Déclaration de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, sur la situation sociale, notamment les réformes en cours, l'assurance maladie et le droit du travail, Clermont Ferrand le 16 mars 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, sur la situation sociale, notamment les réformes en cours, l'assurance maladie et le droit du travail, Clermont Ferrand le 16 mars 2004.

Personnalité, fonction : THIBAULT Bernard.

FRANCE. CGT, secrétaire général

Circonstances : 14ème congrès de l'UGICT à Clermont Ferrand le 16 mars 2004

ti : Chers camarades,


Je suis très heureux de prendre la parole devant votre congrès, devant le congrès de notre Union générale des Ingénieurs Cadres et Techniciens. Je le suis d'autant plus qu'à plusieurs reprises je le concède, il m'est arrivé de vous faire faux bond pour, selon la formule consacrée, " des raisons indépendantes de ma volonté ". L'occasion m'est donnée aujourd'hui de rassurer les esprits inquiets ou de dissuader des analystes téméraires : la santé de l'UGICT, son rayonnement et son efficacité sont des préoccupations partagées par toute la direction confédérale.

Avant d'entrer de plain-pied dans l'actualité sociale et syndicale de notre pays, au nom de tous les militants de la CGT, je tiens à renouveler ici l'expression du sentiment de compassion et de solidarité à l'égard des victimes des attentats perpétrés à Madrid le 11 mars.

Des hommes et des femmes se rendant à leur travail, de jeunes étudiants ont payé de leur vie le fanatisme criminel et l'insupportable barbarie d'une faction terroriste. Le terrorisme prend les populations civiles en otage, nie la personne humaine et attente au respect des droits les plus imprescriptibles de l'humanité. Nous le condamnons sans réserve, qu'il soit le fait d'un groupe mû par une idéologie politique ou religieuse ou qu'il relève de l'arbitraire d'un état s'arrogeant le droit de contrevenir aux lois de la communauté internationale.

Chacun de nous doit prendre la mesure de ces événements dramatiques. Tous, nous avons le devoir de réaffirmer, qu'en Europe et dans le monde, le syndicalisme s'engage à tenir sa place dans la bataille pour faire triompher les valeurs citoyennes, démocratiques et de paix, contre la haine, le mépris, les inégalités sociales, l'obscurantisme et la manipulation des consciences.

L'émotion légitime créée par ce drame ne nous fait pas pour autant oublier les amères réalités de notre pays. Ainsi, votre congrès se déroule dans un climat particulièrement perturbé, ayant un profond écho dans les milieux sociaux et professionnels que l'UGICT a vocation à analyser, à comprendre, à influencer et à organiser, et il est naturel que ses organisations participent aux mobilisations collectivement décidées.

Au delà de l'étroite connivence avec l'esprit de résistance qui se manifeste, en tenant notre place et à partir de notre rôle revendicatif, nous avons la volonté de contribuer à répondre aux aspirations profondes qui s'expriment.

Alors que pointent les défis de la société de la connaissance, opposer les intellectuels aux travailleurs, ceux qui pensent et ceux qui ¿uvrent, la main et l'esprit est un contresens dramatique et une véritable forfaiture vis-à-vis de l'avenir.

Aggraver les aspects les plus coercitifs et les plus inéquitables de la procédure judiciaire, malgré la contestation de milliers de juristes, est une dérive grave ouvrant largement la porte à l'arbitraire contre toute velléité de révolte et au passe-droit pour ceux qui ont les moyens et le pouvoir.

Les mouvements qui se développent dans les secteurs de la culture, de la recherche, de l'éducation, de l'information, de la justice reflètent à la fois le sentiment d'inquiétude face aux menaces de déstabilisation de toute une société et la colère face aux sarcasmes et aux menaces qui brident l'intelligence au service du progrès, attentent au devoir de justice et censurent le droit à l'imagination.

Pour tous ces professionnels responsables, c'est leur apport à la société qui est compromis ou contesté, leur utilité publique qui est remise en cause, au prix d'un déni de leur conscience, et en dépit du bon sens.

