Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à RMC le 27 juillet 2004, sur les prix des fruits et légumes, les OGM et l'enjeu de la réunion des 147 pays membres de l'OMC pour l'agriculture et la crise de la filière viticole française. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à RMC le 27 juillet 2004, sur les prix des fruits et légumes, les OGM et l'enjeu de la réunion des 147 pays membres de l'OMC pour l'agriculture et la crise de la filière viticole française.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, TRUCHOT Olivier.

FRANCE. FNSEA, président

ti : Olivier TRUCHOT - Jean-Michel LEMETAYER bonjour. On était en train de discuter du départ de Lilian THURAM parce que c'est l'info sportive du matin. Et c'est vrai que Lilian THURAM il faut lui rendre hommage.

Jean-Michel LEMETAYER - Absolument oui.

Olivier TRUCHOT - Grand défenseur de l'équipe de France. Bon Jean-Michel LEMETAYER on ne vous a pas invité pour commenter le départ de THURAM, vous êtes le président de la FNSEA, on va parler avec vous de la sécheresse. Parce qu'on ne le sait peut-être pas vraiment, mais il y a trente trois départements concernés par cette sécheresse aujourd'hui en France. On va parler des OGM, des faucheurs d'OGM, vous allez me dire si vous les soutenez oui ou non. On va parler de la crise du vin, on va parler aussi des fruits et légumes, parce que les prix sont exorbitants disent de nombreux observateurs - il suffit d'aller faire son marché pour le constater. Et puis on va parler de l'OMC, alors les 147 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce se réunissent aujourd'hui pour tenter de sauver les négociations sur la libéralisation des échanges qui donne lieu, on le sait à un affrontement entre les pays du Nord et ceux du Sud à propos de l'agriculture. Alors quel est l'enjeu précisément de cette réunion Jean-Michel LEMETAYER ?

Jean-Michel LEMETAYER - Eh bien l'enjeu consiste à relancer la négociation après l'échec du rendez-vous de Cancun. On ne se rappelle peut-être pas, mais nous sommes actuellement dans le cycle de Doha. Il y avait eu un rendez-vous de l'ensemble des 140, alors c'était 144 à l'époque mais maintenant c'est 147 pays à Doha qui avaient lancé ce qu'on appelle le cycle de développement, de façon à avancer les modalités d'échange des produits, enfin du commerce international. Et l'année suivante c'était Cancun qui s'était donc terminé par un échec et c'est vrai que les négociateurs tentent de relancer ce cycle de Doha pour aboutir à des conclusions en 2005-2006, mais le sujet est très important, notamment pour nous l'agriculture, parce que ce qui nous semble actuellement, c'est que, c'est l'agriculture qui en fait pose problème pour l'ensemble des pays.

Olivier TRUCHOT - Alors qu'est-ce qui coince précisément, expliquez-nous ?

