Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, dans "Lutte Ouvrière" les 2, 9, 16, 23, 30 août 2004 sur toutes les mesures en faveur du patronat, la crainte des travailleurs de possibles délocalisations, les Jeux Olympiques, les chantages à l'emploi, les plaintes du président du MEDEFcontre le gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, dans "Lutte Ouvrière" les 2, 9, 16, 23, 30 août 2004 sur toutes les mesures en faveur du patronat, la crainte des travailleurs de possibles délocalisations, les Jeux Olympiques, les chantages à l'emploi, les plaintes du président du MEDEFcontre le gouvernement.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte-parole

ti :
2 AOÛT 2004

UN SEUL POIDS, UNE SEULE MESURE :
TOUT POUR LE PATRONAT


Avant de partir, au frais, en vacances, Raffarin a annoncé, dans le cadre de la présentation du budget 2005, des mesures confirmant qu'il entend garder le même cap : à toute vapeur en faveur des patrons, tandis que les travailleurs sont invités à souquer plus fort. Du moins ceux qui resteront sur le bateau et qui ne seront pas jetés par-dessus bord car il n'y a pas de trêve estivale pour les plans dits sociaux.

Aux mesures déjà annoncées concernant le grignotage des remboursements de la Sécu, la remise en cause des rares clauses qui, dans la loi Aubry sur les 35 heures, avantageaient les salariés, s'ajoute l'annonce de repousser l'uniformisation des différents SMIC, de même que l'augmentation du SMIC, mesures qui avaient pourtant été promises, l'une pour 2005 et l'autre pour 2004. Cette promesse ne sera donc pas tenue et ce n'est ni la première, ni la dernière, concernant les promesses aux salariés. Cela dit, on voit mal en quoi cette mesure prend place dans la discussion budgétaire. Le SMIC ne concerne pas le budget de l'État mais les patrons. A moins qu'il ait été prévu que le coût de l'uniformisation soit pris en charge par l'État et ne coûte pas un sou au patronat.

En même temps que ce coup de ciseaux dans les timides promesses faites aux salariés, Raffarin a promis d'amnistier les capitaux expatriés illégalement à l'étranger. Les capitalistes qui accepteront de rapatrier leurs capitaux ne payeront ni les impôts dus, ni les amendes liées à l'infraction commise. Tout juste une faible taxe qui rendra l'opération avantageuse. Quel salarié, quel contribuable du bas de l'échelle peut espérer une telle mansuétude du fisc ? Pour lui, tout manquement au paiement de ses impôts ou de ses amendes signifie commandement sur commandement et pour finir la saisie.

Si Raffarin voulait montrer que, pour le gouvernement, il existe deux poids, deux mesures, c'est gagné ! A tel point que même dans le parti chiraquien, des voix se sont élevées pour qualifier "d'immorale" cette amnistie de l'évasion fiscale. Comme si le reste des pratiques gouvernementales en faveur des riches l'étaient moins !

Il existe des tas de mesures juridiques qui permettent au patronat d'échapper à une charge de l'impôt qui soit à la mesure de leurs profits et de leur fortune, qu'ils savent exploiter en utilisant des experts connaissant tous les subterfuges pour ruser en toute légalité avec le fisc. Mais cela ne leur suffit pas. Quand la loi les gêne, ils la transgressent, sachant qu'il n'y aura ni poursuite, ni sanction, ni saisie des fraudeurs, dont l'État pourrait sans difficulté, s'il en avait la volonté, connaître les noms, les sommes "évadées" et la localisation.

Raffarin, pour justifier cette mesure, a déclaré qu'il fallait "relocaliser les capitaux pour relocaliser les emplois". A d'autres ! Les capitaux ne seront relocalisés que si les patrons le veulent, et dans les limites qu'ils souhaitent. Et rien ne les contraint à utiliser ces capitaux "amnistiés" pour créer des emplois. Ils sont libres de faire ce qu'ils veulent de leur argent. D'ailleurs, c'est ce qu'ils font déjà avec leurs capitaux restés en France, qui servent moins à créer des emplois, qu'à en supprimer.

Certains feignent de s'étonner de l'arrogance de ce gouvernement qui, malgré les deux claques électorales qu'il vient de subir, n'en continue pas moins la même politique comme si rien n'était.

