Déclaration de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à Saint-Cyr Coëtquidan et interview au "Télégramme de Brest" le 24 juillet 2004, sur la préparation des officiers à l'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, les crédits d'équipement pour 2005 et la gestion du budget militaire, la restructuration de DCN et de l'industrie navale européenne et la coopération franco-britannique sur le projet de porte-avions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à Saint-Cyr Coëtquidan et interview au "Télégramme de Brest" le 24 juillet 2004, sur la préparation des officiers à l'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, les crédits d'équipement pour 2005 et la gestion du budget militaire, la restructuration de DCN et de l'industrie navale européenne et la coopération franco-britannique sur le projet de porte-avions.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, MAGUEUR Catherine.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Cérémonie du "Triomphe aux écoles de St-Cyr Coëtquidan", St-Cyr Coëtquidan le 24 juillet 2004

ti : Discours à Saint-Cyr Coëtquidan :

Monsieur le Ministre,
Madame le préfet,
Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les officiers-élèves et élèves-officiers,
Chers amis,


Futurs lieutenants de l'armée de Terre, le Triomphe est pour chacun et chacune d'entre vous un moment solennel.
Je m'y associe avec plaisir à nouveau cette année.

Empreinte de plus de deux siècles de traditions, cette cérémonie appelle à notre souvenir ceux qui ont fait avant vous, comme vous, le choix des armes.

C'est un choix exigeant.
C'est un choix qui vous implique totalement et jusqu'aux limites.

Deux de vos camarades saint-cyriens ont récemment perdu la vie en service commandé, le sous-lieutenant Laouali Karimoune et le sous-lieutenant Kondi Abdallah Nandja.
Je tiens à leur rendre un hommage tout particulier.

Ils avaient fait le choix de s'engager dans une carrière exigeante et de perpétuer ainsi la traditionnelle fraternité entre les officiers africains et français.

Vous avez fait le choix de vous engager au service d'un métier, d'un idéal, au service de la France.

Dans cette carrière, vous saurez vous montrer les dignes héritiers de la tradition militaire française.

Dans cette carrière, vous serez tout autant des chefs militaires compétents que des citoyens conscients de leurs devoirs et de leurs responsabilités.

1. Vous prenez la suite de vos aînés dans un monde en profonde mutation.

Vous partagez avec vos illustres prédécesseurs la vocation de servir, le sens du devoir, le dévouement et le courage.

Si les qualités dont vous devez faire preuve en tant qu'officiers demeurent, le contexte change avec les années.

Le monde dans lequel vous servirez est radicalement nouveau.

Il gagne chaque jour en complexité.

Les certitudes de naguère ont perdu de leur pertinence.

Il vous faut désormais faire face à des phénomènes géopolitiques, économiques, technologiques, culturels, imbriqués comme jamais auparavant.

Vous devrez demain répondre à de multiples sollicitations, à l'intérieur comme à l'extérieur de notre territoire.

Vous devrez prouver votre efficacité face aux nouveaux types de menaces auxquelles nous sommes confrontés.

Par la qualité et la diversité de vos compétences, vous serez irremplaçables dans les situations complexes qui se nouent à l'échelle de l'Europe et à l'échelle du monde.

Vous avez la confiance des Français.

Ils savent, comme l'a rappelé le Président de la République, l'importance d'une Défense pérenne et solide.

Ne laissez personne dire que vos traditions, casoar et gants blancs, héritages de gloire et de sacrifices, sont obsolètes.

Vous incarnez certes la cohésion, la discipline, le patriotisme, l'abnégation, autant d'attitudes qui ne vont pas toujours de soi dans la société actuelle.

Vous êtes avant tout des hommes et des femmes formés au métier d'officier du 21ème siècle.

2. Vous incarnez l'alliance d'un savoir-faire et d'un savoir-être reconnus.

Les défis actuels auxquels nos Etats sont confrontés requièrent des responsables militaires une compréhension des facteurs et un comportement adapté.

C'est bien l'objectif de la formation initiale dispensée aux officiers français.

Aux fondamentaux du métier militaire s'ajoute un socle éthique composé de références, de traditions et de valeurs auxquelles vous aurez à vous référer constamment dans l'exercice de vos responsabilités.

L'équilibre entre ce savoir-faire et ce savoir-être vous garantira, en toutes circonstances, le discernement dans le jugement et l'efficacité dans l'action.

Paul Valéry disait : " Tout se joue dans les commencements. "

Les réflexes que vous avez acquis en ces murs sont de ceux qui structurent, qui demeurent tout au long de votre carrière.

Vous en aurez rapidement besoin.

Vous serez bientôt engagés dans des situations complexes, requérant de grandes qualités humaines et professionnelles.

J'ai eu de nombreuses occasions, lors de mes déplacements sur des théâtres d'opérations extérieurs, de voir vos aînés confrontés à ces situations.

Il vous faudra conduire des hommes, leur donner confiance, leur fournir des références et des réponses raisonnées et pertinentes.

N'oubliez jamais à cet égard que " la troupe est, et sera toujours, à l'image du chef ", c'est-à-dire à votre image.


Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les officiers et élèves-officiers, vous avez choisi un métier difficile, noble, sans égal.

Je sais pouvoir compter sur votre courage, votre ardeur, votre dévouement à assumer cette vocation.

Vous pouvez être fiers d'avoir choisi de servir la France et les Français.