Que ce soit avec la morgue de Monsieur DEVEDJIAN ou le dédain de Monsieur SEILLIERE, la dénonciation rituelle d'une soi-disant " surenchère corporatiste ", n'est que la marque de l'autisme politique et patronal.

Dans leur appel à la reconnaissance de leur travail et de leurs missions, artistes, juristes, psychiatres, architectes, chercheurs, archéologues, urgentistes, manifestent tout autre chose qu'une crispation paresseuse ou maladive sur les prétendus avantages que leur conféreraient leur statut.

Ils n'ont aucune leçon de morale à recevoir d'une caste qui s'attribue et se redistribue en permanence des positions lucratives équipées de parachutes en or.

Ils n'ont aucune leçon de civisme à supporter de ceux qui, mus par un clientélisme électoral éhonté, allouent 5 milliards d'¿ de baisse d'impôt dont pas moins du tiers profite aux 1 % des contribuables les plus fortunés, 4 milliards aux entreprises à coup d'allégement de la taxe professionnelle et d'exonérations diverses, sans parler des centaines de millions d'¿ d'aides aux débitants de tabac...

Voilà sans conteste la marque de l'intelligence d'une main qui ne se trompe pas de poche, ni pour prendre ni pour donner !

Ainsi, de façon de plus en plus patente, Gouvernement et MEDEF témoignent d'une profonde connivence. Dans ces conditions, il serait tout à fait déplorable que certains partenaires syndicaux se laissent tenter par un rôle de troisième larron.

Un quotidien du soir intitulait récemment un grand article : M.RAFFARIN prêt à lancer plusieurs réformes après le 28 mars, le tout accompagné d'un dessin humoristique où l'intéressé déclare " Si on me laisse le temps, j'ai encore de grandes choses à défaire ".

Y était énuméré pêle-mêle le vaste catalogue de " réformes " d'ores et déjà programmées :

* depuis la " simplification " du Code du travail, euphémisme faussement anodin destiné à masquer aussi bien des droits coupés plus courts pour les chômeurs que des excroissances malignes genre " contrat de mission " pour les ICT ;

* en passant par la cure d'amaigrissement de l'assurance-maladie, assortie du recours annoncé aux procédures d'autorité si l'exercice de la négociation devait prendre une tournure désagréable ;

* jusqu'à la stérilisation du droit de grève dans les transports terrestres et le coin enfoncé dans les statuts d'EDF-GDF, prélude du processus de privatisation.

Sans risque de se tromper, trois affirmations peuvent être faites, qui nous commandent de nous préparer en conséquence :
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* Oui, au delà de ses temporisations tactiques, et nonobstant le résultat des scrutins des deux prochains dimanches, ce gouvernement est décidé à poursuivre son ¿uvre méthodique de sape de la protection sociale et du code du travail, de déstabilisation et d'affaiblissement tous azimuts des services publics,

* Oui, il trouvera sur sa route une CGT résolue et combative, pour la défense des droits sociaux, du service public et des statuts du personnel, pour construire l'avenir de la Sécurité sociale, pour promouvoir, en France et en Europe, des politiques économiques coordonnées au service d'une croissance riche en emplois qualifiés permettant une répartition des richesses plus favorable aux salariés.

* Non, dans cette situation critique, la riposte syndicale, n'est pas à la hauteur des enjeux. Elle doit se construire de façon convergente et coordonnée dans tous les secteurs et dans l'unité syndicale la plus vaste.

Cela signifie qu'à tous les niveaux, les responsables syndicaux doivent se livrer en conscience à l'analyse des dégâts accomplis et à venir, en diagnostiquer la teneur et l'ampleur, proposer des alternatives, se concerter pour les faire aboutir. Cela signifie que tous doivent réévaluer leurs choix et leurs priorités, prendre et assumer leurs responsabilités.

Nous le devons aux salariés qui accorderont d'autant plus leur confiance aux syndicats, qu'ils auront le sentiment qu'ensemble nous faisons tout pour les défendre.

Nous le devons à l'ensemble de la société qui a besoin de références claires et de points d'appui solides pour garder l'espoir dans l'avenir.

C'est la réponse la plus appropriée pour désamorcer les attitudes de rejet ou de découragement citoyen, pour contrer l'opération de récupération des ranc¿urs et des désarrois auquel se livre le Front national.