Cela, c'est de l'hypocrisie car les élections sont un piège qui ne peut pas changer la politique d'un gouvernement. Quand il est en place, il l'est pour cinq ans. Et sa politique l'est pour bien plus longtemps car la gauche, même si les élections de 2007 la ramènent aux affaires, ne changera rien à ce que la droite a fait depuis deux ans ou fera d'ici là. Elle continuera même, avec d'autres mots, une politique fondamentalement la même envers le patronat. Une seule chose pourrait bousculer cette arrogance et cette tranquille assurance, ce serait une réaction collective des travailleurs qui fasse reculer et le patronat et le gouvernement.

5Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 10 août 2004)


9 août 2004

Les plus forts ne seront pas toujours les mêmes


Depuis la fin juin, des camarades de Lutte Ouvrière consacrent une partie de leurs vacances à organiser des caravanes, du type caravanes publicitaires, pour populariser nos idées, les défendre et surtout pour rencontrer la population des villes ouvrières. Ils parcourent pratiquement toutes les régions de France. Ils s'arrêtent de ville en ville pour installer, avec l'autorisation des mairies, un parasol de marché. Ils veulent discuter avec le maximum d'habitants, faire connaître nos idées, notre programme et les revendications de la classe ouvrière que nous considérons indispensables.

Partout, nous avons pu réellement nous rendre compte que tous les travailleurs n'étaient pas partis en vacances. Même l'industrie du tourisme, les hôteliers des bords de plage ou d'ailleurs ressentent le fait que les classes populaires vont de moins en moins en vacances ou, même si elles y vont, c'est de moins en moins longtemps.

Ce ne sont évidemment pas les hôteliers et restaurateurs, à qui le gouvernement vient de faire des cadeaux, que nous plaindrons. Mais c'est quand même l'indice que les conditions d'existence des travailleurs se détériorent.

Nos camarades ont rencontré ceux qui travaillent durant l'été. De nombreuses entreprises tournent quand même. À leurs portes, nos camarades ont engagé des discussions complétant celles qu'ils avaient sur les marchés des mêmes villes ou dans les quartiers populaires.

Ce qui ressort, c'est bien sûr la démoralisation devant la lâcheté et l'arbitraire du patronat. La plupart le trouvent odieux mais se disent résignés. L'exemple de l'usine Bosch de Vénissieux, qui a fait un chantage à la délocalisation pour faire accepter l'allongement de la semaine de travail pour le même salaire, paraît scandaleux à tous. Mais tous craignent que cela se généralise. Partout on nous dit que le patronat, même le petit, se croit tout permis. On nous a cité le cas d'un patron qui procédait à des licenciements neuf par neuf pour éviter d'avoir à faire un plan social, obligatoire à partir de dix licenciements. L'arrogance de certains patrons et de certains chefs augmente aussi.

Ce que nous disons à ceux que nous rencontrons, c'est que les travailleurs craignent les délocalisations, bien plus que le patronat ne pourra en réaliser. Tout ce qu'il pourra faire, c'est un chantage, mais peu d'entreprises pourraient se transporter en Chine, en Inde ou même en Europe de l'Est.

La crainte des licenciements et du chômage est d'autant plus présente que ce gouvernement réactionnaire et cynique a réduit la durée des allocations de chômage alors que chacun sait qu'après un certain âge on ne retrouvera pas facilement du travail.

Le comble, c'est qu'on nous dit que, depuis plusieurs mois, il y a une reprise économique en France et même aux USA. Et toute la presse économique de s'interroger sur le fait que cette reprise économique ne s'accompagne pas d'une reprise de l'emploi. Et chacun y va de son explication.

Mais l'explication est simple: ces dernières années, le patronat, aidé par le gouvernement, a réussi à intensifier le travail, à en faire plus avec moins d'ouvriers et d'employés. Alors, même une reprise économique ne l'oblige pas à créer des emplois. Le patronat va s'efforcer de continuer dans la même voie et d'exiger des journées et des semaines de travail plus longues, pour des salaires sinon plus bas, du moins pas augmentés. La reprise, rien que pour lui, s'accompagnerait alors d'une aggravation des conditions de travail, mais pas d'une réduction du chômage.

