Interview de M. Gérard Larcher, ministre délégué aux relations du travail, à RTL le 30 juillet 2004, sur la lutte contre le chômage, la réduction du temps de travail, le licenciement économique et le travail illégal. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Larcher, ministre délégué aux relations du travail, à RTL le 30 juillet 2004, sur la lutte contre le chômage, la réduction du temps de travail, le licenciement économique et le travail illégal.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre délégué aux relations du travail

ti : R. Arzt - Le chiffre précis du taux du chômage du mois de juin va être rendu public dans moins d'une heure. A l'heure qu'il est vous pouvez, sans donner de pourcentage, indiquer la tendance. Quel est votre commentaires sur l'évolution du chômage ?.

R - "Le premier commentaire, c'est qu'avec J.-L. Borloo, nous sommes les ministres de l'Emploi et que c'est bien vers l'emploi que nous entendons tendre notre action. La première des choses, c'est que nous avons encore pendant deux mois - pardonnez-moi de parler statistiques - l'effet dit "recalculés", qui va entrer les chiffres du chômage. Mais j'ai quelques chiffres importants qui laissent penser que l'automne devrait voir, après la stabilisation de l'emploi, la création nette d'emplois. Je pense notamment à une observation : l'augmentation, pour la première fois depuis 2001, de l'emploi intérimaire : + 3 %. Je pense, sur le premier semestre, au doublement des Contrats Initiative Emploi pour les jeunes - et là, nous parlons de 55.000 contrats. Je pense à la croissance de 20 %, sur le premier semestre, des entrées dans l'apprentissage. Voilà des chiffres, avec les chiffres de la consommation, qui nous laissent penser qu'à partir de l'automne, cette reprise que nous sentons tous, va avoir une traduction en termes d'emplois et que nous n'aurons pas une reprise sans emplois, comme certains l'annonçaient."

R. Arzt - Mais pour juin, en revanche, on n'en est pas encore là ?.

R - "Nous avons cet effet "recalculés", nous l'avions annoncé et, pardonnez-moi, au-delà des chiffres, ce qui nous préoccupe J.-L. Borloo et moi-même, c'est bien entendu les 2.425.000 chômeurs, mais aussi tous ceux qui ne sont pas dans les chiffres du chômage. Nous pensons aux exclus. Voilà pourquoi le plan de cohésion sociale entend s'attaquer aussi, au-delà du phénomène chômage constaté, à la réalité de centaines et de centaines de milliers de nos concitoyens, qui ne sont dans aucune statistique, mais qui en fait sont aujourd'hui totalement éloignés de l'emploi."

R. Arzt - Vous considérez donc qu'en termes d'emploi, on sort d'une période difficile ?

R - "Nous devrions à l'automne entrer dans une période plus favorable, et à partir de 2005, autour du plan de cohésion sociale, entamer une mobilisation à un moment où nous aurons des besoins en plus au plan démographique, des besoins de répondre aux offres d'emplois. Savez-vous qu'aujourd'hui 400.000 offres d'emplois ne sont pas satisfaites ?"

R. Arzt - Dans les derniers arbitrages budgétaires qui ont été faits hier, les crédits des ministères ont été rabotés de 0,2 %, pour tenir l'objectif de gel des dépenses de l'Etat. En ce qui concerne le ministère de l'Emploi ?

R - "Le coup de rabot, c'est comme les ministres : c'est pour faire rentrer. Pour le ministère de l'Emploi : emplois aidés, nous avons ce que nous avons souhaité ; le plan Santé-sécurité au travail, une première tranche de moyens nous sera donnée. Il nous faut aujourd'hui examiner les lettres plafond qui nous été adressées hier soir. Avec un sujet : le Smic. Est-ce que nous le faisons converger sur l'année 2005 ou sur deux années ? Et le scénario d'allégement des charges, qui vise à compenser l'augmentation du coût du travail. Le Premier ministre, dans sa conférence de presse, a donné un certain nombre d'orientations, mais en même temps, il a dit qu'il en parlerait avec les partenaires concernés et les parlementaires."

R. Arzt - Vous êtes l'un des partenaires¿

R - "Nous sommes parmi les partenaires concernés¿"

R. Arzt - Les 35 heures : des rencontres sont annoncées entre vous et les syndicats pour la fin août, afin de parler de ce sujet. Pour vous, quel est l'objectif de ces rencontres ? Hier on a entendu J.-C. Mailly, le secrétaire général de Force Ouvrière, qui soupçonne le Gouvernement de vouloir faire en sorte que les heures supplémentaires soient moins bien payées¿

R - "D'abord, nous avons un cadre clair. Il a été fixé par le président de la République. La durée légale du travail, c'est bien 35 heures. Nous avons eu un texte dont on dit aujourd'hui, même pour ceux qui ne le soutenaient pas, le plus grand bien : ce sont les dispositions de la loi Fillon sur les assouplissements, puisqu'on est sorti du "carcan législatif", ce qui permet aux branches d'adapter ce texte aux nécessités et aux réalités de ces branches."

