Déclaration de Mme Marie-Josée Roig, ministre de la famille et de l'enfance, sur la politique familiale, notamment dans le cadre de la lutte contre l'exclusion, les familles en difficulté, la pauvreté et la précarité, la petite enfance et l'adolescence, Strasbourg le 5 juin 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marie-Josée Roig, ministre de la famille et de l'enfance, sur la politique familiale, notamment dans le cadre de la lutte contre l'exclusion, les familles en difficulté, la pauvreté et la précarité, la petite enfance et l'adolescence, Strasbourg le 5 juin 2004.

Personnalité, fonction : ROIG Marie-josée.

FRANCE. Ministre de la famille et de l'enfance

Circonstances : Congrès de l'Union Nationale des Associations Familiales (UNAF) à Strasbourg le 5 juin 2004

ti : Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,


Je voudrais tout d'abord vous remercier de m'accueillir aussi chaleureusement au sein de votre congrès annuel que j'ai l'honneur d'ouvrir pour la première fois.

Quelques semaines seulement après ma prise de fonctions, ce temps de rencontre est pour moi essentiel car je connais le rôle essentiel qui est le vôtre, de partenaire institutionnel des pouvoirs publics.

Rôle que vous confère la loi et que vous déclinez depuis de nombreuses années dans des actions concrètes :

en tant que force de proposition, si j'en juge par les contributions de l'UNAF aux travaux des groupes préparatoires à la conférence de la famille ; je sais combien vous êtes un laboratoire d'idées en ce domaine.
en tant qu'instance de représentation dans les organismes où se discute l'avenir des familles avec toute la légitimité que la loi vous confère en la matière,
Enfin, en termes de services rendus aux familles, notamment en matière de tutelle ou de médiation familiale¿
L'UNAF est un acteur central de la politique familiale et je sais que vous êtes un partenaire constructif qui mesure à sa juste dimension les contraintes inhérentes à la mise en ¿uvre des politiques publiques.

Vous êtes aussi - et j'y vois une richesse - le confluent et la synthèse d'une grande diversité interne et le pilier de que les différents acteurs du champ social appellent le " mouvement familial ".

La famille est un bien précieux. On la dit à tort " en crise ", mais, comme les études d'opinion l'attestent régulièrement, elle reste une valeur essentielle.

Mais c'est aussi à la fois une responsabilité et une force qui nous concernent toutes et tous. Pour le gouvernement, c'est le noyau de base de toute solidarité et le point d'ancrage de nos valeurs.

La famille est au centre de nombreuses politiques publiques : en me nommant Ministre de plein exercice, le Premier Ministre a voulu ainsi marquer son attachement fort à la défense de la cellule familiale.

Notre mission consiste donc à conforter les parents face aux incertitudes, aux difficultés et parfois aux crises auxquelles ils sont confrontés.

L'intérêt de l'enfant doit être en toute circonstance ce qui guide nos réflexions, quelles que soient les aspirations des uns et des autres d'élargir la notion de famille à des solidarités entre individus qui relèvent des seuls choix individuels.

Je veux également insister sur le point suivant : si la politique familiale doit contribuer à la lutte contre l'exclusion ; sa vocation est d'abord de s'adresser à l'ensemble des familles.

Toute famille, à une période ou à une autre de son existence, doit surmonter des épreuves, plus ou moins graves, parfois passagères, parfois récurrentes.

Les familles en difficulté ne sont pas seulement celles touchées par la pauvreté.

Une famille fragile, c'est aussi une famille qui vit une séparation, un divorce, un deuil.

Ou une famille qui a en son sein un adolescent en situation de crise psychologique ou en échec scolaire.

C'est aussi une famille qui doit faire face à des contraintes particulières lorsqu'elle élève un enfant handicapé.

C'est aussi une famille qui subit une discontinuité de l'emploi ou qui éprouve une difficulté d'intégration parce qu'elle est d'installation récente sur le territoire.

Il peut aussi s'agir d'une jeune famille, qui a besoin d'être confortée dans ce moment essentiel de l'arrivée du premier enfant.

Une famille fragile, c'est encore une famille qui perd son logement, qui peine à s'y maintenir ou qui subit un habitat dégradé. Sur ce point précis, nous aurons, avec le Secrétaire d'Etat au logement, à développer des actions spécifiques pour rendre plus effectif ce droit essentiel qu'est le droit à un logement pour tous, et davantage encore, le droit à un habitat décent.

D'une famille à une autre, les épreuves ne sont donc pas de même nature, ce qui appelle de notre part des réponses adaptées et de portée différente.

J'ai le souci de mieux prendre en compte les situations de grande pauvreté, ainsi que la fragilisation de certaines familles.

