Interview de M. Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative à France-Inter le 13 août 2004, sur les Jeux olympiques, l'athlétisme, les contrôles anti dopage et le budget et la sécurité des JO d'Athènes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative à France-Inter le 13 août 2004, sur les Jeux olympiques, l'athlétisme, les contrôles anti dopage et le budget et la sécurité des JO d'Athènes.

Personnalité, fonction : LAMOUR Jean-François, ARDISSON Annette.

FRANCE. Ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative

ti : Q- Avant de parler des JO, j'aimerai revenir un instant sur le départ confirmé de Zidane. Vous avez évoqué un joueur d'exception. Il n'y en a qu'un qui ne se soit pas joint au concert d'éloges, c'est Guy Roux qui a trouvé choquant qu'un joueur, quel qu'il soit, privilégie le club qui le paie au détriment de l'équipe de France.

R - "A 32 ans, Z. Zidane a quand même beaucoup donné pour l'Equipe de France et puis s'il ne sentait plus de pouvoir à la fois mener à bien sa carrière professionnelle au sein de son club et celle de l'équipe de France - vous savez le nombre de match que cela peut représenter : près de 60, voire quelquefois beaucoup plus que cela -, il était normal qu'il prenne une décision. Ce que l'on peut regretter, c'est qu'il la prenne après l'échec du championnat d'Europe des nations, où on aurait aimé, tous les Français auraient aimé voir Zidane partir avec un nouveau résultat en poche."

Q- Indépendamment des considérations techniques qui relèvent de l'entraîneur, dans quel esprit souhaitez-vous qu'il reconstruise la nouvelle équipe de France ? Parce que la bande à Zidane, ce n'était pas que du foot.

R - "Non, bien évidemment. Mais là je crois que l'on a de nouveaux talents et également de l'expérience. N'oubliez pas que Henry, Trezeguet, Barthez restent dans cette équipe de France. Il y a maintenant une alchimie à recréer au sein de cette équipe avec de jeunes talents et la France en compte de très nombreux. Encore une fois, sans vraiment beaucoup d'expérimentation, parce que la sélection pour la coupe du Monde 2006, c'est maintenant et il nous faut une équipe de France au top de sa forme pour le mondial 2006 en Allemagne."

Q- Venons-en aux JO : 37 médailles à Atlanta, 38 à Sydney ; vous avez dit que nous avions une cinquantaine de médaillables, mais quel est le seuil en deçà duquel vous vous fâchez ?

R - "Il en faudra beaucoup pour me fâcher. Je sais ce que représente une participation et la conquête d'une médaille aux Jeux. Voilà ce que j'ai donné à peu près comme feuille de route pour l'Equipe de France Olympique : le 6ème rang mondial dans le concert des nations, et puis entre 30 et 35 médailles. Pourquoi est-ce que l'on est légèrement en deçà du seuil de Sydney. Premièrement, parce qu'on a de très grands champions qui ont quitté l'équipe de France - je pense par exemple à Douillet, à Diagana, à Gassien (phon), pour ne citer qu'eux. Et puis on voit aussi que M. Raquil est blessé et qu'il ne pourra malheureusement pas participer aux Jeux. Et puis vous avez maintenant des petites nations qui rentrent dans le concert des JO et qui viennent focaliser toute leur attention et leur énergie sur un ou deux sports et ceux-là vont faire beaucoup de mal, autant pour les Etats-Unis, que pour l'Allemagne que pour la Chine, ils vont venir nous prélever quelques unes des médailles. Donc, 6ème rang, 30 à 35 médailles. Je pense que nous serions dignes de notre rang et à notre niveau."

Q- On a bien compris que le climat n'était quand même pas très bon dans les équipes de relais, il y a pas mal de forfaits, on reste sur le souvenir d'un zéro pointé à Sydney ; qu'est-ce qui ne va pas dans l'athlétisme ?

