Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué à l'intérieur, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 30 juillet 2004, sur la "relocalisation" des entreprises et des capitaux, l'augmentation du SMIC et le plan gouvernemental de lutte contre les drogues illicites, notamment le cannabis. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué à l'intérieur, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 30 juillet 2004, sur la "relocalisation" des entreprises et des capitaux, l'augmentation du SMIC et le plan gouvernemental de lutte contre les drogues illicites, notamment le cannabis.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, BEAUDONNET François.

FRANCE. Ministre délégué à l'intérieur, porte-parole du gouvernement

ti : F. Beaudonnet - A la lecture de la presse ce matin, on apprend des choses très intéressantes concernant les intentions du Gouvernement. Tout d'abord, son intention de modifier les règles du licenciement, également une réflexion de N. Sarkozy et de Bercy autour de l'ISF. Cela veut dire quoi ? A droite toute ?

R - "Non, cela veut dire que c'est une période de l'année, assez traditionnelle, durant laquelle les journaux font la course au bout d'info ou de scoop. Donc, de l'un à l'autre, on a des informations un peu contradictoires. La seule chose que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui, nous sommes dans la phase finale de confection du budget, qu'un certain nombre de choses n'ont pas encore été tranchées, sur les montants, sur le calibrage des mesures. En revanche, il y a un objectif qui a été clairement affiché, c'est que les grandes orientations, pour ce budget, vont tourner autour, un, de ce qui concerne l'avenir, c'est-à-dire en particulier un milliard consacré à la recherche, deuxièmement, consacré autour de la cohésion sociale, parce que c'est un des élément importants des objectifs fixés par le président de la République et puis enfin sur ce que l'on appelle les "relocalisations". Tout le monde, tous les jours, s'inquiète de voir des entreprises partir, se délocaliser, avec à la clé des ravages pour l'emploi. Donc l'objectif, c'est qu'un certain nombre d'entreprises maintiennent leur activité ou viennent s'installer en France. Donc l'attractivité du territoire, cela va être la priorité."

F. Beaudonnet - Ce n'est pas un scoop d'un journal, c'est N. Sarkozy qui le dit lui- même : "l'ISF est un frein au retour des capitaux en France". Vous envisagez de supprimer l'ISF ?

R - "Non, non. Les choses ne se passent pas ainsi. Je crois que N. Sarkozy a rappelé, fort justement, que nous avons, parmi les grands enjeux, celui qui concerne la relocalisation des capitaux, de telle manière qu'ils viennent s'investir en France, de telle sorte que cela profite à l'emploi. Tout ce qui permettra de profiter à l'emploi devra être étudié de manière moderne..."

F. Beaudonnet - Relocaliser et empêcher les délocalisations, il y a déjà eu des tentatives en la matière. On sait que c'est difficile, ce sont en général des mesures très compliquées à mettre en oeuvre. Comment vous allez faire ?

R - "Il faut savoir que l'on va beaucoup travailler là-dessus avec les partenaires sociaux, avec les spécialistes de ces questions. C'est déjà quelque chose sur lequel le Premier ministre a mobilisé un comité interministériel avec quelques principes simples. D'abord, il y a des territoires, parties spécifiques, sur lesquels on doit pouvoir, parce qu'ils sont particulièrement marqués, par exemple, par la désindustrialisation, réfléchir à une autre forme d'attractivité, d'autres types d'activités économiques. D'autre part, on sait qu'il y a des domaines dans lesquels la France a une remarquable compétence qui n'est pas suffisamment valorisée, dans des domaines très variés d'ailleurs. Cela va des services jusqu'à la haute technologie en passant par toute une série de secteurs dans lesquels il y a un travail de qualification à faire. C'est une batterie de mesures que nous envisageons et de le faire territoire par territoire et c'est dans ce domaine là, je crois que l'on peut être très innovant."

F. Beaudonnet - Le Premier ministre a annoncé, hier, que l'augmentation du SMIC allait être étalée sur deux ans. Une partie de la majorité n'est pas contente, la fronde gronde là-dessus, parce que la majorité dit qu'il y a incohérence à la fois à annoncer une hausse du SMIC en deux fois et une amnistie fiscale. Est-ce que J.-P. Raffarin va changer d'avis pendant l'été ?

R - "D'abord, rappelons quelques éléments essentiels. L'équivalent déjà d'un treizième mois d'augmentation du SMIC, depuis que nous sommes au Gouvernement, pour un million de salariés. Donc cela veut dire qu'il y a eu un effort très important. Vous savez, dans les trois années qui précédaient, dans les trois dernières années du gouvernement Jospin, l'augmentation du SMIC était absolument microscopique. Elle a même été nulle pendant deux ans en 1999 et 2000."