R. Arzt - Il faut donc assouplir davantage cette loi ?

R - "Nous allons faire le bilan avec les partenaires sociaux, d'abord de l'utilisation des assouplissements Fillon. Et nous allons examiner aussi un certain nombre de rendez-vous que nous avons. Je pense, pour les petites entreprises, au 31 décembre 2005. Et ce rendez-vous, c'est le quota d'heures supplémentaires, leur niveau de rémunérations. Et il y a un certain nombre d'autres pistes, mais il y a une méthode. Il y a une méthode qui a été rappelée par le Premier ministre : c'est la négociation, c'est donc le dialogue social. Et nous nous retrouverons donc à la fin août pour dialoguer, pas simplement autour des 35 heures, mais aussi des sujets comme la santé et la sécurité au travail, l'emploi des seniors. Est-il satisfaisant que nous soyons le pays d'Europe qui ait le moins de seniors au travail, et qui ait considéré en permanence que c'était une variable d'ajustement du chômage ?"

R. Arzt - Tout cela rentrera dans la même négociation ?

R - "Nous aurons des négociations multilatérales, mais qui commenceront à la fin août."

R. Arzt - Là où il y aura peut-être moins de négociations, c'est sur les règles du licenciement économique, où la négociation n'avance pas entre les partenaires sociaux et où vous préparez - le journal La Tribune en parle ce matin - un projet de loi, qui devrait donner plus de marge de man¿uvres pour élaborer les plans sociaux pour les entreprises.

R - "Tout d'abord, la négociation est interprofessionnelle aujourd'hui et elle se situe au niveau des partenaires sociaux qui se retrouveront début septembre. Il est vrai que pendant des mois, ils ont peu progressé sur le sujet des restructurations. Eh bien, nous attendons les résultats de la négociation interprofessionnelle, qui nous est annoncée pour octobre."

R. Arzt - Cela n'a pas l'air d'aller très bien¿

R - "Ils se retrouvent, ils discutent. Nous constatons un certain nombre de points de convergence, et puis parallèlement, il y a ce que nous appelons "les accords de méthode". Plus de 155 accords ont été signés au niveau des entreprises. Naturellement, nous analysons ces accords de méthode, ce qui conduit La Tribune à dire que "nous préparons" : non, il n'y a pas dans les cartons un projet préparé. Nous nous inspirerons de la négociation. Nous souhaitons qu'elle aboutisse, mais il y a dans la négociation déjà aujourd'hui des éléments positifs. Et nous regarderons les accords de méthode et nous préparerons un projet de loi, puisque de toute façon, il faudra passer par le législateur."

R. Arzt - Vous êtes satisfait des contrôles renforcés sur le travail illégal, que vous avez lancés à partir de juin ?

R - "C'est une nécessité - et avec J.-L. Borloo nous le rappelions - pour la cohésion de la République."

R. Arzt - Et donc le résultat est là ?

R - "Pour le respect des travailleurs, nous commençons des contrôles dans trois secteurs : l'emploi saisonnier en agriculture, le spectacle vivant et les hôtels cafés-restaurants. C'est aussi une manière de rendre attractifs ces métiers, qui sont aujourd'hui des métiers dans lesquels près de 100.000 offres d'emplois ne sont pas satisfaites."

R. Arzt - Ce serait une bonne chose que J.-P. Raffarin se présente aux sénatoriales, quitte à ne pas siéger au Sénat ?

R - "Ecoutez, c'est mon cas, puisque nous étions sénateurs ensemble, dans la même commission. Et moi-même, je suis candidat dans mon département des Yvelines. Je crois que ce lien avec le territoire est quelque chose de fort, est quelque chose d'important. Ce qui ne veut pas dire pour autant que nous aurons à siéger immédiatement dans cette assemblée. Mais c'est une manière, en démocratie, de revenir devant le suffrage universel indirect."

R. Arzt - Oui, "indirect", parce qu'il s'agit d'aller faire campagne auprès des grands électeurs, c'est-à-dire les élus locaux. Faire une campagne comme ça, est-ce agréable, est-ce revigorant ?

R - "C'est une manière d'entendre, d'entendre la France du terrain, car les conseils municipaux sont vraiment une expression très forte du quotidien, naturellement au travers d'une espèce de filtre où les pulsions sont plus contrôlées."

R. Arzt - Une campagne comme celle-là fera donc du bien à J.-P. Raffarin?

R - "Cela nous fera tous du bien, à tous ceux qui font une campagne sénatoriale !"

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2004)

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