Je vous en félicite et vous assure de toute ma confiance comme de celle de la Nation.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 27 juillet 2004)
Le Télégramme : Pourquoi avez-vous tenu à venir aujourd'hui à St Cyr Coëtquidan ?

Michèle Alliot-Marie : Ma présence au Triomphe des Ecoles de Coëtquidan, deux ans après mon précédent passage, me permet participer à un moment privilégié dans la scolarité de nos jeunes élèves ! Par ailleurs, comme pour la première fois, tous les futurs officiers de l'armée de terre sont réunis aux Ecoles de Coëtquidan, quelle que soit leur origine de recrutement. Je souhaite également souligner le succès de la nouvelle scolarité des Saint-Cyriens, après l'ouverture du recrutement de jeunes diplômés d'écoles d'ingénieurs et d'universités sur titre ou sur concours.

Le Télégramme : Nicolas Sarkozy voulait revoir le budget de la Défense à la baisse. Les derniers arbitrages ont-ils été rendus ?

Michèle Alliot-Marie : Les arbitrages définitifs ne seront rendus qu'à la fin du mois. Le président de la République a réaffirmé l'importance et la nécessité de respecter la Loi de programmation militaire pour assurer le redressement de notre effort de défense indispensable dans cette période de montée du risque terroriste et de multiplication des crises régionales.

Le Télégramme : A combien chiffrez-vous les besoins en crédits d'équipement ? Quelles sont les priorités pour la marine ?

Michèle Alliot-Marie : La loi de programmation militaire 2003-2008 prévoit une enveloppe d'équipements d'environ 15,3 Milliards d'¿, soit une progression d'environ 2,7 %, par rapport à 2004. 2005 devra être marquée pour la marine par le lancement des frégates multi-missions. Les négociations de ce projet franco-italien progressent et je compte bien conclure le contrat avec mon homologue italien au prochain salon Euro-Naval en octobre.

Le Télégramme : Vous avez déclaré : "Je n'ai pas attendu Bercy pour faire des économies !" Sur quels postes ?

Michèle Alliot-Marie : Dès mon arrivée, j'ai indiqué à mes subordonnés que chaque euro qui nous était versé devrait être utilisé au mieux. Je mène depuis une politique de modernisation de la gestion. Elle s'est traduite par 200 Millions d'¿ d'économie sur le budget de fonctionnement. Nous n'avons remplacé que 40 % des personnels civils partant à la retraite en 2003, 50 % en 2004. Je ne connais pas d'autre ministère à avoir appliqué aussi strictement une telle mesure ! J'ai également engagé des réformes pour concentrer les personnels de la Défense sur leur c¿ur de métier : gérer et maintenir l'immobilier n'est pas au c¿ur du métier de la gendarmerie.

Le Télégramme : DCN a changé de statut il y a un an. Quelles premières leçons en tirez-vous ?

Michèle Alliot-Marie : La transformation de DCN est un succès : la société est en ordre de marche. Les premiers effets positifs de la réforme sont appréciés par la Marine. L'Etat, en signant le contrat d'entreprise avec DCN a donné à la société les moyens de réussir. Pour autant, DCN est plutôt en avance sur son plan à moyen terme mais il ne faut pas ralentir l'effort. L'entreprise doit aborder dans les meilleures conditions les nécessaires alliances en France et en Europe.

Le Télégramme : Quelle place peut avoir DCN dans un "EADS naval" ?

Michèle Alliot-Marie : DCN doit jouer un rôle central dans la recomposition de l'industrie navale européenne. Le partenariat avec Thales est une première étape qui permet de rassembler nos forces, afin de saisir les opportunités dès qu'elles se présenteront. Le rapprochement en Allemagne de Thyssen et de HDW, avec lesquels notre industrie reste en contact étroit et que nous avons salué, assure le maintien en Europe, d'une industrie-clé et doit nous permettre de construire, ensemble, l'avenir de la construction navale militaire européenne.

Le Télégramme : Les Britanniques ont-ils vraiment envie de travailler avec les Français sur le projet de porte-avions ?

Michèle Alliot-Marie : La France et le Royaume-Uni ont chacun pris des options - la France en choisissant la propulsion classique, le Royaume-Uni en conservant la possibilité d'un recours au catapultage - permettant la coopération. Lors de ma rencontre avec mon homologue britannique sur le Charles de Gaulle, nous avons pu arrêter une méthode de travail. Un dialogue a été engagé entre les industriels français et britanniques. Une première étude des possibilités de coopération devrait être achevée d'ici fin septembre 2004 avec l'ambition, des deux côtés de la Manche, de déterminer le périmètre précis de coopération pour mi-2005.

Le Télégramme : DCN Brest a construit le "Charles de Gaulle". Forte de cette expérience, construira-t-elle aussi le second porte-avions ?

Michèle Alliot-Marie : DCN et Thales, principaux acteurs de la construction navale militaire française, ont décidé de créer une société commune (70 % DCN, 30 % Thales) qui assurera la maîtrise d'¿uvre du projet. DCN aura donc une place incontournable, à la hauteur de ses compétences reconnues en matière de construction de porte-avions. C'est maintenant aux industriels maîtres d'¿uvre de s'organiser en utilisant au mieux les capacités de l'industrie navale française.


Propos recueillis par Catherine Magueur


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 27 juillet 2004)

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