La pauvreté et la précarité sont une préoccupation importante du Gouvernement.
Récemment un rapport a mis en relief le nombre élevé d'enfants vivant sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre sera bien sûr toujours trop élevé mais on ne peut oublier que la politique familiale contribue à limiter considérablement le risque de pauvreté.

Du reste, les solutions viennent et viendront aussi des familles elles-mêmes: monsieur le Président, je suis très sensible à cette belle idée qui vous est chère, cette idée qui consiste à valoriser les "réussites paradoxales". Nous avons beaucoup à apprendre de ces familles qui auraient toutes les raisons d'être fragilisées et qui pourtant, s'en sortent et trouvent en elles-mêmes les ressources pour dépasser leur difficulté.

Pour conclure sur ce point, je dirais que nous devons stimuler, susciter les cohésions là où nous identifions des fragilités.

Je veux aussi évoquer les suites de la conférence de la famille de l'année dernière, consacrée à la petite enfance. Je sais que l'UNAF avait grandement contribué à alimenter la réflexion dans le cadre des groupes préparatoires.

Nous sommes pleinement aujourd'hui dans le temps de la mise en ¿uvre des mesures décidées l'an dernier.

Le plan crèches de 200 millions d'euros est maintenant opérationnel.
La PAJE bénéficie aux familles depuis le 1er janvier.
Les entreprises désireuses de créer des crèches ont maintenant un cadre juridique et financier pour s'impliquer dans la politique familiale.

Je sais que l'UNAF a toujours soutenu ces mesures qui permettent d'accroître l'offre de garde et je m'en réjouis.

Je sais qu'elle soutient aussi la mise en place de la PAJE car elle a permis d'engager un processus de simplification des aides et qu'elle favorise pour les parents l'équilibre des temps consacrés au travail et ceux consacrés à la vie familiale.

Je voudrais également vous indiquer que le projet de loi sur les assistantes maternelles a été adopté la semaine dernière par le sénat en première lecture. Il sera prochainement examiné à l'Assemblée Nationale.

La profession d'assistante maternelle est une profession qui méritait d'être mieux reconnue et les mesures du projet de loi constituent à mes yeux autant de réponses aux nombreuses préoccupations que ces professionnelles de l'accueil de l'enfant se posent en matière de rémunération, de formation, de congés, de stabilité du contrat de travail¿ Du reste, je crois qu'un bilan des congés parentaux devra être entrepris ; il faut s'assurer que les modalités de prise de ces congés ne sont pas trop rigides, vérifier qu'elles sont cohérentes d'un congé à l'autre, et surtout qu'elles bénéficient à tous.

Toujours sur l'enfance, nous avons rendez-vous le 29 juin prochain, avec la conférence de la famille et le thème de l'adolescence. Des différents groupes qui se sont réunis ces derniers mois émergent un certain nombre de propositions. A la lecture des contributions, je me réjouis de l'approche concrète qui a guidé les participants de chaque groupe. Je constate qu'aucune dimension n'a été écartée.

Le Premier Ministre annoncera, à cette occasion, des mesures :

favorisant l'accès aux loisirs, à la culture et au sport,
renforçant le suivi de la santé des adolescents,
facilitant l'entrée des jeunes dans la vie civique et associative, la découverte du monde du travail.
J'ai déjà eu l'occasion d'indiquer que je suis favorable à l'instauration d'un entretien médicalisé en classe de 5ème car c'est un âge crucial pour détecter les souffrances psychologiques. Ces entretiens doivent devenir des moments privilégiés pour repérer les troubles susceptibles d'intervenir dans le développement de l'adolescent.

Je crois aussi à l'idée de créer des maisons de l'adolescence.

La semaine dernière, j'ai eu l'occasion de me rendre à Marseille pour visiter avec le professeur Ruffo un lieu de cette nature. Ce ne sont pas des coquilles vides. Un travail remarquable de terrain s'y construit chaque jour, dont les adolescents que j'ai rencontrés sont, au premier chef, les bénéficiaires. Un adolescent en souffrance est un enfant qui se repli sur lui-même.
Cette attitude nécessite une approche particulière pour renouer le dialogue avec lui. Il faut un savoir faire. Ce ne sont pas les pédopsychiatres qui me démentiront.

Et, je peux vous affirmer que ces espaces d'écoute sont utiles, que les jeunes, un peu perdus, s'y rendent parce qu'ils ne trouvent pas ailleurs un cadre adapté pour parler de leurs préoccupations, sur leur santé notamment.

Nous aurons l'occasion, ensemble, de continuer dans les toutes prochaines semaines la discussion sur les différentes mesures qui seront annoncées par le Premier Ministre lors de cette Conférence de la Famille 2004.