Jean-Michel LEMETAYER - Eh bien la majorité des pays, notamment soit les pays les plus gros du monde ou alors les pays en développement veulent voir supprimer l'ensemble des soutiens à l'agriculture. Or tout le monde sait que cela n'est pas possible, parce que d'abord si c'était possible, il y a déjà longtemps que cela serait fait. Mais c'est l'ensemble des soutiens, cela veut dire qu'on a beaucoup parlé des subventions à l'exportation, mais il y a aussi des soutiens aux politiques intérieures, aux politiques agricoles, politiques agricoles européennes, politiques américaines et dans beaucoup de pays du monde. Et puis également un autre gros dossier qui est pour nous la priorité, c'est de favoriser l'accès aux différents marchés. C'est-à-dire que pour les pays extérieurs à l'Union européenne, leurs souhaits c'est de pouvoir mieux pénétrer le marché, le marché du consommateur européen. Et là où cela coince et là, où nous nous mobilisons, c'était hier matin à Genève avec mes collègues du Japon et mes collègues du Canada, c'est que tout simplement parce que, nous avons l'impression, que nous, l'Europe notamment, nous avons fait beaucoup, beaucoup de concessions. Il y a eu réforme de la politique agricole à deux reprises, je devrais dire même à trois reprises avec 1992, mais plus récemment à Berlin en 1999 et plus récemment encore l'année dernière à Luxembourg avec une modification complète de la politique agricole. Plus récemment Pascal LAMY, commissaire européen, donc aux négociations internationales a mis sur la table l'ensemble de nos subventions à l'exportation. Et nous trouvons, le texte qui est en négociation cette semaine, montre qu'il n'y a aucun effort de la part des autres. Et nous avons l'impression de payer, que dans cette négociation c'est l'agriculture européenne qui va payer la facture et je pense qu'on n'en mesure pas les enjeux. Evidemment ce n'est pas pour demain matin, les conséquences ne seront pas demain matin, mais les conséquences sont énormes, parce qu'importer, ouvrir davantage nos marchés et c'est pour ça que nous en faisons la priorité, c'est non seulement importer des volumes, mais c'est importer des baisses de prix agricole. Or aujourd'hui tout le monde le sait, le problème du revenu des agriculteurs, c'est le problème des prix agricoles.

Olivier TRUCHOT - Oui mais moi je me mets à la place du consommateur, que je suis, je ne suis pas agriculteur, je me dis à la limite la concurrence c'est bien, cela va faire baisser les prix.

Jean-Michel LEMETAYER - Oui, on peut parfaitement comprendre ça, vous vous pouvez constater même en ce moment encore, que ce n'est pas parce que les producteurs ont des prix agricoles très bas que le consommateur en profite. Et puis la deuxième chose et peut-être la principale, c'est que depuis quelques années, on ne cesse de nous parler de sécurité sanitaire, d'environnement, de bien être animal. Autant d'engagements que nous prenons pour la qualité de nos produits et je ne suis pas certain que les produits importés répondraient aux mêmes exigences.

Olivier TRUCHOT - Les cahiers des charges ne sont pas les mêmes en France que dans les pays en voie de développement.

Jean-Michel LEMETAYER - Les cahiers des charges ne sont pas les mêmes, je crois que là aussi il faudrait que le consommateur sache ce qu'il veut. C'est-à-dire que nous nous sommes engagés dans des démarches de qualité, c'est la raison pour laquelle aussi nous défendons la traçabilité, l'étiquetage des produits, pour que le consommateur puisse choisir, entre ce que nous lui offrons et éventuellement des produits importés.

Olivier TRUCHOT - Donc on verra ce que donne cette réunion, mais on l'a bien compris, il faut trouver un compromis, parce que les conséquences d'un échec dans cette négociation seraient importantes.

Jean-Michel LEMETAYER - Oui et non.

Olivier TRUCHOT - Ah bon, parce qu'attendez... il paraît que CHIRAC veut aller au clash !

Jean-Michel LEMETAYER - Eh bien moi je ne sais pas ce que veut faire CHIRAC, d'abord...

Olivier TRUCHOT - Il a eu des contacts avec les présidents...

Jean-Michel LEMETAYER - Oui, oui, absolument, moi je me réjouis de la position de la France depuis la semaine dernière. Je suis allé rencontrer le Premier ministre mardi dernier, j'ai eu des contacts également avec le conseiller du président de la République. Nous avons une position ferme du gouvernement qui a été réaffirmée me semble t-il hier par deux ministres : Michel BARNIER et François LOOS qui étaient à Bruxelles hier au conseil des affaires générales, eh bien je me réjouis que la France et d'autres pays de l'Union ne laissent pas Pascal LAMY, le commissaire européen engager la négociation, en tout cas pas sur le texte tel qu'il nous est proposé. Donc si à la fin de la semaine il n'y a pas d'accord, cela ne sera pas un cataclysme. Il ne faut pas non plus faire dans la précipitation, ce n'est pas parce que la Commission européenne va être renouvelée à l'automne. Ce n'est pas parce qu'il y a des élections américaines qu'il faut qu'à la fin juillet tout soit bouclé.

