Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la prévention et la lutte contre la violence en milieu scolaire, Saint-Etienne le 1er septembre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la prévention et la lutte contre la violence en milieu scolaire, Saint-Etienne le 1er septembre 2004.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : Signature de la convention portant sur la prévention et la lutte contre la violence en milieu scolaire, à Saint-Etienne le 1er septembre 2004

ti : Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Procureur,
Monsieur le Préfet,
Madame l'Inspectrice d'Académie,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


Permettez-moi, d'abord de vous dire tout le plaisir que j'ai d'être aujourd'hui parmi vous en cette occasion solennelle pour être ce que je crois une initiative tout à fait exemplaire.

- Je regrette de devoir bousculer l'emploi du temps qui avait été initialement prévu, en raison des circonstances de la situation de nos compatriotes retenus en otages en Irak. Je ne peux pas m'absenter longtemps de Paris, mais je tenais à être présent avec vous contenu de l'importance de l'enjeu de cette rentrée scolaire et de notre mobilisation sur les questions de sécurité.

- Je tiens tout d'abord à remercier tous les fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur et les militaires de la Gendarmerie qui, partout en France, ont assuré la protection des Français pendant cet été. Je viens de rencontrer au Centre de Loisirs- Jeunes du quartier Montreynaud le sous-brigadier Thierry Plotton et ses hommes. Leur action montre de façon exemplaire que le travail des forces de sécurité c'est aussi un engagement humain auprès de notre jeunesse. Ce travail pédagogique, d'initiation à un grand nombre de savoirs et d'apprentissages, est extrêmement important pour l'avenir. Il faut savoir travailler le plus en amont possible pour ne pas avoir à payer plus tard le prix d'un manque de mobilisation, de rassemblement, de présence. L'État à travers ses pouvoirs de sécurité se doit d'être aussi à son travail, et je sais que nous le faisons tous dans un esprit de concertation et de rassemblement.

- Je me réjouis de me trouver parmi vous aujourd'hui, à l'occasion de la signature d'un avenant à la convention relative à la prévention et à la lutte contre la violence en milieu scolaire et à la protection des mineurs en danger. C'est en effet un enjeu essentiel pour l'avenir de notre nation.
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C'est une nouvelle étape dans notre engagement et notre coopération pour mieux assurer la sécurité à l'école, pour mieux informer la communauté éducative, mais aussi les parents et les pouvoirs publics, des risques que peuvent courir les élèves.
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Cet avenant montre la voie à d'autres établissements et à d'autres départements. Il est donc important de faire ce travail d'approfondissement parce que d'autres peuvent profiter de cette expérience particulière.

- Dans mes travaux actuels avec François Fillon nous ¿uvrons pour renforcer ce type de coopération et il y a deux impératifs nouveaux :
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D'abord la déconcentration des échanges d'information : chaque fois que cela sera possible les contacts entre forces de sécurité et Justice d'une part, et la communauté enseignante, le chef d'établissement d'autre part, devront se faire au niveau local ; il n'est pas question de centraliser ces questions alors qu'il est plus efficace de le faire à l'échelon déconcentré : on a plus de chances de trouver les bonnes solutions, l'équilibre, le bon dialogue qui permet de régler les choses de façon adaptée au niveau local.
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Ensuite nous voulons mettre l'accent sur ce fléau qu'est l'absentéisme scolaire : il s'agit du symptôme le plus important d'un mal-vivre, d'une perte de repère, ou même parfois d'une dérive. Nous devons mener une analyse en profondeur de la situation mais aussi apporter des réponses immédiates. L'école est obligatoire dans notre pays, faisons en sorte qu'il n'y ait pas d'autres raisons qui puissent empêcher tel ou tel enfant d'accéder à l'école lorsque cela arrive, c'est un signal d'alerte pour chacun d'entre nous.

- Face à la diversité des problèmes rencontrés dans le milieu scolaire, qu'il s'agisse du racket, des incivilités, de manifestations de racisme ou d'antisémitisme, de conduites addictives, la collaboration de chacun est nécessaire.

- Aux côtés des parents et des éducateurs, aux côtés des magistrats et des travailleurs sociaux, les forces de sécurité doivent jouer pleinement leur rôle, en respectant le domaine de compétence de leurs partenaires.
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Leur action concerne bien sûr en priorité les abords des établissements, les transports publics et les lieux où se concentrent de nombreux élèves, comme les arrêts de bus ou les gares.
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En outre, les forces de l'ordre peuvent être amenées en certaines circonstances à intervenir dans les établissements quand la communauté éducative requiert leur appui, demande leur aide : j'ai demandé aux préfets de prendre les dispositions nécessaires, dans le respect des prérogatives des chefs d'établissement, afin d'assurer dans un tel cas une réponse à la fois rapide et graduée.
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Une attention particulière sera portée à toutes les formes d'atteintes à l'autorité et à l'intégrité des enseignants, qu'elles aient lieu à l'intérieur ou à l'extérieur des établissements. Cette autorité, le Ministre de l'Éducation Nationale, François FILLON a vu qu'il était important de lui donner toute sa place.

Cette signature manifeste votre volonté d'agir sur ce qui constitue l'une de mes toutes premières priorités en tant que Ministre de l'Intérieur: la protection des mineurs dans le cadre scolaire bien sûr, mais aussi dans un cadre plus général.

