période estivale pour, une fois de plus, faire ses mauvais coups. Il faudrait que l'on se réveille quant à cette situation."

Q- Qu'attendez-vous de président de la République, demain ?

R- "Je n'attends pas grand-chose. J'attends qu'il cautionne la politique du gouvernement Raffarin qu'il a confirmé, donc ce ne sera pas une surprise. J'espère, peut-être, qu'enfin, il va décider l'organisation d'un référendum à propos de cette Constitution ultra-libérale européenne, qui ne peut pas, quand même, être décidée, sans que les Françaises et les Français soient consultés et sollicités. Evidemment, nous disons "non" à cette Constitution qui inscrit dans le marbre le système capitaliste ultra-libéral."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 13 juillet 2004)

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