Alors, ce que nos camarades disent, c'est que si le patronat a profité du chômage pour imposer sa loi, à la rentrée, la reprise aidant, peut-être que c'est nous, les travailleurs, qui pourrons imposer la nôtre. Et imposer notre loi, ce sera arrêter le travail, en lui faisant perdre de l'argent s'il ne cède pas à nos justes revendications.

Si nous avons alors cette occasion de pouvoir nous montrer les plus forts, ne la ratons pas.


(Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 30 août 2004)

16/08/2004

PEU DE PAIN, MAIS BEAUCOUP DE CIRQUE !


"Du pain et du cirque" -voilà ce qu'il faut au peuple pour qu'il soit content, disaient les dignitaires de l'ancienne Rome qui avaient le même mépris cynique que les dirigeants du monde d'aujourd'hui. Du pain que les empereurs faisaient distribuer, à l'occasion, au petit peuple de Rome, et surtout des jeux pour le détourner de sa misère quotidienne.

Depuis samedi dernier, de la télévision à la radio, en passant par la presse écrite, il n'y en a que pour les Jeux olympiques : seul le pape a réussi à se frayer un chemin au milieu des informations sportives -mais Lourdes n'a fait que promettre des miracles en plus du cirque.

On peut prendre plaisir devant le sport-spectacle, fût-il obtenu après des années d'entraînement que le sportif amateur ne peut certes pas se permettre (sans même parler de ces produits miracles de la chimie qui rendent les performances plus spectaculaires mais au prix de la santé des athlètes). Les prestations des nageuses, des athlètes ou des gymnastes témoignent au moins des extraordinaires possibilités du corps humain. Mais, pendant que des athlètes de vingt ans courent ou nagent pour des médailles, à l'arrière, les membres nettement moins sportifs des conseils d'administration de Nike, Adidas, Reebok ou Puma s'opposent pour des bénéfices que chaque jeu olympique, chaque épreuve sportive accroissent.

Les rôles sont bien distribués : aux jeunes athlètes de jouer les hommes sandwichs et faire sur leur maillots la publicité pour ces marques pendant que d'autres jeunes, voire des enfants, dans les pays pauvres s'épuisent, pour des salaires dérisoires, à fabriquer les vêtements de sport achetés par d'autres.

Les Jeux olympiques sont avant tout une affaire de gros sous, et pas seulement pour les fabricants de vêtements ou de chaussures de sport. Combien les immenses chantiers d'Athènes ont rapporté de bénéfices aux Bouygues de là-bas et sans doute aussi d'ici ? Combien vaut en terme de publicité le sponsoring des Jeux olympiques, avec tous les sponsors officiels, de MacDonald à Accor, en passant par Coca-Cola, Samsung, Kodak et autres Heinekein ?

Jamais l'organisation des jeux n'a coûté aussi cher, dit-on à propos des jeux d'Athènes. Mais on avait entendu déjà cela à Sidney ou à Atlanta, il y a quatre et huit ans ! Mais s'ils coûtent cher aux contribuables, ils rapportent en conséquence. Oh pas aux sportifs : ils ont droit à la gloire, fugitive pour beaucoup d'entre eux ! Mais dans les stades, cela se passe au fond comme dans les usines, les bureaux ou sur les chantiers : ce ne sont pas ceux qui font l'effort qui en récoltent le plus de bénéfices !

Oui, on peut prendre plaisir au spectacle mais il est assorti d'une débauche de nationalisme où chaque performance d'athlète se transforme en victoire nationale sur "les autres". Et il est plus facile pour Chirac de se féliciter des résultats d'une judoka française que de s'opposer aux délocalisations.

Un commentateur de télévision, emporté par son enthousiasme pour les Jeux olympiques, a glissé : "Les téléspectateurs ne sont même pas obligés de réfléchir, il suffit d'admirer". Mais la réalité revient au galop dès qu'on cesse de regarder le spectacle. Il ne peut faire oublier les vagues de licenciements. Il ne peut faire oublier les usines qui ferment, les femmes et les hommes tombés dans la misère parce que depuis qu'ils sont licenciés, ils ne parviennent pas à retrouver du travail. Il ne peut faire oublier à tous le pouvoir d'achat qui baisse parce que les salaires n'augmentent pas assez. Dans l'ancienne Rome, à côté du cirque, il y avait au moins les distributions de pain. En ces temps modernes, on est nettement plus chiche pour distribuer des augmentations de salaire.