Je profite de cette tribune pour inciter nos organisations de la CGT, les militants et plus largement les salariés à redoubler d'effort pour s'emparer résolument de deux initiatives :
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* Primo, nous avons décidé de soumettre au plus grand nombre possible de salariés une pétition nationale intitulée " La Sécu c'est Vital ", destinée à populariser et ancrer profondément le contenu et le sens que nous voulons donner à une réforme de l'assurance-maladie que nous estimons nécessaire.

* Secundo, c'est le rendez-vous des 2 et 3avril, avec tous nos camarades de tous les syndicats d'Europe, pour défendre ensemble les droits sociaux simultanément attaqués ou bafoués dans chacun de nos pays.

Oui, il faut le réaffirmer, les chômeurs dans le collimateur, les retraites à la diète, ça ne relève pas de l'exception française. Et ce n'est pas nos camarades italiens qui me démentiront dans la perspective d'une nouvelle grève le 26 mars prochain.

Le 2 avril dans les entreprises, le 3 par les manifestations dans les principales villes, nous allons agir pour la défense de l'emploi, des droits sociaux, de la sécu et des services publics, pour des politiques orientées vers le développement économique et la justice sociale. Saisissons nous de cette occasion d'un rassemblement d'expression unitaire, intervenant à un moment opportun, je dirais même crucial, dans notre panorama social.

Chômeur " recalculé ", intermittent " culpabilisé ", électricien " déstabilisé ", hospitalier " désarmé ", ouvrier " restructuré ", pensionné " rationné ", ICT " stressé ou démotivé ", chacun a sa place dans les manifestations du 3 avril !

A tous les niveaux de l'organisation, j'insiste pour que nous déployons l'énergie et l'enthousiasme que nécessitent et que méritent ces journées d'actions interprofessionnelles.


Chers camarades,

Chacun de nos congrès d'organisation doit être mis à profit pour un examen lucide de l'état de nos forces, de la pertinence de nos concepts et de nos objectifs, de l'adéquation de nos structures et de nos modes de fonctionnement.

Le bois est une matière noble apte aux constructions solides et élégantes. Mais vous savez comme moi que lorsque cette matière caractérise la langue, elle devient détestable.

Et pourtant, ce risque existe à chaque fois qu'ayant produit une idée nouvelle au contenu prometteur, nous ne travaillons pas suffisamment pour l'approfondir, la traduire, l'actualiser, la décliner, lui donner corps dans et au service de notre pratique revendicative.

Si nous n'y prenions pas garde, il pourrait en être ainsi pour le concept du " syndicalisme rassemblé ", dans le contexte des vicissitudes actuelles de l'unité syndicale. Il pourrait en être ainsi également de la " sécurité sociale professionnelle ", dont beaucoup n'hésitent pas à s'emparer, mais à qui nous devons impérativement faire franchir le stade du mot d'ordre mobilisateur pour la faire entrer dans la réalité du droit du travail et des conventions collectives à la faveur des luttes revendicatives.

Je pense qu'un tel danger peut aussi trouver sa source dans l'utilisation massive, répétitive et trop souvent non spécifiée de la spécificité.

Cette innovation conceptuelle de la CGT a quarante ans : elle mérite qu'on la cultive, qu'on l'interroge, qu'on la fasse vivre, en la mettant à l'épreuve et en lui donnant réellement toutes les occasions de faire ses preuves.

Sachons ne pas l'utiliser comme un talisman. Faisons en sorte qu'elle s'affirme comme une dimension de la réalité de notre organisation et de notre action, une clé pour élargir notre horizon et notre champ revendicatif, une démarche d'ouverture permettant simultanément d'exprimer la diversité des salariés et d'expliciter les convergences aptes à en fonder l'unité.

L'idée qu'il faut s'adresser à chaque catégorie de salariés en résonance avec leur vécu, en utilisant un langage qui correspond à leur culture, faisant écho aux conceptions de soi qui se tissent entre trajectoires personnelles et identifications collectives, justifie à elle seule la pertinence de l'activité spécifique.

