Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à RTL le 4 août 2004, sur l'évolution des statistiques de la délinquance et sur le débat à propos de la présidence de l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à RTL le 4 août 2004, sur l'évolution des statistiques de la délinquance et sur le débat à propos de la présidence de l'UMP.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

ti : R. Arzt - Les exemples de violence en France ne manquent pas ces temps-ci - des faits divers tragiques, des actes de racisme, des incendies criminels de forêts... Cela exige-t-il de votre administration qu'elle démultiplie son action ? Elle y parvient du mieux possible selon vous ?

R - "Il y a une très forte mobilisation de l'ensemble de nos forces de sécurité, qu'il s'agisse de la police, de la gendarmerie, des sapeurs pompiers, sur tout le territoire, en particulier dans cette période de vacances où il y a des risques spécifiques. Nous avons engagé un formidable travail, non seulement de mobilisation mais aussi de coordination pour être plus efficace. Vous avez évoqué ces drames affreux de Jeanne-Marie, de Julie, d'Edwige, du petit Jonathan, du jeune Romain... Nous avons pu interpeller l'auteur présumé de ce terrible assassinat et les enquêtes progressent en ce qui concerne les jeunes filles. Mais il faut faire davantage, j'en suis bien conscient. Voilà des crimes barbares, qui méritent interpellations et, bien évidemment, punitions à la hauteur de tels crimes."

R. Arzt - Je sais que vous avez les toutes dernières statistiques de la délinquance. L'évolution des chiffres est encourageante ou pas ?

R - "Elle est non seulement encourageante, elle est plus qu'encourageante. Les chiffres évoluent dans le bon sens, à la mesure du travail de mobilisation des policiers et des gendarmes. Nous avons une baisse générale de la délinquance dans notre pays de 8,5 %, une baisse en ce qui concerne la délinquance de voie publique de plus de 12,5 %. C'est un chiffre important parce que cela marque l'activité de nos services, un taux d'élucidation de plus de 7 %. Et pour la première fois dans notre pays, les violences contre les personnes baissent pour la première fois depuis dix ans, de plus de 7 %. Donc, vous voyez, les choses vont dans le bon sens, mais personne ne peut se satisfaire de ces chiffres, car je sais qu'il y a derrière les agressions, derrière les délits et les crimes, trop de drames et trop de Français qui souffrent. Et c'est pour cela que nous sommes, bien évidemment, mobilisés les uns et les autres."

R. Arzt - La période estivale, on le sait, est propice à la petite délinquance : cambriolages, vols à la tire et autres... Vous portez une attention particulière là-dessus ?

R - "Nous avons fait un effort spécifique, tout à fait. En particulier en ce qui concerne les cambriolages, nous avons renouvelé l'opération "tranquillité-vacances", qui permet d'assurer un gardiennage pour les Français qui le souhaitent, de leur maison, de leur domicile. Nous avons multiplié des opérations qui permettent, dans les cités, soit d'amener des jeunes des cités vers des communes touristiques, soit au contraire de les occuper dans leur cité propre. C'est le programme "ville-vie-vacances", qui permet à 40.000 jeunes d'être encadrés dans leur propre cité, en liaison avec les centres de loisirs jeunesse. Donc, des activités spécifiques. Il y a bien sûr toute cette petite délinquance, ou cette délinquance plus importante d'ailleurs, qui peut se développer. Nous avons ainsi interpellé en Seine-et-Marne un certain nombre de jeunes qui se livraient à des cambriolages, et qui avaient déjà réalisé une cinquantaine de cambriolages. Donc, il faut une vigilance particulière. Vigilance particulière aussi sur la sécurité routière, car vous le savez - et cela a le cas du dernier chassé-croisé - le dernier chassé-croisé s'est traduit par moins d'accidents, mais par plus de décès. Donc, nous devons être tous vigilants, et pour cela nous avons assuré une présence maximale sur les routes : plus de 10.000 gendarmes déployés sur les routes. Et en ce qui concerne les feux de forêts - parce que c'est une des grandes préoccupations de cette période estivale -, nous avons augmenté nos moyens..."

R. Arzt - Et surtout, vous avez arrêté des pyromanes...

R - "...Deux bombardiers supplémentaires, un hélicoptère lourd, et nous avons fait une cinquantaine d'interpellations d'auteurs présumés. C'est dire que, là encore, ce type de crime ne doit pas rester impuni."

R. Arzt - Peut-on faire, dans les statistiques, une part, "à part", si je puis dire, des actes racistes et antisémites, qui donnent l'impression, eux, d'être en progression ?

R - "C'est une grande préoccupation pour nous. Depuis le début de l'année, nous avons vu une aggravation du nombre d'actes, une augmentation du nombre d'actes racistes et antisémites. Et c'est pour cela que j'ai souhaité ouvrir un chantier spécifique sur tout ce qui touche à la discrimination, au racisme et à l'antisémitisme, que j'ai confié à J.-C. Ruffin. C'est l'un des six chantiers que j'ai créés dans ce ministère. Des propositions vont m'être remises début septembre, et nous prendrons des mesures concrètes. Le but, c'est d'arriver sur ces chantiers à des mesures très concrètes, qui permettront de répondre aux questions, aux interrogations des Français et aux difficultés du terrain..."