F. Beaudonnet - Mais là, il y a des parlementaires UMP qui ne sont pas contents.

R - "Attendez, parce que c'est bien de replacer les choses dans leur perspective et dans leur contexte. Il y a eu, au 1er juillet, une augmentation de 5,8, c'est tout à fait significatif. Maintenant, la question est de savoir, mais ce n'est pas tranché aujourd'hui, ce qu'il en sera de la suite de ce processus d'augmentation du SMIC. Il n'est donc pas tranché et cela fera partie des discussions de la fin août, début septembre, avec les partenaires sociaux, avec les parlementaires. Tout cela doit se faire en bonne intelligence. Aujourd'hui, rien n'est décidé."

F. Beaudonnet - C'est-à-dire que bien que J.-P. Raffarin l'ait annoncé, la décision n'est pas prise ?

R - "Mais elle n'est pas annoncée telle quelle, cela fait partie des réflexions qui ont été évoquées par le Premier ministre que celle d'un étalement, mais cela doit se calibrer dans un contexte global, notamment celui qui concerne la lutte contre les délocalisations d'entreprises. Donc tout cela fait partie d'un tout. Comment est-ce que l'on valorise le coût du travail, comment est-ce que notre territoire est plus attractif ? Tout cela fait partie d'une même politique économique."

F. Beaudonnet - Le Gouvernement donc entend le mécontentement des parlementaires UMP sur ce sujet ?

R - "De manière générale, nous sommes toujours très à l'écoute des parlementaires, mais l'idée d'un étalement, comme celui qui a été évoqué par le Premier ministre, je rappelle qu'en tout état de cause, c'est un minimum de 4 % pour l'année prochaine, c'est-à-dire de toute façon un rythme assez comparable à ce qui s'est fait ces dernières années, depuis qu'en tout cas, nous sommes au Gouvernement."

F. Beaudonnet - A propos du cannabis, est-ce que le Gouvernement est en train de faire machine arrière ?

R - "Encore une fois et c'est pour cela qu'il faut toujours regarder avec prudence les Unes des journaux, et notamment celle d'un journal du soir, qui était un peu à l'inverse de la stratégie qui est la nôtre. Je crois qu'il faut que chacun comprenne que nous sommes absolument déterminés à enrayer la très forte consommation de cannabis qui concerne, malheureusement, pratiquement un jeune sur deux maintenant, qui aurait consommé, au moins à 18 ans, une fois du cannabis. C'est vous dire combien sur ce sujet nous allons mettre les bouchées doubles. C'est tout l'objet du plan quinquennal que nous avons lancé en terme de prévention, d'information, de sensibilisation, notamment sur les publics jeunes, mais c'est aussi le chantier prioritaire de D. de Villepin."

F. Beaudonnet - Mais vous ne modifiez pas la loi de 1970 ?

R - "Pourquoi est-ce que nous ne la modifions pas ? Justement parce que l'on considère que l'arsenal des mesures permet une action efficace, à condition, naturellement, de mieux cibler ces mesures, de mieux les utiliser. Le problème c'est que, bien souvent, on n'a pas suffisamment étudié, jusqu'à présent, les modalités d'application de ces mesures, qui pour certaines sont préventives, d'autres répressives. Je voudrais vous dire, très concrètement, qu'il y a sur ce point un objectif précis pour D. de Villepin. Premièrement, le démantèlement des réseaux de trafic. Là-dessus, avec J.-L. Warsmann, il y a un mode d'action qui va être très prioritaire à partir du mois de septembre, et qui est étudié. Le deuxième point, c'est de cibler précisément, notamment l'école, car c'est évidemment, là, un lieu majeur sur lequel on doit beaucoup s'engager et D. de Villepin va faire un certain nombre de propositions très concrètes en liaison avec le ministre de l'Education nationale. Et puis, il y a aussi la conduite au volant avec l'usage de stupéfiants. Ce sera là aussi très durement sanctionné."

F. Beaudonnet - Les chiffres du chômage du mois de juin sont publiés dans un peu moins d'une heure. Vous pouvez nous donner la tendance ?

R - "Oui, uniquement une tendance parce qu'ils ne sont pas encore officiels, mais cette tendance est celle d'une stabilisation, très légère baisse, mais en tout cas une stabilisation depuis le début de cette année 2004. Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est d'abord, il faut continuer de rester extrêmement mobilisés. La politique économique que nous menons, elle vise à cela, en baissant le coût du travail, en faisant en sorte que nous ayons un territoire attractif et puis ne pas manquer le rendez-vous de la croissance. C'est pour cela que l'on a stimulé la consommation. C'est un axe important de la politique économique menée par N. Sarkozy, de telle manière que le pouvoir d'achat soit un élément de stimulation et qu'on ne manque pas le rendez-vous de la croissance."

F. Beaudonnet - N. Sarkozy dit ce matin dans la presse : "si j'exécutais, c'est que j'ai été d'accord". On a l'impression, malgré tout, que depuis quelques jours, la querelle entre le chef de l'Etat et N. Sarkozy s'est un peu apaisée. Cela veut dire que derrière, il y a des négociations qui ont été faites ?

R - "Je ne vois pas de quelle nature cela pourrait être. Non, je crois que les choses qui devaient être dites l'ont été. Je crois que tout cela va dans le bon sens, naturellement."

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2004)

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