Mais, paradoxalement, cette dimension évidente de la spécificité est devenue une exigence générale.

Pour s'en persuader il n'est qu'à se représenter combien les jeunes, par exemple, peuvent facilement se reconnaître dans une telle aspiration parce qu'elle manifeste la tension moderne entre l'affirmation de l'individu et la nécessité non moins ressentie de garanties et de repères collectifs solides.

De profonds changements continuent à s'opérer dans les conditions et la finalité du travail des ingénieurs cadres et techniciens.

Ceux-ci ont altéré, sans toutefois le remettre en cause, le sentiment de disposer d'une marge d'autonomie dans son travail ; sentiment qui fonde l'homogénéité relative de ces catégories et qui repose sur la capacité de peser ou d'intervenir sur les décisions d'organisation, d'influencer les autres et d'être un acteur de son propre devenir.

Cela étant, le besoin de reconnaissance de leur qualification, de reconnaissance professionnelle et sociale, de dignité est devenu une exigence majeure qui trouve une traduction de plus en plus fréquente dans leurs revendications, et qui témoigne d'un malaise qui s'étend ou d'une prise de conscience qui s'affirme.

Une première raison de la validité d'un syndicalisme spécifique à ces catégories, c'est qu'elles sont massivement impliquées dans l'expérimentation de nouvelles approches managériales, d'abord comme population test, puis comme vecteurs de leur généralisation.

Une deuxième réside dans la résistance du travail intellectuel à être quantifié, à être délimité dans l'espace et dans le temps, à être cristallisé dans un produit particulier. Cette caractéristique est d'autant plus forte que les organisations sont plus importantes, plus complexes, plus flexibles.

Cette résistance est à la fois une base d'autonomie et une source de sujétion. Cette contradiction a notamment pesé sur le principe et la confrontation des conditions de l'application des 35 heures. Elle a en même temps révélé que la gestion du temps et des temps de vie était centrale pour ceux et celles qui, par ailleurs, sont plus ou moins tacitement censés, et très souvent amenés à ne pas compter leur temps¿

La troisième c'est que même si les tâches d'encadrement direct sont en recul relatif par rapport à celles qui relèvent de l'expertise, les dimensions de conception, de prescription et de contrôle restent basiques dans les activités de ces personnels, à travers les processus d'ingénierie, d'organisation et de programmation de la production, de prévision économique et de planification financière et commerciale, d'audit de qualité et de gestion, de formation et d'évaluation.

Des technostructures de sommet, de plus en plus anonymes et coupées des organismes exécutifs et d'appui où fonctionnent la majorité des ICT, organisent l'assujettissement aux exigences de gestion des processus de travail, qu'ils soient internes ou sous -traités.

Dans les conditions actuelles de concurrence entre les produits et pour attirer les capitaux, elles ont de plus en plus besoin de concilier la subordination à une organisation hiérarchisée avec l'appel à l'initiative et la responsabilité de toutes les catégories de salariés.

Pour y parvenir elles doivent obtenir des ICT qu'ils se soumettent et soumettent l'ensemble des collectifs de travail à une sophistication permanente des moyens d'évaluation et de contrôle des performances, au stress du conflit entre motivation par les objectifs et frustration par les contraintes.

On attend des ICT qu'ils promeuvent, jusqu'au sacrifice de leur propre position, la légitimité des incessantes réorganisations et restructurations accompagnant l'accroissement de la productivité et de l'intensité du travail, dictées par le profit ou motivées par des initiatives stratégiques décidées sans aucune transparence.

Comme l'a rappelé Marie-Jo hier, l'Ugict a élaboré une charte de l'éthique professionnelle débouchant sur un Manifeste pour la responsabilité sociale. Sur les notions de capital humain, de responsabilité collective et individuelle, sur les contrats d'objectifs, les droits pour une mobilité choisie, les modes d'évaluation collective de la qualification, la validation des acquis de l'expérience et professionnels, l'UGICT a conduit un travail pionnier qui profite à toute la CGT.