Olivier TRUCHOT - Donc on va vers un échec de cette réunion aujourd'hui !

Jean-Michel LEMETAYER - Eh bien attendez, s'il n'y a pas d'effort de la part des Américains, de la part des autres pays avec lesquels nous négocions, je crois qu'il ne peut pas y avoir d'accord. En tout cas nous, notre position, c'est que Pascal LAMY ne signe pas un tel document. C'est ce que nous avons dit aussi au président hier à Genève au président OSHIMA qui est président du Conseil général de l'Organisation mondiale du commerce. Donc, et je ne suis pas le seul, les Japonais disaient la même chose et nos amis canadiens disaient la même chose. Et il est possible peut-être aussi que des pays en développement trouvent ce texte déséquilibré. Donc on a un texte aujourd'hui déséquilibré, je crois que nous, pour ce qui nous concerne l'Europe, nous n'avons pas de nouvelles concessions à faire, nous attendons des efforts de la part des autres.

Olivier TRUCHOT - D'accord, on parle de l'OMC, parlons des OGM maintenant, est-ce que vous soutenez l'action des faucheurs d'OGM, ou plutôt des arracheurs d'OGM ?

Jean-Michel LEMETAYER - Moi je n'ai pas à commenter l'action que mènent les autres. En revanche sur le dossier des OGM, depuis toujours je soutiens la recherche.

Olivier TRUCHOT - Ah vous n'êtes pas contre la recherche sur les OGM ?

Jean-Michel LEMETAYER - Je suis pour la recherche, ce n'est pas que je ne suis pas contre, je suis pour et en particulier la recherche publique. Nous avons en France...

Olivier TRUCHOT - Y compris dans des champs en plein air ?

Jean-Michel LEMETAYER - Eh bien je crois que si l'on ne veut pas être dépendant de la recherche des autres, de la recherche qui peut se faire dans d'autres pays du monde. Etre à la merci de ce que font les autres, il faut aussi être capable de faire nous-même avec le maximum de précautions. C'est vrai qu'il faut prendre les plus grandes précautions par rapport à l'environnement proche de là où peuvent se faire les essais. Mais tout le monde sait bien qu'on ne peut pas faire les essais non plus qu'en laboratoires ! Et le plus grave serait que nos chercheurs français, y compris de la recherche publique et tout le monde sait que certains se posent la question, aller travailler avec les chercheurs américains ou dans d'autres pays pour pouvoir faire leur travail de chercheurs tout simplement et permettent aux scientifiques, aux politiques de décider, aillent faire cette recherche ailleurs. Donc avec le maximum de précautions je soutiens la recherche en France, notamment la recherche publique, l'INRA, l'Institut national de recherches agronomiques et puis aussi de nos firmes françaises, parce que bon, il y a aussi des firmes étrangères qui travaillent en France - après tout elles ont la possibilité d'aller faire ces recherches dans leur pays, mais nous, si vous voulons que nos politiques prennent des décisions en connaissance de cause - il faut aussi que nos chercheurs puissent faire valoir leurs travaux. D'ailleurs regardez sur ce dossier, Martin HIRSCH le directeur de l'AFSSA, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments s'est exprimé au cours de ce week-end en disant des choses. D'abord en montrant que ce n'est pas si simple en faisant valoir des travaux de scientifiques. Donc vous voyez bien que nous en avons besoin...

Olivier TRUCHOT - Et en précisant que les OGM ne présentaient pas de danger prouvé pour la santé pour l'instant.

Jean-Michel LEMETAYER - Eh bien oui, bon ce sont les fruits de leurs travaux actuellement. Il dit pas non plus que... peut-être qu'il peut y en avoir peut-être... mais en l'état actuel de leurs travaux...

Olivier TRUCHOT - Vous n'êtes pas pour le principe de précaution ?