R. Arzt -...A la rentrée ?

R "...Dès la rentrée du mois de septembre. C'est vrai dans le domaine de la cybercriminalité, tout ce qui touche à pédophilie, à la pédo-pornographie. C'est vrai dans le domaine du terrorisme, du trafic de drogue, ou encore de la sécurité des mineurs.

R. Arzt - Quelle leçon vous tirez de l'histoire de la fausse agression antisémite du RER ? On en a parlé trop vite ? L'indignation a été trop forte ?

R - "Dans ce domaine - le président de la République l'a très clairement dit le 14 Juillet -, il faut être d'une extraordinaire vigilance. Nous devons systématiquement prêter écoute à la parole des victimes, tout en faisant le travail qui est le nôtre : de recoupement, d'enquêtes indispensables. Mais c'est bien sûr la vigilance, c'est la responsabilité, c'est un travail qui est parfois long, parfois compliqué, et qui ne s'accommode pas toujours du temps médiatique. Il faut essayer, et continuer de faire mieux.

R. Arzt - Les quatre détenus français de Guantanamo qui sont revenus en France la semaine dernière pourraient être une cause de trouble à l'ordre public s'ils sont en liberté ?

R - "Pour le moment ils sont toujours maintenus en garde à vue, maintenus en détention. La cour d'appel - cela a été dit tout à l'heure -, va se prononcer. Il est très important d'aller jusqu'au bout des interrogations qui sont celles que se posent les Français : quels liens avec des groupes terroristes ? Quelle participation ou association avec tel et tel type d'attentats ? Je crois qu'il est important d'aller jusqu'au bout de cette vérité-là.

R. Arzt - Je change totalement de sujet : la justice s'intéresse de près à C. Pasqua. Des hommes de l'ombre comme J.-C. Marchiani, c'est nécessaire ou bien cela pose, a priori, des difficultés de principe ?

R - "Ne mélangeons pas les genres. Il peut s'avérer dans un certain nombre de situations utiles de disposer de contacts particuliers capables de faire avancer une enquête. Il y a là une affaire de justice, vous comprendrez que je ne me prononce pas sur cette question de justice. C'est à la justice de faire toute la lumière, et de dire la vérité."

R. Arzt - La politique pour terminer, et la présidence de l'UMP : vous avez remarqué le nombre de parlementaires, de militants, qui se rallient à la candidature de N. Sarkozy ces temps-ci. Il y a même un appel à sa candidature qui a reçu près de 8.000 signatures...

R - "Il y a des appels, et c'est très bien. Et nous avons besoin d'avoir un candidat fort à la tête de l'UMP. Un grand mouvement politique a besoin d'être animé, donc il a besoin d'avoir quelqu'un qui rassemble."

R. Arzt - Et N. Sarkozy ferait l'affaire ?

R - "N. Sarkozy fait partie de ceux qui sont susceptibles de rassembler et de guider notre mouvement. Mais la clé, le plus important est ce qu'expriment tous les parlementaires et tous les militants : c'est la volonté d'union. Elle doit être plus forte que tout. Nous ne devons pas oublier, dans ce cadre-là, qu'il n'y a pas, d'un côté, l'action gouvernementale, et de l'autre côté la vie du principal parti majoritaire - il faut le rappeler. On ne peut pas, aujourd'hui, faire l'impasse sur la qualité de l'action gouvernementale ! L'action gouvernementale, c'est le mandat que nous avons reçu des Françaises et des Français. Pour trois ans."

R. Arzt - Donc, il ne faut pas que ce soit contredit par l'UMP, c'est ça ?

R - "Le président de la République l'a dit très clairement le 14 juillet : il y a trois années. Trois années où nous avons ce devoir gouvernemental à exercer. Donc, la responsabilité du principal parti de la majorité, c'est d'appuyer cette action gouvernementale. C'est là qu'est la priorité, et c'est pour cela que l'union doit être absolue en ce qui concerne l'UMP."

R. Arzt - Et cela veut dire quoi concrètement ? Qu'il doit être entouré par un état-major d'amis de J. Chirac ?

R - "Cela veut dire tout simplement que le petit suspense auquel on voudrait jouer d'ici à novembre n'aura pas lieu. Cela veut dire tout simplement que l'union sera réalisée, parce que c'est l'intérêt de chacun, et que personne n'a intérêt à s'amuser à des jeux de divisions. Je crois que cette réalité-là s'impose à tous, et que nous en avons tous conscience. J'ai souvent eu l'occasion d'en parler avec N. Sarkozy, avec J.-P. Raffarin et avec beaucoup d'autres. Je crois que tout le monde a conscience de la nécessité de travailler dans le même sens. Donc regardons devant, travaillons, et n'oublions pas l'essentiel : c'est l'action gouvernementale !"

R. Arzt - Vous vous préparez à Matignon ?

R - "La question ne se pose pas. J.-P Raffarin a terminé cette législature de façon remarquable. Nous avons pu faire aboutir - je parle pour mon secteur - des textes extrêmement importants telle que la décentralisation, telle que la modernisation de la sécurité civile, l'évolution de l'ordonnance de 1945, son adaptation pour prendre en compte les violences contre les femmes. Il y a là un travail qui est fait, et J.-P. Raffarin a eu l'occasion de le dire devant l'Assemblée nationale : le programme est chargé pour la rentrée."

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 6 août 2004)

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