Je voudrais redire ici combien je suis attachée à la relation consubstantielle et indissociable entre famille et enfance. Les droits de l'enfant ne se construisent pas contre ceux de la famille.
Je dirais - bien au contraire - que les droits de l'enfant rencontrent ceux des familles ; ils se renforcent mutuellement.

Et, s'agissant de l'enfant, beaucoup vient d'être fait, notamment avec la récente loi du 2 janvier 2004, sur la protection de l'enfance. Le cadre a été défini. Les actions et les instances doivent maintenant se mettre en place. Nous devons les faire vivre.

Le dispositif de prévention de l'absentéisme scolaire fait maintenant l'objet d'une attention plus vigilante qu'auparavant. Le nouveau dispositif propose d'une part une mobilisation partenariale autour d'actions de responsabilisation et d'accompagnement des parents.

Les instances se construisent localement - je pense notamment à la commission départementale de suivi de l'assiduité scolaire et au module de soutien à la responsabilité parentale ; je rappelle que l'objectif de ce module est d'assurer au plus vite le rétablissement de l'assiduité de l'élève grâce à une mobilisation de sa famille. Il faudra veiller à ce que cette nouvelle architecture porte ses fruits, que la prévention remette sur le chemin de l'école les enfants qui s'en sont écartés.

La semaine dernière, j'ai lancé, avec Dominique PERBEN, le dispositif " SOS enfants disparus " et le numéro national d'accueil et d'information des familles frappées par le drame de la disparition d'un enfant.

Mais beaucoup reste encore à faire sur la protection de l'enfance.

Concernant l'aide sociale à l'enfance, les dispositifs datent de 1945, ils doivent être modernisés, notamment pour tenir compte du renforcement du rôle du département consécutif à la décentralisation.
Il existe de nombreux rapports, ils identifient des pistes de travail. Je veillerai à ce qu'ils ne restent pas lettre morte.

Je serai, par ailleurs, très attentive à l'issue des travaux du groupe de travail sur le tourisme sexuel. Le rapport de ce groupe me sera remis dans les semaines à venir. Nous devons travailler sur une démarche de modification des comportements et impliquer nos partenaires européens dans cette campagne.

Sur la protection des mineurs sur Internet et à la télévision, nous devons aller plus loin dans la sensibilisation des médias sur les programmes proposés aux jeunes. Explorons avec eux la voie d'une contractualisation, notamment avec l'appui du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. Nous devons les amener à comprendre que nous sommes tous coresponsables du comportement de nos enfants.

Une conférence de la famille en suit une autre. Je peux vous dire que nous travaillons d'ores et déjà à la préparation de la conférence de la famille 2005.

A ce stade, il serait naturellement prématuré de vous en révéler le thème.

Mais le Premier Ministre en arrêtera le thème d'ici le 29 juin et je compte évidemment sur la contribution active de l'UNAF, de sorte que la réflexion puisse être engagée dès le mois d'octobre de cette année.

Le soutien à la fonction parentale est aussi une grande question : j'ai l'intention d'aboutir à la mise en ¿uvre d'un dispositif de médiation familiale renforcé, harmonisé et cohérent. C'est une idée à laquelle je crois. La médiation peut contribuer à la restauration du lien familial. L'UNAF a des propositions, le conseil national consultatif de la médiation également. J'y serai attentive.

Une autre piste de travail, que je privilégie, porte sur l'adoption. Il y a en France près de 24 000 familles agréées en attente d'adoption et seulement 5 000 enfants adoptés.

Nous devons réduire cet écart - faciliter les démarches, et mieux accompagner les familles, notamment lorsqu'elles adoptent un enfant à l'étranger. Je souhaite souligner qu'avec la Paje- nous avons amélioré la prise en charge du coût d'une adoption. Et le premier ministre vient d'annoncer le doublement de la prime pour les familles qui adoptent un enfant.

Mais, il faut faire plus.

Nous avons identifié plusieurs axes de réforme : nous devons mieux préparer et aider les candidats à l'adoption, améliorer la prise en charge, le suivi et la santé des enfants adoptés, refondre le dispositif de l'adoption internationale en créant une agence française de l'adoption.

Voilà à ce stade les réflexions qui sont les miennes, réflexions qui s'affineront au cours des mois qui viennent et qui ne préjugent bien sûr pas d'autres réformes à envisager.

S'agissant d'une question qui vous concerne plus directement, nous devrons aborder dans les prochains mois la question de la réforme de votre financement et étudier ensemble quels sont les mécanismes d'évolution les plus pertinents.

Soyez persuadés que je veillerai à maintenir un dialogue constant et très étroit avec vous.

Par la concertation bien sûr. Car vous associer en amont de toute décision politique me paraît la méthode la plus sûre pour bien nous comprendre et la plus fructueuse pour bien travailler ensemble.

Je vous remercie.


(Source http://www.famille.gouv.fr, le 8 juin 2004)

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