Jean-Michel LEMETAYER - Si je suis pour le principe de précaution, donc aujourd'hui je suis tellement pour le principe de précaution que notre position a été d'être opposé à la production OGM en France. Et le principe de précaution appelle aussi à ce que le consommateur soit le mieux informé possible. Parce que chez nous il n'y a pas de production, mais on sait qu'il y a des importations. Donc quand on se bat sur l'étiquetage, sur la traçabilité des produits pour que le consommateur puisse faire ses achats en connaissance de cause, cela va aussi dans le sens du principe de précaution pour le consommateur. Parce que quand je vois que d'un côté il y a cette... Et cela va dans l'autre sens, cette opposition à la production, mais que dans le même temps, la Commission européenne au nom de l'Europe autorise certains de ces types d'importation, il faudra bien que les choses se clarifient un jour.

Olivier TRUCHOT - Donc vous êtes prêt à nourrir vos vaches avec des produits OGM ?

Jean-Michel LEMETAYER - Non pas du tout, je les nourris pas avec des produits OGM. Il ne faut pas... moi je n'ai pas dit que j'étais pour les OGM, j'ai dit qu'il faut que les scientifiques...

Olivier TRUCHOT - Il faut que la recherche se poursuive.

Jean-Michel LEMETAYER - Attendez il faut que les scientifiques nous éclairent, la preuve, je crois que personne n'est choqué des propos, des explications que nous a données ce week-end Martin HIRSCH. Et moi je partage l'idée que peut-être, un jour des produits OGM de deuxième génération, peut-être apporteront aussi des aspects sur le plan santé, pourquoi pas ? Donc il faut arrêter de bloquer, c'est aux politiques de trancher quand les scientifiques auront fait leur travail.

Olivier TRUCHOT - Jean-Michel LEMETAYER est avec nous jusqu'à 9 heures et avec vous au 32-16, François, Dominique et Laurent ont des questions à vous poser, à tout de suite !

FIN PREMIERE PARTIE

RMC INFO

BOURDIN CO - Le 27/07/2004 - 08 :48 - Deuxième et dernière partie

Olivier TRUCHOT - Jean-Michel LEMETAYER, président de la FNSEA, la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles est avec vous, jusqu'à 9 heures. N'hésitez pas à lui poser des questions au 3216. Laurent bonjour.

Laurent, auditeur - Oui, bonjour.

Olivier TRUCHOT - Laurent, vous êtes viticulteur.

Laurent - Tout à fait.

Olivier TRUCHOT - Et vous vouliez revenir sur les OGM avec Jean-Michel LEMETAYER.

Laurent - Oui, tout à fait. Par rapport à ce que monsieur LEMETAYER vient de dire. Parce qu'à l'heure actuelle, je trouve qu'on impute aux agriculteurs, la responsabilité de polluer par l'utilisation de produits phytosanitaires, dans quelques années, si on s'aperçoit que la production de cultures transgéniques a causé des maladies, est-ce que les agriculteurs devront encore endosser la responsabilité comme aujourd'hui avec les produits phytosanitaires ? Parce que moi, je trouve que dans notre métier, on nous fait utiliser des produits justement par ces fameuses firmes étrangères ou nationales, qui finalement, on s'aperçoit que dix ans, vingt ans après l'utilisation que tel ou tel désherbant pollue. Alors par rapport à ce recul, moi, si vous voulez, je ne crois plus en ces firmes, je ne crois plus à l'INRA, je ne crois plus à nos formes d'agriculture, je ne sais pas, qui, qui utilisent justement l'utilisation de produits...

Olivier TRUCHOT - Jean-Michel LEMETAYER, lui, il y croit à l'INRA, il vient de nous le dire.

