Entretien de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, avec "Paris Match" le 5 août 2004, sur les questions internationales d'actualité, notamment la crise politique et humanitaire du Darfour, les relations avec l'Afrique et Israël, et la Constitution européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, avec "Paris Match" le 5 août 2004, sur les questions internationales d'actualité, notamment la crise politique et humanitaire du Darfour, les relations avec l'Afrique et Israël, et la Constitution européenne.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Q - Votre dernier voyage vous a conduit dans le Darfour, au Soudan. Comment éviter une nouvelle tragédie ?

R - Il faut soutenir le travail formidable des organisations humanitaires et la mission de surveillance de l'Union africaine. La France vient d'affréter, pour 2 millions d'euros, un avion destiné à assurer des rotations de matériel. Elle a mis à disposition ses Transall basés à Ndjamena pour transporter le fret vers Abéché et les camps de réfugiés à la frontière du Tchad et du Soudan. Elle est prête à faire davantage. Les pressions politiques doivent être renforcées. Mais soyons responsables : on n'arrêtera pas cette tragédie humanitaire et politique contre le Soudan, mais avec lui, en concertation avec ce pays immense, à la charnière des mondes arabe et africain, musulman et chrétien, dès l'instant où il tient son engagement de désarmer les milices qui sont à l'origine de ce drame.

Q - Les points chauds ne manquent pas en Afrique. Or, on a l'impression d'un manque de coordination des politiques internationales ?

R - Dans la région des Grands Lacs, la situation demeure préoccupante, mais nous travaillons sans cesse à son amélioration. Quant à la crise ivoirienne, nous sommes actifs pour que les accords de Marcoussis soient respectés. A cet égard, la réunion qui vient de se tenir à Accra est particulièrement positive. De manière générale, il s'agit pour la France et, au-delà, pour l'Europe d'avoir une vraie politique extérieure pour l'Afrique, de "mutualiser" les initiatives, au lieu de juxtaposer des actions parfois concurrentes. Comme le dit M. Konaré, président de la Commission de l'Union africaine, "il y aura dans vingt ans 1,5 milliard d'Africains, 800 millions d'entre eux auront moins de 15 ans et les deux tiers vivront avec moins de 1 euro par jour". Comment l'Europe pourrait-elle ne pas se sentir concernée ? L'Afrique, qui commence avec le Maghreb, est notre nouvelle frontière.

Q - L'Europe ne manque-t-elle pas, plus globalement, d'une politique extérieure commune ?

R - Face à la multiplication des acteurs qui comptent dans le monde, les Etats-Unis bien sûr, mais aussi la Russie, la Chine, l'Inde ou le Brésil, l'Europe est confrontée à un défi : depuis cinquante ans, nous avons créé un marché commun, nous sommes devenus une puissance monétaire tout en préservant notre identité, mais nous ne sommes pas encore parvenus à développer une politique extérieure européenne. Nous sommes une puissance dans le monde mais pas une puissance mondiale. Grâce à la Constitution, que j'ai contribué comme commissaire européen à élaborer, nous avons désormais les outils nécessaires. Je veux, dans ce ministère, m'employer à ce que l'Europe ait une politique commune.

Q - Comptez-vous aller en Israël, malgré les accusations d'Ariel Sharon à l'encontre de la France ?

R - Je devrais y aller en octobre, comme prévu dans mon programme de visites bilatérales. Dans la logique de celles que j'ai effectuées en Egypte, en Jordanie et dans les Territoires palestiniens. J'ai été heureux d'entendre Ariel Sharon évoquer "l'action déterminée et exemplaire de la France dans sa lutte contre l'antisémitisme".

Q - Avez-vous bon espoir dans la ratification de la Constitution ?

R - Le président Jacques Chirac a fait le choix du référendum : c'est un outil de pédagogie et de démocratie. Et l'Europe en a besoin. La perspective de ce référendum doit ouvrir dès maintenant un grand débat pluraliste et républicain ! Dès l'automne prochain, avec tous ceux qui ont quelque chose à dire sur l'Europe, qu'ils soient de droite, du centre ou de gauche.

Q - En tant qu'ancien coorganisateur des Jeux olympiques d'Albertville, que pensez-vous de la manière dont les Grecs ont préparé Athènes ?

R - Ces Jeux seront de grands Jeux. Une vraie fête du sport, dans l'esprit initial des lieux dans lesquels ils se tiennent. Les Jeux olympiques sont toujours pour le pays d'accueil un formidable événement. Voilà pourquoi je milite activement pour la candidature de Paris à ceux de 2012 !

Q - Quel est votre programme de rentrée ?

R - Je retourne dans les Balkans - où je suis déjà allé en juillet - puis je vais à New York, à la session des Nations unies. J'accompagnerai le président de la République au Vietnam et en Chine, et j'irai, dans quelques semaines, en Inde et en Afghanistan. Ces visites sont aussi l'occasion de souligner la dimension humaine de notre action extérieure. Je l'ai fait récemment en Afrique du Sud, en visitant un quartier de Soweto où des ONG luttent contre le sida.

Q - La dimension humaine... C'est votre valeur ajoutée, après le panache de votre prédécesseur ?

R - Pas "après"... Avec ! La diplomatie française doit conserver son allure. Et Dominique de Villepin est un ami. Mon ambition est de faire de ce ministère celui de l'influence française.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 août 2004)

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