Et disons-nous bien que, si difficile que soit une lutte pour une augmentation générale des salaires, cela rapportera bien plus que nous rapporteront toutes les médailles en chocolat distribuées dans ces jeux.

(Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 18 août 2004)


23/08/2004

LES MAITRES CHANTEURS


Le cas de l'usine Bosch de Vénissieux n'est pas resté isolé. La liste des entreprises qui ont recours au chantage à l'emploi pour tenter d'imposer à leurs salariés des concessions majeures ne cesse de s'allonger. Avec, par exemple, le cas de l'entreprise Ronzat, de Châlons-en-Champagne, qui demande à son personnel de choisir entre le retour aux 39 heures et le licenciement. Ou celui de Sediver, à Saint-Yorre, dont le patron, pour imposer une baisse de 30% des salaires, accompagnée d'une réduction d'effectifs, menace de fermer l'usine si les travailleurs n'acceptent pas.

Raffarin avait déclaré il y a un mois qu'il voyait dans ces chantages à l'emploi, "dans certains cas" (mais pourquoi pas tous ?) "un abus de rapport de forces". Mais il s'est bien gardé de prendre la moindre mesure contre ces abus. Le gouvernement continue d'affirmer au contraire qu'il faut "assouplir les trente-cinq heures". Dès cette semaine, le ministère du Travail doit recevoir des délégations des syndicats de salariés et du MEDEF, pour discuter de ce fameux "assouplissement". Et si les ministres ont le culot de dire qu'il s'agirait de permettre à ceux qui voudraient gagner plus de travailler plus, pour le patronat il s'agit de faire travailler plus pour le même salaire, voire pour un salaire moindre. Les patrons considèrent tout le verbiage ministériel comme un encouragement à continuer.

Car le patronat ne demande nullement l'abolition de la loi des 35 heures, à laquelle l'ancienne ministre du Travail de Jospin, Martine Aubry, a donné son nom. Le patronat en a en effet retiré bien plus d'avantages que les salariés, à travers les clauses de modération salariale, d'annualisation du temps de travail, de flexibilité des horaires, prévues par la loi et présentes dans la plupart des accords signés entre les syndicats et les patrons. Il a eu l'argent du beurre, et maintenant il voudrait le beurre en plus. Et il se sert lui-même, sans même avoir besoin d'une révision de la loi, car en remettant l'application concrète des 35 heures à des accords de branche, voire à des accords d'entreprise, la loi Aubry a contribué à émietter les forces du monde du travail. Et c'est suivant la même logique, entreprise par entreprise, qu'on voit le patronat entreprendre d'imposer l'allongement des horaires de travail, ou des baisses de salaires, ou les deux, en commençant par celles où il craint le moins les réactions des travailleurs, pour s'attaquer ensuite aux autres s'il parvient à ses fins.

Et ce n'est pas l'état de santé des entreprises qui nécessite les sacrifices que le patronat veut imposer à la classe ouvrière. Les entreprises, dans la grande majorité des cas, se portent très bien. La croissance économique sera supérieure aux prévisions, ne cesse d'ailleurs de proclamer le gouvernement. Les bilans de toutes les grandes sociétés montrent qu'elles font des profits considérables. Les revenus des PDG battent des records de hausse, ce qui signifie que ceux de leurs actionnaires font de même. Mais il n'y a pas de limites à la soif de profits de la bourgeoisie. Et tant qu'elle croira ne pas courir le risque d'une explosion sociale, elle s'emploiera à augmenter encore la part des richesses produites qu'elle accapare au détriment de celle qui revient aux travailleurs.

Le monde du travail n'a que trop fait confiance à des dirigeants qui lui affirmaient que la lutte des classes était dépassée, qu'il pouvait améliorer son sort par la concertation, par des discussions autour du tapis vert, entreprise par entreprise. Et le résultat, c'est que le progrès social, fruit des luttes passées du mouvement ouvrier, a laissé la place à une véritable régression sociale.