Jean-Michel LEMETAYER - Oui, parce que, enfin en tout cas, nous, dans le rôle qui est le nôtre, puisque vous êtes viticulteur, on est obligé de travailler en confiance. Ce n'est pas si simple que cela, c'est vrai, parce qu'on a souvent payé la note. Vous évoquez les phytosanitaires, mais je suis éleveur, la crise de la vache folle, les éleveurs ont beaucoup aussi payé la facture d'une responsabilité qui n'était pas la leur. C'est la raison pour laquelle avant toute décision de la part des politiques, il faut que les scientifiques travaillent et...

Laurent - D'accord, bien sûr.

Jean-Michel LEMETAYER - C'est très important. Et nous-mêmes on ne peut pas, sur nos exploitations, on a besoin d'acheter ce que nous appelons l'agrofourniture, les besoins pour nos cultures, pour nos plantes, pour la vigne...

Laurent - Vous nous menez par le bout du nez.

Jean-Michel LEMETAYER - Et on a besoin, nous ne sommes pas dans une situation en tant qu'agriculteur de pouvoir faire seul. Donc on a besoin, c'est là qu'on a besoin d'ailleurs d'une recherche transparente, totalement transparente avec toujours...

Laurent - On ne dirige rien, vous le savez très bien.

Jean-Michel LEMETAYER - Pardon ?

Laurent - On ne dirige rien, vous le savez très bien, on nous mène par le bout du nez...

Jean-Michel LEMETAYER - On ne dirige rien, attendez, je...

Laurent - On nous fait utiliser des produits, dont on sait après, finalement, où on s'aperçoit que ça pollue et le problème, c'est que justement par rapport aux gens et c'est ça surtout, moi, qui m'agace un peu, c'est que dans l'esprit des gens, l'esprit des consommateurs, c'est les agriculteurs qui...

Olivier TRUCHOT - Oui, vous avez l'impression qu'une fois de plus, vous êtes le bouc émissaire dans cette affaire.

Jean-Michel LEMETAYER - On est toujours coupable effectivement, on est trop souvent coupable là-dessus, vous avez totalement raison. C'est à nous aussi d'être meilleur en communication.

Olivier TRUCHOT - Attendez, Laurent.

Jean-Michel LEMETAYER - Excusez-moi, c'est à nous d'être aussi meilleur en communication sur notre métier. Vous savez, je crois qu'un des déficits que nous avons dans la profession, c'est un déficit en matière de communication sur notre métier, surtout sur l'évolution de notre métier. Je crois que les Français en particulier, aiment leur agriculture, nous n'expliquons pas assez, nos pratiques agricoles, quel que soit le type de production que nous faisons et ça c'est un des chantiers auquel j'espère, sur lequel j'espère pouvoir avancer.

Olivier TRUCHOT - Merci Laurent.

Laurent - Voilà, mais, pardon...

Olivier TRUCHOT - Merci Laurent.

Laurent - Bon très bien.

Olivier TRUCHOT - A bientôt Laurent. Il y a beaucoup de questions. Il y a François et Dominique qui vont avoir la parole dans un instant. Mais est-ce que vous êtes d'accord pour dire qu'aujourd'hui les arracheurs d'OGM jouent avec nos peurs ?

Jean-Michel LEMETAYER - Sans aucun doute, sans aucun doute. Je crois qu'avoir posé le dossier OGM sur la table, me paraît être une bonne chose. Après il faut, il faut faire attention de ne pas jouer avec la peur du consommateur. Je pense que c'est pour ça que nous, dans notre profession d'agriculteur, il faut que nous soyons totalement transparents sur nos pratiques agricoles. Qu'elles soient agronomiques, la question est posée sur la fertilisation, l'azote, les phytosanitaires, que ce soit aussi en production animale, vraiment on cherche à développer la mise en place de bonnes pratiques agricoles et permettre d'offrir aux consommateurs, la diversité des produits que l'on peut trouver dans le rayon. Parce que ce qui compte, c'est que le produit soit totalement sécurisé, je crois que le point numéro un du consommateur, il veut être sécurisé concernant son alimentation, mais il veut pouvoir acheter aussi un premier prix, un produit Bio, une appellation d'origine, un Label et en toute sécurité. Et c'est ce que nous, nous attelons à faire.