Pour les catégories de salariés que l'UGICT a vocation à défendre et représenter, la bataille des 35 heures a induit une rupture prometteuse dans les consciences et dans l'image du mouvement syndical. Elle a permis de mettre l'organisation du travail au centre de l'activité revendicative alors qu'elle a toujours été dans l'esprit du patronat une " chasse gardée ".

Dans toute l'activité économique, la reconnaissance du fait syndical doit aller plus loin pour devenir une des sources ou une des références du gouvernement d'entreprise. A ce titre, l'encadrement est un enjeu essentiel dans la lutte pour une extension des droits permettant l'émergence de pratiques démocratiques à l'entreprise. Cette conquête de nouveaux droits et des moyens de les exercer est un terrain revendicatif d'une extrême importance.

Ce terrain est difficile.

Dans ce " domaine réservé ", on rencontre d'abord la résistance politique du patronat et de sa technostructure à l'intervention syndicale, vécue comme une effraction qui attente au droit de propriété ou aux privilèges du pouvoir.

En nous y engageant nous devons aussi faire face, dans nos propres rangs, à une réticence culturelle vis-à-vis du risque de se faire piéger sur le terrain de la gestion, tant les chemins explorés semblent devoir conduire invariablement aux impasses de l'idéologie dominante.

Il est pourtant de la plus haute importance que le mouvement syndical soit en mesure de produire des alternatives robustes pour sinon emporter d'emblée l'adhésion, du moins susciter le doute, provoquer le débat, témoigner de la volonté et de la possibilité de sortir des cercles vicieux des experts dogmatiques et des gourous sentencieux.

De telles alternatives ne peuvent pas être construites sans la coopération d'une large partie des ingénieurs cadres techniciens et agents de maîtrise. Ils doivent apporter dans la confrontation leurs points de vue respectifs, anticiper les objections, repérer les opportunités, contribuer à éclairer les conditions de faisabilité et à mesurer la teneur d'une négociation.

De telles alternatives fournissent aussi le ciment nécessaire pour matérialiser les convergences revendicatives entre toutes les catégories de salariés, ouvrir les esprits et orienter l'activité économique vers d'autres conceptions de l'organisation du travail et des rapports sociaux, d'autres critères de gestion, d'autres horizons du développement et du progrès social.

C'est précisément à travers elles que nous pouvons espérer relever le défi de l'unité du salariat, en travaillant au rassemblement de ses organisations, dans l'action, la mobilisation et la négociation.

Ensemble, nous pouvons prouver que les différentes identités professionnelles et sociales issues de l'incessante évolution du travail peu vent toujours s'inscrire dans un projet de transformation solidaire de la société.

Il n'y a pas d'activité syndicale performante qui puisse se résumer à la diffusion d'un message général à un salarié moyen ou à l'imposition du point de vue moyen d'un salarié modèle.

L'efficacité de l'action syndicale nécessite de coller au plus près des revendications de chaque catégorie, en connaissant et en respectant leurs sensibilités et leurs priorités, et simultanément de travailler à la cohésion, à l'unité d'action autour des concepts majeurs et des revendications générales qui définissent le statut social du travail salarié.

Il en est ainsi de la protection sociale, du droit à l'emploi, du droit de grève, du droit à négocier l'organisation et les conditions de travail, du droit à la formation qualifiante tout au long de la vie.

Il n'y a pas d'activité syndicale performante sans la prise en compte de la réalité et de l'évolution des rapports sociaux, sans la prise de conscience que le choix d'une organisation syndicale ouverte à tous les salariés dans un cadre confédéré implique, pour la confrontation des idées et la construction des résolutions comme dans la coordination et la conduite de l'action, des comportements ouverts, des objectifs partagés, des règles de vie acceptées et respectées.

Ceci me paraît être un des messages les plus importants réaffirmés et explicités par le dernier congrès confédéral, notamment par la précision et la cohérence des résolutions qu'il a adoptées et dont nous devons accélérer la concrétisation.

Votre congrès est une occasion privilégiée de confronter ces résolutions à votre expérience revendicative, de les décliner et les expliciter sur votre terrain d'intervention spécifique, en vous adressant en premier lieu aux catégories que vous avez vocation et mission à organiser et à représenter et qui constituent près d'un tiers de la population active salariée.