Le patronat ne freinera sa soif de profit, les politiciens à son service ne renonceront aux attaques contre la Sécurité sociale, à l'abandon des services publics, que s'ils craignent une réaction du monde du travail. Ils travaillent, d'une certaine manière, par leurs provocations, à la préparer.


(Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 25 août 2004)


30/08/2004

SEILLIERE : UN PAQUET D'ACTIONS A LA PLACE DU COEUR


Le baron Seillière a annoncé qu'il était mécontent de la politique du gouvernement qui n'en ferait pas assez pour les entreprises. Lundi matin sur France-Inter, il a regretté que Raffarin n'envisage plus d'étaler sur plusieurs années la revalorisation du SMIC. Il a déploré aussi que le niveau au-dessous duquel intervient la réduction des charges sociales sur les salaires soit passé de 1,7 fois le SMIC à 1,6 fois. "Le gouvernement pénalise les entreprises" a affirmé Seillière avec culot. Il considère comme des compensations légitimes, la baisse de l'impôt sur les bénéfices annoncée pour le budget 2005 et l'annonce de nouvelles facilités données aux patrons pour s'en prendre aux 35 heures.

Le gouvernement participe sans honte à l'offensive lancée par le patronat contre le monde du travail. Les petites phrases de Chirac sur la "fracture sociale", ou les "patrons voyous" ne sont que des hypocrisies. Cela n'empêche pas le milliardaire Seillière de dire qu'en France "la part prélevée sur les actifs (entendez : les entreprises) est démesurée par rapport à la part octroyée à tous ceux qui sont chômeurs, malades, en retraite ou en formation". Les actifs, ce sont évidemment lui et ses semblables, et ceux qui ne font rien, ce sont toutes les victimes des licenciements faits par le patronat !

La réalité sociale c'est aussi que, lorsqu'un patron décide de déménager les machines de son entreprise à la barbe de son personnel avant qu'on puisse contester la validité du plan de licenciement, Chirac et Raffarin envoient leurs CRS pour protéger l'opération. On l'avait vu en juin chez STMicroelectronics à Rennes. Nous en avons eu un nouvel exemple la semaine dernière à Chartres à l'usine Snappon.

Le président du MEDEF se plaint qu'on n'en fait pas assez pour le patronat, en se préparant à obtenir encore plus. Et il le fait cyniquement, en prétendant que le patronat revendique tout cela dans l'intérêt des salariés. La suppression de toute réglementation sur les heures supplémentaires, ce serait, selon lui, pour permettre aux travailleurs de gagner plus. La possibilité de licencier sans contrainte, ce serait pour permettre la création d'emplois.

C'est au nom de ces énormes mensonges que Seillière déclare comprendre tout à fait le référendum-chantage de la direction de Bosch Vénissieux pour imposer à son personnel de travailler plus sans gagner plus. Rien d'étonnant car Seillière proclame, au nom de l'ensemble du patronat : nos profits d'abord !

Mais il y a au moins un mérite que Seillière reconnaît au gouvernement. Il se félicite de la loi Fillon qui admet que la négociation par entreprise est meilleure (pour les patrons) que la négociation de branche ou la négociation interprofessionnelle. Il se félicite en fait de la possibilité d'"accords" moins favorables aux salariés que les conventions collectives dans les entreprises. Il se dit même partisan de la "micro-négociation". Salarié par salarié sans doute, pour écarter les syndicats !

C'est évidemment logique de la part du porte-parole du patronat. Il sait que la force de la classe ouvrière réside surtout dans son nombre et dans sa cohésion.

Mais c'est aussi la raison pour laquelle les travailleurs ne peuvent faire face aux agressions du patronat qu'en unissant leurs forces. Quand les travailleurs sont engagés en grand nombre dans une même lutte, ils peuvent obtenir la satisfaction de revendications qui leur paraissaient hors d'atteinte. Ce sera nécessaire pour résister à l'offensive de régression sociale que nous sommes en train de subir. Il faut donc imposer aux organisations syndicales de préparer et d'organiser une telle défense qui, si difficile qu'elle soit, est plus efficace que les parlottes autour d'une table.


(Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 1e septembre 2004)


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