Olivier TRUCHOT - Alors puisque Laurent est viticulteur, on va parler de la crise du vin, on la connaît cette crise du vin, on en connaît les causes en tout cas : Baisse de la consommation en France, concurrence des pays du " nouveau monde ", surproduction. Alors le gouvernement essaie d'apporter des réponses et notamment à autoriser Bordeaux, enfin le Bordelais et la Bourgogne à produire du vin de pays avec la mention du cépage. Les professionnels n'ont pas accueilli cette mesure avec enthousiasme, notamment les responsables de la filière viticole de Bourgogne qui ont immédiatement rejeté cette mesure. Vous en pensez quoi vous ?

Jean-Michel LEMETAYER - J'étais à la table ronde chez le ministre. La question qui est posée, c'est de savoir si les appellations d'origine contrôlée peuvent continuer de préciser aussi, enfin de mettre la mention cépage, alors que la réglementation, normalement, ne le permet seulement pour les vins de pays. Et la réponse qui a été apportée de dire : A partir de telle campagne, seuls les vins de pays pourront préciser la mention " cépage " et pas les appellations d'origine contrôlée. Donc je crois que c'est plutôt une orientation de clarification qui a été prise de la part de l'ensemble des professionnels de la filière viticole. Parce que tous les professionnels étaient là, les représentants des vins de pays, les représentants des AOC, les représentants des Caves Coopératives, du commerce etc. donc leur première question était une clarification. Ce qu'il faut voir, c'est comment grâce à cette clarification on va repartir en campagne pour défendre et faire plutôt la promotion de nos vins français. Parce que la question se pose notamment, notamment à l'exportation où nous sommes vivement concurrencés, on perd des parts de marché et il faut que l'on, plutôt que l'on serre des coudes et que l'on mette les moyens pour faire la promotion de nos vins français.

Olivier TRUCHOT - François, justement veut intervenir sur la question. François bonjour.

François, auditeur - Oui, bonjour.

Olivier TRUCHOT - Vous êtes directeur de société, vous vendez du vin c'est ça ,

François - Non, je suis communiquant dans le vin.

Olivier TRUCHOT - Communiquant dans le vin.

François - Depuis plusieurs années, j'accompagne les acteurs du monde du vin de toutes petites tailles, de moyennes tailles et de très, très grandes tailles. Et je suis amusé par ce qui vient d'être dit par Alex METAYER...

Olivier TRUCHOT - Ce n'est pas Alex METAYER, c'est Jean-Michel LEMETAYER. Vous n'avez aucun rapport avec Alex METAYER.

Jean-Michel LEMETAYER - Non, non, parce que c'est LEMETAYER, pour moi.

Olivier TRUCHOT - Voilà c'est LEMETAYER.

François - Pardonnez-moi, vous disiez c'est à nous d'être les meilleurs en communication. Et ça, ça me touche particulièrement, parce que je pense aujourd'hui que notre pays, on a une richesse et une diversité de vins qui est absolument fabuleuse. On a un trésor, mais je pense qu'on a un trésor qui est un peu caché. Et c'est vrai que dans le vin, la particularité du monde du vin, c'est que sa communication a été faite depuis des dizaines d'années par des imprimeurs qui ont crée des étiquettes. Et la communication du vin, ça a été essentiellement des étiquettes et le vin était sur son piédestal. Or aujourd'hui on est attaqué de toutes parts, le bateau prend l'eau et je suis toujours agacé, quand j'entends en ce moment et quand on résume en fait les mots de notre vignoble par l'existence de la loi Evin et des contraintes. Et le message, moi, que j'ai envie de faire porter, c'est : Il existe, je pense au-delà de la communication média, un levier fabuleux en hors média, par le design, par l'événementiel, pour créer de la valeur, pour valoriser, pour raconter des histoires autour de nos vins, autour des hommes qui les font et de les amener auprès du consommateur en...