- J'ai lancé, avec l'aide de Mme Marie-Thérèse Hermange, un chantier consacré à cette question, qui touche chaque famille en France. En effet, les mineurs constituent une population fragile et particulièrement vulnérable :

- Vulnérable à la violence physique d'abord, notamment aux maltraitances dont certains sont victimes au sein de la cellule familiale, c'est la majorité des cas de violences chez les mineurs, c'est donc un travail particulier et ajusté que nous devons faire : nous le savons, les mineurs sont plus que d'autres exposés aux violences sexuelles, des violences particulièrement traumatisantes et difficiles à surmonter : 16 000 cas ont été relevés en 2003, c'est une réalité humaine inacceptable dans notre pays.
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Face à des phénomènes de maltraitance, des sévices sexuels, tous les acteurs éducatifs, sociaux et les forces de sécurité ont vocation à exercer une vigilance particulière.
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C'est notre responsabilité, celle de chacun de tous ceux qui exercent des fonctions auprès de la jeunesse. C'est une obligation légale. C'est aussi une exigence morale.

- Vulnérabilité qui s'exerce aussi dans le cadre du racket et vulnérabilité surtout face à la drogue.
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20 % des garçons de 16-17 ans consomment régulièrement du cannabis, plaçant la France dans une situation inquiétante.
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J'entends lutter avec une intensité particulière contre toutes les formes de trafic de stupéfiants, aux frontières, dans les aéroports et surtout aux abords des établissements scolaires. En réduisant l'offre, en nous attaquant aux filières grâce aux GIR, nous ferons également baisser la consommation.

- Ensuite, nous devons prendre en compte la violence routière, un des grands fléaux que le Président de la République a qualifié de grand chantier national, qui frappe tout particulièrement les jeunes.
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Si les chiffres sont en baisse, la part des jeunes dans l'hécatombe routière est encore inacceptable : près de 1500 jeunes de 15 à 24 ans ont été tués en 2003 et près de 6000 ont été blessés.
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C'est pourquoi j'entends amplifier notre action :
* Avec un effort particulier aux abords des écoles;
* Avec l'intensification des contrôles d'alcoolémie à proximité des établissements de nuit ;
* Avec la mise au point prochaine de tests simples pour dépister l'usage de stupéfiants chez les automobilistes. Nous avons déjà mené un certain nombre d'opérations nouvelles, notamment en Vendée, qui ont montré, la réalité de ce phénomène.

- Enfin nous devons apporter des réponses plus déterminées aux fugues et à tous les types de disparitions de mineurs.
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Certes, dans la plupart des cas les jeunes concernés par les fugues regagnent le foyer parental après quelques jours.
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Mais certaines de ces disparitions ne sont pas résolues et laissent les parents dans une angoisse insupportable : sur 17 000 disparitions de mineurs en 2003, 300 constituent des faits très inquiétants, laissant les familles désemparées. C'est une situation inacceptable.
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Je tiens à ce que tous les Français sachent que les forces de sécurité intérieure s'engagent systématiquement, sans réserve dans les enquêtes face à de telles disparitions de mineurs. Là encore, en liaison avec les associations de victimes, nous voulons améliorer notre capacité à dialoguer avec les familles et mieux prendre en compte leur souffrance.

J'entends, dans les mois qui viennent, aller encore plus loin dans la protection des mineurs.

- D'abord grâce à la signature d'un protocole national avec le Ministre de l'Éducation Nationale, dont l'avenant qui est signé aujourd'hui constitue une sorte de modèle: il permettra de développer les partenariats locaux entre établissements scolaires, police et gendarmerie et Justice, pour mieux protéger la jeunesse.

- Ensuite grâce au projet de loi pour la prévention de la délinquance que je prépare avec le Garde des Sceaux,
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Ce projet vise en particulier à lutter contre la délinquance des mineurs.

Mais il contribuera de manière significative à leur protection.

En effet les violences subies par les mineurs sont le plus souvent le fait d'autres mineurs;

Un seul chiffre: une agression sexuelle de mineur sur trois est le fait d'un autre mineur. Il faut être vigilant.

- Nous le savons tous : pour dissuader certains mineurs d'entrer dans la spirale de la délinquance et de la violence il faut réagir vite, dès la première transgression de la règle.
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C'est pourquoi nous trouverons des réponses systématiques, immédiates aux infractions des primo-délinquants.
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Mais lorsque la dissuasion échoue, il faut trouver d'autres moyens pour écarter les jeunes de la délinquance.

C'est pourquoi nous travaillons, avec le Garde des Sceaux, sur un projet de loi spécifique de lutte contre la réitération.

Je tiens à dire ma reconnaissance à Pascal CLEMENT pour la qualité du travail qu'il a conduit en tant que Président de la mission parlementaire, dont le Gouvernement approuve toutes les conclusions.


Mesdames, Messieurs

- Le défi que nous devons relever est complexe. Il exige de chacun d'entre nous un partenariat fort et déterminé pour mieux protéger les mineurs, mais aussi pour empêcher les plus fragiles d'entre eux de tomber dans la délinquance.

- C'est pourquoi je tiens à nouveau à féliciter tous ceux qui ont ¿uvré au projet qui nous réunit aujourd'hui, et qui a vocation à servir de modèle sur le plan national.

- A cette heure où notre pays traverse une épreuve particulièrement dramatique nous devons plus que jamais faire preuve d'unité. En venant à Saint-Étienne aujourd'hui je veux saluer vos efforts en cette veille de rentrée scolaire, pour garantir la sécurité et la sérénité de tous à l'école qui est le creuset de notre République. Par votre travail vous participez directement à la cohésion de notre nation, à cette capacité de rassemblement et de solidarité dont la France a toujours su faire preuve dans les moments difficiles.

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 7 septembre 2004)

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