Personne ne le fera à votre place, et en même temps vous ne pourrez le faire qu'en étroite coopération avec toutes les organisations de la CGT : c'est cela votre responsabilité et elle n'est pas mince. C'est dire que votre travail doit aussi se concentrer sur les dispositions à prendre pour que votre activité s'intègre dans l'activité globale de la CGT, contribue à lui donner plus de force, plus de visibilité et de lisibilité, plus d'impact auprès de toutes les catégories de salariés et dans l'ensemble de la société.

Personne n'a plus le droit de se tromper, pas plus les militants de l'UGICT que ceux des autres organisations de la CGT : de la qualité de votre travail, de l'intensité de son intégration dans la réflexion et l'action de la CGT à tous les niveaux, dépendent pour une bonne part l'image de notre confédération, son rayonnement, sa capacité à anticiper et à réagir, en un mot son efficacité.

À ce sujet, je note avec intérêt que l'Ugict propose de " centrer son activité plus particulièrement sur les jeunes diplômés. ", parce qu'ils sont le terreau de l'encadrement de l'avenir et " sur les techniciens supérieurs " qui luttent pour leur promotion sociale. Les uns et les autres sont effectivement " les plus aptes " à être les acteurs du déploiement syndical dans leur milieu professionnel. Voilà, n'en doutons pas, une résolution exigeante en terme de propositions et d'organisation.

Elle s'inscrit parfaitement dans le mandat précis que vous a conféré la confédération. Ce faisant, celle-ci ne se dessaisit pas de ses responsabilités vis-à-vis de vous, pas plus qu'elle ne cherche à créer une confrérie ésotérique ou à entretenir un laboratoire de pensée déconnecté des autres organisations. Elle ne veut pas " une affiliation à caractère administratif, basée sur une identification prétendument sociologique des adhérents, mais une affiliation dynamique qui concourt au déploiement ".

Au sein de toute collectivité digne de ce nom, la conjugaison d'un certain degré d'autonomie et d'une recherche de convergence, de solidarité et de cohésion sont également indispensables à l'intelligence des situations, à la clarté des objectifs, et à l'adéquation des formes de l'action.


La solidarité ce n'est pas un mur que l'on bétonne mais un réseau que l'on maille entre des organisations qui occupent le terrain, communiquent entre elles, confrontent leurs réflexions et fédèrent leurs efforts. Evitons de travailler en bloc indifférencié, en parallèle, ou en ordre dispersé, renforçons ce réseau et faisons le fonctionner aussi bien dans le cadre de toutes les structures professionnelles qu'au sein de chaque organisation territoriale.

Une telle orientation n'est pas viable sans que nous soyons en mesure de passer au cran supérieur en matière de syndicalisation et d'activité syndicale dans vos catégories. Elle implique que l'UGICT, ses organisations s'investissent à part entière dans la réflexion sur l'évolution des structures confédérales, sur la répartition la plus judicieuse de nos moyens financiers pour travailler au renforcement et au rayonnement de la CGT dans le tissu économique et social.


Voilà, chers camarades, ce que je voulais vous dire à l'occasion de ce 14ème congrès de notre UGICT CGT. Le mouvement syndical s'adresse à une population salariée représentant plus de 80 % de la population active.

Ce champ immense est pour l'essentiel en friche ou en jachère. Il faut absolument l'investir avec patience et avec méthode, en étant à la fois lucide sur l'état de nos forces et déterminé à franchir le seuil, en deçà duquel nous serions dans l'impossibilité de faire face à nos responsabilités.

Sachons établir des priorités, nous concentrer sur l'essentiel, établir les bases de la convergence entre les revendications, créer les conditions de la compréhension entre les militants et de la synergie entre toutes nos organisations.

Un tel objectif, vous en conviendrez, exige de nous tous un travail soutenu qui ne laisse à quiconque le loisir de dilapider son temps et son énergie sur de faux problèmes ou dans des querelles subalternes.

En vous remerciant fraternellement de votre attention, au nom de la direction confédérale, je souhaite plein succès aux travaux de votre congrès.

(source http://www.cgt-gironde.org, le 8 avril 2004)

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