Olivier TRUCHOT - Allez à l'essentiel François, parce que le temps passe ?

François - Voilà donc ma question c'est : Est-ce que malgré les contraintes de la loi Evin, n'existe-t-il pas un levier formidable de créativité, par la création des marques, par le développement de valeurs, par les histoires qu'on raconte autour d'un produit qui est un produit agricole et voilà, comment faire rêver le consommateur ? Et je pense qu'on peut le faire, malgré les contraintes de la loi Evin aujourd'hui.

Olivier TRUCHOT - Il faut faire preuve de créativité et c'est peut-être ce qui manque aujourd'hui, à la filière viticole en France, par rapport justement à la concurrence des pays du " nouveau monde. " On trouve dans ces pays-là du vin qui, on communique bien là-dessus, qui est bon en général et qui a une bonne image ?

Jean-Michel LEMETAYER - D'abord ils ont simplifié leur communication, c'est vrai, on parle Merlot, on parle Chardonnay, mais ce que dit à l'instant l'auditeur, c'est qu'on ne met peut-être pas assez l'aspect culturel dans notre communication, notamment sur nos produits alimentaires français. Tout le monde sait qu'à nos produits colle l'esprit terroir, territoire etc. et même s'il est fait déjà beaucoup de choses, on ne le fait sans doute pas suffisamment. C'est pour ça que je parlais à l'instant de promotion. Plutôt quand on voit d'autres pays qui mettent de plus en plus de moyens à la promotion, y compris à l'exportation, nous on aurait eu tendance parce qu'il va y avoir des débats budgétaires dans quelques semaines, au niveau français, c'est vrai que la France est en période de restriction budgétaire, mais ce n'est certainement pas sur la promotion de nos produits agricoles et agroalimentaires qu'il faut faire des économies.

Olivier TRUCHOT - Et la loi Evin ? Qu'est-ce qu'on fait ?

Jean-Michel LEMETAYER - Je crois qu'il faut peut-être, enfin moi, j'avais pris position sur le fait qu'il fallait faire évoluer les choses en terme de communication sur les alcools. Donc à propos du vin parce que...

Olivier TRUCHOT - Pour vous le vin n'est pas un alcool comme les autres ?

Jean-Michel LEMETAYER - Je crois que c'est d'abord un formidable produit pour accompagner nos plats à table.

Olivier TRUCHOT - D'accord. On va aller vite maintenant, parce qu'il nous reste quelques secondes. Moi, je voudrais que l'on parle de la sécheresse. 33 départements français ont pris des mesures de restriction d'usage de l'eau, à cause de cette sécheresse et la liste ne cesse de s'allonger. Quelles sont les conséquences pour les agriculteurs déjà ?

Jean-Michel LEMETAYER - C'est une nouvelle fois comme l'an dernier, un problème de fourrage parce que la sécheresse, alors il y a deux problèmes : Les régions qui ont besoin absolument d'irriguer tous les jours. Les producteurs de légumes notamment, qui ont besoin de l'irrigation donc là, les restrictions d'utilisation de l'eau posent des problèmes d'irrigation dans les zones de productions légumières. Et puis pour les éleveurs, c'est l'approvisionnement en fourrage et la situation est beaucoup plus difficile à cerner que l'an dernier. L'an dernier on avait une sécheresse généralisée, on a pu lancer une très grande opération " solidarité fourrage. " Là nous sommes en train de répertorier département par département et quelquefois à l'intérieur même d'un département on a une petite zone qui est touchée. Donc c'est plus compliqué, mais nos équipes avec l'administration, sont en train de faire les recensements et il y a déjà des opérations fourrages de lancer.

Olivier TRUCHOT - Merci, Jean-Michel LEMETAYER. Merci d'avoir été avec nous ce matin, président de la FNSEA pour répondre à mes questions, mais à ceux aussi de nos auditeurs au 3216.

(Source http://www.fnsea.fr, le 29 juillet 2004)

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