R - "Vous me parlez de l'athlétisme là, parce que dans les autres sports, j'ai pu faire le tour d'une certain nombre d'équipes de France ; je peux vous assurer que la détermination, la combativité sont là. Pour l'équipe de France d'athlétisme, vous rappelez le zéro pointé de Sydney mais souvenons nous que l'année dernière, ces grands champions nous ont rapporté sept médailles, ont fait vraiment tout pour faire que la France adhère à leur parcours. C'est vrai qu'il y a un certain nombre de blessures et puis les petites bisbilles au sein de l'équipe, pour moi, ce n'est pas très grave. Encore une fois, il y a beaucoup de tension avant une compétition, il y a beaucoup d'impatience de participer au Jeux, alors il est un peu normal que les uns et les autres affirment leur personnalité. C'est un sport d' "exposivité" l'athlétisme : il faut affirmer sa présence, il faut affirmer sa personnalité - ils le font. Nous avons un très bon directeur technique national qui permet un peu de cadrer les uns et les autres. Maintenant, attendons un peu ce que vont faire nos athlètes."

Q- Il n'est pas un peu psychorigide, m'a-t-on dit ?

R - "Pour gérer des personnalités un peu fortes, il faut quand même avoir quelqu'un qui sache un peu mener son monde et qui sache cadrer leurs activités, aux uns et aux autres. Mais je crois qu'il le fait. Ce n'est pas simple, je peux vous l'assurer, comme pour diriger une équipe de France de football avec de fortes personnalités. Ce n'est jamais simple. Je pense qu'il le fait avec talent. Maintenant, c'est aux athlètes qui sont face à leurs responsabilités à démontrer que leur préparation a été la meilleure possible et qu'ils seront capables de reproduire leurs résultats de l'année dernière au Stade de France."

Q- Vous aviez dit qu'aucun représentant français ne serait envoyé à Athènes sans que l'on soit sûr qu'il est parfaitement propre au regard du dopage. Confirmez-vous ? Y a-t-il eu effectivement des contrôles serrés ces derniers temps, avant le départ ?

R - "Tous nos sportifs ont été contrôlés de manière inopinée, c'est-à-dire hors compétition avant de poser le pied au village olympique ; tous, il n'y a eu aucune exception. Les résultats nous ont été apportés, il reste peut-être encore un résultat parce que l'athlète concerné a été contrôlé vraiment juste avant son départ pour les Jeux. Mais je peux vous assurer que tous ces champions ont été contrôlés et que le résultat est négatif."

Q- Il y a deux athlètes grecs - et pas des moindres - qui ont oublié de se présenter à des contrôles... La détection des substances interdites a beaucoup progressé depuis deux ans. Pensez-vous que les dispositifs soient sans faille et peut-il l'être ?

R - "Que le dispositif soit sans faille, je serai naïf en vous disant cela. Par contre, je peux vous assurer que le contrôle antidopage devient de plus en plus efficace, pour deux raisons : la première, c'est que la lutte devient vraiment internationale. Maintenant, vous pouvez aller chercher un sportif là où il se prépare. Je peux vous assurer que cela a mis un coup d'arrêt à ceux qui pensaient qu'il y avait des paradis du dopage un peu partout dans le monde ; ça, c'est la première des choses. La deuxième des choses, effectivement, vous avez maintenant la possibilité de détecter de nouvelles molécules. Nous l'avons fait, par exemple, pendant le Tour de France, pour l'hémoglobine de synthèse. Il semble, encore une fois, que le CIO ait décidé de détecter les hormones de croissance ou en tout cas, des molécules approchant ces hormones de croissance aux JO. Nous sommes véritablement dans une phase de modernisation de la lutte par son côté très international. Et cela, c'est une vraie avancée par rapport, par exemple, à 1998."

Q- On s'aperçoit que seize des meilleurs athlètes américains sont en procédure, c'est-à-dire qu'il y a une enquête, une instruction à leur sujet. Est-ce que d'après vous, cela correspond à une changement d'attitude des autorités américaines qui ont finalement reconnu l'Agence mondiale antidopage, ou bien, justement, c'est à cause de ces progrès de la recherche ?

R - "Je pense que les deux paramètres sont en cause dans cette évolution de la mentalité au niveau des Américains. Souvenons-nous quand même que les premières affaires vraiment lourdes en matière de dopage aux Etats-Unis viennent de la révélation d'une nouvelle molécule d'anabolisant, la TAG, que nous avions d'ailleurs détectée dans les prélèvements des championnats du monde d'athlétisme de l'année dernière et que nous avions mis à disposition de l'AMA. C'est une vraie évolution, qui tient tant de l'amélioration de la recherche que d'une volonté d'être en phase avec cette efficacité de la lutte antidopage au niveau mondial."

Q- 6 milliards 100 : coût record pour ces JO d'Athènes. C'est vrai que le budget sécurité représente un peu plus d'un sixième. Mais jusqu'où peut-on aller dans le gigantisme, d'autant que Paris est candidate pour 2012 ? Cela ne fait-il pas un peu réfléchir ?

R - "Oui, bien évidemment. Souvenons-nous simplement que les Grecs, en matière de sécurité, étaient très en deçà du standard international. C'est la première des choses. Il a fallu qu'ils fassent d'énormes efforts pour se mettre "aux normes", si je puis dire. D'ailleurs, un expert français faisait partie du tour de table qui a permis aux Grecs de se mettre, encore une fois, au niveau de ce qui est demandé maintenant pour organiser un tel événement. Ce qui ne serait d'ailleurs pas le cas pour la France ; nous l'avons déjà démontré soit pour la Coupe du monde de football en 1998, soit les championnats du monde d'athlétisme. Nous sommes prêts en matière de sécurité, même si, évidemment, il faudra évoluer entre aujourd'hui et 2012. Quant au gigantisme, le président du CIO a dit - et je souscris totalement à cette position -, qu'il n'y aurait jamais plus, désormais, 10 500 athlètes aux Jeux et environ 300 épreuves. Il a mis vraiment une barre définitivement qui ne sera jamais dépassée, pour éviter ce dont vous parliez, c'est-à-dire, le gigantisme des Jeux. Ce qui obligerait, par exemple, une nation, un pays, une ville à d'énormes efforts pour organiser une telle épreuve."

Q- Et en termes de budget ?

R - "En termes de budget, cela évolue en fonction des infrastructures qu'il y a à construire. Vous parliez de Paris, nous avons notre Stade de France déjà, et je peux vous assurer que c'est un lourd tribut à l'organisation des Jeux. Pour ce qui concerne les Grecs, nous n'avons pas encore évoqué un budget, qui sera certainement en dépassement. Pourquoi ? Parce qu'ils avaient pris beaucoup de retard, et que le retard, cela se paie, parce qu'il faut travailler jour et nuit, et que c'est bien évidemment un surcoût en matière d'organisation."

Q- Impossible de tout voir à Athènes. Quelle discipline allez-vous privilégier, à part le sabre, bien sûr. Je rappelle que vous êtes médaillé olympique...

R - "Vous avez totalement raison. En tout cas, je serai, je l'espère, au rendez-vous de la première médaille de l'équipe de France olympique, qui pourrait, sans lui mettre de pression, être celle de F. Dumoulin, notre tireur, qui va débuter dès le lendemain de la cérémonie d'ouverture. Et je serai à ses côtés pour, je l'espère, le voir monter sur le podium. Sinon, je peux vous assurer, je vais essayer d'aller d'espace olympique en espace olympique, pour aller encourager, comme vont le faire tous les Français, nos équipes de France."

Q- Non, vous ne lui mettez pas du tout la pression...

R- "Pas du tout, pas du tout."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 13 août 2004)

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